BACILLE DE LA TUBERCULOSE. U
quantité dç peptone, de chlorure de sodium et de sucre de canne.
Enfin, en 4887, MM. Nocard et Roux montrèrent qu'une simple addition de glycérine aux milieux ordinaires, tels que sérum, gélose ou bouillon, les rendait excellents par la culture des bacilles de Koch (1).
Cet organisme est une aérobie pure ; il ne pousse bien qu'à 39 degrés ; il se développe déjà moins bien à 35-37 degrés.
L'ensemencement doit être fait avec une tuberculose jeune, à bacilles vigoureux. Le développement ne se fait pas si Ton sème de vieux produits tuberculeux.
Ce sont, avons-nous dit, les crachats desséchés et pulvérisés qui sont le plus souvent la cause de la contagion de la tuberculose (2). L'expérimentation nous a montré la virulence de ces crachats même stérilisés.
Les crachats des phtisiques doivent donc être désinfectés. C'est là une première mesure de prophylaxie à prendre. La stérilisation par les antiseptiques (sublimé, acide phénique) est infidèle. Il faut avoir recours à la chaleur. D'après la recommandation du Conseil d'hygiène et de la Commission permanente du Congrès pour l'étude de la tuberculose, il faut faire cracher les phtisiques dans un vase de porcelaine ou de métal que l'on stérilise facilement en y versant de l'eau bouillante; il faut toujours vider les crachoirs dans le feu ou dans l'eau
(1) Annales de rinstilut Pasteur, 1887, p. 19.
(2) L'exemple le plus frappant de cette contamination par les poussières est rapporté par M. Marfan. Dans un bureau administratif, quinze employés sur vingt-deux sont morts de phtisie pulmonaire, dans un espace de onze années, après qu'un de leurs camarades y eut introduit les germes de la maladie, car il y séjourna pendant trois ans, toussant et crachant, avant de succomber {Union méd,, 19 novembre 1889, p. ri5).
Ce ifiUxoU> DOtii ifiî/îreîé^r. car il «îste dacs ks cnixot^ «
doqoaflU; recïj^rrtbr-* qu'il a fait^e^ «ar la ^alir^. Ta TtTt^^xr.r-t iroik fois. — li a été d^:rit pour la première fois par «jaSky. qiii en a lait la décoarerle eo inoculaiit $oq5 la p«ao d<s soiris l* produit du rarrlage des caTemes tubercokoses. Ces animan rûouraieot de septicémie et dans leur sang on troaiait les rnierocoques réuois quatre par quatre doot nous allons donner
la deseription.
Sur les coupe» des parois de cavernes tuberculeuses humaines on peut dans certains cas déceler la présence de ces microw>rganisme$. Si cette présence est rarement signalée. c*est que, pour examiner les cmctiats comme les parois des cavernes des tuberculeux, on les traite par la méthode d'Ehrlich qui met en évidence le liacille de Koch, mais qui décolore les autres Ijacilles. Il faut donc traiter spécialement les préparations par la méthode de Gram ou de Weigert pour déceler ce micrO'Or(ranisme.
Le tétragéne se présente sous la forme d'un microcoque mesurant 1 (x de diamètre environ. Les éléments sont réunis quatre par quatre, sous forme de tétrade, le tout réuni par une enveloppe muqueuse.
La coloration se fait facilement avec la solution hydroalcoolique des couleurs d^aniline, elle se fait mieux encore
(1) Villemin, Jiull. de VAcad, de méd., 29 octobre 1889, t.XXII, p. 388.
TÉTRAGÈNE. 145
par les procédés de Gram (voy. p. 408) ou de Weigert (1). Sur les coupes des organes d'animaux morts de septicémie tétragénique expérimentale, le microbe se colore très bien par la méthode de Gram et mieux encore par celle de Weigert. Pour mettre en évidence le bacille de la tuberculose en même temps que le micrococcus tétragène sur les coupes pratiquées dans l'épaisseur des parois d'une caverne provenant d'un poumon humain tuberculeux, Thoinot et Masselin conseillent le procédé suivant :
« Les coupes fines une fois déshydratées dans l'alcool absolu sont placées pendant deux heures dans la liqueur rouge d'Ehrlich ; elles sont ensuite décolorées dans l'alcool et l'acide azotique à 1 pour 100 et rincées à l'eau. On colore ensuite légèrement le tissu au brun de Bismarck, puis on emploie la méthode de Gram ou celle de Weigert. Si les manipulations ont été bien faites, on a ainsi une préparation typique dans laquelle on voit le tissu en jaune clair, les bacilles de Koch en rouge et le micrococcus tétragène en violet (2). »
Le tétragène est un aérobie facultatif; il se cultive aussi bien à l'abri de l'oxgyène qu'à son contact. Il se développe même plus abondamment dans les bouillons qui ne sont pas laissés en présence de l'air.
Inoculé dans un tube de bouillon laissé en présence de l'air,
(1) La double coloration de Weigert se fait de la façon suivante : on passe d^abord au picro-carmin, pendant cinq minutes; on lave à l'eau distillée, on déshydrate à l'alcool absolu, on verse sur la préparation quelques gouttes de la liqueur de Weigert (solution aqueuse concentrée de violet 6 6 à chaud), qu'on laisse pendant dix minutes, on expose ensuite la coupe pendant une minute dans la solution de Gram, on la sèche avec du papier buvard et on la décolore par l'huile d'aniline. Une fois la décoloration obtenue, on lave au xylol et l'on monte dans le baume.
(2) Thoinoi et Masselin, Précis de microbie, p. 340.
ne LES MICROBES DE LA BOUCHE.
il commence à troubler le liquide au bout de quelques heures déjà; la culture se dépose ensuite au fond du vase sous forme d'une poudre blanche et très fine. En agitant le milieu, la poudre s'élève dans le liquide sous forme de flocons qui se dispersent bientôt. Inoculé en piqûre dans la profondeur de la gélatine, au bout de quatre jours, à la température ordinaire, le tétragène donne une culture blanche, nacrée, étalée à la surface ; on a comparé son aspect à celui d'une feuille de nénuphar.
Le long de la culture se développent de petites colonies
gn***
FiG. Si. — Micrococcus tetragenus dans la rate d'une souris (Gornil et Babes).
ovoïdes, tassées les unes contre les autres vers la surface, nettement séparées vers la profondeur.
La gélatine n'est jamais liquéfiée. Sur la pomme de terre le développement est très riche et donne une culture blanche, vernissée.
Les cultures examinées au microscope après dissociation sur lamelles montrent des tétrades souvent groupées en zooglées.
Le tétragène est pathogène pour la souris et le cobaye. La souris contracte facilement la maladie.
Si un premier animal inoculé avec un crachat humain meurt par le tétragène, une goutte de son sang inoculée à une seconde souris dans le tissu cellulaire du dos ou de la cuisse la
TÉTRAGÈNE. 147
tue en moins de vingt-quatre heures. Le microbe conservé en culture est moins actif. L'inoculation ne détermine plus la mort qu'au bout de trois ou quatre jours, après une période d'immobilité et de somnolence.
On ne trouve guère à l'autopsie d'autres lésions microscopiquement appréciables qu'une congestion des viscères, mais le sang contient le microcoque. Les capillaires du poumon et du foie, les glomérules du rein sont remplis par des masses de tétrades encapsulées. Les cobayes présentent après inoculation soit une septicémie, soit des abcès locaux. On ne sait pas le rôle que peut jouer le tétragène chez l'homme. Gornil et Babes se demandent si ce n'est pas ce microbe qu'ils ont trouvé dans un abcès syphilitique sous forme de groupes carrés entourés d'une capsule. Dans ce cas, cet organisme était généralisé dans des abcès pyémiques.
Roswell Park(1) a retrouvé le microcoque tétragène dans le pus d'un abcès sous-maxillaire.
Cet abcès était survenu chez une jeune femme de dix-huit ans, de bonne santé habituelle, dont le côté gauche de la face était si tuméfié qu'elle ne pouvait ouvrir la bouche. Depuis quelque temps, la troisième molaire inférieure gauche était très douloureuse ; un dentiste consulté ne put l'arracher, et la fluxion durait depuis une semaine quand la malade entra à l'hôpital avec un phlegmon anthracoïde allant de l'oreille au menton, très dur, cédant à peine à la pression, peu douloureux; température à 38 degrés. On aurait pu croire à une angine de Ludwig, n'eût été l'étendue du gonflement.
On fit appliquer de l'onguent mercuriel et des cataplasmes pour hâter la suppuration ; mais au bout de trois semaines
(1) R. Park, Med, News, 6 octobre 1888, t. LUI, p. 381.
1 éuil *fiaii i f*f;L pr*;. ** nnsiut. Aior^ ayre^ aiïesliieàit,. ol ouvrit it in^ucjit Ut iun?e ^: l ol ^snt^^L a ihul.. an. -eiai carî^ «i tr*;.- Irai^iK Ul incisa -îJiiïUik: queJqlle^ pomL- ramiolii.- c ol il «rrti: tu. [mu ot: pUr ^: av*r. inH^ cuilie! irani-iiaiitt ol ^!nf?iï; ^utau! m. ]>^t (i^.- iis^u.^ niajitQei. Ll tronvaiefcenct m: lent^. et rifjûutaiiOL 0^- liissui- aiTTc: lon^nempi. L ialiu: ^ncort n^ ci&er (jueiqu*s* puinu- raïuulii^ ^: & çih^isol r'-eiai: pa.- encon
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Nou^ o'avoas paic> â faire ici rbistoire clinique et analomique du iriuj^uet. Nous l'appellerons seulement que, sur une «luqueufee rouj^e — t^uiiant Texpression de Parrot — el acide, il titi \)i(*MtiiUt rnuii (orme d'un enduit blancliâlre, crémeui, qui lui a valu %oii nom en raison de son analogie avec le Contaitaria incialtH, Oo peut trouver la lésion ailleurs que dans la
bouche. Elle est due toujours à la pullulation d'un parasite décrit pour la première fois par Berg, de Stockholm, en 1842, et retrouvé en France par Gruby. En 1852, Gubler se livrait à d'intéressantes recherches sur l'acidité de la cavité buccale, acidité considérée comme nécessaire au développement du parasite. En 1853, Ch. Robin faisait une étude minutieuse du champignon et découvrait des filaments et des spores (1).
1" Filaments. — Ce sont des tubes à bords nettement accusés et parallèles. Leur centre est transparent et leur diamètre varie de 3 à 4 [x. Ces filaments sont simples à l'état jeune, ramifiés à l'état adulte. Ils sont remplis de cellules allongées qui les cloisonnent d'espace en espace. Les cloisonnements sont remplis par une substance homogène transparente. Ces filaments ont deux extrémités; l'une est adhérente à une première cellule en communication directe avec une spore dont elle est le prolongement. L'extrémité libre est une cellule arrondie, très grosse, arrivée sans doute à son apogée et prête à se détacher.
2° Spores. — Elles sont disséminées autour et à l'origine des filaments. Leur forme est sphérique ; contenant une poussière fine, elles réfractent fortement la lumière ; elles peuvent flotter librement ou bien sont adhérentes et superposées à des plaques épithéliales.
La trame d'une plaque de muguet n'est pas formée en efiet par de la fibrine, mais bien par des cellules pavimenteuses de tout âge, la plupart dégénérées et granuleuses. Le champignon forme la base des lames pseudo-membraneuses qui constituent le muguet ; c'est lui qui leur donne leur couleur blanchâtre.
(1) Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites, p. 188.
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L ;ii;peci que aous ivork? iétTii '*ât -în rrfet ceiui que ppî- ?enle !e champignon i*^veioppé âur la nuqueose buccale. Mais cette terme ni riea >ie «viosiant : -^ile peut ':hanger, se tuer rfiine &çon «lîtrérente iui-.aat !e muieu «ie '^uiture.
M. Ch. Aiidry >.?i, laidaat des procédés récents usités en technique bai^ténologique, a repris r^n 1^87. dans un tra^Riil f rés important, «^etle étude du mu(^et. Q a •ruitivé ce parasite Mit différenu milieux et montré les modiùcations que subissait le végétal suivant le terrain sur lequel il se déTeloppait. A l'exemple de Van Tie^rhem, M. Audry ran;^ le micro-organe Orawitï, Àrckit. de Virekon:. tJîTT, t. ULÎ, p. 546. (2f 0nîru)iiao4, Arck. de pktf$., t. I, p. 68. (Z) Audry, Retue de médecine^ t. VU, p. 586.
nisrae du muguet parmi les saccharomycès et lui donne le nom de Saccharomycès albicans. Ce sont les travaux de M. Audry que nous allons résumer.
Culture siw gélatine et milieux solides et liquides. — Une greffe de muguet ensemencée sur gélatine ordinaire a fourni à M. Audry les résultats suivants : ^
Autour du fragment initial, qui a conservé son apparence et sa forme un peu irrégulière, se sont juxtaposés cinq ou six petits lobules d'un blanc pur, ayant à peu près les dimensions et un peu les formes très régulières d'autant de petites perles chevauchant un peu, par leurs bords, les unes sur les autres et affectant une disposition vaguement losangique, évidemment en rapport avec la forme de la greffe. A côté de ces lobules, et isolés, s'en est développé un autre tout à fait identique aux précédents.
La gélatine n'est ni liquéfiée ni déprimée; la végétation, un peu exubérante, mamelonnée, a lieu en surface et en saillie sur un tube de gélatine acidifiée au moyen d'un peu d'acide phosphorique ; la végétation, extrêmement riche, n'a pas présenté d'autres caractères.
La gélatine ordinaire a conservé la réaction neutre ou très légèrement alcaline qu'ont tous les milieux nutritifs usités au laboratoire. Une colonie délayée dans un peu d'eau reste neutre.
Sur l'agar-agar, le Saccharomycès albicans se développe suivant un type identique, seulement avec une rapidité beaucoup plus grande, ce qui est dû à la possibilité de soumettre les tubes à la chaleur de l'étuve; et en effet, à mesure que la température de la saison s'est élevée, le développement du champignon sur la gélatine ordinaire s'est fort accéléré.
cellulaires de forme généralement arrondie, parfois irrégulière. Ces corps ne présentent pas d'ordination spéciale, ils peuvent être isolés ou accolés. Ils ont en certains points des rapports semblables à ceux que présentent les levures.
A un fort grossissement, on peut voir que la membrane d'enveloppe de ces éléments est épaisse, lisse et claire. Au centre se trouve un protoplasma granuleux qui se laisse fortement colorer par les réactifs et n'arrive pas tout à fait au contact de la membrane d'enveloppe. On aperçoit en certains
FiG. 83.— Culture sur gélatine. — Obj. 1/12 à immersion de Zeissl: Oc. 5. Tube
non tiré (Audry).
points de rares cellules plus volumineuses, irrégulières. Appendue à elle par un fin pédicule, se dessine parfois une cellule très petite, arrondie, procédant par gemmation de la précédente. On trouve enfin d'assez gros éléments transparents, vides de substance granuleuse.
Vues sans coloration, toutes ces cellules ont l'éclat un peu terne. Elles ne réagissent pas vis-à-vis des matières colorantes à la façon des spores.
Une culture faite sur un milieu liquide ne présente déjà plus les éléments arrondis ou ovalaires fournis par les cultures sur milieux solides ; on ne voit plus que des cellules allongées, de volume parfois considérable. Les éléments sont presque tous Agglomérés par groupes de trois, quatre, cinq et six. Plusieurs petites cellules adhèrent en général par une extrémité à une plus grosse cellule centrale.
1 Quelquefois un élément, d'un volume toujours notable, s'effile brusquement en une traînée longue et mince qui se renfle à son extrémité de telle sorte qu'il offre une forme en bissac très allongé. Ce prolongement peut acquérir une assez grande longueur ; il est clair dans sa portion effilée, et occupé à ses deux extrémités larges par de la substance granuleuse centrale et colorée. Déjà sur son trajet il présente une ou plusieurs cellules qui ont avec lui des rapports très étroits et
FiG. 84. — Culture du bouillon. — Môme grossissement (Âudry).
paraissent lui être suspendus. Enfin on aperçoit des filaments longs, clairs, à peu près réguliers, situés sur le prolongement de plusieurs cellules striées dont ils sont indépendants.
« C'est là le premier stade de la mycétisation qui va dès lors prendre un développement rapide et complet. »
Sur une culture âgée de trois ou quatre jours sont disséminés, en effet, de longs linéaments très nombreux, entremêlés aux formations précédemment décrites et qui persistent pour la plupart. A l'intérieur des filaments, on n'observe jamais rien qui ressemble à des spores. On voit seulement des grains très colorés qui parfois se gonflent, a font saillie à l'intérieur et, après s'être pédiculisés, viennent former sur la paroi externe une jeune cellule adhérente, mais distincte ».
Les tubes s'entre-croisent de toutes façons et parfois s'articulent entre eux. A leurs points d'entre-croisement viennent s'agglomérer des quantités de cellules ovalaires qui sont atta-
chées à leur paroi et sont ordonnées entre elles tout à fait à la façon des végétations en levure de bière adulte.
M. Audry a démontré que le développement mycélinique du Saccharomyces albicans est plus abondant encore quand on le cultive sur du vin stérilisé. Le mycélium alors forme des touffes, s'agence en tourbillons. On ne voit plus guère que des filaments ; c'est à peine si Ton aperçoit encore quelques rares éléments cellulaires ordinaires.
Jamais M. Audry n'a vu la formation d'un organisme ana-
FiG. 85. — Culture sur bouillon. — Même grossissement. Tube tiré.
logue au Mycoderma vini. Le vin ne présente jamais l'odeur acétique; il devient acide comme le bouillon lui-même. Au bout de six à huit jours , le processus mycélinisateur para^ît stationnaire, la forme ne change plus. Si l'on ensemence sur milieu solide, agar, gélatine, pomme de terre par exemple, une parcelle de culture en pleine mycélinisation, il ne se développe que des éléments sphériques et jamais de filaments comme dans le bouillon. C'est l'aspect que nous avons décrit d'une culture primitive sur gélose après ensemencement d'une plaque de muguet humain.
« Nous nous trouvons donc, dit M. Audry, en présence d'un être végétal qui, suivant le milieu ambiant, présente un polymorphisme remarquable par sa netteté et sa constance absolue et qui de la sorte offre tantôt l'apparence mycélique, tantôt l'aspect de mycolevure. »
En effet, plongé dans le bouillon, le Saccharomyces albicans
l'orme des mycéliums; développé à la surface d'un terrain solide, il ne donne que des levures. Ainsi s'expliquent les différences de forme du champignon du muguet décrit par les auteurs, tels que Robin, Quinquaud, Bizzozero, Firket, etc.
L'histoire du Saccharomyces albicans ainsi refaite par M. Audry donne un appui nouveau et solide aux théories de Brefeld, Halher, Buchner, Pasteur, sur le polymorphisme d'un certain nombre de champignons.
Ces faits sont à rapprocher de ces anomalies apparentes de révolution si longtemps obscure d'un certain nombre d'individus appartenant nettement au règne animal, les ténias, les langoustes, etc.
Dans l'état actuel de la science, il paraît donc impossible de donner une classification sérieuse des champignons inférieurs et par conséquent du Saccharomyces albicans lui-même. Les levures, d'après Arloing, ne doivent pas être considérées comme des espèces, mais bien comme des formes de transition d'un individu plus élevé dont nous ignorons le complet développement.
Quant aux spores, il semble, contrairement aux opinions courantes, qu'on ne les ait pas encore vues dans l'organisme du muguet, et le processus d'accroissement paraît ne se faire que par bourgeonnement. Le Saccharomyces albicans offre des rapports étroits avec l'organisme figuré par M. Duclaux et décrit par lui-même sous le nom de Saccharomyces pasiorianus. Audry ne croit pas à l'analogie de ces deux champignons. Le Saccharomyces albicans, mis en contact avec une solution de mannite, ne donne pas de fermentation appréciable avec de petites quantités.
Les rapports que Grawitz a cru pouvoir établir entre le Mycoderma vint et le parasite du njuguet ne sont pas confirmés
par Audry. Les recherches d'Audry sont intéressantes encore au point de vue pathologique pur et thérapeutique.
Gubler attribuait, on le sait, une importance considérable à l'acidité de la bouche dans la genèse du muguet; il prétendait qu'il ne pouvait se développer dans la bouche alcaline, d'où l'indication thérapeutique d'alcaliniser la cavité buccale. Or les expériences d'Audry ont prouvé que le Saccharomyces albicans végète aussi bien sur les milieux neutres ou alcalins que sur les milieux acidifiés.
L'acidité delà bouche chez les individus atteints de muguet est pourtant un fait réel et constaté par nombre de cliniciens. Cette acidité est-elle cause ou effet? « Nous l'ignorons, dit Audry. Notons seulement que nos bouillons de culture, qui sont neutres à l'état de pureté, étaient devenus légèrement acides. »
Le borax paraît un excellent antiseptique pour le muguet. Lorsqu'on en verse une faible quantité dans des bouillons de culture, ceux-ci restent stériles.
L'emploi de ce médicament est donc justifié par l'expérimentation. La contagion du muguet, surtout chez les nouveau-nés, est aujourd'hui établie par des faits prabants. Les mauvaises conditions hygiéniques favorisent cette contagion, qui se fait par les biberons mal nettoyés, le sein de la nourrice, probablement aussi par l'air. Le muguet, dans les crèches, revêt même parfois un caractère épidémique. Il sévit principalement sur les enfants de deux à vingt-deux mois (Trousseau), qui présentent peu de résistance contre les conditions défavorables de leur alimentation. Chez les tuberculeux, les cachectiques, les typhiques épuisés, le muguet apparaît comme manifestation ultime de la maladie. 11 survient alors spontanément et les cas en restent sporadiques. Cette année même, dans son cours, M. le professeur Dieulafoy rapportait l'histoire d'une dame
15S LES MICROBES DE LA BOl'CHE.
soignée dans un château situé eu pleine campagne et dans un pays où depuis des années on n'avait pas observé de cas de muguet. Les plaques de stomatite couenneuse se développèrent pourtant peu de jours avant la mort.
Il faut donc admettre que dansTair, peut-être même dans la cavité buccale, le saccharomycès, retrouvant un milieu favorable pour pulluler et exalter sa virulence, devient un organisme pathogène.
STOMATITE APHTEUSE
On a tendance à croire aujourd'hui à la nature microbienne de cette affection.
J'ai publié récemment des faits qui paraissent établir d'une façon positive l'origine bovine des aphtes (1). Cette opinion avait déjà été émise par Sagar, qui, en 1764, soutenait que le lait était un agent de transmission.
La coïncidence d'épidémies d'aphtes chez l'homme ou l'enfant, avec les épizooties de fièvre aphteuse ou cocotte, a été fréquemment signalée.
La preuve de la contagion par le lait a été faite d'ailleurs, en ISSi, par trois vétérinaires allemands expérimentant sur eux-mêmes. Ayant bu volontairement du lait provenant de vaches atteintes depuis quelques jours de fièvre aphteuse, ils furent pris rapidement de fièvre et d'une éruption aphteuse développée sur la muqueuse buccale.
La fièvre aphteuse n'est pas toujours bénigne, elle peut être très grave. J'ai dit que, chaque année, un certain nombre d'enfants succombaient à celte maladie, et j'ai noté, sur vingt-sept observations, un cas de mort par gangrène de la bouche, et
(1) David (Th.), Arch. gén. deméd., 1887, vol. CLX, p. 317, 445.
STOMATITE APHTEUSE. 159
deux cas où deux aphtes s'étaient développés dans Testomac etrintestin.
M. Edgar Hirtz, dans une clinique rapportée dans le Journal de médecine et chirurgie pratiques, pour 1887, soutient que la maladie n'est jamais contagieuse.
Legendre(l) rapporte, en faveur de la contagion, qu'il a vu plusieurs fois deux ou trois enfants de la même famille atteints simultanément ou successivement de fièvre aphteuse. Presque toujours, dans ces cas, il s'agissait, dit-il, d'enfants couchant ensemble.
Pour se préserver de la contagion animale, il faut, comme on l'a recommandé pour la tuberculose, faire bouillir le lait destiné à l'alimentation. La crème, les fromages restent dangereux, aussi devrait-on interdire la vente du lait des vaches atteintes de cocotte.
Si le microbe de la fièvre aphteuse n'a pas encore été trouvé, il le sera sûrement dans un avenir plus ou moins prochain. L'évolution de la maladie (forme fébrile), l'étiologie, la thérapeutique même prouvent son existence.
Un seul médicament, de nature antiseptique, a donné à M. Hirtz des résultats surprenants et rapides. C'est le salicylale de soude. « Il amende, dit-il, en quelques heures et fait disparaître la cuisson si douloureuse de la stomatite, véritable torture pour quelques malades. On devra l'employer en solution concentrée, 20 pour 100 au moins; on badigeonnera la muqueuse buccale et pharyngée cinq ou six fois par jour, principalement après le repas. »
(1) Legendre, Antisepsie médicalCy p. 19i.
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STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE. 161
Quelques animaux moururent plusieurs jours après l'inoculation. Dans leur sang ou au point d'inoculation on trouva les bacilles injectés. On put même constater sur les muqueuses inoculées des lésions inflammatoires, mais jamais d'altérations analogues à la stomatite ulcéreuse.
Frûhwald (1) a, cette année même, dans onze cas de stomatite ulcéreuse observés chez des enfants âgés de huit mois à dix ans , examiné au point de vue microbologique la masse pulpeuse recouvrant les ulcérations.
Il a trouvé diverses espèces de microbes de dimensions différentes, des bacilles ou cocci, les uns liquéfiant la gélatine, les autres ne la liquéfiant pas. Ces organismes se présentaient au microscope sous forme de leptothrix ou de spirilles.
Frûhwald a pourtant rencontré très souvent un bacille dégageant une odeur de putréfaction rappelant l'haleine des gens atteints de stomatite. C'est ce microbe qu'il s'est attaché à étudier.
Dans cinq cas, il en a obtenu des cultures pures. Sa forme est ovale, sa longueur varie entre 1 1*,5 et 2 [a, sa largeur entre 0^6et^ [A.
Les résultats fournis par les inoculations aux animaux ne permettent pas encore de conclure que cet organisme est l'agent spécifique de la stomatite ulcéro-membraneuse.
Frûhwald n'a jamais rencontré son microbe dans la bouche de l'homme sain ou atteint d'une autre maladie.
M. Galippe croit à l'origine microbienne de la maladie, mais il émet une opinion éclectique et pense que l'évolution dentaire agit non seulement en préparant le terrain, mais encore en modifiant la virulence du microbe.
(1) Frûhwald, Ueber Stomatitis ulcerosa {Jahrbuch fur Kinderheil^ kunde und physische Erziehung, 1889, p. 200).
La composition des liquides buccaux serait changée au moment de révolution des dents, et le microbe, resté saprophyte en végétant dans le tartre dentaire, deviendrait pathogène en pullulant dans les liquides buccaux ainsi transformés.
La stomatite ulcéro-membraneuse a son remède spécifique, le chlorate de potasse, d'après West, Chanal, Herpin, Blache, et surtout M. Bergeron (1).
Glossites épithéliales desquamatives.
Ces glossites, décrites sous différents noms par Bergeron, Bridou, Parrot, Guinon, ont été soupçonnées de nature infectieuse. L'évolution des plaques desquamatives, qui s'étendent en fauchant l'épithélium, plaide en faveur de cette opinion. On n'a jusqu'ici découvert aucun parasite spécial.
Gangrène de la bouche.
C'est une affection évidemment microbienne, comme beaucoup de processus gangreneux. Peu de recherches ont été faites jusqu'à présent sur les éléments parasitaires.
En 1840, Froriep reconnut dans là partie nécrosée l'existence de spores de champignon; en 1872, Struch y décrivit un champignon de forme arrondie qui, lorsqu'on le brisait sous la lamelle, laissait échapper des corps ayant la moitié de la grosseur d'un globule sanguin. On y trouve encore le Bacierium termo. Cornil et Babes ont décrit de petites chaînettes courtes, très serrées, formées par des microcoques libres ou réunis en zooglées se colorant
(1 ) Bergeron, De la stomatite ulcéreuse des soldats, Paris, 1859, p. 223