‹ Les métis canadiens-français [microforme]Chapitre 6 sur 7 · TES · texte numérisé non relu

TES

rompre le silence pour annoncer la terrible nouvelle, lui dit tranquillement et sans aucune émotion, qu'il était prêt.

Il partit sur ces mots, traversa le guard room, marchant d'un pas ferme, et monta le long escalier qui conduit à la grande chambre où se trouvait l'échafaud,

Dans cette chambre, en face de l'échafoud, nous nous miîmes à genoux et priâines assez longtemps. Riel était le seul qui conservât son sang-froid et sa présence d'esprit,

“Il se leva et alla se placer bravement sur l'échafaud, et, avant d'être lancé dans l'éternité, il m'appela une dernière fois auprès de lui, m'embrassa, puis je m'éloignai. Comme je tournais le dos à l'échafaud, il me cria: “Courage, bon courage, mon père !” Et recommandant son âme à Dieu, il invoquait le Sacré-Cœur de Jésus, quand la trappe s'ouvrit sous ses pieds.

“ Sa mort fut presque instantanée, ses traits restèrent calmes et sa figure n'éprouva aucune contorsion.

“Jamais je n'ai vu de contenance plus re dieuse que celle qu'il avait pendant qu'il priait, au moment où il monta à l'échafaud. La beauté de son âme se reflétait sur son visage, et un rayon de la lumière divine semblait déjà ïlluminer son visage. Nes yeux avaient un éclat extracrdinaire et paraissaient se perdre dans la contemplation des grandeurs divines,

“Tous les assistants pleuraient, Le bourreau lui-même était ému.”

Ainsi mourut Riel, dont la noble figure apparaîtra dans l’histoire pure et rayonnante comme celle d’un héros tombé pour la défense de sa patrie, comme celle d’un martyr lâchement sacrifié aux basses vengeances d'odieux sectaires,

En apprenant l'exécution de son époux, lu femme du supplicié, qui était sur le point d'accoucher, mit au monde un enfant mort ; quant à la mère de Riel, elle devint folle.

La barbare exécution de ce grand Français produisit une indicible émotion dans la province de Québec.

Toutes les maisons se couvrirent d'insignes de deuil, tous les partis, unis dans un même sentiment de colère et de surprise, protestèrent unanimement contre cet assassinat légal.

Ainsi, le 22 novembre 1ISS5, eut lieu à Montréal un “ meeting” colossal, où plus de 50,000 citoyens votèrent par acclamation une motion Hétrissant les membres du gouvernement fédéral, prinei-

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palement les ministres français qui, traites à leur devoir, n'avaient su écouter, dans cette grave circonstance, ni la voix de leur conscience ni celle de l'humanité.

On pendit en effigie ces tristes sires, on alluma des bûchers où leur image fut brûlée au milieu des vociférations populaires.

De leur côté, les Anglais sentirent se ranime” leur ancienne haine contre la nationalité française et leurs préjugés indéracinables contre la religion catholique.

Dans l'Ontario, notamment, les orangistes annonçaient ouvertement leur intention d'envahir la province de Québec, pour la dépouiller de ses franchises nationales et y anéantir l'influence française.

Jamais pays ne fut plus près d'une guerre civile que le Dominion en 1885; jamais événement politique ne laissa de traces plus profondes que l'exécution de Riel, dont, à l'heure actuelle, après dix ans écoulés, les Canadiens-Français ne peuvent encore parler sans

amertume et sans colère.

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