‹ Les méthodes du passé dans l'archéologie françaiseChapitre 2 sur 23 · DES NES · texte numérisé non relu

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à ajouter aux connaissances acquises. Les historiens de l’art se recrutaient jusqu’à ces dernières années parmi les jeunes érudits, anciens élèves de l’École des chartes. Leurs maîtres leur avaient donné une méthode scientifique sévère, respectueuse du passé. Durant un demi-siècle, on peut même dire jusqu’à nos temps, les travaux d’érudition furent très nombreux et d’un intérêt toujours fécond. Et si l’école historique française est connue à l'étranger, si ses travaux sont appréciés, il faut avouer que c’est à l’École des chartes et à sa sœur cadette, l’École des hautes études qu’on le doit. Et combien rares sont les élèves de cette dernière qui n'ont pas suivi les doctes leçons des savants professeurs de l'École des chartes! La section historique de l’École des hautes études ne brille-t-elle pas en ce moment du plus vif éclat!

Il n’en est pas de même pour l'archéologie. Est-ce la mort prématurée de Courajod ou les vicissitudes de la chaire d’archéologie à l’École des chartes? Nous ne pourrions le dire; en tout cas les travaux archéologiques, il faut l’avouer, s’y font de plus en plus rares. Il y a plus. Les élèves de cette école n’ont pu collaborer à la solution des différents problèmes discutés durant ces vingt dernières années. Et tandis que Courajod formait des érudits, qui ont publié un certain nombre de travaux originaux, le maître écouté, là-bas, le comte De Lasteyrie se bornait à écrire un petit essai critique, le plus souvent sur un livre déjà paru. Ce n’était déjà plus le chef reconnu, guidant la cohorte, encourageant les timides, indiquant à tous des études nécessaires, utiles pour la connaissance du développement de l’art français. Et c’est ainsi qu’il s’est fait que des personnalités plus modestes, des travailleurs désintéressés, des privat-geherter, comme on dit en Allemagne, ont contribué beaucoup plus au développement de l’histoire de l’art que les maîtres patentés, officiels. Tout le mou-

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vement qui tend à réhabiliter le rôle de la France au x1v° siècle a été l’œuvre d’érudits sans titre officiel encouragés par les leçons et les conseils de Courajod, L'histoire de la décoration de l’époque franque, sous l’influence neo-grecque, a été même niée par M. R. De Lasteyrie!

Les causes de cet arrêt de la science académique sont donc multiples. De Caumont et surtout Quicherat avaient cherché à dégager l’archéologie monumentale de l’empirisme, ils avaient étudié avec soin, aidés plus tard par les travaux de Viollet-Le-Duc, l’évolution des formes, créant une base solide à l’archéologie. Grâce à eux, nous connaissons ce que sont devenus, à travers le moyen âge, les bases, les chapiteaux, le profil des nervures, etc., et ce sont des éléments de datation reconnus par tous. Mais cette connaissance ne saurait suflire pour dater un grand nombre de monuments. Que d'objets industriels, que de sculptures, que d’églises même, etc., qui sont encore datées, suivant le caprice plus ou moins heureux, linformation plus ou moins sûre de l'historien de l’art! Et combien sont peu nombreux encore ceux qui connaissent l’évolution des formes de l'architecture du moyen âge!

C’est done la méthode avant tout subjective qui préside au classement. Et comme nos aînés aimaient à placer à des époques lointaines les œuvres léguées par le passé, il en résulte des méprises, de véritables contre-sens, des erreurs fort graves. Cette méthode offre de sérieux inconvénients ; elle ne demande qu’une érudition superficielle, elle permet avant tout le bluff et donne la possibilité aux esprits médiocres et aux gens pressés d'être grands clercs dans des études laborieuses, toutes de patience et très compliquées.

On ne saurait s'étonner si de très bonnes monographies analysant avec soin une école particulière, un courant d'art

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original sont fort rares dans un milieu ainsi préparé. Certes les livres sur l’histoire de l’art en général, sur la vie des peintres, voire même sur les cités célèbres de l’occident et de l’orient ne manquent pas; on peut dire que la vulgarisation artistique a atteint son apogée. Une promenade sous les arcades de l’'Odéon est à cet égard instructive; on y voit même les effets littéraires d’un champ qui devrait être encore interdit aux profanes, l’érudition n’y gagne rien et pas même le libraire, car si, le livre aussitôt paru, est prôné par une presse amie, un an après, il se vend au grand rabais, preuve de sa médiocre valeur scientifique.

Et que dire aussi de la critique ! Les œuvres qui exigent de longues études, qui par leur sujet sortent le lecteur du cercle familier, demandent au critique une très grande prudence. S'il veut prendre part au débat, il faut qu’il apporte une conscience scientifique sévère, qu'il ait lui-même vu, accumulé des fiches qu’il se soit fait une doctrine et des opinions particulières. Sa position est difficile, s’il est scrupuleux, car ce n’est pas en un mois ou même en deux qu'il peut dominer un sujet nouveau pour lui et témoigner des connaissances vastes et sûres. Ce n’est pas tout, à côté de cet oubli du respect, du travail honnête et de l'ignorance qui s'étale parfois d’une manière bouffonne, nous trouvons le déchaînement des passions, le désir de plaire à une coterie, à ceux qui peuvent donner des prébendes.

A voir les nombreux manuels de l’histoire de l’art, quelques érudits pourraient croire que le champ d'exploration est épuisé, que nous connaissons assez bien les siècles du moyen âge et que nous n'avons plus qu’à cataloguer les données acquises. Il en est tout autrement. C’est un vaste domaine à peine défriché qui s'étend devant nous. Nos aînés ont cru qu'ils en savaient beaucoup plus et nous ont fait admettre bien des conceptions qui ont

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besoin d’être revisées. On peut même affirmer que tout doit être repris et soumis à un examen sérieux, Donnons quelques exemples. Toute l'architecture carolingienne est à étudier de plus près, nous devons reviser les opinions de nos prédécesseurs et rejeter leurs conclusions au sujet d’un certain nombre d’églises reconnues Carolingiennes. Il est nécessaire d'examiner en détail, les textes en main, celles qui sont situées en France. On verra ensuite si les monuments allemands déclarés de cette période peuvent être acceptés.

Le x1° siècle est à peine entrevu. Il est obligatoire d’analyser avec soin tous les membres architectoniques de nos églises, d’étudier les colonnes, les chapiteaux, les voûtes, les bases de ces édifices, pour voir si ces constructions peuvent se rapporter aux textes légués par le passé. Certes, il faut rassembler toutes les sources écrites qui peuvent éclairer un monument, mais il est nécessaire aussi d'analyser l'édifice lui-même pour voir si la construction correspond aux documents écrits. On verra alors que la plupart des églises ont été refaites et ne sont pas celles dont parlent les chroniqueurs.

Est-il vrai, comme on l’enseigne encore, que l’architecture romane soit déjà constituée au x° siècle et qu’elle ait produit des œuvres purement romanes comme celle de Notre-Dame de la Couture du Mans ? A-t-on écrit avec soin les Annales des églises de France, enregistré minutieusement les différentes constructions de ces édifices à travers le moyen âge ? Cette première enquête s’imposait pourtant à tout archéologue soucieux d’une datation exacte, et désireux de se rendre compte du développement architectural. Or, il n’en a pas été ainsi. On n’a pas rassemblé avec méthode les renseignements épars que nous avons sur les monuments d’une région, et sur l'édifice étudié en particulier, on s’est contenté le plus souvent d'identifier cette

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construction en la faisant remonter à un temple plus ancien dont on avait une mention. On voit bien vite les erreurs commises, les édifices datés d’une manière subjective, le développement historique faussé. Nous devons donc rassembler avec soin les renseignements épars sur nos églises de France; ils nous donneront sans nul doute une vision assez exacte du développement de notre art français du x au xir° siècles et nous permettront de corriger bien des erreurs dues à la méthode encore subjective qui préside à la classification de nos monuments.

Nous avons étudié avec soin les monuments datés par cette méthode du x° et du xi° siècles, et nous avons vu avec étonnement qu’on ne saurait les faire remonter à une date aussi reculée. Prenons, par exemple, un édifice bien connu, Notre-Dame de la Couture du Mans. Quelles sont les parties de ce monument qui pourraient avoir été exécutées au xr siècle ? Est-ce le chœur avec ses chapelles rayonnantes, de forme rectangulaire, pourvu d’un déambulatoire? On ne pourrait l’affirmer, car on remarque bien vite que les chapiteaux des piliers et ceux des colonnes engagées sont déjà fort étroits, qu’ils ont la même dimension que le fût. Les corbeilles sont décorées d’animaux pris sans nul doute aux étoffes orientales. Les bases de ces colonnes sont déjà déformées : un fore aplati avec des moulures menues; quelques-unes même en sont privées. Le pilier est cantonné de colonnes montées par assises et la corniche supérieure est décorée de têtés d’animaux qui indiquent le dernier tiers du xn° siècle. Les chapiteaux qui sont tout autour du déambulatoire voûté d’arêtes, ont des cariatides d’un dessin encore grossier, d’autres possèdent des animaux et des feuillages. On ne saurait donc parler d’un âge aussi lointain. Il n’y a rien dans la partie extérieure de l’église, placée en ce moment dans le jardin de la préfecture qui soit du

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