MICROBE DE PASTEUR. — PNEUMOCOQUE
Le microbe de Pasteur, que Ton a appelé encore, non sans raison, le microbe delà septicémie salivaire, mérite donc toute notre attention. De tous les organismes les plus fréquemment rencontrés dans la bouche, c'est peut-être le plus intéressant à étudier en raison de son rôle pathogène chez l'homme.
Après avoir étudié le microbe de Pasteur, nous étudierons celui de Friedlaender, que Netter et d'autres ont retrouvé dans la salive humaine. Gamaléia appelle encore le microbe qui nous
FiG. 63. — Diverses formes de cocci, diplococci et chaînettes, capsulés ou non, provenant de l*exsudat pneumonique et des maladies qui compliquent la pneumonie.
occupe Streptococcus lenceolatus Pasteuri, parce qu'il se groupe parfois en petites chaînes faites de deux, trois ou quatre paires. Il est le plus souvent agencé en diplocoque. Il est lancéolé et présente la forme d'un grain d'orge, et de plus, il est souvent effilé à une de ses extrémités. Une capsule, sous forme d'auréole claire, l'entoure de tous côtés. La même capsule renferme ordinairement deux pneumocoques dont les pôles sont arrondis.
Le pneumocoque n'a pas de spores, il ne cultive pas sur la gélatine, il trouble le bouillon, il pousse sur la gélose à la température de 28 degrés et au-dessus.
Un milieu légèrement alcalin est le plus favorable. Les colonies sur gélose font une saillie extrêmement faible; elles sont arrondies, transparentes ou légèrement grisâtres. La viru-
lence s'atténue très rapidement dans les cultures laissées à Tair libre. Le microbe retient la couleur violette après coloration par la méthode de Gram.
Injectées dans le poumon du lapin, du cobaye, de la souris, les cultures de pneumocoques ou les humeurs renfermant le microbe déterminent une pneumonie avec pleurésie et péricardite (Netter).
Injectées dans le tissu cellulaire du lapin et surtout de la souris, elles tuent l'animal par infection générale, que caractérisent à Tautopsie une tuméfaction ganglionnaire, un œdème du tissu cellulaire, une grosse rate et la présence de pneumocoques nombreux dans le sang.
Le rat blanc et le rat gris sont aussi très sensibles au virus pneumonique.
Le mouton est beaucoup plus réfractaire que les animaux précédents, le chien Test encore davantage. Gamaléia a démontré que, par injection de fortes doses de virus très intenses à ces animaux réfractaires, on détermine au point d'inoculation un œdème fibrino-granuleux très considérable. Les microbes dans le sang sont alors très peu nombreux. Plus la réceptivité d'un animal est accusée, plus grande est l'abondance des microbes dans le sang et moins intenses sont les phénomènes inflammatoires à l'endroit de l'inoculation.
Les animaux peu sensibles au virus pneumonique offrant une résistance locale traduite par des phénomènes réactifs prononcés sont ceux qui, à la suite de l'introduction intrapulmonaire du pneumocoque, prennent le plus facilement la pneumonie fibrineuse typique. Tels sont le chien et le mouton. « L'homme appartient par rapport au virus pneumonique à la catégorie des animaux résistants. Cela résulte de la mortalité pneumonique faible (10,8 pour 100), de la réaction locale
LA SALIVE DES ANCIENS PNEUMONIQUES. lOi
élendue qu'il présente dans la forme de rinflammation des poumons, de la rareté des microbes dans son sang t> (Gamaléia). Aussi nous expliquons-nous facilement pourquoi le microbe pénétrant dans certaines conditions le parenchyme pulmonaire y produit une inflammation locale intense comme chez le chien ou le mouton inoculés expérimentalement.
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Présence du pneumocoque dans la salive humaine.
Pendant la période active de la pneumonie, on trouve le pneumocoque dans l'expectoration et la salive. Wolf l'a rencontré 22 fois sur 24, Fraenkel, 40 fois sur 20, Netter, 75 fois sur 400, Fatichi, 5 fois sur 5. Gamaléia a toujours obtenu des résultats positifs en inoculant sous la peau des souris une émulsion de crachats pneumoniques, alors même qu'il avait échoué par le procédé des préparations colorées et des cultures sur gélose. Goldemberg, appliquant la même méthode, a toujours trouvé, sans aucune exception, le pneumocoque dans les crachats de quarante pneumoniques étudiés à la file. De ces résultats toujours positifs, Gamaléia s'est cru autorisé à conclure que la pneumonie fibrineuse est toujours liée au microbe de Pasteur»
La salive des anciens pneumoniques.
Netter (4) a étudié avec soin ce que devenait la salive des personnes qui avaient une pneumonie. Les résultats de ses recherches ont été les suivants :
1* Après la gmrison de la pneumonie, la salive renferme généralement des pneumocoques actifs et cela pendant fort longtemps.
(1) Netter, Du microbe de la pneumonie dans la salive (Société de biologie, 1887, p. 611 et 799). '
. Ayant inoculé la salive de soixante-deux perèonnes guéries de pneumonie, les uns depuis quelques jours, les autres depuis des années, jusqu'à dix ou onze ans, Netter a pu déterminer trentesix fois l'infection pneumonique, soit 60 fois sur 400. Fraenkel et Wolf (1) avaient déjà montré qu'après la guérison de la pneumonie, le pneumocoque peut persister dans la salive, mais ils ne s'étaient préoccupés que des premières semaines et n'avaient pas fait de nombreuses recherches. Aussi avaient-ils ignoré tous les détails importants dans lesquels nous allons entrer et dont la connaissance est due tout entière à M. Netter.
2"" LacHvité pathogène du pneumocoque salivaire est fort différente chez les sujets ayant eu une pneumonie^ suivant le temps qui s'est écoulé depuis la guérison de cette tnaladie.
Les statistiques de M. Netter démontrent que la virulence est très faible dans les premières semaines qui suivent la guérison de la pneumonie et qu'elle est plus forte au bout d'un mois, de plusieurs mois, et même de plusieurs années. Cela se voit surtout nettement dans les cas où l'on peut, chez le même sujet, examiner à divers moments le pouvoir infectant de la salive.
S** L'innocuité de la salive se manifeste après la crise^ elle est quelquefois postérieure de quelques jours au début apparent de celle-ci.
La pneumonie n'a pas encore achevé sa défervescence le jour où la température est retombée à la normale. Pour affirmer la terminaison de la crise, il faut constater une température audessous de la normale.
Une observation de M. Netter est intéressante à cet égard. Il injecta à une souris la salive d'un malade lorsque la température fut descendue à 38%2; l'animal mourut d'infection
(1) Wolf (W.), Der Nachweis der Pneumoniebacterien im Sputum {Wiener med. Blàiter, 1887, p. 297, 333 et suiv.).