‹ Les microbes de la boucheChapitre 21 sur 85 · MICROBES VULGAIRES, NON PATHOGÈNES POUR L'HOMME · texte numérisé non relu

MICROBES VULGAIRES, NON PATHOGÈNES POUR L'HOMME

Parmi les microbes trouvés dans la bouche, il en est d'ordre banal que Ton rencontre partout dans l'atmosphère ; tels sont le Bacillus subtiliSy le Bacterium termo, le Bacille de la pomme de terre, et il en est d'autres spéciaux à la bouche, tel le Leptothrix, qui, dans certaines conditions, est pathogène peutêtre; d'aulres enfin qui n'ont été vus que rarement encore, tels que les microbes de Yignal et ceux de Biondi.

Bacillus subtilis.

Décrit par Mûller, Pasteur, Cohn, Koch, etc., il est souvent désigné sous les noms de Bacille de la viande, Bacille du foin. On le rencontre, en effet, dans toutes les infusions de matière en décomposition, qu'il recouvre d'une épaisse pellicule. C'est un organisme très répandu : on le trouve dans l'eau, dans l'air, dans la poussière, à la surface des plantes, des graminées, d'où encore le nom de Bacille du foin. Il ne lui manque donc pas de véhicules pour pénétrer dans la bouche. Rappin l'y a trouvé, d'ailleurs, d'une façon constante; Yignal l'a isolé de la cavité buccale et en a fait des cultures. Il offre une très grande résistance à la chaleur et n'est tué qu'à 115 degrés; aussi, pour l'obtenir à l'état de pureté, il suffit déportera 100 degrés pendant un quart d'heure une infusion alcoolisée de foin

préparée par macération durant quelques heures; à cette température, les autres microbes sont tués; le subtilis seul reste et peut être cultivé ensuite.

Vignal spécifie que le microbe isolé par lui dans la bouche est de tout point semblable au subtilis obtenu par le procédé que nous venons d'indiquer. Tout n'est pas clair, en effet, dans Thisloire du subtilis. Pour Buchner, ce nom désigne cinq espèces différentes et Babes en décrit trois ^'ariétés.

Le Bacillus subtilis est un bâtonnet dont la longueur varie entre 4 et 6 i^. Il est arrondi à ses deux extrémités et pourvu à chacune d'elles d'un flagellum extrêmement fin, mis facilement en évidence par l'hématoxyline. Il se reproduit par scissiparité; les nouvelles bactéries ainsi formées par division peuvent s'isoler ou rester accolées les unes aux autres, formant ainsi des chaînes dont les deux extrémités seules possèdent alors un flagellum.

« Il se reproduit par scissiparité, et c'est évidemment à ce mode de génération qu'est due la disposition en chaînes d'articles qu'affecte le corps de quelques-uns. L'article, qui en entraîne d'autres après lui, s'agite quelquefois vivement comme pour s'en détacher » (Pasteur).

Les bacilles isolés ou réuuis en filaments sont animés de mouvements, tantôt lents, tantôt rapides; outre leur mouvement de progression, les filaments très flexibles présentent des mouvements d'ondulation et d'oscillation, surtout par leur partie antérieure. Ce bacille « est, à un haut degré, activement et passivement flexible, ce qui donne à ses mouvements un caractère tout particulier. Il nage en se reposant de temps à autre, tantôt avec lenteur, tantôt avec rapidité, comme pour trouver une voie à franchir les obstacles, à la manière d'un poisson qui cherche son chemin au milieu des plantes marines.

BAGILLUS SUBTILIS. i3

Il reste alors quelque temps immobile, puis tout à coup le filament Trémit et se remet à Dager, mais lentement > (Cohn).

Rappin dit avoir rencontré le Bacillus subtilis dans les préparations fraîches de tartre dentaire, soiis la forme d'un filament continu.

Cultivé sur plaques de gélatine, le Bacillus subtilis com-

FiG. 7. — Bacillus subtilis.

A, bâtonnets possédant des cils ; B» filaments divisés en longs bâtonnets ; G, filaments divisés en bâtonnets et en cocci ; D, filaments dont les bâtonnets possèdent des spores ; £, spores avec une enveloppe gélatineuse ; F, a, spores avant la germination ; b, c, d^ difi'érents états de la germination ; G, un morceau de zooglée. — 600 diamètres de A â F; — G, 200 diamètres (Gornil et Babes, d*après Zopf).

mence par donner, au bout de vingt-quatre heures, une petite colonie brune, qui s'étend les jours suivants en formant à sa périphérie des reliefs mamelonnés et irréguliers. Des bords de la colonie s'élancent des prolongements grêles, qui s'étendent parfois au loin.

Ce bacille liquéfie la gélatine, mais très tardivement, et c'est là un caractère distinctif. La gélatine ne commence à se ramollir que vers le cinquième jour.

Sur gélose, le bacille donne des colonies blanches, opaques, mamelonnées, ridées.

L'ensemencement fait par piqûre dans un tube de gélatine donne, au bout de vingt-quatre heures déjà, une culture en clou dont la tête est peu visible. Les jours suivants la tête augmente d'épaisseur et d'étendue; elle atteint les bords du vase. Vers le huitième jour seulement, la liquéfaction commence, très lentement et sous forme de cupule. Une couche blanche et granuleuse s'accumule au fond de la partie liquéfiée.

La culture en bouillon a des caractères tout particuliers. Ce liquide reste limpide dans toute son épaisseur, sa surface se recouvre d'une membrane blanche, faiblement ridée.

La culture se développe très bien dans un milieu acide, tel que le bouillon additionné de 1/2000* d'acide chlorhydrique.

La culture sur pomme de terre, d'abord d'un blanc jaunâlre, devient foncée avec le temps.

Le Bacillus sublilis ressemble beaucoup au Bacillm buiyricus de Pasteur, agent de la fermentation butyrique, et au Bacillus amylobacter de Trécul,qui détermine la fermentation de la cellulose. Certains auteurs ont cru à l'identité de ces Irois micro-organismes.

Le Bacillus subtilis dissout l'albumine coagulée et la transforme en peptone ; il aurait donc une action digestive.

Bacterium termo.

C'est un microbe banal, répandu partout, que l'on rencontre dans toutes les matières en putréfaction et que l'on devait par conséquent trouver dans la bouche.

C'est à Leeuwenhoek que revient l'honneur d'avoir lepremier

BACTËRIUM TERMO. 45

observé le Bacterium termo dans les mucosités dentaires; on le reconnaît aisément dans la description qu'il donne de sa troisième espèce d'animalcules. Décrit sous le nom de Monas termo par Mùller, de Vibrio lineola par Ehrenberg, il appartient par sa forme et ses dimensions au groupe des microbactéries de Cohn.

11 se présente sous la forme d'un court cylindre oblong, parfois muni d'un flagellum ; il possède une membrane d'enveloppe épaisse, plus claire que le reste du corps. Le plus souvent les individus apparaissent dans les cultures en voie de division ou accolés deux à deux (Cohn); ils offrent alors l'apparence d'un petit corps légèrement étranglé par le milieu, représentant une haltère.

Le Bacterium termo est animé de mouvements variés (trans-

FiG. 8. — Bacterium termo (Gornil et Babes, d*aprè8 Warming).

lation, rotation sur l'axe longitudinal, etc.) déterminés par l'action du flagellum. Les bactéries se présentent à l'état isolé, ou en amas plus ou moins considérables, c'est-à-dire en zooglées. Dans ce dernier cas, ils sont immobiles et n'ont plus de flagellum.

Cette description diffère peu de celle que Dujardin donnait

en 1847 : € Corps filiforme, un peu renflé au milieu, deux à cinq fois aussi long que large; quelquefois assemblés deux par deux, effet de division spontanée, animés d'un mouvement vacillant; longueur, 2 à 3 i*; épaisseur, 0«*,8à 0'*,6. C'est le plus petit des êtres organisés, le premier terme en quelque sorte de la série animale. Il apparaît au bout de peu de temps, même de quelques heures, daus les matières végétales et animales qui se décomposent. Il commence par élre immobile et bientôt se multiplie par myriades. Il se montre d*abord seul, c'est-à-dire à l'exclusion de tout autre infusoire; toutefois, il est si facile de confondre le premier âge des autres vibrionieos avec le Baderium termo qu'on ne peut affirmer qu'il en soit toujours ainsi. >

D'après Davaine et Koch, on confondrait plusieurs espèces diverses sous le nom de Bacterium termo. t Dans les infusions très fétides, j'en ai vu d'une telle petitesse que leurs essaims se perdaient aux limites de la vision distincte comme le tourbillon d'une très fine poussière. Malgré l'imperfection de mes moyens d'observation, l'œil suffit quelquefois à reconnaître à ces bactéries une physionomie particulière, mais qui n'est susceptible d'aucune description (1). >

t Ce qu'on admet comme Bacterium termOj dit Koch, comprend plusieurs espèces distinctes l'une de l'autre par leur taille, leur manière de former des spores; on devrait chercher aies distinguer les unes desautres(2). > Cet auteur figure même le Bacterium termo sous deux formes assez différentes, l'une mobile et l'autre immobile, en zooglées. La forme allongée^ mobile, serait le premier état de la bactérie, qui, avec l'âge, irait en se raccourcissant au point de ressembler à un micrococcus*

(1) Davaiue, art. Bactéries du Dict. encycL desscimces méd*, 1868| p. 22.

(2) Kocli, in Beitràge de CoIid, 1877, p. m.

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La description de Koch est X rappeler : c Les cellules du Bacterium termo soDt de courts cylindres oblongs dont Tintérieur est plus ou moins foncé suivant le point; leur membraue d'enveloppe est plus claire, le plus souvent on les observe en voie de division et quelquefois encore ils se trouvent associés deux par deux. Son mouvement est à peu près semblable à celui des autres bactéries ; il est cependant peut-être un peu plus lent; les cellules tournent autour de leur axe longitudinal. Virage en avant, puis en arrière sans se retourner, partant quelquefois tout d*un coup comme une fusée, brusquement et

FiG. 9. — Bacterium termo (Gornil et Babes).

d'un bond rapide, puis tournant autour de son axe transversal comme le manche d'une vrille, souvent rapidement, s'arrêtant parfois très longtemps pour repartir subitement. Lorsque des infusoires en avalent pour se nourrir, on les aperçoit encore en mouvement dans leur intérieur. »

En vieillissant, le Bacterium termo perd la propriété d'ab* sorber les matières colorantes dans toute son étendue. 11 ne se colore plus qu'à ses extrémités et présente un espace clair central. Finalement il se transforme en un petit corps rond ne se coloi-ant plus du tout.

Ensemencé sur plaques de gélatine, il produit rapidement la liquéfaction du milieu. Au bout de quarante-huit heures, il forme une tache arrondie d'un blanc opaque, entourée d'une zone granuleuse de gélatine liquéfiée. La tache grandit rapidement. Autour d'elle, on voit de petites taches presque

microscopiques, dues à la Iraosiatioa des bacléries, dont la migration est facilitée par les cils vibratiles.

Inoculé par piqûre dans un tube de gélatine, il en amène la liquéfaction rapide. La partie liquéfiée forme un entonnoir étroit, descendant jusqu*à l'extrémité de la piqûre. Au bout de trois jours, la gélatine est ramollie dans sa totalité; elle est alors opalescente et verte; au bout de cinq ou six jours, elle devient d'une couleur jaune verdâtre et répand une odeur de putréfaction tout à fait caractéristique.

Sur gélose laissée entre 36 et 38 degrés, il se développe une culture épaisse, d'un blanc grisâtre, se laissant facilement dissocier par l'aiguille.

Le bouillon ensemencé commence par être trouble dans toute son étendue ; il prend bientôt une couleur verte, tandis qu'un précipité blanc s'accumule au fond du tube ; un voile gélatineux verdâtre recouvre la surface. La culture se fait encore dans le bouillon après addition de 1/2000* d'acide chlorhydrique. Le Bacterixim termo liquéfie le sérum, et, sur pomme de terre, donne une culture épaisse, glaireuse, jaunâtre.

Le rôle de cette bactérie et l'importance de son action dans les transformations chimiques ont été établis par les travaux de M. Pasteur. Ce serait l'agent principal, l'agent véritable de la putréfaction : t Si la levure est le ferment alcoolique, on peut dire que le Bacterium termo est le ferment de la putréfactioq ; c'est le véritable ferment saprogène. » Les phénomènes qui aboutissent à la putréfaction sont les mêmes que ceux qui aboutissent à la fermentation.

On comprend que le mucus dentaire et buccal, rempli de détritus organiques, soit un milieu favorable à son développement. On le rencontre constamment dans la bouche, surtout

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