IV. EMPLOI DES TUBES FÊLÉS
On doit à A. Becquerel un dispositif très ingénieux pour amener le mélange très lent de solutions réagissantes et qui s'applique à des doubles décompositions en même temps qu'à d'autres réactions. Voici comme M. Henri Becquerel le décrit* : On prend un tube de verre, fermé à la lampe à son extrémité inférieure et sur la paroi duquel est pratiquée une fêlure. On y verse une dissolution de nitrate de cuivre et on plonge le tube dans une éprouvette contenant une dissolution de monosulfure de sodium; on a soin que les liquides, dans le tube et dans Téprouvette, aient à peu près le même niveau. Peu de temps après, on commence à apercevoir sur la paroi de la fissure située du côté delà dissolution de nitrate de cuivre, un dépôt de cristaux de cuivre métallique qui augmente progressivement.
Ainsi, alors que les deux dissolutions mélangées rapidement donnent un précipité de sulfure noir, ce précipité ne se forme pas dans la fissure, et les actions électriques qui se développent donnent lieu à la réduction du cuivre métallique.
Les dissolutions de sulfate, de chlorure et d'acétate de cuivre se comportent de même. La rapidité de la réaction dépend de la largeur de la fêlure et du degré de concentration des dissolutions. Si la fente est relativement large, c'est-à-dire de quelques millièmes de millimètres d'écartement, on obtient du sulfure de cuivre en lamelles ou en stalactites.
Le nitrate d'argent et le monosulfure de sodium donnent lieu à des effets semblables. Lorsque la fente n'a pas une largeur uniforme, il se dépose aussi, dans la dissolution d'argent, de petites masses noires de sulfure d'argent, vides à l'intérieur, et d'où partent des filaments d'argent qui s'étendent dans la dissolution de nitrate.
Les dissolutions de plomb et d'étain donnent les mêmes résultats. Les métaux réduits se sulfurent facilement, surtout si les
* Encyclopédie chimique, t. I, deuxième fascicule, p. 510, 1882.