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SOINS A DONNER AUX MEUBLES

Le premier soin pour l'entretien des meubles, c'est de les mettre bien d'aplomb en les installant à leur place définitive. S'ils ne sont pas calés, et placés bien horizontalement, ils risquent de se déformer.

Il faut choisir pour les meubles de valeur un emplacement approprié, à l'abri de l'humidité comme des rayons du soleil. L'humidité est le plus grand ennemi des objets d'ameublement, particulièrement s'ils sont plaqués ou marquetés. Le plus sûr, c'est de ne jamais les adosser com-

plètement au mur et de laisser un intervalle où l'air puisse circuler. Quant à l'exposition au soleil, surtout en été et dans un climat méridional, elle exerce une action délétère sur les nuances fragiles des bois des îles, aussi bien que sur les couleurs des étoffes. On dit que le soleil les « mange ».

Il faut éviter pour les meubles anciens de se servir de l'encaustique ordinaire que les ménagères emploient pour tous les genres de meubles, qu'ils soient en chêne, en acajou ou en palissandre. Pour rendre aux bois anciens leur brillant, le point important c'est d'user de patience et surtout d' « huile de bras », comme on dit vulgairement. Voici une façon de procéder : Prenez un morceau de flanelle douce, roulez-le en boule ou en tampon, et enveloppez-le d'un morceau de toile usagée, bien tendue autour du tampon. Laissez tomber sur celui-ci deux gouttes d'huile d'amande et deux gouttes d'esprit de vin et frottez la surface à polir en ayant soin de toujours décrire des sortes de petits cercles jusqu'à ce que le polissage soit suffisant. Ne jamais attaquer qu'une petite surface à la fois, et n'employer que de la toile très propre pour l'opération (Chaplet). On peut aussi étendre avec un chiffon doux, un mélange d'essence de térébenthine avec deux fois son poids d'huile d'olive. On opère comme précédemment.

Pour enlever les taches d'eau sur le vernis des meubles, on verse un peu d'huile d'olive dans un récipient et on y râpe un peu de cire blanche. On chauffe jusqu'à faire fondre la cire, et on passe un peu de l'enduit sur les taches. Pour finir on frotte avec un linge de toile jusqu'à rendre au vernis le brillant primitif.

ENTRETIEN ET PETITES RÉPARATIONS

S'il s'agit d'une petite tache rebelle, on peut employer la composition suivante : Cire râpée, ioo gi\, savon blanc, 15 gr. que l'on mélange en les faisant fondre au bain-marie. On y verse, loin du feu, un verre à bordeaux d'essence de térébenthine que l'on a fait chauffer dans un récipient entouré d'eau bouillante. On laisse refroidir et on applique sur les taches, après les avoir préalablement lavées avec un morceau de flanelle trempé dans de la bière chaude. Frottez et faites reluire (de Savigny).

Si l'on veut boucher une fente dans le bois d'un meuble, on emploie de la cire à parquet où l'on introduit, en la faisant fondre, de la litharge et de l'ocre rouge, suffisamment dosées pour obtenir la teinte du bois à réparer. On malaxe et l'on fait des bâtons que l'on emploie comme de la cire à cacheter en les faisant fondre à la flamme. On peut aussi mélanger de la brique en poudre avec 8 % de litharge tamisée. On malaxe avec de l'huile de lin en quantité suffisante pour rendre la masse pâteuse. Les trous sont bouchés avec la préparation (Chaplet).

Les bois anciens sont souvent criblés de trous minuscules qu'on dirait percés à la vrille. On dit vulgairement qu'ils sont mangés des vers. En réalité, ce ravage est l'œuvre des larves d'un genre de coléoptères nommés « vrillettes ». Quand les trous sont anciens et que l'insecte les a abandonnés, il suffit de les boucher avec un peu d'encaustique. Mais quand la larve est en travail — ce qui se reconnaît à la poussière qu'il rejette de son trou, — il est indispensable de le détruire. On peut y arriver en faisant pénétrer dans le bois, à l'aide d'un pinceau, de l'essence minérale, de la

benzine ou du pétrole, mais le procédé le plus sûr consiste à employer la liqueur de Van Swieten, achetée chez un pharmacien, ou préparée en faisant dissoudre i gr. de bichlorure de mercure dans un mélange de ioo gr. d'alcool et 900 gr. d'eau. On introduit dans l'orifice d'une poire en caoutchouc (de 25 à 30 gr. de capacité) un petit tube de verre effilé par le bout, mais suffisamment solide. Un tube de thermomètre est tout à fait propre à cet office. On emplit la poire de liquide par aspiration, on introduit la pointe de verre dans un trou de vrillette et on presse. La poussière et l'eau sortent aussitôt. On seringue successivement chaque trou jusqu'à ce qu'il ne sorte plus de poussière.

PEINTURE, DORURE ET LAQUE

Rafraîchir ou « aviver » un meuble peint ou vernis, c'est lui enlever la malpropreté occasionnée soit par le dépôt d'ordures qu'y font les insectes et les mouches, soit par la crasse de la poussière et lui rendre sa première propreté. On emploie une eau de lessive, très forte, faite de potasse et de cendres gravelées (lie de vin calcinée) :

Eau 6 kg

Potasse I-500

Cendres gravelées , . 0.500

Quand on veut seulement «décrasser», — et c'est le cas le plus ordinaire, — on se sert de cette lessive en l'étendant

ENTRETIEN ET PETITES RÉPARATIONS

d'eau (deux décilitres dans un litre d'eau). Trois ou quatre minutes après que cette lessive est étendue, il faut laver à grande eau. Si on la laissait séjourner, elle corroderait couleurs et vernis. Quand tout est sec, on donne une ou deux couches de vernis.

Si la peinture est enlevée soit par un éclat de bois, soit par l'action du feu ou de quelque corrosif, il faut la « raccorder », c'est-à-dire la remettre au ton de l'ancienne teinte. Cette opération demande beaucoup d'habileté pour que la couleur nouvelle s'accorde parfaitement avec l'ancienne et ne change plus. Il faut tenir la retouche un peu plus claire et mettre moins d'huile ou moins de colle.

Lorsqu'on veut détruire une couleur pour en substituer une autre, ou lorsque la peinture est trop endommagée pour pouvoir être réparée, le plus sûr est de tout enlever et de «lessiver» les vernis, les couleurs, les blancs d'apprêt, les encollages, les teintes dures et les impressions. On imbibe le bois de potasse, à plusieurs reprises, pour qu'elle pénètre jusqu'au tuf, on lessive et on lave, on dégorge les moulures et les sculptures avec les fers à réparer. Le bois redevient comme s'il n'avait jamais été ni peint ni verni. Quand il est bien sec on peut le repeindre en suivant les procédés que nous avons indiqués.

L'or ne s'altérant ni par l'air ni par l'humidité, ni par aucune des exhalaisons répandues dans l'atmosphère, la dorure d'un meuble ne peut être salie que par l'adhésion de substances étrangères. Il ne s'agit donc, lorsqu'on veut le faire reparaître sur un meuble que de nettoyer les parties sales et malpropres qui le ternissent et de lui rendre son

premier lustre. Mais il n'existe naturellement aucun procédé pour faire reparaître l'or aux endroits où il est enlevé. Bien plus, un lessivage imprudent risque d'aggraver le mal au lieu d'y porter remède en enlevant de nouvelles parcelles d'or ou en détrempant l'assiette.

Les réparations dont les vieilles dorures sont susceptibles se bornent donc au « nettoyage » et aux « reprises ».

Les lessives alcalines doivent être employées avec la plus grande réserve, particulièrement pour les dorures à la détrempe. L'alcool rectifié suffit le plus souvent au nettoyage. Un procédé sans danger consiste à employer simplement de la mousse de savon, à éponger vivement à l'eau claire et à sécher avec un linge fin et chaud pour éviter de détremper l'assiette.

Autre recette : mélanger six blancs d'œufs dans un bol et y incorporer 30 gr. d'eau de Javel, sans faire mousser les blancs. Une couche du mélange appliquée au blaireau fera disparaître taches et noircissures. Rincer deux ou trois fois à l'eau pure et laisser sécher (de Savigny).

On lessive plus aisément l'or à l'huile et on le revernit avec un vernis à l'alcool à or sur lequel on couche du vernis gras.

Quant aux reprises, elles se font avec les procédés que nous avons indiqués à propos de la dorure. Si l'assiette est intacte, on se contente de remettre des parcelles d'or où il en manque et l'on vernit. Si le dommage est plus grave, on refait l'assiette en ayant soin de la polir pour l'égaliser avec les parties intactes et on applique la feuille.

Pour raccommoder les laques, si la feuille d'or ou

ENTRETIEN ET PETITES RÉPARATIONS

d'argent est seule enlevée, on couche à l'endroit endommagé un mordant fait au vernis à la gomme-laque et on applique par-dessus la feuille d'or ou d'argent. Quand elle est bien sèche, on brunit.

Si l'ouvrage est emporté jusqu'au bois, il faut boucher le trou avec un mastic composé de blanc délayé au vernis ou à la colle de peau (le premier vaut mieux). Le trou rempli, on polit pour égaliser au reste de la surface et on y met le fond noir, or ou aventurine, en ayant soin de bien accorder les retouches avec les parties anciennes. On couche le mordant, on applique l'or, on polit et on brunit.

Il en est de même pour les laques en relief. Si l'or seul est emporté, on y met une couche de mordant et on le rétablit. Si le relief est lui-même enlevé, on ajoute une nouvelle pâte qu'on raccorde avec l'ancien décor, puis on y applique le mordant et l'or.

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