CHAPITRE II
Dans beaucoup de circonstances, les conditions de la voie mixte déterminent la décomposition partielle des composés, avec mise en liberté d^espèces ainsi engendrées. Un exemple sur lequel Sénarmont a appelé Tattention concerne la séparation du sesquioxyde de fer à Tétat d^hématite rouge. Comme il le fait remarquer, ce mode de production n'a pas sans doute un rapport immédiat avec la formation des gîtes concrétionnés, ni même avec la présence de l'oxyde anhydre dans les terrains sédimentaires ; mais il paraît se rattacher à la génération des dépôts qui, comme ceux du fer oligiste, présentent une sorte d'état intermédiaire, de transition mixte entre les formations par incrustation et par sublimation.
Si l'on chauffe à 250 degrés environ une dissolution étendue de perchlorure de fer, Tacide chlorhydrique devient libre, et le sesquioxyde amorphe, rouge, et difficilement soluble, se précipite entièrement de la liqueur acide; l'indifférence chimique qu'il acquiert ainsi a suffi pour dédoubler la combinaison préexistante. C'est un phénomène analogue à la déshydratation par voie humide, mais qui, d'un autre côté, rappelle la production du fer spéculaire au moyen de la double décomposition du perchlorure (le fer et de l'eau en vapeur.
Dans ces conditions, Sénarmont a pu déshydrater l'hydrate de sesquioxyde de fer tout formé, mis en suspension dans l'eau pure et dans des dissolutions saturées de sel marin ou de chlorure de •calcium. Rien n'indiquant d'ailleurs que ces températures fussent les plus basses auxquelles on puisse obtenir les mêmes effets.
Si l'on remarque maintenant, comme le fait Fauteur, que le sulfate de chaux se précipite anhydre dans un liquide surchauffé, et que la solubilité du carbonate de soude, supérieure à celle du chlorure de sodium, croît bien plus rapidement avec la chaleur, on pourra s'appuyer sur les réactions étudiées isolément, et qui sont relativement simples, pour arriver à concevoir les phénomènes complexes qui ont donné naissance à Tassociation multiple de matières minérales qu'on observe si souvent dans la nature et qui, comme on le verra, s'est reproduit maintes fois dans les expériences.
On pourra, en effet, s'expliquer ces phénomènes, sinon dans leurs détails, au moins dans leur ensemble, par diverses combinaisons qui satisferaient également aux données générales du problème : il suffisait, par exemple, que les eaux chargées de chlorure de calcium, de magnésium et de fer vinssent se mêler, sous certaines conditions de température, et, par conséquent, de pression, à des eaux saturées de carbonate, et contenant plus ou moins de sulfate de soude, pour donner lieu en même temps à des dépôts de calcaire magnésien, d'anhydrite, d'hématite rouge et de sel gemme.
Une synthèse de la cuprite a été obtenue par Becquerel* en chauffant longtemps de 100 à 150"^ une solution de nitrate de cuivre contenant de l'oxyde de cuivre et une lame du même métal. L'oxydule cristallise en octaèdres réguliers.
M. Riban a réalisé un effet semblable en portant à 175*^ une dissolution aqueuse de formiate de cuivrer
Le formiate d'urane en solution aqueuse dépose vers 175*^ des prismes hexagonaux verdàtres que M. Riban a reconnus pour de l'hydrate de sesquioxyde d'urane, c'est-à-dire pour de l'uranocre.
Le formiate de plomb, soumis en tube scellé à la température de 250 degrés, a fourni par décomposition de la cérusite, ou plomb carbonate cristallisé au même opérateur.
Si on chauffe en tube scellé à la température de 132*^ ladisso-
* Comptes rendus, t. XLIY, p. 398 et 861.
" Comptes rendus, t. XCIII, p. 1080 et 1140, 1881.
lution aqueuse du sulfate de magnésie ordinaire, on lui fait perdre 6 de ses 7 équivalents d'eau et il cristallise alors comme la kiésérite.
On pouvait se proposer d'obtenir la karsténite par une déshydratation partielle à haute température en présence de Teau. C'est dans cette voie que Hoppe-Seyler a tenté une série intéressante d'expériences ^ A 140 degrés, le gypse maintenu dans Teau en vase clos a donné un produit fibreux qui ne renferme plus qu'un demi-équivalent d'eau, mais qui, pourtant, n'est pas encore anhydre. On obtient de la vraie anhydrite en substituant la solution de sel marin à l'eau pure, mais il semble que la combinaison ne soit point aussi stable que le minéral naturel puisqu'elle reprend de l'eau à froid par son simple séjour dans l'eau mère qui l'a déposée. C'est sans modification dans le résultat que l'auteur a substitué le chlorure de calcium, ou sel marin.
Des expériences tentées pour produire certains combustibles minéraux, doivent être considérées comme appartenante la même catégorie et constituent comme un appendice aux faits précédents.
En 1850, M. Baroulier a imaginé *à Saint-Etienne un appareil au moyen duquel on peut exposer dss .matières végétales, enveloppées d'argile humide et fortement comprimée, à des températures longtemps soutenues comprises entre 200 et 300 degrés. Cet appareil, sans être absolument clos, met obstacle à Téchappement des gaz et des vapeurs, de sorte que la décomposition des matières organiques s'opère dans un milieu saturé d'humidité sous une pression qui s'oppose à la dissolution des éléments dont elles se composent.
En plaçant dans ces conditions de la sciure de bois de diverses natures, l'auteur a obtenu des produits dont l'aspect et toutes les propriétés rappellent tantôt les houilles brillantes, tantôt les houilles ternes. Ces différences tiennent d'ailleurs, soit aux conditions de Texpérience, soit à la nature même du bois employé. Des tiges et des feuilles de plantes, couchées entre les lits d'argile laissent, dans les mêmes circonstances, un enduit charbonneux et des empreintes tout à fait comparables à celles des schistes houillers.
' Annalen de?* Chemie and Pharmacie^ t. LXXXII, p. 348.