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LITS A LA FRANÇAISE

L'ancêtre de toute la famille, le lit à « colonnes », est l'ancien lit d'apparat du XVIIe siècle à peine modifié. Il se compose de quatre pieds reliés par deux pans et deux traverses et d'un chevet ou dossier. La fonçure est formée par sept barres de bois ou « goberges », entrant en entaille dans les pans et soutenues elles-mêmes par deux fortes barres d'enfonçures entrant dans les traverses. On remplace souvent cette fonçure par un châssis garni de sangle qui rend le lit plus moelleux. Les pans sont montés à vis, les traverses chevillées. Les pieds s'élèvent jusqu'à environ 2mio du sol pour porter un dais ou impériale rectangulaire de même dimension que le lit. On donne à ce bois de lit ou châlit, lorsqu'il est. destiné à deux personnes, im95 de longueur sur im30 de largeur, et même sur im4Ôo à im625 « pour les personnes qui cherchent leurs aises ». Le lit à une seule place n'a que om8io à imi35. Le pan et les traverses mesurent omo8o à om095 de largeur. Le dossier est fixé derrière les pieds à l'aide de crochets et de pitons, ou mieux pénètre dans des coulisses ménagées à l'intérieur des colonnes. La menuiserie revient à 28 livres pour un modèle à deux places, à 15 livres pour un modèle à une place.

Au siècle précédent, on faisait ces lits en noyer poli et sculpté, avec des colonnes très ornées, parfois torses, et une «impériale» presque toute en menuiserie apparente. Sous la Régence et sous Louis XV, le bois de la couchette disparaît sous la courte -pointe et les colonnes elles-mêmes sont dissimulées par des « cantonnières ». En 1774, on en fait

LES GRANDS SIÈGES ET LES LITS

encore des modèles très riches, où la menuiserie commence à reparaître, aussi bien pour la couchette que pour les colonnes et pour l'impériale, dont le pourtour s'agrémente d'un léger chantournement. Mais les jours sont comptés de ce lit solennel et peu maniable en dépit des roulettes dont on le munit. Après 1785, on n'en trouve plus d'exemples que dans les intérieurs rustiques ou chez les artisans (1). Il y a près de quarante ans qu'on n'en voit plus à la cour.

Les Mémoires du duc de Luynes nous apprennent la date où cette révolution s'accomplit dans l'appartement de Marie Leczinska (1743) : « Le nouveau lit, dit-il, n'est point à quatre quenouilles, comme tous les lits de la reine ont été jusqu'à présent : il est ce qu'on appelle à la duchesse. » Une nouveauté? Pas tout à fait. On en relève des exemples dès 1705 et le lit « à l'ange » de Mazarin, sans colonnes ni quenouilles, surmonté d'un dais, dont les rideaux se retroussent sur le côté, est la même chose sous un autre nom. Trévoux l'atteste (1771). On peut l'en croire quand il définit : « On appelle lit d'ange celui qui n'a point de quenouilles ou piliers et dont les rideaux se retroussent. On l'appelle encore lit à la duchesse » (2).

Les dimensions du lit « à la duchesse » sont les mêmes que celles du lit à colonnes, mais les pieds de devant sont arrasés à om705 ou om730 et ceux de derrière, qui portent le dossier, s'arrêtent à om8o,o ou omo,20. Le ciel est formé par un dais ou impériale, suspendu au plafond. C'est un bâti de

(1) Ranson en présente cependant un exemple dans son Premier cayer de lits à la mode vers 1780.

(2^ De Lafosse donne un modèle de lit d'ange et le célèbre lit de Marie Antoinette, à Versailles, en est un.

menuiserie rectangulaire, de même dimension que la couchette et entièrement garni d'étoffe. Dans ce genre de lit, tout au moins sous Louis XV, il n'y a pour ainsi dire pas de bois apparent. Les pieds eux-mêmes, ordinairement tournés en balustre, sont entièrement cachés par la courte-pointe, et même les traverses et les pans, par une fausse courtepointe. Vers 1772, la mode commence à évoluer. On montre le cintre chantourné du dossier et parfois les pans et les traverses sculptés. Quinze ans plus tard, le bois paraît partout : dossier cintré, pans, traverses, montants. Les pieds de devant, arrasés dans le modèle de 1750, lorsque la courte-pointe les recouvre, se terminent par un amortissement en pomme de pin ou par tout autre motif.

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