CONSOLES
Il ne nous reste plus, avant de passer aux meubles fermants, qu'à dire quelques mots de la console ou, pour parler comme les décorateurs du xvme siècle, du « pied de table orné pour entre-croisées ». Le meuble est composé d'un dessus, le plus souvent de marbre, porté par quatre pieds dont les deux de derrière sont verticaux et plaqués au mur, et les deux de devant recourbés pour se rapprocher à l'entre-jambe et rentrer en quelque sorte sous la table. Cette forme « en console » des pieds donne son nom au meuble.
Comme la console est invariablement adossée à un trumeau, elle n'a que trois faces apparentes et son dessus présente la forme d'une moitié de table, ovale ou chantournée. Les pieds sont toujours reliés par une entre-jambe dont le centre porte un vase ou un motif de décoration important. Il s'agit donc moins d'un meuble que d'un élément fixe de décoration intérieure, dessiné par les
architectes, en harmonie avec les moulures et les corniches de l'appartement, et destiné à occuper une place déterminée pour laquelle il est construit, au même titre qu'une glace ou un trumeau. Aussi l'architecte et le sculpteur, n'ayant pas à tenir compte des conditions de solidité, d'équilibre, de commodité qu'on exige d'une table d'usage, en font-ils une véritable fantaisie décorative. C'est très probablement dans les consoles que se manifestent, à chaque époque, les premières nouveautés de style.
Vers 1730, Meissonnier, Slodtz et Oppenord créent la console rocaille. Roumier, Cuvillier, Pineau, de 1745 à 1755, en varient à l'infini les végétations fabuleuses mêlées de dragons, les rinceaux à branches détachées, les chutes de fleurs s'échappant de rocailles à profil singulier. Ceinture, pieds, entre-jambe se contournent, se creusent, s'arrondissent avec des hardiesses de forme, des licences décoratives incroyables. Rien de droit ni de symétrique. Les cartouches et les écussons penchent sur leur axe. Il est impossible de diviser un ornement par sa ligne médiane en deux parties qui se répètent. Mais cette asymétrie ne compromet pas l'équilibre. Si les deux côtés ne se répondent pas, ne se répètent pas exactement, leurs masses se pondèrent et se balancent. L'œil ne s'aperçoit pas du défaut de symétrie (1).
Le retour aux formes droites est déjà très avancé dans la décoration architecturale intérieure sans que l'on ait encore renoncé à la console rocaille, de tous les meubles celui qui porte le mieux la marque du style
(1) H. Clouzot, L'Ameublement Louis XV. Paris-Vincennes, 1912, in-40.
TABLES — BUREAUX — GUÉRIDONS — ÉCRANS
Louis XV. En 1772, Roubo en donne des modèles d'une exubérance et d'une richesse de décor sans pareilles. Mais déjà Delafosse, Boucher fils et leurs émules prêchent par leurs exemples l'évangile des formes droites et des courbes régulières. Le dessus de leurs consoles prend la forme d'une demi-circonférence ou d'un rectangle. Les pieds droits sont cannelés. La ceinture également, quand elle n'est pas agrémentée de feuilles d'eau, de rubans ou de piastres. D'un pied à l'autre, au-dessous de la ceinture, se détachent des guirlandes de fleurs, des nœuds de ruban, des chutes, reliés à des cartouches, à des médaillons. L'entre-jambe supporte un vase antique, une corbeille de fleurs, un trophée de flèches, de carquois, de flambeaux, de colombes. Parfois, la console repose sur trois volutes de forme architectonique, ornées d'acanthes et réunies en seul pied par la base.
MEUBLES FERMANTS
Nous arrivons maintenant aux meubles à bâtis et à panneaux, aux meubles fermants, comme les armoires, les buffets, les commodes ou les secrétaires-armoires. Le Grand Siècle n'a connu que le cabinet, l'armoire et le coffre. Ces modèles classiques se métamorphosent dès la Régence en une prodigieuse quantité de grands et de petits meubles, aux usages nouveaux, aux noms inconnus. La plupart se font en bois de rapport ou de marqueterie. Nous sommes maintenant dans le domaine des ébénistes.