MINERAUX DES SOLS REMANIES
lange au sulfate de chaux des résidus organiques entraînés par les eaux d'infiltration donne naissance à du sulfure de calcium. C'est précisément la matière active des eaux minérales naturelles dites sulfurées calciques.
La même réaction s'établit par la collaboration de plâtras provenant des démolitions et dans plusieurs cas des vraies sources sulfurées se sont ainsi engendrées. C'est ainsi qu'on en a eu plusieurs exemples à Enghien* et jusque dans l'enceinte môme de Paris.
En 1820, on' trouva près du pont d'A.usterlitz des suintements d'eaux qui furent analysés.
Les eaux de Belleville* dont on a vanté les propriétés médicinales, ont la même origine.
M. Stanislas Meunier a eu l'occasion de faire des observations analogues à la pointe de l'île Saint-Louis *, qui peut être prise ici comme type de ce genre de gisements.
La surface du sol est constituée par des terrains de tous genres renfermant à la fois des sulfates et spécialement de plâtras et des infiltrations organiques et conséquemment réductrices. Un échantillon d'eau, soumis à Tanalyse, peu après son extraction, a donné gr. 018 d'hydrogène sulfuré par litre, près de Ogr. 2 de sulfate de chaux et 0,1 de chlorure de sodium. Dès qu'on chauffe l'eau, elle se trouble par la précipitation du carbonate de chaux; la quantité de bicarbonate qui représente gr. 08 par litre explique les incrustations calcaires auxquelles la source a donné naissance.
Gomme on voit, on ne peut douter que l'eau de Tile Saint- Louis ne doive sa sulfuration à la réduction du sulfate de chaux par les matières végétales renfermées dans le terrain. Quant au sulfate de chaux, il paraît provenir des restes de très anciennes constructions qu'on retrouve à diverses profondeurs et parmi lesquels figurent des plâtras assez singuliers par le mélange de fragments de gypse cru au plâtre proprement dît.
' FoucROY et Laporte, Annales de chimie, t. IV, p. 172.
* Découvertes en 1876.
' Stanislas Mbunier, Le Naluralisle, 2* série, n" 30, p. 127, 1888.
Chevreul a insisté sur la production du sulfure de fer dans les boues de Paris par la réaction du fer métallique provenant des fers des chevaux ou des roues de voitures sur le sulfure de calcium dont nous venons de parler. Ses analyses ont montré que ce composé est la cause primordiale de la coloration des boues qu'on retrouve sous les pavés.
En étudiant, plus récemment, les boues noiresde Paris, H. Sainte- Claire Deville * y a signalé une forte proportion de soufre natif soluble dans Téther qui le dépose en cristaux.
On peut bien croire qu'une portion de ce soufre a été amenée par le gaz d'éclairage avec le goudron et les corps explosifs qui imprègnent la boue. Cependant une autre portion de ce soufre reconnaît une origine toute différente.
Il résulte en effet de la réduction complète du sulfate de chaux par les matières organiques ; c'est ce dont on a la preuve par des productions analogues et parfois très abondantes en dehors de l'action des conduites du gaz et, par exemple, avant l'invention de ce mode d'éclairage.
C'est ainsi que dès 1778, lors de la démolition de la porte Saint-Antoine, à Paris, Haûy constatait que d'anciens plâtras étaient tout imprégnés de soufre cristallisé, en cristaux mesurables au goniomètre et reproduisant les formes des variétés de soufre naturel.
L'origine de ce minéral n'échappa pas à la sagacité de l'illustre minéralogiste.
Le fait s'est reproduit très souvent.
D'après une note de M. Daubrée% M. Bionne, conducteur des ponts et chaussées, l'a retrouvé en 1880 dans le sous-sol de la place de la République : il s'était développé sur une surface de 50 mètres sur 1 5 à 20 mètres avec une épaisseur de près de 3 mètres.
Les échantillons dont une série est conservée au Muséum sont parfois assez riches pour être industriellement exploitables, si toutefois la matière était beaucoup plus abondante.
On a pu facilement rattacher cette synthèse à l'enfouissement
* Comptes rendus de ^Académie des sciences, t. XCI, p. 509, 1880.
• Daubrée, Comptes rendus y 1880.