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Les meubles du XVIIIe siècle

ETUDE TECHNIQUE DES MEUBLES DU XVIIF ^SIÈCLE — ÉTUDE GRAPHIQUE DES ÉLÉMENTS ET DE L'EXÉCUTION RÉPERTOIRE DES ÉBÉNISTES DU TEMPS

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AVANT-PROPOS

L'amour des choses du passé n'échappe pas aux fluctuations de la mode, comme le voudrait une saine logique. A l'aurore de la collection, vers 1825, on s'est engoué du mobilier gothique; quinze ans plus tard, on n'a plus voulu que du Henri II, jusqu'à ce que la passion de l'impératrice Eugénie pour Marie- Antoinette ait lancé les amateurs vers les élégances du XVIIIe siècle.

Sous la Troisième République, ou l'éclectisme le plus large donne droit de cité aux meubles anciens de tous les styles, y compris l'Empire et le Directoire, c'est toujours les chefsd'œuvre des époques Louis XV et Louis XVI qui sont l'objet des recherches les plus passionnées. Et c'est justice.

« L'ouvrier, dit Michelet (1), naît au XVIIIe siècle, et la machine au XIXe. Notable différence. Les œuvres industrielles, l'ameublement surtout, les arts de décoration intérieure portent alors l'empreinte vive de la main de l'homme, souvent exquise et délicate, parfois quelque peu indécise, avec certains légers défauts qui ne sont pas sans grâce, indiquant que la vie a passé là, l'émotion, et que l'œuvre en palpite encore. »

Faut-il croire, cependant, qu'en dépit de tant de ventes retentissantes et d' expositions suggestives, la totalité des gens de goût, qui aiment ou désirent aimer les meubles du XVIIIe siècle, en connaissent les formes et le décor de façon simplement à ne pas commettre d' anachronismes ? Il n'en est rien, inutile de le dire. Les amateurs ne sont pas tous des

(1) Michelet, Histoire de France, t. 18, p. 367.

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érudits, ni des habitués des salles de ventes et des expositions, pas plus qu'ils n'achètent tous les coûteux albums ou la librairie, depuis un quart de siècle, reproduit les chefs-d'œuvre des musées et des grandes galeries.

A côté des princes de la collection, il y a la foule des amoureux timides du XVIIIe siècle qui ne demandent qu'à s'instruire. Ne méritent-ils pas qu'on les guide et qu'on leur permette de distinguer l'ivraie du bon grain dans la moisson de meubles anciens que des milliers d' antiquaires déversent sur Paris comme sur la Province ?

C'est pour eux que nous écrivons, tout autant que pour les amateurs di primo cartello. A tous nous voulons fournir un manuel précis et commode, une sorte de guide pratique résumant toutes les matières indispensables à l'achat ou simplement à la connaissance de V ameublement du XV IIIe siècle. Nos renseignements sont puisés autant que possible aux ouvrages de l'époque et complétés par des fac-similé de gravures également de l'époque. Un guide n'étant pas uniquement un livre d'art, de luxueuses reproductions de pièces de musée ne sauraient remplacer, pour l'enseignement des commençants, des figures multipliées et réduites au trait, ni, pour les connaisseurs, des fac-similé datés par la signature du dessinateur et pouvant servir, à leur tour, de critérium pour préciser l'époque d'un meuble ancien.

Nous n'avons pas craint, en faisant bon marché de toute prétention littéraire, d'entrer dans des détails précis et techniques sur la charpente des meubles, et nous sommes allés de ce côté jusqu'à donner les dimensions conseillées par les traités du temps. Ces chiffres paraîtront peut-être superflus.

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On préférera, cependant, nous l'espérons, les voir prendre dans notre texte la place de généralités admiratives que l'on trouve partout et qu'il nous a semblé inutile de rééditer sous une nouvelle forme. L' ameublement du XVIIIe siècle est une merveille. Nous en sommes tous d'accord. Au lieu de surenchérir sur les éloges qu'en ont fait nos devanciers, tâchons de le faire mieux connaître.

Pour des raisons de même ordre, nous avons exposé les méthodes de peinture, de dorure, de vernissage employées à l'époque, et nous avons donné des indications sur la manière de garnir les meubles d'étoffe ou de tapisserie. Ces détails ne sont pas indispensables pour acheter un meuble, mais si l'on sait par quels procédés, à l'aide de quels matériaux, on exécutait ces différents ouvrages, on pourra mieux reconnaître si la pièce a conservé sa parure de l'époque, ou si elle se Présente revêtue d'une peinture ou d'une garniture modernes.

On s'étonnera peut-être des nombreux emprunts que nous avons faits à Roubo. Nous avons suivi pas à pas le maître menuisier, estimant qu'on ne saurait mieux s'adresser, pour étudier les meubles du XVIIIe siècle, qu'à un des professionnels qui les fabriquaient si bien. Il s'est trouvé, par surcroît, que ce contemporain de Diderot maniait aussi bien la plume que le rabot. Nous aurions eu mauvaise grâce à ne pas en profiter.

Une difficulté se présentait. Comment limiter notre terrain d'exploration ? Où commence et où finit l'ameublement du XVIIIe siècle ? Nous croyons avoir bien fait d'en détacher les vingt premières années qui appartiennent au style Louis XIV et les toutes dernières qui, quoique étroitement

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apparentées au Louis XVI, sont influencées par les mœurs de l'époque révolutionnaire et du Directoire et laissent déjà pressentir le style napoléonien. Nous nous servirons, au cours de notre travail, des divisions en styles Louis XV et Louis XVI, généralement adoptées, mais seulement comme des étiquettes commodes pour désigner, d'un côté, les formes chantournées et bombées, de l'autre, les formes droites et planes. Dès ijôo, tous les éléments du style improprement appelé Louis XVI sont constitués, de même qu'on retrouve encore ça et là, en iy8o, les pieds de biche et les formes ventrues du règne du feu roi. Quant aux divisions du sujet, nous les empruntons à notre guide Roubo. Au XVIIIe siècle, les professionnels partagent les meubles en deux catégories : les sièges de toute espèce, les lits, les écrans et les paravents, dont V exécution appartient aux menuisiers, et les autres meubles, qui rentrent dans la compétence des ébénistes, aussi bien en bois précieux (plaqués, incrustés ou pleins) qu'en bois communs, tels que le noyer ou le hêtre. A cette division empirique, nous préférons celle de Roubo qui considère tous les meubles d'usage comme formant deux familles distinctes : les meubles à bâtis (i) — sièges, lits, écrans, paravents, tables et bureaux — et les meubles à bâtis et à panneaux — armoires, buffets, commodes, secrétaires, bureaux fermés. — Nous établirons seulement une sous-division dans les meubles à bâtis en faveur des tables et des bureaux qui présentent des différences de construction assez notables pour qu'on puisse les séparer des sièges et des lits.

(i) On entend par ce terme l'assemblage des montants et des traverses d'un meuble, la carcasse qui doit recevpir les cadres et les panneaux.

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