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TEINTURE DES BOIS

Les ébénistes suppléent aux nuances qui leur manquent en avivant par certaines teintures les couleurs des bois des

îles, et en donnant des nuances variées, à l'aide également de teintures appropriées, à des essences indigènes incolores, l'alisier, l'aune, l'érable, le frêne, le houx, le poirier (pour le noir).

Vers 1770, voici les ingrédients en usage pour la teinture des bois :

Bleu. — Le bleu s'obtient avec de l'indigo délayé dans de l'acide sulfurique concentré, et étendu ensuite d'eau. Poudre d'indigo, 30 gr. 59, acide sulfurique, 122 gr. 36, eau 93 centilitres. Teinture à froid.

Jaune. — On teint en jaune en faisant bouillir ensemble : racine d' épine- vinette, ocre jaune et safran. La décoction de gaude donne également un très beau jaune. En l'additionnant de vert-de-gris, on obtient un jaune couleur de soufre. Le safran infusé dans l'alcool fournit un très beau jaune doré.

Rouge. — Pour avoir du rouge, on fait bouillir du bois de Brésil avec de l'alun. Sans alun, le brésil donne un rouge jaunâtre dit capucine (1). On obtient aussi une belle décoction rouge en faisant bouillir 500 gr. de laine à « débouillir » dans 372 centilitres d'eau.

Brun. — Le brun se tire d'une décoction de brou de noix, additionnée d'un peu d'alun.

Noir. — On fait un beau noir en trempant d'abord les bois dans une décoction de campèche, puis dans une décoc-

(1) Peut-être les tourneurs de sièges communs passaient-ils leurs bois à cette teinture, ce qui expliquerait le terme de chaise à la capucine.

T.ES BOIS D'ÉBÉNISTERIE

tion de noix de galle et de sulfate de fer. On peut se contenter d'une seule teinture avec : noix de galle, une partie ; sulfate de fer, une partie; campêche, six parties.

Gris. — Pour la teinture grise, on mélange une partie de sulfate de fer et deux parties de noix de galle.

Vert. — Le vert ne s'obtient pas directement. On teint d'abord en bleu, puis en jaune dans une décoction de gaude, ce qui donne un vert vif. Cependant, on peut faire une teinture en mélangeant de l' épine- vinette avec de l'indigo délayé dans l'acide sulfurique.

Violet. — On teint en violet avec une décoction de campêche mêlée d'alun. Mais on peut d'abord teindre en rose avec du débouilli de laine, puis en bleu, ce qui donne un violet clair.

Pour ces teintures, en somme assez restreintes et presque toutes tirées de colorants végétaux, les ébénistes emploient des pots de grès, — de préférence des pots à beurre — où ils laissent tremper les bois jusqu'à ce qu'ils soient profondément pénétrés, ce qui demande souvent quinze jours ou un mois et naturellement interdit l'emploi des teintures à chaud. Constatons toutefois qu'avec ces procédés bornés et minutieux, très loin des ressources infinies que la chimie met à la disposition de leurs successeurs, les ébénistes du xvme siècle obtiennent des teintes séduisantes et capables, en même temps, de résister pendant des centaines d'années à l'action décolorante de la lumière.

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