COMMODES
Dès le début du xvme siècle, on voit apparaître un meuble à hauteur d'appui, de forme analogue au bas-debuffet ou bureau, mais muni, au lieu de portes, de tiroirs superposés, disposition « commode », qui permet d'y serrer beaucoup d'objets séparément.
L1 'armoire- commode ou commode date des premières années du siècle. Bérain en dessine de fort belles avant de mourir (1711) et Boulle en exécute avant 1720. Richelet, dès 1728, en donne cette définition : « Commode se dit aussi d'une espèce de bureau dont on se sert à présent pour retirer les habits, coiffures et autres habits de femmes. » C'est encore une nouveauté. Vingt ans plus tard on en voit partout. Les commodes sont les meubles par excellence du siècle.
On peut les diviser en deux genres, les « grandes commodes », dont toute la hauteur est remplie de tiroirs, et les « commodes sur pieds» — Roubo les appelle « demicommodes» ou petites commodes — qui n'ont de tiroirs que jusqu'à om325 ou om485 du sol, l'espace qui reste entre le dernier tiroir et le sol demeurant vide. Bien que l'on trouve des grandes commodes dans les modèles de Bérain et que Boulle exécute indifféremment une forme ou l'autre, il semble que la commode sur pieds soit la plus répandue au début (Régence, Louis XV). Elle dérive en tout cas,
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presque sans modification des grands coffres montés sur pieds et supportés par des cariatides de la fin du xvue siècle, tandis que la grande commode se rattache plutôt au bas de buffet.
Vers 1740, les commodes sont bombées ou chantournées sur le plan par devant et quelquefois sur les côtés. Certaines même sont cintrées sur l'élévation, ce qui leur vaut le nom de commodes « en tombeau ». Les ébénistes ne leur donnent que deux tiroirs. Leurs pieds chantournés s'élèvent de om30 à om40 du sol. Les plus belles sont revêtues de bois de placage et disparaissent sur un véritable réseau de bronzes dorés, capricieusement modelés. Elles jouent, dans les entre-deux des fenêtres, un rôle décoratif analogue à celui des tables-consoles.
Vingt ans plus tard, la mode s'est assagie. Sans renoncer aux formes chantournées, la commode n'est plus démesurément ventrue comme sous la Régence. C'est un meuble de om865 à omo,20 de hauteur sur imi35 de longueur et om485 à om540 de largeur. On en fait aussi de plus petites, mais leur hauteur, qui est celle du lambris des appartements au-dessus duquel elles doivent affleurer, reste invariable. Le meuble se compose d'un coffre ou bâti constitué, comme dans les bas-de-buffets, par quatre pieds ou montants, par des traverses qui servent à porter les tiroirs, et par un faux fond. Le dessus est fait d'un seul ou de deux panneaux de noyer joints ensemble et fixés sur le bâti par des chevilles. Quand le dessus est en marbre, on le fait reposer sur un double fond.
Vers 1770, la grande commode tend à devenir un
meuble d'utilité, banni des pièces d'apparat : on lui marchande le travail d'ébénisterie et les embellissements de bronze doré. En même temps, le cintrage commence à passer de mode. Le goût des formes droites prévaut, comme dit Roubo, non seulement dans la décoration extérieure et intérieure des édifices quelconques, mais encore dans celle des meubles et des habits, « comme si chacune de ces choses, quoique très différentes entre elles, devaient se ressembler dans le genre, ou, pour mieux dire, la forme de leur décoration ». On adopte les formes carrées pour les commodes comme pour tout ce qui se fait « à la grecque ».
Dès lors, sous les appellations les plus diverses, c'est la commode droite qui règne, avec des angles arrondis, à arêtes vives, à pans coupés, avec un plan rectangulaire, demi circulaire, trapézoïdal, avec des montants en colonne, en pilastre, et même, dans la «commode à l'anglaise», en gaine.
Vers 1785, l'ingéniosité des décorateurs et des ébénistes crée une variété incroyable de petites commodes, presque toujours à pieds, d'une élégance et d'une richesse de décor parfaites, qui, sous les noms les plus divers redonnent de la vogue au meuble. Leur fantaisie échappe à toute description. On en fait à deux tiroirs sur pieds de biche, qui pourraient passer pour des chiffonnières. On en fait à trois tiroirs, sur pieds droits, peu élevés. Toutes les dimensions s'amoindrissent : la hauteur n'est plus que de om755 à om8io, la largeur de om540 à omo,75. On imagine des commodes à la dauphine* à l'italienne, à la provençale, à la polonaise, à l'impériale, à l'antique, à la reine, à la fran-
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çaise, à la romaine, à la chancelière (Boucher fils), tandis que, plus simples, les grandes commodes droites, dites « commodes carrées », continuent à jouer un rôle utilitaire.
Grande ou petite, la commode Louis XVI remplace volontiers l'embellissement de bronze par le décor en bois de rapport, en laque de, Chine, en vernis Martin ou en marqueterie. Aussi beaucoup de modèles substituent aux tiroirs apparents des panneaux ouvrants entre les traverses du haut et du bas et le milieu du meuble. Quand l'ébéniste juge à propos d'y joindre des tiroirs, il en dispose un rang dans la partie supérieure, au-dessous de la table, ou plusieurs rangs sur les côtés en réservant la partie du milieu pour un panneau droit ou cintré. Parfois même, il surmonte le meuble d'un petit secrétaire ou cartonnier à trois rangs de deux tiroirs, de om975 de largeur sur omi6o de profondeur.
Sous l'influence de la mode anglaise, on ménage' aussi dans les commodes des tablettes ouvertes qui remplacent les rangs de tiroirs de chaque côté du panneau central. Bien plus, on construit des commodes ouvertes dans le goût anglais, qui sont de vraies tables-consoles à dessus semi-circulaire, avec un seul rang de tiroirs au-dessous, et deux ou trois tablettes garnies d'un rebord de cuivre repercé entre les pieds.
N'oublions pas non plus les petites commodes d'angle, appelées encoignures ou e'coinçons, triangulaires par leur plan et fermées de portes. On leur donne la hauteur des commodes, avec om485 à om540 de côté. L'angle, au lieu d'être droit, peut se conformer à la place que le meuble
est destiné à occuper dans l'appartement. Vers 1785, on fait les encoignures indifféremment droites ou cintrées par devant.
CHIFFONNIERES
Quand les commodes ont plus de trois rangs de tiroirs sur la hauteur, elles prennent le nom de garde-robes. On les appelle chiffonnières — nous disons aujourd'hui « chiffonniers» —quand le corps de tiroirs atteint im30 de hauteur. Sous Louis XVI, on çn fait d'élégants modèles, décorés de marqueterie. Le meuble a franchi la porte des pièces d'apparat comme nous le montre Lawrence dans le Directeur des toilettes.