BACILLE DE LA POMME DE TERRE
dans les sertissures des dents, là où sont restées accolées quelques parcelles organiques. 11 est Tune des causes principales de la fétidité de Thaleine.
Bacille de la pomme de terre.
Koch a décrit sous ce nom un microbe qui apparaît spontanément sur les pommes de terre mal stérilisées. 11 est bien connu dans les laboratoires pour gêner les cultures.
Vignal Ta trouvé dans la bouche et lui assigne les carac-
FiG. 10. — Bacille de la pomaie FiG. 11. — Bacille de la pomme
de terre cultivé dans du bouil- de terre cultivé sur la gélose. —
Ion de veau. — 1500 diamètres 1400 diamètres (Vignal). (Vignal).
tères suivants : petits bâtonnets variant, suivant le milieu de culture, entre 4 et 3^5, arrondis à leurs extrémités et quelquefois tléchis sur eux-mêmes. Us forment de très longues chaînes et sont rendus adhérents les uns aux autres par une substance visqueuse, ce qui rend leur dissociation difficile.
Sur plaque de gélatine, le bacille forme déjà, au bout de vingt-quatre heures, une petite tache opaque; après quarantehuit heures commence une liquéfaction claire, transparente, qui s'étend très rapidement.
L'ensemencement par piqûre dans un tube de gélatine pep-
tone donne, au bout de quai*ante-huil heures, un fort élégant entonnoir, en liquéfiant la gélatine jusqu*à la partie inrérieure de la piqûre. La partie liquéfiée est blanchâtre, grumeleuse au centre, et surtout Vers le fond. Au bout de quelques jours, la liquéfaction s'étend jusque vers les parois du verre, et, avec le temps, toute la gélatine contenue dans le tube unit par être
FiG. 12. — Bacille de la pomme de terre cultivé sur la gélatine étendue en plaque après deux jours. — 36 diamètres.
FiG. 13. — Bacilles de la pomme de terre ; culture de sept à huit jours environ. — 1500 diamètres.
FiG. 12. — a» point central en relief; 6» gélatine liquéfiée; c, collerette de
filaments (Vignal).
FiG. 13. — Bacilles parvenus au terme de leur forme d*involution ; a, spure
(Vignal).
liquéfiée. A la surface se développe une belle membrane plissée, d'aspect crémeux.
Sur gélose maintenue à la température de 36 à 38 degrés, se développe, au bout d'un jour, une pellicule blanche finement chagrinée. Elle est visqueuse et se dissocie très difficilement avec l'aiguille.- Le bouillon ensemencé devient rapidement trouble, et sa surface est recouverte après quarante-huit heures
BACILLUS AMYLOBACTER. 51
par une belle membrane qui, au bout de quelques jours, devient épaisse, aréolaire. Cette membrane est faite de grosses travées brunâtres et de petites travées jaunâtres. Au-dessous d'elle, le bouillon devient brun.
Dans le bouillon acidifié au 4/2000* par l'acide chlorhydrique, le bacille de la pomme de terre se développe fort bien, et pendant nombre de générations successives.
Cet organisme liquéfie le sérum après avoir formé à sa surface une membrane blanchâtre. Sur pomme de terre, il se forme rapidement une pellicule grisâtre au début, mamelonnée, ridée, qui ne tarde pas à envahir toute la pomme de terre. En vieillissant, la culture brunit.
Bacillns amylobacter.
On le trouve dans la bouche, sur les résidus alimentaires qui lui servent de réceptacle. On le rencontre surtout dans les détritus cachés entre les interstices dentaires. Il produit la fermentation butyrique, qui lui a donné son nom.
C'est un bâtonnet étroit, cylindrique, de longueur variable,
FiG. 14. — Fermeut butyrique.
présentant parfois Faspect de filaments longs et immobiles. En fournissant une spore unique , il prend la forme d'une bactérie en tête. Ses cellules présentent la propriété particulière d'être teintes en bleu par les solutions iodées. Cette coloration, due à l'amidon, disparaît au moment de la formation des spores.
5â LES MICROBES DE LA BOUCHE.
Il est anaéroble, se développe bien à la température de 40 degrés, et a besoin d'un milieu neutre ou légèrement alcalin.
En présence de l'oxygène libre, il vit encore, mais ne produit plus la fermentation butyrique. Son rôle dans cette fermentation a été démontré par M. Pasteur. Exposé pendant quelques heures à la température de 80 degrés, il devient incapable de déterminer la fermentation, bien qu'il conserve la propriété de se reproduire.
C'est lui qui donne au beurre le goût rance ; c'est à lui qu'est due la fermentation du fromage. On le trouve dans le fromage, dans certains légumes en fermentation, dans la choucroute.
La présence du ferment butyrique dans la bouche peut servir à concilier deux des principales théories pathogéniques de la carie dentaire, la théorie chimique et la théorie microbienne. On sait en effet que certains auteurs ont attribué la carie aux transformations chimiques que produirait l'acide butyrique, résultat de la décomposition de divers aliments dans la bouche» daosJes éléments des tissus dentaires.
Le Bacillus amglùhmi^ est, comme Van Tieghem l'a démontré, un agent très actif de la décomposition des planles, dont il détruit la cellulose. Aussi, d'après ce savant, il jouerait chez les ruminants un rôle physiologique important, après son introduction dans le tube digestif; il transformerait dans l'estomac la cellulose des plantes en matières assimilables.
Vibrio rugula.
Appelée lineola par Ehrenberg, rugula par Cohn, celle bactérie a été observée par Leeuwenhoek, qui en a figuré le mouvement spiroïde.
VIBRÏO RUGULA. 53
Rappîn dit qu'on la rencontre toujours en grand nombre dans les mucosités qui entourent les dents. Vignal Ta vue se développer au fond des bouillons ensemencés avec du tartre dentaire. Elle est anaérobie et ne se développe donc pas sur plaques de gélatine.
Les caractères de ce microbe sont encore mal fixés. La forme décrite par Prazmowski n'est pas tout à fait celle qu'avaient donnée Cohn et Warming. Les mouvements du micro-
FiG. 15. — Vibrio rugula cultivé dans FiG. 16. — Vibrio rugula cultivé sur du bouillon de veau. — 1500 diamè- gélose. — 1500 diamètres (Vignal).
très (Vignal).
organisme sont très caractéristiques ; ils peuvent fournir un élément de diagnostic. Nous décrirons la forme et les mouvements du Vibrio rugula d'après Vignal :
C'est un bâtonnet; sa longueur moyenne est de 6 (i; il est souvent incurvé, présente même parfois plusieurs courbures; il peut se grouper en feutrage, ou former des chaînes d'articles. Comme Naegeli l'a observé, il paraît être constitué, lorsqu'on l'examine vivant, par une série de petites sphères enfermées dans une membrane commune.
Dans les vieilles cultures, il devient granuleux, prend mal les matières colorantes, se renfle à une de ses extrémités et
semble former en ce point une spore qui ne se colore plus du tout. Il est très mobile, parcourt le champ du microscope, € tantôt en ligne droite, tantôt en tournant sur lui-même en spirale et en décrivant des mouvements serpentiformes. Les courbures qu'il présente tiennent à la position qu'il occupait au moment de sa mort. Les bâtonnets rectilignes ne sont pas rares >.
Le microbe, étant anaérobie, ne peut cultiver que sur
Fie. 18.
Fie. 17. — Vibrio rugula pris dans une culture datant de sept à huit jours 1500 diamètres (Vignal).
FiG. 18. — Chaîne de huit articles du Vibrio rugula prise dans une culture faite dans le bouillon de veau (Vignal).
milieux privés d'air. Les cultures au contact de gaz inertes ont été bien étudiées par M. Vignal.
Dans un tube de gélatine rempli d'hydrogène, la liquéraction commence en entonnoir au bout de quarante-huit heures; la partie liquéfiée est blanche, opaque, et présente un léger précipité également blanc.
Sur gélose, le microbe donne en quarante-huit heures des petites taches blanches « qui ne tardent pas h s'étendre sous la forme d'un voile blanc légèrement plissé ». Il cultive non seu-
SPIRILLES. 55
lement dans le bouillon neutre, mais encore dans le bouillon acidifié au 4/2000* par l'acide chlorhydrique. 11 liquéfie le sérum après avoir formé à sa surface une membrane blanche. Cultivé sur purée de pomme de terre, il s'étend rapidement sous forme d'une couche blanche qui devient jaunâlre et finit par pénétrer profondément dans le milieu de culture (Prazmowski, Vignal).
< Toutes les cultures de ce micro-organisme, lorsqu'on ouvre les tubes ou les ballons dans lesquels elles ont été faites, répandent une odeur très forte de matières fécales, et la pression des gaz dans leur intérieur a augmenté, car ils s'échappent bruyamment à l'ouverture des tubes, y»
L'action physiologique et pathologique du Vibrio rugula n'a pas encore été particulièrement étudiée; on s'accorde à lui faire jouer un certain rôle dans les fermentations putrides.
Spirilles.
Les spirilles constituent le premier genre des Spirobactéries de Cohn. Cornil et Babes en décrivent plusieurs espèces : le Spirillum serpenSf que l'on trouve dans les eaux stagnantes; le Spirillum undulay le Sp. ienue^ le Sp. volutanSf le Sp. sanguineum, qui s'observent également dans les eaux stagnantes et dans les matières en putréfaction; une spirille daos le mucus intestinal du cobaye; un Sp. rubrurriy trouvé par Erwin Esmarch dans les organes d'une souris putréfiée; — une autre forme de spirille trouvée par Sorokin dans l'excavation du tronc d'un peuplier; — un Sp. concentricum décrit par Kitasato qui l'a découvert dans le sang putréfié; enfin les spirilles de Vair^ qui sont peut-être les mêmes que celles que
Clado a trouvées dans certains abcès causés par les liquides buccaux (li}?. 22).
Ces spirilles sont « longues, mobiles, ayant 0»*,8 de diamètre, et se développent sur le sérum de bœuf et sur la gélose
Fie. 19. —Spirillumundulare (Cornil.etBabes, d*après Gohn).
Fie. 20. — Vibrio serpens formant un fculragc
(id.).
FiG. 21. — Spirillum tenue.
sous forme de petites colonies plates et transparentes. Sur le sérum de bœuf on constate des noyaux et des petites spores rondes ».
Verneuil et Clado (I), recherchant si, dans le pus des gan-
Fic. 22. — Spirilles de Tair (grossissement 1500, bleu de Loffler). Foruiation de globules rougeàlres (noyaux?).
FiG. 23. — Spirilles avec des spores qui bourgeonnent dans Tintérieur de la spirille D (Cornil et Babes).
glions et des adénites cervicales, ils ne retrouveraient pas des microbes de la salive ayant progressé par les vaisseaux lymphatiques, ont constaté plusieurs fois la présence des spirilles de la bouche.
Dans le premier cas, il s'agissait d'un homme de vingt-
(1) C. R. de VAcad, des sciences, 11 février 1889, t. CVIII, p. 272.
SPIRILLES. 57
huit ans, ayant plusieurs dents cariées ou douloureuses, entre autres la première grosse molaire droite. La gencive était enflammée ainsi que le périoste alvéolo-dentaire ; un abcès, formé dans un des ganglions sous-maxillaires était saillant, du volume d'une noix, rouge, fluctuant, prêt à s'ouvrir. La ponction fut faite avec un tube Pasteur et le pus immédiatement examiné au laboratoire. Il renfermait de nombreux leucocytes, des microcoques pyogènes assez abondants et, en quantité beaucoup moindre, des spirilles de la salive bien caractérisées. On trouvait également certains autres microbes qu'on rencontre d'ordinaire dans les fluides buccaux, entre autres le diplocoque à capsule de la pneumonie.
Dans un autre cas, chez une jeune femme de vingt ans, dans le pus d'une adénite sous-maxillaire consécutive à l'extraction d'une molaire cariée faite quinze jours auparavant, Vemeuil et Clado ont rencontré des spirilles en quantité considérable, en touûes filamenteuses. Ces spirilles étaient en beaucoup plus grand nombre que les autres microbes pyogènes.
Dans le pus d'un abcès du doigt contracté par un malade qui s'était blessé légèrement avec le crochet d'une pièce prothétique supportant des dents artificielles, Verneuil et Clado ont trouvé encore des spirilles de la salive déposées par autoinoculation directe résultant du transfert du microbe d'une région à une autre.
Les deux savants expérimentateurs pensent que les microbes de la salive, et surtout les spirilles, possèdent des propriétés pblogogènes plus accentuées que les autres microbes de la suppuration, d'où pour eux la malignité marquée des abcès sus-hyoïdiens d'origine buccale, par comparaison avec les adénites du triangle sous-claviculaire, de l'aine, de l'aisselle, etc.
M. Cornil trouve que MM. Verneuil et Clado, en disant que l'abcès dont il s'agit pourrait bien avoir renfermé des spirilles, ont émis une conclusion un peu hâtive. En effet, les microbes développant des gaz dans le pus sont généralement des microbes anaérobies; comme les spirilles de la bouche n'ont pas encore été cultivées, on ignore si elles sont anaérobies, et si ce sont elles qu'il faut accuser d'avoir causé l'abcès. Peut-être aurait-il mieux valu se borner à considérer cet abcès comme une preuve que les microbes de la bouche, surtout ceux des dents cariées, sont souvent à un très haut degré pathogènes.
M. Cornil cite aussi à ce sujet le cas d'un dentiste qui mourut après s'être blessé à la main avec un instrument dont il venait de se servir pour nettoyer une dent cariée (1).
Spirochaete denticola.
Le Spirochœte denticola a été classé dans le groupe des Spirobacléries par Cohn, qui le premier l'a observé en 4872, mais en le rapportant au Spirochœte plicatilis. Plus lard, Koch en a donné de bonnes descriptions accompagnées de figures exactes.
Ce petit organisme, dont la présence dans la bouche, dit Rappin, est aussi constante que celle du Leptothrix lui-même^ habile non seulement les dépôts de tartre dentaire qui constituent son habitat de prédilection, mais aussi tous les autres points de cette cavité, y compris la surface de la langue.
Le Spirochœte denticola est une des bactéries les plus minces et les plus déliées de la bouche. Il est constitué par un filament très ténu, aminci à ses extrémités, spirale à courbure peu prononcée.
(I) Coruil, Jauni, des scienc. méd., i février 1889, p. 57.
SPlROCHiETE DENTICOLA. 59
On l'observe quelquefois en essaim, mais le plus souvent il est isolé.
Ses mouvements sont assez lents et s'exécutent tantôt autour de l'axe longitudinal, ce qui détermine sa progression, tantôt
Fie. 24. — SpirochfiBte Fie. 25. — Spirochœte pli- Fie. 26. — Spirochœle de la bouche (Cornil catilit et Vibrio rugula Obermeieri (G. et B.). et Babes}. (G. et B., d*après FIfigge).
ils ont lieu surplace, sont irréguliers, saccadés et modifient beaucoup l'aspect du filament.
Rappin a vu des spirochaetes s'enfoncer par un véritable
FiG. 27. — Spirochœle denlicola.
dt pendant la progression; d\ quand il 8*agite sur place; d"y essaim (d*après Rappin).
mouvement de vrille dans l'intérieur des corpuscules salivaires.
i Tantôt, dit-il, il nage librement en tournant autour de son axe longitudinal sous la forme d'une petite hélice élégante et déliée, tantôt il s'arrête, et son aspect devient alors souvent très irrégulier. Il s'agite sur place d'une façon brusque et sacca-
dée qui rappelle le mouvement d'un tronçon de reptile, et parait comme disloqué; puis, après s'être ainsi agile pendant un temps plus ou moins long, il reprend sa première forme spiralée et se remet à nager. S'il vient à rencontrer un corpuscule salivaire, le plus souvent il s'arrête, et, appliquant une de ses extrémités sur le globule, il cherche pour ainsi dire à y pénétrer en se vissant à la manière d'une Vrille, et soit qu'il y pénètre réellement, soit qu'il disparaisse au-dessous au bout de quelques instants, on ne l'aperçoit plus qu'avec la plus grande peine et par transparence, trahissant ainsi de temps en temps sa présence par quelques mouvements. Souvent ce n'est pas un seul, mais trois ou quatre spirochsetes qui s'attaquent à un même globule, comme s'il existait une sorte d'affinité entre ces éléments et la bactérie (1). »
Certains auteurs, Rud, Arndt, en particulier, ont en effet voulu faire jouer aux corpuscules salivaires un rôle dans la production des spirochaetes.
Ces corpuscules possèdent un ou deux noyaux autour desquels on verrait apparaître des granulations très réfringentes, qui s'animeraient bientôt de mouvements browniens très marqués, se sépareraient du corpuscule et formeraient comme autant de spores de spirochaete.
Nous avons dit que le Spirochœle denticola avait été confondu par Cohn avec le Spirochœle plicatilis ; ces deux formes sont en effet très semblables. Mais, dans celte confusion, l'auteur identifie également le Spirochœle denlicola avec un autre spirochaete trouvé par Obermeyer dans le sang des malades atteints de typhus récurrent {Sp. Obermeyen).
Koch ne partage point cet avis et admet l'existence de trois
(1) Rappin, Thèse de doct.y Paris, 1881, p. 55.
BACILLUS TREMULUS. 61
rormes distinctes et spécifiques : < Il ikut se garder, dit-il, de confondre le Spirochœte denticola avec celui du typhus récurrent, qui est plus court et toujours plus mince. Heydenreich, après avoir examiné les trois espèces de spirochsete, ajoute qu'il ne peut trancher la question et dire si le spirochœte du tartre des dents est une espèce en réalité dilTérente des deux autres, ou si les différences sont produites parles conditions d'existence dans lesquelles ils se trouvent. Pour moi, je suis au contraire de Tavis qu'il faut séparer les trois espèces. »
Enfin d'autres auteurs, Klein en particulier, considèrent les spitochœtes comme formés par la réunion de plusieurs spi* rilles. D'après lui, cette constitution est rendue très distincte par Taclion des matières colorantes.
Bacillus tremulus.
LeBacillus tremulus a été décrit par Koch, qui dit l'avoir rencontré dans des liquides en décomposition et toujours animé de mouvements, d'où le nom de tremulus.
Rappin dit qu'il existe en grande quantité dans la bouche.
Très semblable, quoique plus fin, au Bacillus sublilis, il eil différerait, d'après Koch, parla formation de spores qu'on voit très nettement se former en son milieu, plus épaisses et débordant le corps du bacille (spores excentriques). Il possède deux cils. (Voyez pour les figures celles du Bacillus subtilis.)
Ce microbe, dont la longueur est de 4 â 6 |x et le diamètre transversal de i/2 (x, est animé de mouvements rapides et très particuliers. Il va, revient, tourne sur lui-même, etc. ; € il s'avance, dit Rappin, parfois en nageant devant lui, puis revient tout à coup sur son chemin pour prendre assez rapidement des directions dilTérentes. « Lorsqu'il rencontre le bord
d'une lacune, il se détourne pour se porter sur un autre point, comme s'il cherchait une issue, et, bien que ses mouvements soient moins rapides que ceux des vibrions, par exemple, il est souvent difficile de le suivre au milieu de ses allées et venues. Quelquefois on le voit animé d'un mouvement saccadé et brusque, il oscille en quelque sorte autour de son milieu comme centre, toujours rigide et d'une pièce. Dans d'autres circonstances, au milieu de sa course, il s'arrête tout d'un coup, puis se plaçant verticalement, on le voit animé de mouvements giratoires, son extrémité inférieure restant fixe, tandis que l'autre décrit en tournoyant près de la lamelle la base d'un petit cône. >
Rappin n'a pu constater que dans une seule circonstance la formation des spores signalée par Koch; il fait remarquer, il est vrai, que la sporulation des bacilles, si facile à étudier dans les cultures, ne s'observe pour ainsi dire pas dans la bouche. D'après lui, cette particularité tiendrait à la destruction rapide des bacilles dans cette cavité, où ils sont soumis à de nombreuses causes de destruction qui*les empêchent en quelque sorte d'arriver à maturité et de se reproduire autrement que par scissiparité.
Leptothrix.
C'est le micro-organisme le plus fréquemment rencontré. Il ne fait jamais défaut dans la bouche de l'homme et des carnivores, où on le trouve en dehors de toute condition d'âge, de santé et de maladie. C'est un des plus anciennement connus; Leeuwenhoek l'avait déjà figuré. Robin en 'a donné une description détaillée. On sait le rôle considérable que cet auteur lui faisait jouer ; il prétendait que la plupart des autres micro-
LEPTOTHRIX. 63
or^^anismes étaienl des transformations de celui-ci. Le Lepto- Ihrix buccalis est le plus grand micro-organisme du tube digestif. Sa forme allongée lui a valu son nom : Xeittôç, grêle, et epl$, cheveu.
Le Leplothrix habite dans la bouche, la face dorsale de la
FiG. 28. — Bactérifis de la bouche.
/, filatnenls de leptothrix; l\ filament ondulé de leplothrix; s, spirochœte salivaire ; a, spirochœie avec fausses ramifications; e, épilhélium buccal (Cornil et Babes).
langue, sur les cellules épilhéliales de laquelle il s'implante, englobé dans l'enduit lingual ; il habite encore le mucus limoneux qui adhère aux dents, principalement aux anfracluosités gingivo-dentaires.
Au point de vue morphologique, le Leptothrix est un long filament cylindrique, hyalin, immobile dans le liquide ambiant, quelquefois isolé; d'autres fois, au contraire, uni avec d'autres filaments semblables, pour constituer des touffes fixées à de petits amas de détritus ou de tartre dentaire ; d'autres fois encore, ces filaments, très nombreux, liés, enchevêtrés, forment un épais feutrage. Isolés, les filaments sont recti- .lignes quand ils sont courts, llexueux ou coudés plusieurs fois quand leurs dimensions sont plus considérables.
Au reste, ces dimensions varient beaucoup suivant qu'on a
récollé le Leplolhrix dans un point de la cavité buccale soumis à des frottements, le dos de la langue, par exemple, ou sur un point abrité, comme tous les interstices des dernières molaires. Le matin à jeun, avant que les mouvements de mastication aient neltoyé la cavité buccale, les filaments du Leptothrix qui ont poussé pendant la nuit atteignent des dimensions considérables, 180 à 200 (x; il en est de même de ceux qu'on
FiG. 29. — Leptothrix buccalis cultivé dans du bouillon de veau. 1500 diamètres (Vignal).
recueille sur la langue des cadavres, où ils constituent des touffes visibles à l'œil nu. Le diamètre des filaments ne dépasse pas 5 (X (i).
(1) Miller fait de ces longs filaments deux variétés de microbes qu'il appelle Bacillus maximus buccalis et Leptothrix tnaxima buccalis.
Le premier apparaît sous la forme de bacilles réunis ou de filaments; le plus souvent sous celle de fils marchant parallèlement ou se croisant, de 30 à 50 .u de long. Les bâtonnets ont une longueur de 2 à 10 fx, quelquefois même plus, et de 1 à 3 (a de large. C'est donc le bacille le plus volumineux de la bouche. Il est d'une grande régularité et en général de la même largeur à chaque extrémité. — Chez ce bacille, comme en général chez ceux qui subissent la réaction de Tiode, les cellules ne se colorent pas toutes, mais presque en totalité.
Par sa grosseur, par ses formes régulières, par sa courbure en zigzag,
LEPTOTHRIX.
Ces filaments renferment quelquefois, dans leur proloplasma, des granulations arrondies ou ovoïdes, décrites par Robin et Rallier comme des spores.
FiG. 30. — Leptothrix buccalis, jeune et vieille culture sur la gélose.
FiG. 31. — Leptothrix cultivé dans la gélatine étendue en plaque, après quatre jours. — 36 diamètres.
FiG. 30. — a, jeune culture; b, 6, vieille culture. — 1500 diamètres (Vignal). FiG. 31. — a, point central en relief; 6, collerette moins élevée que la tache centrale (Vignal).
Ficinus voyait, au contraire, dans ces granulations, des infusoires particuliers, et, sous le nom de deniicola, en faisait des
par sa réaction en présence de l'iode, il diffère entièrement du Leptothrix innominaia (Miller donne ce nom au leptothrix commun). Les filaments ne sont colorés par Tiode en brun violet que par places, isolément. Il n'a pu observer le fait dans les canalicules de la dentine, parce que le bacille ne peut y entrer à cause de sa grosseur.
Le Leptothrix tnaxima Imccalis se trouve dans l'émail, sous l'aspect de microbes longs, larges, droits ou recourbés et qui, à part la
agents actifs de la carie dentaire. Mais il est facile de dissiper celte erreur. L'action d'une matière colorante fait apparaître des cloisons transversales, assez i^pprochées les unes des autres, qui divisent le filament en articles distincts. La membrane d'enveloppe devient en même temps très visible.
Les filaments de I^eptothrix peuvent être reconnus à l'aide de la réaction chimique suivante : en appliquant sur eux de l'iode, puis un acide, ils prennent une très belle coloration bleue due à la présence d'une matière amylacée dans le protoplasma. L'immobilité est constante.
Laboulbène considérait le Leptothrix comme une algue et en faisait le type de la famille des Leptothrix. Pour Rallier, ce bacille ne serait qu'une forme du Pénicillium glaticum, c'est-à-dire un champignon ; il allait même jusqu'à dire : i II doit toujours se produire quand on fait germer dans un milieu aqueux des spores du Pénicillium glaucum. »
D'autres auteurs admettent que les filaments du Leptothrix prennent naissance dans les zooglées de micrococcus qui les accompagnent; Rappin semble considérer cette opinion au moins comme vraisemblable.
i Le développement du Leptothrix, dit-il, parait se faire par le sectionnement des corpuscules qui composent les zooglées d'où émergent des filaments. Pour s'en convaincre, il faudrait pouvoir suivre ceux-ci jusqu'au milieu même de ces amas ; mais cette occasion ne se présente pas facilement. Cependant,
forme, présentent beaucoup d'analogie avec le Bacillus maximus buccaliSf dont les anneaux sont un peu plus longs cependant. Ces cellules ne donnent pas la réaction de Tiode ; et Miller se demande s'il faut les considérer comme appartenant à une classe particulière, ou bien comme étant des cellules dans lesquelles la substance se colorant en bleu n'est pas encore formée, peut-être de jeunes cellules (Die Microorganismen der Mundhëhle, p. 53).
LEPTOTHRIX. 67
dans les points les plus voisins de leur origine, on peut, même dans les préparations fraîches, en se plaçant dans les meilleures conditions, remarquer que la partie du filament la plus voisine de son point d'émergence paraît constituée jpar Tadjonction de petits corpuscules oblongs. Cette disposition est encore plus remarquable dans les préparations colorées par les réactifs. On rencontre, en effet, constamment dans celle-ci des débris d'organisme tels que nous les avons représentés et dont l'aspect rappelle celui d'une élégante chaînette. » Ces chaînettes dont parle Rappin ne sont probablement que des streptocoques mélangés au Leptothrix.
Le Leptothrix buccalis subit, d'ailleurs, des transformations morphologiques suivant le terrain sur lequel on le cultive. Développé sur la gélose, son volume varie entre 1j*,5 et 16 |i; dans le bouillon, il peut atteindre 20 ^y^b et même 30 y. de longueur.
Si la culture du Leptothrix est difficile, son isolement l'est davantage encore; les colonies de micro-organismes étrangers envahissent la plaque avant que le Leptothrix apparaisse. Yignal est parvenu à isoler des cultures pures; il conseille pour les obtenir d'ensemencer l'enduit lingual et du tartre dentaire très étendu.
Sur gélatine en plaque, les colonies, dit Yignal, se montrent vers le troisième ou quatrième jour sous la forme d'une très légère saillie, d'un blanc grisâtre, arrondie; vers le cinquième ou sixième jour, le bord devient irrégulier, à festons arrondis; la surface de ce bord présente des dépressions radiées. La couleur de toute la colonie est d'un blanc grisâtre ; mais le centre est opaque et le bord semi-transparent. Les jours suivants, la gélatine se ramollit sous la colonie qui s'étend.
as LES MICROBES DE LA BOUCHE.
/ Dans un tube de gélatine ensemencé par piqûre, la culture se fait en clou, avec une tête et une pointe.
La tète, au bout de quarante-huit heures, présente un diamètre de 2 millimètres environ; le quatrième jour, la tète est plus étendue et a liquéfié la gélatine en capsule. Les jours suivants, la liquéfaction s'est étendue jusqu'aux parois du tube, elle est claire et recouverte par une membrane bleuâtre. La tige est mince au début et finit par disparaître presque complètement au bout de quelques jours.
^ Sur la gélose exposée à la température de 36 à 38 degrés, la* culture apparaît déjà au bout de vingt-quatre heures, sous forme, dit Vignal, d'une couche légèrement plissée et d'un blanc transparent; les jours suivants, les plis augmentent, la couche prend un aspect jaune transparent et parait sèche.
Le Leptolhrix trouble légèrement le bouillon en le rendant blanchâtre; au fond du tube se fait un précipité également blanchâtre. Il cultive mal dans le bouillon acidifié au 4/2000" par l'acide chlorhydrique ; les bâtonnets sont atrophiés.
Sur la pomme de terre, le Leptolhrix forme une tache blanche, un peu sale, s'étendant rapidement.
Leber et Rottenstein font jouer à ce parasite un rôle prédominant dans la production de la carie dentaire. On trouve, en effet, dans les fentes et les conduits de la dentine des masses de granulations de Leptolhrix, mais les organismes s'y développent secondairement, comme nous le verrons en parlant de i'étiologie de la carie dentaire.
Weigert (1) a reconnu, dans un abcès clos de la langue, des masses compactes de la grosseur d'une épingle et même d'un petit pois, consistant en filaments de Leptolhrix.
(I) Bactérien Untersuchungen^ in Virchow's Archiv, t. LXXXIV, p. 314.
MICROBES DE BlONDl. 69
Chez un ouvrier de vingt-trois ans, s'était formée, à la fin de 1879, une tuméfaction à la face latérale gauche de la langue, et Ton supposa que cette lésion était occasionnée par une dent creuse. Celte tumeur, au moment de rentrée du malade, le 14 juillet 1880, avaitle volume d'une noisette et était plus proéminente vers le haut que vers le bas. Elle était tendue et élastique au toucher. Sur le bord de la langue, au niveau de la tumeur, était une petite cicatrice. L'ouverture de l'abcès eut lieu le 16 juillet et le malade fut renvoyé le 24.
Le pus, qui fut communiqué à Fauteur par Thiersch, renfer* mait de petites nodosités visibles à l'œil nu, variant du volume d'une lêle d'épingle à celui d'un pois, rappelant les nodosités de la bronchite putride ; au microscope, on les trouva entièrement formées de filaments de Leptothrix, lisses, non segmentés, non spirales, qui présentaient leur résistance habituelle à l'acide acétique, à l'acide chlorhydrique, à la lessive de potasse et aux agents dissolvants de la graisse. Après durcissement à l'alcool, les filaments se coloraient très faiblement par le violet de gentiane.
Microbes de Biondi.
. Biondi a isolé dans la salive humaine cinq espèces différentes de microbes auxquelles il a donné les noms suivants : Bacillus salivarius septicus; Coccus salivarius sepliciis; UicTOcoccu$ letragenus; Streptococcus septo-pyœmicus; Slaphylococcus salivarius pyogenes (1).
1* Bacillus salivarius seplicus. — Trouvé par Biondi dans les crachats des pneumoniques, il a beaucoup d'analogies avec
(i) Biondi, Zeitschrift fur Hygiène^ 1887, vol. 11, p. 194.
le pneumocoque ou microbe de Pasteur. Il en diffère en ce qu'il cultive seulement dans les milieux rendus acides par 0,04 à 0,12 d'acide phosphorique et additionnés de 1 à 2 pour 100 de sucre. Il ne cultive bien qu'à Tétuve, à une température de 35 à 37 degrés.
Sa forme est celle d'un bâtonnet mesurant 1 jx à 1 «*,5 de longueur sur Oi",? de largeur. Dans le sang des animaux infectés par son inoculation, il apparaît sous forme de diplocoques entourés d'une capsule fortement réfringente. Dans les milieux de culture, la capsule disparaît et le microbe apparaît
FiG. 3!2. — Microites de la salive, analogues aux microbes de la pneumonie de
Pasteur tirés du sang du lapin (FrsBnkel). — Grossissement 1000
(d*après Biondi).
disposé en longues chaînettes composées d'éléments sphériques. Il prend bien les couleurs d'aniline.*Ti*aité par la méthode de Gram et Téosine, le bacille apparaît en violet et la capsule en rouge. Il cultive dans l'hydrogène.
Sa virulence diminue avec l'âge, elle diminue également par le passage dans le cobaye ou le chien, et enfin lorsque la culture est exposée à une température trop élevée ou trop basse.
Biondi n'a pas observé la sporulation de cet organisme.
MICROBES DE BIONDl. 71
Le microbe meurt après cinq minutes d'exposition à la tempéi'alure de 50 degrés. Après dix heures de séjour aune température oscillant entre 40 et 43 degrés, il ne tue plus les animaux. Le bacille meurt rapidement lorsqu'on imprègne des fils de soie de ses cultures et qu'on les fait dessécher entre 18 et 35 degrés. Un contact de deux minutes avec une solution d'acide phénique à 2 pour 100 ou de bichlorure de mercure à
I pour 1000 tue le micro-organisme.
Ce microbe est assez semblable, morphologiquement, à celui de Friendliender, mais il en diffère par son innocuité pour le cobaye.
Il tue les lapins et les souris dans un temps qui varie entre vingt-quatre et soixante-douze heures. On observe de Tœdème au point d'inoculation, des hémorragies dans les organes, une rate volumineuse. Le sang est rempli de bacilles.
Par inoculation aux animaux en très petite quantité, la mort est plus lente à se produire ; elle survient seulement entre vingt et trente jours.
2* Coccus salivarius septicus. — Biondi ne l'a rencontré qu'une fois chez une malade atteinte de septicémie puerpérale.
II tue les cobayes et les lapins entre quatre et six jours et se retrouve dans le sang. Il se développe en zooglées sur les divers milieux de culture.
8* Micrococcvs tetragemis. — Ce microbe, déjà étudié par Koch et Gaffky, a été trouvé trois fois par Biondi. Il est pathogène pour les lapins, les cobayes et les souris. Il forme des groupés de quatre, entourés d'une capsule, et chaque groupe a le volume d'un globule rouge.
4* Streptococcus septo-pyœmicus. — Ce microbe, que Biondi
trouve analogue à celui de Térysipèle et des phlegmons, n'avait pas besoin d'un nouveau nom. Il n'a pas d'ailleurs été aussi bien étudié que les précédents.
5" Staphylococcus pyogenes salivarius. — Biondi a trouvé ce microbe dans un abcès développé chez un cobaye inoculé avec la salive d'un malade atteint d'angine scarlatincuse. Des cobayes inoculés en série furent atteints d'abcès semblables.
Ses dimensions oscillent entre 0«*,3 et 0^5. Il liquéfie la gélatine et conserve pendant plusieurs mois sa virulence dans la culture. Ce staphylocoque a pu déterminer la généralisation des lésions et la mort en douze ou quatorze jours. Il meurt après quatre jours d'exposition à 43 degrés.
Microbes de Vignal.
Yignal a décrit toute une série de micro-organismes qui n'avaient pas été isolés avant lui, sauf deux peut-être; il s'est gardé de les baptiser, ne voulant pas préjuger de leur nature, et s'est contenté de les désigner par des lettres. L'histoire de ces microbes est donc faite seulement dans le mémoire de Yignal, que nous allons suivre fidèlement (1).
A. — C'est un coccus déjà rencontré par Escherisch dans les matières fécales d'enfants nourris seulement avec le lait maternel. Peut-être est-ce également le même que Miller a désigné par la lettre S. Le diamètre de ce coccus oscille entre 0%5 et0«*,7, suivant le milieu de culture.
Il forme rarement des chaînes, il est le plus souvent isolé ou agencé en groupes sans régularité. En vieillissant, son aspect devient plus caractéristique ; les extrémités seules du
(1) Vignal, Arch. de physiol., 1886, vol. VIII, p. 186.
microbe absorbent les matières colorantes, au centre existe un espace clair.
Au bout de quarante-huit heures, il donne sur gélatine une petite tache grisâtre formée de deux parties : Tune centrale, dont la disposition est rayonnée, l'autre périphérique et concentrique, au contraire. La gélatine ne commence à se liquéfier au-dessous de la colonie qu'au bout de cinq à six jours seulement.
L'ensemencement fait par piqûre sUr tube de gélatine donne
Coccus a.
FiG. 33. — Culture dnns Fifi. 34. — Culture sur la Fig. 35. — Pris dans une
le bouillon de veau. gélose. — 1500 diamètres culture de quatorze à
— 1500 diamètres (Vi- (Yignal). seize jours. — 1500 dia-
gnal). mètres (Yignal).
un clou avec une tète et une pointe. La gélatine ne commence à se liquéfier au-dessous de la tète que vers le huitième jour. Ce retard à liquéfier la gélatine est le point caractéristique de l'histoire de ce microbe.
Une fois la liquéfaction commencée, la fonte de la gélatine devient très rapide.
A la surface de la gélose laissée entre 56 et 58 degrés, la culture se fait rapidement et prend bientôt une coloration brunâtre.
La culture en bouillon donne au milieu une teinte jaunâtre que prend la pellicule épaisse et difficile à dissocier qui se forme à la surface du liquide. Dans un bouillon acidifié au 1/2000' par Tàcide chlorhydrique, la culture se fait très bien et pendant des générations successives.
Le microbe développe sur la gélose une mince couche blanchâtre et ne la liquéfie pas.
Sur pomme de terre, il donne Mne tache ronde un peu épaisse, finement vermiculée et d'un blanc jaunâtre.
En générai, les cultures, quel que soit le milieu, ont tendance à prendre une coloration blanche. Nous verrons pourtant, en traitant de la langue noire, que Yignal voit dans ce microbe l'agent pathogène de cette maladie.
B. — C'est un bacille assez gros, dont la longueur est très variable; elle oscille entrel ^5 et 6»*,5. Il est rectiligne, rarement
'Cl
Fi6. 36.— Cultivé dans le bouillon de veau.
— 1500 diamètres (Vignal).
Bacille b,
FiG. 37. — Cultivé sur la gélose. — 1 500 diamètres (Vignal).
FiG. 38. — Cultivé sur la gélose ; jculture de quinze jours. — 1500 diamètres (Vignal).
infléchi, coupé carrément aux extrémités, disposé parfois en chaînette, prenant mal les matières colorantes lorsque la culture est vieille.
Sur plaque de gélatine, la culture commence au bout de vingt-quatre heures sous forme d'une éminence d'un blanc grisâtre. Après deux jours, cette éminence s'entoure d'une série de colonies dont l'aspect rappelle les écheveaux de soie contournés sur eux-mêmes.
Ensemencé par piqûre sur tube de gélatine, le microbe donne un clou dont la tète a gagné les parois du verre le quatrième jour; la liquéfaction commence le sixième jour seulement, une couche blanche assez mince sépare la partie liquéfiée de la partie solide. Vers le douzième jour, la gélatine liquéfiée occupe toute la longueur de la tige du clou.
La culture sur gélose et bouillon n'offre rien de cai^ctéristique. Le microbe se développe dans le bouillon acidifié au 1/2000* en laissant le liquide clair et en faisant développer à la surface une membrane mince se déchirant avec la plus grande facilité.
Il donne sur la pomme de terre une colonie mamelonnée d'une couleur rosée un peu vineuse.
Il liquéfie rapidement le sérum sanguin en donnant une culture, qui, blanche d'abord, prend ensuite une coloration brunâtre.
Ce micro-oi^anisme présente plus d'une analogie avec le Bacterium lineoUij et Yignal serait tenté de croire à son identité, si B, comme le lineolay avait des spores dans son milieu et formait à la surface des liquides nutritifs une membrane épaisse.
C. — Petit bâionnet court et trapu dont la longueur ne dépasse pas 1 »*,2 et 1 «*,4. Il est coupé carrément aux extrémités et se dissocie avec la plus grande difficulté sur une lame de verre, en raison de la substance visqueuse qu'il sécrète autour de lui et qui le fait adhérer à ses voisins.
Sur les vieilles cultures, les bacilles deviennent oviformes et prennent très mal les matières d'aniline; ils se colorent seulement dans certaines de leurs parties.
Yignal se demande si ce micro-organisme n'est pas l'ana-
logue du Bacillusalvei décrit par Cheshire et Watson-Gheyne. Les extrémités du Bacillus alvei sont cependant arrondies et lin peu coniques. Le mode de culture est exactement le même pour les deux micro-organismes.
Sur plaques de gélatine, une éminence arrondie, giisâtre,
Bacille c.
FiG. 39. — Cultivé dans Fie. 40. — Cultivé sur Fie. 41. — Pris dans une cul-
le bouillon de veau. l'agar-agar. — 1500 ture datant de dix jours.
— 1500 diamètres (Vi- diamètres (Vignal). —1500 diamètres (Vignal). gnal).
app«ra!t au bout de quarante-huit heures. La liquéfaction commence après quatre jours.
Ensemencé par piqûre sur un tube de gélatine, C donne un clou dont la tête, petite et ronde, forme une légère saillie audessus de la gélatine. Le quatrième jour, la liquéfaction de la gélatine commence. Le huitième jour, de petites colonies rondes se sont développées dans la gélatine. La partie liquéfiée de la gélatine, sauf un léger précipité blanc dans le fond, est transparente et claire.
Sur gélose, la couche est excessivement adhérente et ses fragments se détachent difficilement avec le fil de platine; cette couche est finement plissée et rappelle, comme aspect, le givre sur les carreaux de vitre.
: Le microbe trouble le bouillon en donnant dans le fond du
vase un abondant précipité blanc. Le développement se fait lentement dans du bouillon acidifié au 1/2000* avec Tacide chlorhydrique.
Sur le sérum, ce micro-oi^anisme donne une belle couche un peu plissée et d'un blanc grisâtre.
D. — C'est un bacille court et trapu dont les dimensions
Bacille d.
KiG. 42. — Cultivé dans le
FiG. 43. — Cultivé sur
Fie. 44. — Pris dans
bouillon de veau. — 1500
l'agar-agar. — 1500
une culture vieille de
diamètres (Vignal).
diamètres (Vignal).
dix jours. — 1500 diamètres (Vignal).
varient entre 0i*,65 et 2 (x, suivant le terrain de culture. 11 est rectiligne et un peu arrondi aux extrémités ; après imprégnation par les couleurs d'aniline, il présente un espace clair central.
Sur plaque de gélatine, les colonies se développent au bout de deux jours, sous forme d'une masse granuleuse entourée d'une zone qui parait homogène. Le quatrième jour, les colonies sont très développées. Autour de ce centre s'étend une auréole à bords irréguliers et dentelés.
L'ensemencement par piqûre d'un tube de gélatine donne, au bout de deux jours, un clou dont la tète, vers le quatrième jour, a envahi presque toute la surface de la gélatine. Le huitième jour, la gélatine au-dessous de la tète présente un aspect nuageux dû à une série de petites colonies sphériques.
La culture sur gélose donne au bout de vingt-quatre heures une couche grisâtre n'ayant rien de caractéristique. Le bouillon ensemencé reste liquide dans toute son épaisseur. A la surface seulement se forme une membrane épaisse à reflets bleuâtres qui résiste à une agitation modérée.
Le développement se fait mal dans le bouillon acidifié au 1/2000" par l'acide chlorhydrique.
Sur pomme de terre, le microbe donné une membrane mince, grise au centre, noire à la périphérie.
Ensemencé sur sérum, il donne une membrane blanche qui recouvre toute la surface du milieu.
E. — Bâtonnet rectiligne, à extrémités arrondies, dont la longueur varie entre 1 et 3 (x.
Ce microbe se colore très mal dans les vieilles cultures.
BacUle e.
FiG. 45. — Cullivé dans Fie. 46. — Cultivé sur FiG. 47. — Pris dans une le bouillon de veau. — Tagar-agar. — 1509 culture vieille de dix 1500 diamètres(Vignal). diamè^es (Vignal). iours. — 1500 diamètres
(V»K«al).
Ensemencé sur plaques de gélatine, il donne des colonies dont le centre est soulevé et la périphérie formée de fins filaments entre-croisés ou feutrés. La liquéfaction de la gélatine commence le deuxième ou le troisième jour. Inoculé par piqûre dans un tube de gélatine, le micro-organisme donne au bout de deux jours un entonnoir de gélatine liquéfiée dont l'extrémité va déjà aussi loin que celle de la piqûre.
Le contenu de l'entonnoir est clair, avec quelques grumeaux blancs opaques. La liquéfaction a déjà gagné le quatrième jour toute la gélatine traversée par le fil; à la surface apparaît une membrane blanchâtre.
Sur gélose se développe une pellicule blanchâtre très adhérente et bosselée.
Le bouillon ensemencé prend une teinte jaunâtre et à sa surface apparaît une pellicule unie et blanche.
Une membrane jaunâtre alvéolaire se forme à la surface du bouillon acidifié avecl/2000' d'acide chlorhydrique.
Sur pomme de terre, le microbe donne au bout de vingtquatre heures une membrane mince, d'un blanc grisâtre, mamelonnée.
Il liquéfie le sérum après avoir formé des taches bfancbes i sa surface. L'odeur des cultures est infecte et se rapproche de celle dégagée par le pyogenes fœtidus de Passet, qui, lui, liquéfie la gélatine.
Le caractère des cultures sur gélatine et la forme du microbe le font ressembler au Bacterium termo; mais celui-ci ne fait jamais de chaînes, le bord de ses colonies sur plaques n*est jamais feutré; il ne donne pas à la gélatine une couleur d'un vert jaunâtre comme le termo.
Yignal se demande si le bacille E n'est pas le bacille ulna de Cohn, qui digère comme lui etliquifie rapidement la gélatine. Peut-être est-il le même que le microbe y de Miller, qui liquéfie très rapidement la gélatine.
F. — Bacille à extrémités arrondies, dont la longueur varie entre 0»*,8 et 2^4, suivant le milieu de culture. 11 forme rapidement des chaînettes.
Cultivé sur plaques de gélatine, il donne des colonies de
formes coniques, divisées en une vingtaine de segments par des rayons partant du sommet.
Sur gélose, il donne des taches blanches se dissociant difficilement.
Ensemencé par piqûre sur tube de gélatine, il donne un clou dont la tète, vers le quatrième jour, a envahi presque toute la largeur du tube et dont la tige envoie dans Tépaisseur
Bacille f.
FiG. 48. —Cultivé dans le bouillon. — 1500 diamètres (Vignal).
FiG. 49. — Cultivé sur ragar-agar. — 1500 diamètres (Vignal).
FiG. 50. culture jours. — (Vignal
- Pris dans une
datant de dix
•1500 diamètres
de la gélatine quelques fins rameaux. Le sixième jour, la liquéfaction commence; à la surface de la partie ramollie s'étend une membrane d'un beau blanc brillant. Le microbe se développe mal dans du bouillon acidifié au 1/2000* par l'acide chlorhydrique.
Il liquéûe le sérum sanguin après avoir formé une couche blanchâtre à sa surface.
Sur pomme de terre, il donne au boutde quarante-huitheures une tache d'un blanc brun jaunâtre.
G. — Petit bâtonnet extrêmement court, dont le diamètre varie suivant les milieux entre 0«*,5 et 1»*,5. Il est rectiligne, arrondi à ses extrémités.
Dans les vieilles cultures, il absorbe mal les matières colo-
MICROBES DE VIGNAL. 8t
ranles; il se renfle généralement par son milieu et affecte la forme d'une bouteille. Son caractère typique est sa couleur jaune, qu'il communique à ses cultures. Cette coloration jaune se produit aussi bien dans les cultures faites à la lumière que dans celles qui sont faites dans robscurilé.
Sur plaques de gélatine, au bout de deux jours, il donne des colonies rondes de couleur mastic. Ensemencé par piqûre
Bacille g,
FiG.51. — Cultivé dans le Fig. 52. — Cultivé sur FiG. 53. — Pris dans une bouillon. — 1500 dia- Tagar-agar.— 1500dia- culture de dix jours.— mèlres (Vignal). mètres (Vignal). 1500 diamètres (Vi-
gnal).
sur gélatine, il donne, au bout de deux jours, une colonie dont la tète est bientôt jaune au centre et blanche à la périphérie. Au-dessous de cette tête, la gélatine commence à se liquéfier vers le sixième jour. Elle forme alors un entonnoir clair, au fond duquel se précipitent des flocons blancs. La membrane superficielle qui représente la tête du clou reste jaune; au fond du tube, le précipité présente une belle couleur jaune.
Les cultures sur gélose sont épaisses et d'une belle coloration d'or. Le microbe rend le bouillon jaune en le troublant.
Dans le bouillon acidifié au 1/2000' par l'acide chlorhydrique, il se développe très mal.
Sur sérum gélatinisé, il forme des colonies rondes, assez épaisses, puis s'étend, sous forme d'une membrane jaunâtre, sur toute la surface de sérum qu'il ne liquéfie pas.
Sur pommes de terre, il forme une large tache d'un jaune légèrement brun. Le Bacillus Hanseniiy trouvé par Rasmussen, est également chromogène; mais Yignal ne .croit pas qu'il soit le même que celui précédemment décrit. Le Bacillus Hansenii est, en effet, beaucoup plus grand.
H. — C'est un bâtonnet dont les dimensions varient de
Bacille h.
Fie. 54.— Cultivé dans lo FiG. 55. — Cultivé sur Fie. 56. — Pris dans une bouillon de veau.— 1500 l'agar-agar. — 1500 culture de quinze jours. — diamètres (Vignal). diamètres (Vignal). 1500 diamètres (Vignal).
0«*,7 à 2 lit, suivant les milieux de culture. Arrondi à ses extrémités, il est parfois étranglé en son milieu à la façon de deux biscuits accolés.
Sur les vieilles cultures, c'est à peine si le centre absorbe encore les matières colorantes, tandis que les extrémités se laissent encore colorer fortement.
Sur plaque de gélatine, H donne déjà, au bout de quarantehuit heures, des colonies plus épaisses au centre qu'à la périphérie, et qui s'étendent sans jamais liquéfier la gélatine.
Ensemencé par piqûre sur un tube de gélatine, le microbe donne le quatrième jour un clou dont la tète est petite et blanche, et la tige assez forte. Les jours suivants, la tète augmente de volume, elle devient plus épaisse et s'étend jusqu'aux parois du verre.
Sur gélose, il donne une couche épaisse, blanche à la lumière réfléchie, jaunâtre lorsqu'on l'examine par transparence. Elle se dissocie avec une grande facilité.
Dans le bouillon, H donne un dépôt blanchâtre; à la surface se forme une pellicule qui se dissocie à la moindre agitation.
Le développement se fait très mal dans le bouillon acidifié par 1/2000' d'acide chlorhydrique.
Sur le sérum, le microbe donne de petites colonies rondes et blanches qui s'étendent à toute la surface sous forme d'une membrane blanche. Sur pommes de terre, il forme après deux jours une tache mamelonnée d'un blanc jaunâtre.
I. — C'est un bâtonnet dont la longueur varie entre O^J et i »*,7, quel que soit le milieu sur lequel on le cultive. Coupé
Dacille t.
FiG. 57. — Cultivé dans le FlG. 58. — Cultivé sur Fie. 59. — Pris dans une
bouillon de veau. — 1500 Tagar-agar. — 1500 culture de douze jours. —
diamètres (Vignal). diamètres (Vignal). 1500 diamètres (VIgnal).
carrément à ses extrémités, il est un peu courbé en arc et absorbe mal les matières colorantes sur les vieilles cultures.
Sur plaques de gélatine, il donne de petites colonies rondes, composées elles-mêmes d'une série de colonies sphériques de différents volumes. Ces sphères fusionnent souvent entre elles. Ensemencé par piqûre dans un tube de gélatine, I forme un clou dont la tête est large et d'un blanc jaunâtre. Vers le huitième jour, la tête couvre toute la surface de la gélatine.
Sur gélose, le microbe forme une couche d'un blanc opaque, se dissociant facilement sous l'aiguille.
Dans le bouillon neutre, il donne à la surface une membrane mince, unie et blanche. Au fond du ballon se fait un dépôt très léger et peu abondant.
Dans le bouillon acidifié avec 1/2000' d'acide chlorhydrique, il se développe très mal.
Sur le sérum, il forme des taches blanches très épaisses qui ne liquéGent pas la gélatine.
Sur pommes de terre, il forme des taches d'un blanc rose.
J. — C'est un bâtonnet dont la longueur varie de 1 ^4 à 3 i*. Coupé carrément à ses deux extrémités, il est formé souvent
Bacille j (Vignal).
FiG. 60. — GuUivé Fie. 61. — Cultivé sur l'agar. Fie. 62. — Prit dans
dans le bouil- 1500 diamètres. une culture datant
Ion.— 1500 dia- de dix jours. — 1500
mètres. diamètres.
de deux articles associés bout à bout et formant entre eux un angle plus ou moins ouvert.
Dans les vieilles cultures, il n'absorbe plus les matières colorantes. Deux ou trois petits points continuent pourtant à se colorer au centre du bâtonnet.
Sur plaque de gélatine, il forme une petite colonie ronde, qui, vers le troisième ou quatrième jour, s'élève sous forme d'un petit mamelon et ramollit la gélatine vers le quatrième ou cinquième jour. Ensemencé par piqûre sur tube de gélatine, il donne, au bout de deux jours, un clou dont la tète ramollit rapidement la gélatine sous-jacente. La partie liquéfiée est claire au fond, tandis qu'à la surface le micro-organisme forme une couche épaisse d'un blanc jaunâtre.
Dans le bouillon, le micro-organisme donne à la surface une
MICROBKS DE VIGNAL. 85
merobrane épaisse d'un blanc mat, tandis que, dans le fond, se précipite un abondant dépôt bleu.
Sur gélose, il forme des colonies rondes d'un blanc opaque, épaisses, avec élévation mameloniforme au centre. La dissociation est facile avec le fil de platine.
Dans le bouillon additionné ^ 1/2000' d'acide chlorhydrique, le développement se fail^très mal.
Sur sérum, J donne de petites taches blanches qui s'étendent très rapidement et envahissent toute la surface du sérum en le liquéfiant.
Sur pomme de terre, il donne des taches qui prennent une teinte légèrement rosée.
Les essais de numération tentés par Yignal, pour connaître approximativement le nombre des micro-organismes se trouvant dans le tartre dentaire et leur proportion relative, ne lui ont fourni aucun bon résultat. Les microbes amenant une liquéfaction rapide de la gélatine, comme le Bacterium termo^ déterminaient en trois ou quatre jours la destruction de la plaque et rendaient de la sorte, par leur présence, toute recherche impossible.
K. — Décrit par Vignal dans la deuxième partie de son travail (1), ce petit microbe est souvent en diplocoque, quelquefois disposé par quatre; son diamètre varie de 0«',75 k i {»-. Yignal l'a trouvé constamment dans sa salive.
Sur plaques de gélatine, il donne de petites colonies rondes, de couleur brun jaunâtre. Il ne liquéfie pas la gélatine.
Sur gélose, il se développe sous la forme de petites colonies de 1 à 2 (i^, formant un pointillé blanchâtre.
Le bouillon ensemencé devient clair après avoir donné un
(i) Arcli. de physiologie, 1887, l. X, p. 295.
précipité blanchâtre. Ce microbe se développe très raal dans le bouillon acidifié avec 1/2000* d'acide chlorhydrique.
Rôle physiologique des microbes.
Les micro-organismes de la bouche jouent un rôle considérable dans la digestion. Cette opinion, nous Favons vu, est celle de M. Pasteur. Ils agissent soit directement dans la cavité buccale, soit dans l'estomac et l'intestin, lorsqu'ils ont été entraînés par les aliments dans ces parties du tube digestif.
Les microbes agissent certainement dans la digestion salivaire. Les fermentations ne manquent pas, en effet, dans la bouche, la fétidité de l'haleine d'origine microbienne en est un exemple.
Dans l'estomac, leur action n'est pas moindre. Un exemple peut être tiré du Bacillus amylohacteVy qui, d'après Van Tieghem, aurait pour fonction, après sbn arrivée dans l'estomac, de transformer la cellulose des plantes en substances assimilables.
M. Vignal a publié un ensemble de recherches expérimentales encore incomplètes, mais déjà fort intéressantes, pour montrer le rôle des micro-organismes dans la digestion. Il a essayé, sur un certain nombre de substances alimentaires, les dix-neuf espèces de micro-orgaoismes isolés par lui dans la bouche.
€ Parmi ces micro-organismes, dit M. Vignal (1), sept dissolvent l'albumine cuite; cinq la gonflent ou la rendent transparente ; dix dissolvent la fibrine ; quatre la rendent transparente ou la gonflent; neuf dissolvent le gluten; trois transforment l'amidon, mais un seul agit avec un peu d'énergie; un autre
(1) Vijçnal, Joum. des conn, méd.^ 1887, p. 250.
paraît vivre à ses dépens, mais sans le transformer; sept coagulent le lait; six dissolvent la caséine; neuf transforment la lactose en acide lactique ; sept inlervertissenl le sucre de canne ; sept font fermenter la glucose et la transforment partiellement en alcool ; toutes ces actions sont plus ou moins énergiques.
€ Parmi ces micro-organismes, six résistent plus de vingtquatre heures à Faction du suc gastrique à 86 ou 37 degrés, que la culture soit récente ou vieille, avec des spores; cinq résistent plus de deux heures à son action lorsque la culture est récente et plus de vingt-quatre heures lorsqu'elle contient des spores; deux autres résistent seulement une heure lorsque la culture est récente, et plus de vingt-quatre heures lorsqu'elle contient des spores ; deux autres résistent seulement une heure lorsque la culture est récente, et les spores d'un de ceux-ci vingt-quatre heures, celles de l'autre seulement six heures; les cinq derniers ne résistent pas une demi-heure à son action, que la culture soit récenle ou ancienne. >
M. Vignal nous dit, de plus, avoir retrouvé six des microorganismes de la bouche dans les matières fécales.
Pour mieux se placer dans les conditions ordinaires de la digestion, M. Vignal, au lieu d'inoculer ses ballons contenant diverses substances nutritives avec des microbes isolés, les a ensemencés directement avec du tartre dentaire et de l'enduit lingual. < L'attaque des substances contenues dans ces ballons fut très énergique au début; mais dès le troisième jour, souvent même dès le second, il se produisait un arrêt persistant. Il faut se garder d'en conclure que les micro-organismes de la bouche mélangés n'ont aucune action sur les aliments, car, dans les conditions physiologiques ordinaires, les muqueuses absorbent les matières qui ne peuvent l'être par les parois de verre.
Ua autre fait intéressant à retenir des recherches de Vignal, c'est la possibilité pour certains microbes de la bouche de transformer le lait ou une solution de lactose en acide lacliiue.
Miller a repris, de son côté, toute celte question des fermentations buccales au point de vue de l'action qu'y exercent les microbes (1).
D'après cet auteur, dont nous allons résumer ici les opinions, les hydrates de carbone donnent naissance, sous Tinfluence de différents bacilles, à des fermentations que l'on peut ranger sous les rubriques suivantes :
a. Fermentation de l'acide lactique;
b. Fermentation de la mannite;
c. Fermentation de la dextrine;
d. Fermentation de l'acide butyrique ;
e. Fermentations diverses.
Tout spécialement les sucres donnent des fermentations; parmi ceux-ci les hydrates de carbone, tels que la dextrine, la cellulose, etc., fermentent sous l'influence de bacilles spéciaux.
a. Fermentation de Vacide lactique.
Cette fermentation, dit Miller, survient spontanément dans le lait, dans le jus de raisin, dans la cavité buccale, dans les solutions sucrées, etc., sous l'influence d'une grande quantité de bacilles différents; elle apparaît de préférence entre 30 et 38 degrés centigrades.
La marche de la fermentation est très variable dans les différenLs acides lactiques occasionnés par divers bacilles ;
(1) Miller, Die Mikroorgatifsmen der Mundhôhle, p. il).
chez quelques-uns on trouve une séparation nette, moléculaire, (i*après la formule :
Sucre do raisin. Acide lactique.
Il n'y a pas ici de production notable d'acide carbonique ou d'hydrogène.
Dans d'autres cas, la fermentation est très intense; il se forme de gi^andes quantités d'acide carbonique et d'hydrogène, en même temps que des produits auxiliaires : acides citrique, formique, et peut-être même de l'acide butyrique.
t On admet que dans la fermentation de l'acide lactique, dit encore Miller, il y a production d'acide carbonique; cependant, je remarquai dans quelques cultures l'absence de gaz. Afîn d'être sûr du fait, je fis une culture dans un ballon de verre contenant 1 litre d'extrait de viande en solution sucrée, où se trouvait un petit morceau de dentine cariée; ensuite, je bouchai le flacon à l'aide d'un bouchon en caoutchouc percé et ayant un tube de dégagement, entouré de cire à cacheter et enfoncé dans le col du flacon, et ainsi fermé hermétiquement. A la température ordinaire, il se manifesta, en quelques heures, une fermentation intense.
t J'expérimentai avec les gaz qui se dégageaient et que je dirigeai dans de l'eau chaude ; après douze heures, je ne constatai aucun trouble.
c Puis je chauffai le ballon, de manière à en chasser l'acide carbonique, l'eau de chaux resta claire. Je répétai cette expérience en dirigeant le gaz sur du mercure. Dans une autre culture, il s'échappa une bulle d'air, qui avait autant pour cause la variation de la température qu'une véritable production gazeuse.
€ De ces expériences, je ne puis tirer d'autre conclusion que celle-ci : la fermentation produite par ces bacilles s'effectue sans dégagement d'acide carbonique.
< Mais alors, d'après Flûgge, s'il n'y a pas de dégagement gazeux, la définition du terme fermentation n'est plus juste (1). »
Dans la bouche, la fermentation peut être continue, vu que les gaz produits s'échappent ou se combinent avec la chaux des dents et du tartre.
Déjà, en 1857, Pasteur montra que la transformation du sucre en acide lactique était due au développement d'un microorganisme (2).
Sous le nom de Bacillus acidi lacticiy Hueppe chercha le premier un bacille dans le lait (3).
Quoiqu'on connaisse une très grande quantité de bactéries qui possèdent la propriété de transformer les hydrates de carbone en acide lactique, on croit que c'est la bactérie de Hueppe qui doit être désignée comme étant celle de Tacide lactique, vu que celle-ci est la cause principale de la fermentation spontanée de l'acide lactique.
Ce bacille représente de courts bâtonnets de 1 à 1 s*.7 de longueur et 0«*,3 à 0»*,4 de large, ne possède aucun mouvement et forme des spores. Au-dessous de 10 degrés centigrades s'arrête tout développement, de même qu'au-dessus de 45%5 centigrades. Le maximum de développement est entre 35 et 42 degrés centigrades.
Il possède d'autres propriétés et modifie non seulement la dextrine, mais aussi le sucre de canne, le sucre de lait, la
(1) Flûgge, Die Mikroorganismen, Leipzig, 1886, p. i83.
(2) Pasteur, Annales de chimie et de physique, 1858, t. LU, p. iOL
(3) Hueppe, Mitth, a. d, Feichsgesundheitsamt, vol. II, p. 307.
mannite, et les transforme en acide lactique avec dégagement régulier d'acide carbonique.
Il n'est pas invraisemblable que ce bacille joue un rôle important dans les fermentations de la cavité buccale ; mais il n'est pas encore établi qu'il s'y trouve avec une constance parfaite.
Plusieurs fois Miller a cultivé un microbe provenant de la cavité buccale et qui, au point de vue morphologique et physiologique, paraissait lui être identique.
b. Fei^mentalion de la mannite.
Cette fermentation est produite par un petit micrococcus (Micrococciis viscosuSy Bacille des fermentations muqueuses...) dans différents liquides sucrés, dans le vin, la bière, etc., ainsi que dans les jus sucrés. Ces liquides deviennent épais et peuvent se tirer en fil.
Les produits de la fermentation sont très analogues à ceux de la dextrine, mannite et acide carbonique.
Le maximum de température est 30 degrés centigrades. Une fermentation semblable a été observée par Black (1), par l'effet . de différents microbes buccaux, dans des solutions sucrées. Un coccus apparaissant en chaînettes, dans l'extrait de viande contenant 2 pour 100 de sucre, gélalinisa le liquide en vingtquatre heures, si bien qu'on pouvait renverser le bocal.
Le maximum de température atteignit 100 degrés Farenheit. Les produits de fermentation ne furent pas examinés. Cette fermentation, qui très probablement doit être considérée comme une fermentation muqueuse, doit être, d'après Black, cause de l'enduit saburral sur la langue, les dents, etc., très particulièrement chez les fiévreux.
(1) Black, Indépendant Practitioner, 1886, p. 546.
9à LES MICROBES DE LA BOUCHE.
c. Fermentation de la dexlrine.
Elle est consécutive à Teffel d'un micrococcus {Leuconostoc mesentenoides)y apparaît spontanément dans le jus de raisin et dans la mélasse des fabriques de sucre, et peut être déterminée artificiellement dans des solutions sucrées.
Les masses bacillaires forment une gélatine de consistance cartilagineuse, qui remplit entièrement toutes les cs^vités.
Les produits de fermentation sont la dextrine et Tacide carbonique ; maximum de température, 25 à 35 degrés centigrades.
Le sucre de canne, comme le sucre de raisin, peut servir aux cultures.
d. Fermentation de V acide butyrique.
11 n'existe que peu d'observations sur la fermentation de l'acide butyrique des hydrates de carbone. D'après les recherches de Fitz, et tout dernièrement celle de Flûgge, il est très probable que plusieurs bacilles amènent la fermentation des hydrates de carbone, où l'acide butyrique se trouve comme étant le produit principal.
Ces bacilles paraissent, en grande partie, être anaérobies ; aussi la culture de ces derniers présente-t-elle de grandes difficultés.
On croyait autrefois que cette fermentation, comme celle de l'acide lactique, était le produit d'un seul genre de bacille.
Ce bacille, étudié par Prazmowski {Bacillus hutyricus^ Clostridium butyricum^ Vibrion butyrique de Pasteur), forme des bâtonnets de 2 à 12 (^ de long et près de i (^ de large, quelquefois isolés ou en longues chaînettes, ou bien encore en
zooglées ; les bâtonnets prennent même quelquefois la forme de filaments (1).
Durant la formation des spores, les cultures ont des modifications morphologiques en spirales, ellipses, qui, en quelques endroits, ont jusqu'à 2»*, 6 de large; le protoplasma des cellules s'épaissit et réfracte fortement la lumière. Après ces variations de forme commence le développement des spores. Le vibrion butyrique est essentiellement anaérobie et son développement se trouve arrêté ou atténué en présence de l'air.
Ce bacille forme dans les solutions d'hydrate de carbone (sucre, dextrine) et d'acide lactique, des sels et de l'acide butyrique avec dégagement d'acide carbonique et d'hydrogène.
Le maximum est 35 à 4-0 degrés centigrades.
Le vibrion butyrique présente une réaction particulière avec l'iode, ainsi que d'autres bacilles. Il forme une combinaison noir violet, sons certaines conditions, qui peut être considérée comme analogue à celle de Tamidon.
Cette coloration apparaît dans les solutions d'amidon, de cellulose, de glycérine; elle n'apparaît que très rarement dans la dextrine et dans les solutions sucrées. Les jeunes bâtonnets se colorent en bleu, les anciens en violet foncé; plusieurs par zones, d'autres complètement. La réaction est en raison directe de l'intensité de la fermentation.
Les conditions dans lesquelles se trouve la cavité buccale ne sont pas défavorables au développement du vibrion butyrique. On peut, sans hésiter , considérer l'acide butyrique comme étant un produit auxiliaire dans la fermentation de l'acide lactique.
Par la fermentation d'une grande quantité de salive et
(1) Prazmowski, Unters. ûbcv die Entwickelung und Fermentwirkiing einiger Bacterienarteny UipzÎK, l^^O.
9i LES MÎCROBES DE LA BOUCHE.
d'amidon, Miller obtint près de 2 centimètres cubes d'acide lactique et quelques gouttes d'un liquide sentant faiblement l'acide butyrique. Cependant la quantité était trop, minime pour qu'il pût se livrer à des expériences plus précises.
Divers autres modes de fermentation ont été décrits par Brieger (1), Fitz (2), Boutroux (3), etc.
Ainsi s'expliquent le pouvoir décalcifiant de certains microbes et le rôle nocif qu'ils peuvent jouer indirectement visà-vis des dents par action chimique, si l'on peut dire.
L'état particulier de la bouche désigné sous le nom d'acescence est dû certainement à l'action des microbes.
Dans les conditions normales de la vie, c'est la salive qui vient neutraliser la bouche, que les microbes, en vivant, rendraient acide. Rappin a noté très souvent a que le matin, avant que la salive ait coulé un peu abondamment, le papier de tournesol appliqué directement sur l'enduit buccal ou dentaire, accuse une réaction acide plus ou moins franche. On le constate encore plus aisément dans les états pathologiques, dans la fièvre typhoïde, par exemple.
« Sur vingt-cinq ou trente malades examinés par nous à ce point de vue, ajoute Rappin, un très petit nombre ont donné un résultat négatif. Dans ces pyrexies intenses, toutes les sécrétions étant diminuées, on comprend que la neutralisation des acides produits sans cesse dans la bouche par les fermentations n'est plus opérée qu'imparfaitement par la petite quantité de salive qui coule encore. »
(1) Brieger, Zeitschrift fUr physioL Chemie, vol. VIH et L\.
(2) Filz, Berichte der chem. Gesellsch., de 1873 à 1884.
(3) Boulroux, Compt, rend, de VAcad.des scienc., 1878, vol. LXXXVl, p. 605.