‹ Les microbes de la boucheChapitre 33 sur 85 · LANGUE NOIRE · texte numérisé non relu

LANGUE NOIRE

la coloration noire de la langue attire bientôt Tattention du malade. L'enduit perd rapidement sa coloration blanche pour en prendre une jaune^ puis une brunâtre, puis une noire : il s'étend progressivement sur la face supérieure du V lingual vers les bords de la langue et en arrière vers l'isthme du gqsier. Les papilles devenues saillantes, la surface de la langue parait veloutée au toucher. La muqueuse linguale devient d'une sensibilité exquise ; cette sensibilité est rendue manifeste par un rafOnement des sensations gustatives allant quelquefois jusqu'à la douleur. Très souvent des aphtes apparaissent simultanément et la réaction de la bouche devient acide.

Peu à peu le nombre des papilles saillantes diminue sur la ligne médiane ; c'est là un des premiers indices de la marche régressive de la maladie.

Au moment du maximum d'intensité de raifection, le pourtour de la plaque est d'un noir uniforme et sa surface sans saillies notables. En dehors d'elle, on observe un petit pointillé noir sur le reste de Torgane. Les papilles du sillon médian sont rares, accolées les unes aux autres en séries linéaires ou par touffes, laissant entre elles des fissures profondes, au fond desquelles on aperçoit la couleur rosée de la muqueuse. Deux petits sillons latéraux presque symétriques, dirigés obliquement vers la pointe de la langue, contiennent des papilles plus nombreuses que celles du sillon médian. Peu à peu Tenduit de la plaque perd son aspect uni, la surface devient veloutée, un léger pointillé apparaît et la langue reprend peu à peu son aspect normal. Cette période de desquamation est assez longue.

M. Destureaux et M. Dessois ont cherché sans succès à s'inoculer le glossophyte.

Le meilleur traitement est l'attouchement antiseptique avec une solution de sublimé.

il**

m LES MICROBES DE LA BOUCHE.

Perlèche.

C'est une maladie parasitaire nouvelle, endémique dans le Limousin et dont le microbe a été découvert récemment par M. le docteur J. Lemaistre, professeur de l'École de médecine de Limoges (1).

Cette affection, observée sur des enfants, est localisée au niveau des commissures labiales. Elle commence par une desquamation de Tépithélium en cet endroit et évolue en y déterminant plus tard de petites fissures rayonnantes, douloureuses et saignantes, lorsque l'enfant ouvre largement la bouche. La lésion n'est pas alors sans ressemblance avec certaines rhagades commissurales d'origine syphilitique.

La durée de la maladie est en général de quelques jours, elle peut se prolonger plusieurs mois.

Les paysans lui ont donné le nom de perlèche, parce que les enfants se pourléchent les lèvres en raison de la sensation de brûlure qu'ils y éprouvent. Le nom de bridon est encore donné à l'affection, parce que les commissures labiales sont bndées. La maladie est contagieuse et les enfants la contractent par l'intermédiaire des seaux ou des cruches dont ils se servent à tour de rôle dans les écoles.

M. Lemaistre a trouvé un coccus dans les débris épithéliaux des commissures labiales. Il l'a désigné sous le nom de Sireptococcus plicaiilis parce qu'il se présente dans les bouillons sous forme de chaînettes enchevêtrées les unes dans les autres.

(1) Lemaislre, Étude sur Vair de la ville de Limoges; de la perlèche ; du Streptococcus plicatilis {Journ* de la Soc. de méd. de la Haute- Vienne, 1886, p. 41, 55, 74).

PERLÈCHE. 169

Le développemeDt du micro-organisme dans le bouillon est très rapide.

M. Lemaistre a retrouvé ce slreplococcus dans les eaux potables qui alimentent un quartier de Limoges où la perlèche est très fréquente.

Les altouchements faits sur les commissures avec le sulfate de cuivre ou Falun amènent une guérison rapide.

Angines et parotidites infectieuses.

Les angines infectieuses sont nombreuses : telle Tangine de la scarlatine, de la rougeole, Tamygdalile infectieuse aiguë si bien décrite par M. Bouchard (1) en 1880 et dont Tétude a été reprise par Landouzy (2) et Dubousquet-Laborderie (3) ; telles encore sans doute Fangine herpétique et les angines dites diphtéroïdes. Les amygdales sont des nids à microbes. « Elles sont placées aux premières loges pour se laisser pénétrer par les agents infectieux, comme le disait éloquemment M. Landouzy. Tout y semble préparé , si l'on songe à leur structure, pour être le réceptacle, la germination et la diffusion de certains agents infectieux, qui, de proche en proche, s'introduiront dans le système lymphatique, habitat préféré des agents infectieux, d

Les symptômes généraux qui accompagnent les angines, leur marche, leur évolution, permettent d'affirmer leur nature microbienne, mais le microbe est encore à trouver. Dans l'angine phlegmoneuse seule on trouve des microbes, ceux de la suppuration le plus souvent et surtout le streptocoque.

(i) Bouchard, Cours professé à la Faculté de médeciney Paris, 1880.

(2) Landouzy, Progrès médical, 4 et 11 août 1883, p. 601 et'G28.

(3) Dubousquet-Laborderie, Bull. gén. de thér., 1886, t. GX, p. 12.

Dans un cas d'amygdalite phlegmoneuse, M. Bouchard a trouvé dans le pus une énorme quantité de bactéries bacillaires courtes et très minces.

M. A. Fraenkel a rapporté à la Société de médecine interne de Berlin, dans la séance du 6 juin 1887, deux cas d*infection septique ayant pour point de départ le pharynx.

Dans les deux cas, M. Fi*aenkel a trouvé le streptococcus dans les amygdales. Le premier malade avait succombé à une endocardite ulcéreuse avec pneumonie très étendue et infarctus de la rate. A l'autopsie, M. Fraenkel trouva une des amygdales infiltrée de liquide purulent.

L'examen microbiologique montra des streptocoques au niveau des amygdales et des valvules aortiques.

L'autre malade était atteint d'une pleurésie purulente dont l'évolution avait été seulement précédée d'une angine déclarée non dipthérique, par le médecin qui soignait alors le patient. A l'autopsie, on observa un abcès rétro-pharyngien énorme, qui s'étendait jusque dans le médiaslin et qui était le point de départ de la pleurésie. Les cultures du pus de l'abcès ne fournirent que des streptocoques.

Voici donc un cas de pleurésie purulente dont le point de départ était un foyer de suppuration situé en dehors des organes Ihoraciques, derrière l'amygdale. Les bactéries avaient sans nul doute été transportées dans la plèvre par les vaisseaux lymphatiques.

Le streptocoque venu de la bouche peut pénétrer dans le poumon parles voies aériennes. L'introduction du micro-organisme dans un bloc pulmonaire hépatisé produit la suppuration de la pneumonie. Ainsi s'explique encore l'infection purulente éclatant au cours de la pneumonie.

Le streptocoque se rencontre encore, d'après M. Cornil, dans

Page 1