CHAPITRE V
Lorsqu'on examine les pièces opératoires prélevées au cours d’hystérectomies pour hémorragies fonctionnelles, on constate que tous ces utérus métrorragiques sont assez semblables : ils sont gros, lisses ou quelquefois bosselés par quelques noyaux fibromateux; d’autres fois très gros, véritablement myomateux. Si l’on ouvre ces utérus (fig. 4), on constate que la cavité utérine est agrandie et qu’elle est tapissée par une muqueuse hypertrophiée, épaissie, atteignant facilement cinq ou six millimètres d’épaisseur; d’autre part, elle est très rouge, très congestionnée, saignante par places, elle se décolle facilement du muscle utérin; elle est souvent plissée, ce qui double encore son épaisseur, elle est parfois fongueuse, voire même végétante. Faiton une coupe sagitale et médiane de l’utérus, et l’on voit, outre que la cavité utérine est plus spacieuse que normalement, le muscle utérin hypertrophié d’une façon uniforme, ou bien quelques noyaux fibromateux lui donnant un aspect truffé. Le simple examen macroscopique montre aussi que le muscle utérin présente de nombreux vaisseaux de toutes tailles, souvent dilatés et béants.
Le microscope confirme ce premier examen anatomique en montrant l’hypertrophie et la multiplication
ARRET ot
des fibres musculaires, ainsi que la vascularisation intense de tout le myomètre.
Quant à la muqueuse, elle est à la fois hypertrophiée, hyperplasiée et congestionnée (fig. 5). La plupart des cellules épithéliales ont perdu leurs cils et sont très hypertrophiées; les boyaux glandulaires sont allongés, flexueux, bourgeonnants et leurs lumières contiennent d’abondantes sécrétions. Le stroma est œdémateux, parcouru par de nombreux vaisseaux dilatés; ses cellules présentent de nombreuses mitoses et prennent l’aspect de cellules déciduales. Les capillaires sanguins, très dilatés, sont le siège de phénomènes de diapédèse et d’extravasation; et des globules rouges forment de petits foyers hémorragiques autour et à proximité des vaisseaux. En certains endroits, les cellules épithéliales sont en voie de dégénéressence et, tandis que la basale se modifie peu, la couche fonctionnelle commence à desquamer. La muqueuse utérine présente, en somme, les caractères histologiques dela muqueuse utérine normale à la fin de la phase sécrétoire, vers le vingt-quatrième jour du cycle menstruel, c’est-à-dire à la veille ou au commencement de l’hémorragie cataméniale. Les lésions histologiques constatées ne sont que l’exagération de l’état menstruel de la muqueuse.
Mais, en y regardant d’un peu plus près, et en examinant plusieurs points d’une même coupe histologique, on constate que le stade évolutif fonctionnel n’est pas homogène en ce sens que si la plus grande partie de la muqueuse est hyperplasiée, comme une muqueuse normale dans les jours qui précèdent immédiatement les règles, ou comme au début de celles-
Muqueuse métrorragique Hyperplasie cellulaire, hypertrophie glandulaire.