ARMOIRES
Les plus grands des meubles fermants, les armoires, sont en même temps les moins sujets aux transformations de la mode. Les modèles de 1770 diffèrent à peine de ceux de 1750, et même de ceux de 1720. N'en soyons pas surpris. Ce genre de meuble ne figure que dans les appartements des gens de condition médiocre, conservateurs par nécessité aussi bien que par goût. Les gens riches, qui ne peuvent se passer d'armoires, les relèguent dans la garde-robe, les offices ou les pièces de rebut, où la forme et le décor importent peu. Conséquence de ce rôle social : les plus beaux modèles se retrouvent dans les intérieurs bourgeois et rus-
MEUBLÉS FERMANTS
tiques, où ils tiennent la place d'honneur, comme c'est le cas pour les armoires normandes. Dans les hôtels riches, c'est un meuble d'utilité dont la peinture dissimule mal les matériaux communs et le défaut d'ornement.
Les éléments constructifs de l'armoire se composent de la devanture (deux portes, un chambranle et une corniche), de deux côtés, d'un derrière, de deux fonds. On les démonte à volonté à l'aide de vis à écrous, semblables à celles des lits. Elles sont garnies à l'intérieur de tablettes et de tiroirs. Quelquefois on y ménage à la partie inférieure des tiroirs apparents. Les corniches, construites à part, rentrent à rainure dans les traverses du haut. Elles ne retournent pas derrière l'armoire et sont coupées au ras des côtés. Le meuble mesure depuis im95, 2m275 et même 2m6o de hauteur, sur imi35 à im4Ôo de largeur et om46o à om485 de profondeur. On le fait en chêne, en hêtre ou en noyer avec des tablettes en sapin. Pour les panneaux de derrière, on emploie souvent de vieilles douves de tonneaux.
Pendant le second quart du xvme siècle, on cintre les corniches en S ou en anse de panier, non seulement en élévation, mais même en plan, de sorte que l'on voit des armoires bombées ou ventrues. Vers 1770, on les fait indifféremment cintrées ou droites. A partir de 1780, les corniches cintrées sont exceptionnelles. On ne les retrouve guère que chez les menuisiers de province, fidèles aux traditions. La traverse inférieure du chambranle reste également très longtemps chantournée, avec des pieds de biche. Quant aux vantaux, ils suivent le style général des portes et des trumeaux moulurés de l'appartement. Découpés sous
Louis XV en quart de cercle, chantournés à leur partie supérieure et sur tout le pourtour de leurs panneaux, ils ne présentent plus, vers 1780, que des lignes droites. Le meuble est devenu une construction architectonique, conformée aux règles des ordres antiques, avec frise, architrave, corniche, soubassement. Certains modèles, aussi bien Louis XV que Louis XVI, sont à pans coupés.
Les moulures faisant le principal ornement des armoires, les parties sculptées sont à l'ordinaire sobrement distribuées. Dans l'armoire normande, cependant, la frise, les champs autour des panneaux, le montant médian, la traverse inférieure sont chargés de motifs en relief assez accentués, d'une facilité et d'une abondance un peu banales mais agréables à l'œil. L'armoire Louis XVI à l'antique ne présente pour ainsi dire aucun ornement de sculpture.
On fait aussi des armoires de petite dimension dont la parure de marqueterie, de laque ou de bronze doré n'est pas évidemment destinée aux antichambres ni aux garderobes. On en connaît de Cressent, avec des vantaux de laque chinoise, empruntés sans doute à des feuilles de paravent (hauteur im5o, largeur im35, profondeur om37o). Ces meubles jouaient le rôle de « cabinets » pour certains amateurs.