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PREMIÈRE PARTIE

ÉTUDE TECHNIQUE DES MEUBLES DU XVIIIe SIÈCLE

LES SIÈGES VOLANTS

De toutes les catégories de meubles, aucune ne présente plus de variété que les sièges. Entendons-nous. Il ne peut être question ici que des sièges de bon ton, qui, depuis les hôtels des princes jusqu'aux appartements des bourgeois aisés, suivent les variations de la mode presque avec autant d'empressement que le costume masculin ou l'habillement féminin. Les sièges d'usage pour la petite bourgeoisie, la domesticité des grandes maisons, les ménages d'artisans et même d'artistes, les sièges de paille, en un mot, ignorent cette versatilité de forme. Ils ont adopté une fois pour toutes les lignes simples et logiques qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours dans les provinces. Le siège est carré, le dossier

droit (i), les pieds de derrière s'élèvent au double de la hauteur des pieds de devant et forment les montants du dossier, amortis généralement au sommet par des boules très simples. Des barreaux relient les pieds, trois ou même quatre traverses chantournées constituent le dossier. Les assemblages, au lieu de se faire à tenons et à mortaises comme dans les sièges plus soignés, sont à simple tourillon. Le siège est garni de paille nattée. Le bois employé est le hêtre ou le noyer ciré. C'est la chaise des intérieurs de Chardin.

Les menuisiers en meubles dédaignent un si mince ouvrage dont les tourneurs font leur affaire et que le vulgaire appelle « chaises à la capucine», sans doute parce que, comme les disciples de saint François, elles poussent le défaut d'élégance jusqu'à la pauvreté (2). Cela n'empêche pas ce siège léger, solide et peu coûteux, de se répandre dans tout le royaume. On confectionne sur son patron des tabourets, des fauteuils, des sophas et même des lits de repos, qui, garnis de carreaux (coussins) , attachés au dossier et aux accotoirs par des rubans, ne manquent pas autant de confortable qu'on pourrait le croire.

La Curiosité ne s'est cependant pas encore emparée de ces sièges simplets qu'on trouve encore dans certaines habitations rustiques, cirés et polis par plusieurs générations de ménagères, mais qui deviennent de plus en plus rares et cèdent la place à des meubles de pacotille plus prétentieux et moins solides. Aussi, dans ce guide, sans négliger absolu-

(1) L'ouvrier parfois lui donne un léger renversement.

(2) C'est l'explication de Roubo. Il est plus probable que le nom provient soit de la courbe des traverses du dossier, soit de la couleur dcnnée au bois, suggérant dans les deux cas un rapprochement avec le capuchon du capucin.

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ment le mobilier rustique, donnerons-nous la préférence aux sièges d'une exécution plus soignée, garnis d'étoffes ou cannés, tels que les œuvrent les menuisiers en meubles. Nous les décrirons le plus fidèlement possible en passant du simple au composé, des sièges sans dossiers ni accotoirs (pliants, tabourets, banquettes), aux sièges pourvus de dossiers et privés d'accotoirs (chaises de toutes sortes), pour arriver aux sièges munis de dossiers etd'accotoirs (fauteuils, bergères, duchesses ou chaises longues, canapés, sophas, veilleuses, ottomanes, lits de repos) . Une question préliminaire se pose et qui intéresse toute la série. C'est le classement chronologique, l'évolution successive des formes et en particulier des pieds. A quelle époque commence le pied chantourné Louis XV, à quelle époque le pied droit Louis XVI ?

Le pied de siège Louis XIV par excellence est droit, en forme de balustre et relié à la base par une entretoise ou croisillon. Vers la fin du règne, à l'imitation des coffres et des tables dessinés par Bérain et ses émules, apparaissent le pied en console et le pied cambré, sans pour cela faire disparaître complètement la forme en balustre. Boulle, en 1725, donne encore à un tabouret des pieds de ce genre. C'est seulement vers 1730 que le pied cambré par en haut et un peu lourd, que l'on qualifie à tort de pied Louis XIV, devient d'un usage général (1).

Vingt ans plus tard, c'est le pied de « biche », c'est-à-dire le pied cintré en S, sur toutes ses faces, qui règne sans parti) Nous savons que nous sommes en désaccord avec l'opinion commune, mais la plupart des sièges munis de pieds cambrés sont cannés et le cannage, nous le verrons en son lieu et place, ne se répand en France qu'après 1725.

tage (1750). Il va en s' amincissant jusqu'au bas où il n'a plus que le tiers de sa grosseur totale, et se termine ordinairement par une volute (1), élevée sur un petit socle d'environ om027 pour la préserver de l'usure du frottement. En haut, le pied se relie à la ceinture du siège par une plinthe droite et unie. Il est orné sur toute sa longueur de moulures et parfois d'un motif sculpté sur l'épaulement.

Le retour aux formes classiques en architecture fait rentrer les pieds dans la droite ligne vers 1760. Roubo présente en 1772, « le pied à l'antique » comme une mode nouvelle dont il dessine à peine une figure tandis qu'il entre dans les moindres détails de construction pour le pied de biche. Au contraire, Boucher fils, vers 1775, ne figure plus le pied chantourné, qui commence à n'être plus de mise pour ceux qui veulent mettre leur mobilier à la mode de demain. Mais la forme est si heureuse, si logique, si élégante, qu'elle restera en usage bien des années dans les meilleures maisons concurremment avec la forme à l'antique. Voyez plutôt la gravure de la Petite loge, de Moreau le Jeune (1776) et celle de la Partie de Wist du même artiste.

Le pied à l'antique est en forme de colonne diminuée ou de carquois, avec rétrécissement au sommet et anneau. Il se termine à la hauteur de la ceinture par une plinthe généralement amortie par une rosace. Le fût est le plus souvent décoré de cannelures droites ou torses. Aux approches de 1789, on fait des pieds tout à fait droits, à quatre pans, se coupant à angles droits.

(1) On trouve déjà sous la Régence un pied en S terminé par une volute, mais l'enroulement est à l'intérieur. Exemple à Chantilly, sur le tableau de Lancfet, YHiver, etc.

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