CAS DES PRÉCIPITANTS SOLIDES
les plus favorables à sa sulfuration. Dans les failles, les émanations sulfurées çont très fréquentes, et c'est ainsi que nous pouvons concevoir la formation de la galène argentifère.
Nous avons vu, par les équations précédentes, qu'en même temps que l'argent devient métallique, une quantité correspondante de soufre est mise en liberté. On le retrouve dans certaines galènes, dites sursulfurées, qui sont parfois si riches en soufre qu'elles peuvent brûler au contact d'une flamme. Le plus souvent, d'ailleurs, il est entraîné à cause de son extrême division, puis brûlé ; parfois il se combine à l'argent par suite de son contact prolongé avec lui. Dans les expériences, on remarque souvent que les végétations argentiques se ternissent à la longue dans le liquide où elles se sont produites, et leur perte d'éclat parait due à un commencement de sulfuration.
Des réactions analogues peuvent se produire dans les filons de pyrite et d'autres sulfures. L'or amené à un état quelconque, s'y fixera et reproduira ainsi des associations minéralogîques analogues à celles que Ton observe à la Gardette (Isère), en Transylvanie et ailleurs. L'argent, de même, s'y déposera pour s'y sulfurer ensuite, comme on le voit en Hongrie et au Pérou : Weddell a donné à la collection minéralogique du Muséum un échantillon de pyrite de fer recouverte d'une mince couche (fargyrose et provenant de la province de Sicasica. Dans TAltaï, on rencontre l'argent natif au contact de la blende, etc. Enfin il est impossible de ne pas signaler le rôle, probablement si grand, des eaux sulfurés sodiques, dans la production de certains filons métallifères. Beaucoup de veines d'argent peuvent leur être dues, spécialement lorsque le métal est associé à son propre sulfure, comme cela s'est produit dans les expériences, et comme cela se voit naturellement par exemple au Chili *•
D'autres catégories de précipitations peuvent être déterminées par la galène. Par exemple, M. Stanislas Meunier* ayant laissé, pendant près d'un an, un fragment de clivage de ce minéral dans
• Il est juste de rappeler un travail de M. Skey sur les précipitations métalliques réalisées par les sulfures naturels.
• Comptes rendus, t. LXXXVI, p. 686, 1878.
312 METHODES DE PRÉCIPITATIOx\ DE VOIE HUMIDE
une solution moyennement concentrée de sulfate de cuivre, il a constaté que le plomb sulfuré, profondément corrodé, s'était recou vert de rosettes cristallines très brillantes et d un vert d'émeraude des plus vifs. En même temps le liquide a laissé déposer en abondance une matière blanche, aisée à reconnaître pour du sulfate de plomb.
La substance verte, soumise à divers essais chimiques, se comporte comme le sous-sulfate de cuivre connu sous le nom de brochantite. Ce procédé de préparation paraît reproduire des conditions réalisées dans la nature. En effet, outre que deux analyses de Magnus^ signalent Foxyde de plomb dans la brochantitc, on connaît l'association en Hongrie de cette espèce avec la galène *. D'ailleurs Toxydation spontanée de certaines pyrites cuivreuses peut aisément alimenter des suintements de cyanose au contact du plomb sulfuré.
Le silicate de potasse subit de la part du gypse en fragments une action précipitante que Becquerel a utilisée à la synthèse d'une variété d'opale grenue et plus dure que le verre.
La réduction du nitrate d'argent par l'oxyde de cuivre a fourni à Gladstone de l'argent filiforme '.
Tout le monde connaît l'expérience dite de Tarbre de Diane: une goutte de mercure, placée dans le mélange des nitrates d'argent et de mercure dissous dans l'eau, devient le point de départ d'une espèce de végétation dendritique dont les éléments sont des cristaux d'amalgame ayant la forme du mercure argental.
L'expérience classique connue sous le nom d'arbre de Saturne fournit de même le plomb métallique à l'état de cristaux.
En laissant plusieurs mois un fragment de calcaire dans la solution de sulfate de cuivre, Becquerel* l'a vu se recouvrir de petits cristaux verts ayant la composition et la forme de la brpchantite.
Le même résultat se manifeste d'ailleurs en remplaçant par du carbonate de cuivre récemment précipité le fragment de carbonate de chaux.
* Poggendorfs AnnaleUf t. XLII, p. 468.
* Dblafosse, Nouveau Cours de Minéralogie, t. III, p. 533. » Chemical News, t. XXVI, p. 106, 1873.
* Comptes rendus, t. LXXVIII, p. 1081, 1874.