EXÉCUTION DE RIET
Pendant la longue détention qui précéda sa mort, Riel ne cessa de manifester les sentiments les plus nobles et les plus touchants, de donner l'exemple d’une admirable résignation chrétienne et de faire preuve d’un inébranlable courage.
On ne peut lire sans émotion le testament qu'il rédigea dix jours avant son exécution et qui fait si bien connaître son grand cœur, son amour filial, sa confiance en Dieu.
En voici les principaux passages :
“ Prison de Régina, 6 novembre 1885.
“ Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je déclare que ceci est mon testament, que je l'ai écrit librement dans la pleine possession «le mes facultés mentales,
“« Je remercie ma bonne et tendre mère pour m'avoir aimé d'un amour si chrétien. Je lui demande pardon pour toutes les fautes dont je me suis rendu coupable contre son amour, le respect et l'obéissance que je lui dois. Je lui demande aussi pardon pour
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les fautes que j'ai commises contre mes devoirs envers mon bienaimé et regretté père et envers sa mémoire vénérée,
“Je remercie mes frères et sœurs pour le grand amour et la grande bonté qu'ils ont eus pour moi. Je leur demande aussi pardon pour toutes les erreurs dont j'ai pu me rendre coupable à leurs veux.
“Je remercie mes parents et ceux de ma femme, pour l'affection et là bienveillance qu'ils m'ont toujours montrées,—en particulier mon affectionné et bien-aimé beau-père,—ma belle-mère, mes beauxfrères et belles-sœurs. A eux aussi, je demande pardon pour tout ce qui, dans ma conduite, n'a pas été bien ou aurait été mal.
“Je donne une franche et amicale poignée de main à mes amis de tout âge et de tout rang, de toute classe et de toute condition. Je les remercie pour les services qu'ils m'ont rendus. Ma reconnaissance, je la témoigne particulièrement à ceux de mes amis, tant de ce côté-ci de la frontière que de lautre côté, qui ont daigné s'occuper de mes affaires en public, aux Oblats de Marie-Immaculée, à la Société de Saint-Sulpice et aux Sœurs-Grises, pour tous les bienfaits que j'ai reçus d'eux depuis mon enfance, Je leur offre mes remerciements.
“Je pardonne de tout mon cœur et &e tout mon esprit, de toutes mes forces et de toute mon âme, à ceux qui m'ont causé de la peine, qui m'ont occasionné du dommage, qui m'ont persécuté, qui, sans raison, m'ont fait la guerre pendant 15 ans, qui m'ont fait un semblant de procès, qui m'ont condamné à mort, et je leur pardonne entièrement comme je demande à Dieu de me pardonner entièrement toutes mes fautes au nom de Jésus-Christ. Je remercie ma femme pour sa bonté et sa charité à mon égard, pour la part qu'elle a prise si patiemment dans mes pénibles travaux et mes difficiles entreprises. Je la prie de me pardonner la peine que je lui ai causée volontairement, Je lui recommande d'avoir soin de ses petits enfants, de les élever d'une manière chrétienne, avec une attention toute particulière pour tout ce qui a rapport aux bonnes compaunies,
“ C’est mon désir que mes enfants soient élevés avec grand soin, en tout ce qui touche l'obéissance à l'Église. Je leur recommande de montrer le plus grand respect, la plus grande soumission, et la plus complète affection envers leur bonne mère.
“Je ne laisse à mes enfants ni or ni argent, mais je supplie Dieu,
dans son infinie miséricorde, de remplir mon esprit et mon cœur de la vraie bénédiction paternelle que je désire leur donner. Jean, mon fils, Angélique, ma fille, je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, pour que vous vous appliquiez à connaître la volonté de Dieu et soyez fidèles à l'accomplir en toute piété et sincérité ; pour que vous pratiquiez la vertu fermement et simplement, sans parade, sans ostentation ; pour que Vous fassiez le plus de bien possible et restiez obéissants au clergé, prêtres et évêques, surtout à votre évêque et à votre confesseur. Je vous bénis pour que votre mort soit douce, édifiante, bonne et sainte aux yeux de l'Eglise et de Jésus-Christ Notre-Seigneur.— Amen.
“ Louis-DaAviD RIEL,
“ fils de Louis Riel et de Julie de Lagimodière.”
Voilà l’homme que ses ennemis déclaraient être un monstre d'im- Pour tous biens, il ne laissait à sa femme et à
piété et d'avarice.
souvenir de ses vertus chrétiennes eë un nom
ses enfants que le sans tache.
Aussi, quand le shérif Chapleau, frère du ministre, lui demanda sur les marches de l’'échafaud s'il avait des intentions particulières pour la disposition de ses biens, Riel lui fit cette réponse digne de passer à la postérité : * Je n'ai pour tout bien que ceci—et il touet je lai donné à mon
chait sa poitrine dans la région du cœur pays il y à quinze ans ; c'est tout ce qui me reste maintenant.”
Quelques heures avant son exécution, il avait écrit à sa mère les admirables lignes que voici:
&“ Prison de Régina, 16 novembre 1885.
“ Ma chère mère,
“ J'ai recu votre lettre de bénédiction, et hier dimanche j'ai demandé au Père André de la placer sur l'autel pendant la célébration de la messe, pour que son ombre se répandit sur moi.
“ A ma femme, mes enfants, mes frères, ma belle-sœur et autres parents qui me sont tous chers, dites pour moi adieu.
« Chère mère, c'est le vœu de votre fils aîné, que vos prières pour moi montent jusqu'au trône de Jésus-Christ, à Marie, à Joseph, mon bon protecteur, et que la miséricorde et l'abondance des consolations de Dieu se répandent sur vous, sur ma femme, mes enfants et mes autres parents, de génération en génération.
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‘“ Puisse Dieu, quand sonnera votre heure dernière, être tellement satisfait de votre piété, qu'il fasse rapporter votre esprit de la terre sur les ailes des anges.
“Il est maintenant deux heures du matin, en ce jour, le dernier que je dois passer sur la terre, et le Père André m'a dit de me tenir prêt pour le grand événement, Je l'ai écouté et suis disposé à tout faire suivant ses avis et ses recommandations.
“ Dieu me tient dans sa main, pour me garder dans la paix et la douceur, comme l'huile tenue dans un vase et qu'on ne peut troubler. Je fais ce que je peux pour me tenir prêt ; je reste calme, conformément aux pieuses exhortations du vénérable archevêque Bourget. Hier et aujourd’hui j'ai prié Dieu de vous rassurer et de vous dispenser toutes sortes de consolations, afin que votre cœur ne soit pas troublé par la peine et l'anxiété, Je suis brave : je vous embrasse en toute affection.
“Je vous embrasse en fils respectueux de son devoir. Toi, ma chère femme, je t'embrasse comme un époux chrétien, conformément à l'esprit conjugal des unions chrétiennes, J’embrasse mes enfants dans la grandeur de la miséricorde divine. Vous tous, frères, parents et amis, je vous embrasse avec toute la cordialité dont mon cœur est capable.
“ Chère mère, je suis votre fils affectionné, obéissant et soumis,
“ Louis-Davin Rier.” Le Père André, confesseur de Riel, a raconté ainsi qu'il suit les
derniers moments du condamné, dans une lettre qu'il adressa à l'avocat de celui-ci, M. Lemieux.
“Régina, 20 novembre 1885.
“ Mon cher Monsieur Lemieux,
“ Notre pauvre ami Riel est mort en brave, en saint, Jamais mort ne m'a plus consolé et édifié. Je remercie le Seigneur de m'avoir rendu témoin de la vie que Riel a menée en prison. Il passait tout son temps à prier et à se préparer au passage terrible de cette vie à l'éternité, et Dieu lui a accordé la grâce de faire une mort héroïque.
“ Il a, si je puis me permettre cette expression, sancüfié l’échafaud ; le supplice auquel il a été condamné, loin d’être une ignominie, est devenu pour lui une véritable apothéose.
“ Le gouvernement ne pouvait mieux faire, pour rendre immortel le nom de Riel et se couvrir d’infamie aux yeux de l'histoire, que d'ordonner ‘exécution de l'impitoyable sentence.
“Toute la nuit qui à précédé sa mort, Riel n’a pas manifesté le moindre symptôme de frayeur.
“ Il a prié une grande partie de la nuit, et cela avec une ferveur, une beauté d'expression et une contenance qui le transfiguraient et donnaient à sa physionomie une expression de beauté céleste.
“ Mon cher ami, je ne puis vous dire les tristes impressions que jai éprouvées en tenant compagnie à ce prisonnier, pour lequel j'avais le respect et la vénération qu'on à pour un saint.
“ Voilà vingt-cinq ans que j'exerce le saint ministère, et je puis vous assurer que jamais mort ne ma tant édifié et consolé à la fois.
«Toute la nuit, il n’a pas eu une seule parole de plainte contre la sentence de mort ni contre ses persécuteurs.
« Il était gai, joyeux, en voyant sa captivité près de se terminer,
« Ne craingnez rien, me disait-il, je ne ferai pas honte à mes amis, et je ne réjouirai pas mes ennemis et ceux de la religion en mourant en lâche. Voilà quinze ans qu'ils me poursuivent de leur haine, et jamais encore ils ne m'ont fait fléchir. A l'heure où ils me conduisent à l'échafaud, je faiblirai moins que jamais, et je leur suis infiniment reconnaissant de me délivrer de cette dure captivité qui pèse sur moi.”
“ Pendant toute la nuit, Riel fut occupé soit à prier et à écrire à ses parents et à ses amis, soit à converser avee moi sur des sujets purement spirituels.
«“ À cinq heures je dis la messe pour Jui, et il y communia pour la dernière fois, avec une piété angélique. Après six heures, il fit ses ablutions et procéda à sa toilette afin d'aller à la mort le corps et l'âme purifiés, comme marque de respect pour la majesté de Dieu qu'il devait bientôt rencontrer. Pour ce motif, il aurait désiré être bien habillé. Malgré la pauvreté dé son.accoutrement, il marcha à la mort son habillement bien brossé, ses cheveux bien peignés ; tout en lui respirait la propreté qui était le symbole de la pureté de son âme.
“ À huit heures ét quart, quand l'assistant du shérif apparut à la porte de sa cellule, n’osant ‘annoncer l’ordre fatal dont il était le messager, Riel, devinant combién il en coûtait à cet homme de
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