BACILLE DE L'INFLUENZA
petits bâtonnets courts (1), un peu courbés, amincis en pointe à leur extiémité, mesurant 0^,5 à O^fi ; — 2* des microbes constitués par des diplobactéries ou de petits bâtonnets de 0î*,2 à 0«*,4 de diamètre , transparents avec des points plus brillants, se réunissant ordinairement en zooglée mal limitée; — 3** plusieurs espèces de streptococci et plusieurs variétés dans le groupe des bactéries septiques de la salive. Celles-ci diffèrent entre elles par leur forme, tantôt ronde, tantôt oblongue, tantôt lancéolée ; par leur groupement en chaînettes, en diplocoques, en zooglées; par la présence ou l'absence de capsules, etc. Ces microbes sont mortels pour les animaux (souris, lapins) sous la peau desquels on les a inoculés (2).
Ces recherches, concluent MM. Comil et Babes, laissent à penser qu'au lieu d'un seul microbe lancéolé et capsulé, appartenant à la salive normale et à la pneumonie, il existe en réalité toute une série de variétés de ce même type plus ou moins virulentes et stables, souvent mélangées.
Des constatations analogues ont été faites par Weichselbaum, Ribbert et Finkler, G. Sée, Bouchard, Leyden, etc. (3).
Ajoutons que la seconde espèce de bactéries décrite par M. Babes lui parait jouer un grand rôle dans Tétiologie de la maladie. Mais on est encore réduit à des hypothèses à cet égard, et plus encore au sujet de l'influence de ces microbes sur les complications de la grippe.
(1) Ces microbes soot représentés dans la figure 6 de la planche IK de l'ouvrage de MM. Cornil et Babes» 3* édit., t. 11.
(2) Voyez les photographies des figures 5 et 6 de la planche IX et de la figure 8 de la planche X de MM. Cornil et Babes.
(3) On trouvera les indications bibliographiques des travaux de ces auteurs dans l'ouvrage de MM. Cornil et Babes.
27i LES MICROBES DE LA BOUCHE.
€ Si, disent MM. Corail et Babes, on suppose que la grippe est causée par des microbes septiques de la salive, on arrivera à Tune ou l'autre des deux hypothèses suivantes : ces microbes ou l'un d'eux ont acquis une virulence plus grande sous l'influence de conditions météorologiques ou telluriques insolites qui se font sentir successivement dans tous les pays envahis par l'épidémie, ou bieii ces mêmes modifications atmosphériques ont affaibli l'étonomie au point de la laisser envahir par des microbes jusque-là inoffensifs.
( Le meilleur moyen de résoudre ces diflicultés consisterait à comparer, par une étude systématique complète, les variétés de microbes de la pneumonie avec celles qui ont été trouvées et décrites (1) dans la bouche et dans les organes pendant l'épidémie de grippe. »
(i) Babes, Centr. fUr Bacter., 1890, n<» 8, 15, 16, 17 et 18.
La bouche renfermey à Tétat normal, un grand nombre de microbes qui peuvent rester inofTensirs tant que la santé est bonne, que Tétat général est parfait et la muqueuse buccale intacte, ainsi que Témail des dents.
Si Torganisme vient à s^afiaiblir par suite d'une maladie intercurrente, les maladies infectieuses en particulier, les microbes pathogènes contenus dans la bouche peuvent y déterminer des amygdalites, des angines, ou, poi^nt plus loin leur action, déterminer des pneumonies, des otites, etc.
C'est ainsi que s'explique l'apparition d'amygdalites ou d'angines plus ou moins graves à la suite des fièvres éruptives ou de la fièvre typhoïde; celle de la diphtérie, après l'angine simple de la scarlatine; celle de la pharyngite catarrhale au cours de la rougeole ; celle du muguet après diverses maladies qui ont produit l'acidité de la salive (fièvre typhoïde, fièvres diverses, cachexies, etc.).
Dans la plupart des cas, il existe une desquamation épithéliale qui permet aux microbes de pénétrer dans les tissus sous-jacents ; dans d'autres, les microbes s'avancent profondément par les conduits naturels : la trompe d'Eustache pour gagner l'oreille moyenne; le canal de Warthon pour aller produire l'angine de Ludwig ou phlegmon sous-maxillaire, etc.
L'influence du froid sur Tapparition de ces complications est incontestable : elle est d'observation journalière pour la pneumonie, l'amygdalite, l'érysipèle de la face. Pour ce dernier, il est évident que les streptocoques pyogènes habitent l'arrière-gorge lorsqu'un coup de froid vient les mettre en activité; quelques heures à peine suffisent pour qu'on puisse voir la rougeur érysipélateuse qu'ils déterminent dans le pharynx, puis sortir par les fosses nasales ou les points lacrymaux.
Il en est de même pour les inflammations buccales qui surviennent si souvent après un refroidissement, en particulier les phlegmons ou abcès consécutifs à la carie pénétrante; le coup de froid n'a fait que modifier le terrain sur lequel les microbes restaient inactifs et les a mis immédiatement en activité.
L'action des microbes dans les affections buccales et dentaires s'exerce encore d'autres manières. Les solutions de continuité de la muqueuse gingivale ou buccale permettent aux microbes de pénétrer dans le tissu cellulaire sous-jacent et d'y créer des inflammations et des abcès pouvant devenir diffus ou aller jusqu'à la gangrène; de là l'inflammation, s'emparant des lymphatiques, peut gagner les ganglions, les espaces cellulaires de la face ou du cou, et donner lieu à des adénites, à des phlegmons diffus plus ou moins graves. Plusieurs fois on a trouvé dans le pus de ces abcès différents microbes (spirilles, tétragènes, leptothrix, etc., sans compter les streptocoques et les staphylocoques) qui ont mis hors de doute leur origine buccale.
L'influence pathogène des microbes renfermés dans les interstices dentaires ou dans la salive a encore été mise en évidence dans certains cas où des inoculations ont été faites
chez rhomme, accidentellement ou intentionnellement^ ou chez les animaux, par la méthode expérimentale. Nous avons constaté, maintes fois, la présence de spirilles dentaires dans des abcès de la fesse et d'autres régions plus éloignées encore de la bouche. Le transfert s'était effectué par le grattage avec les doigts préalablement portés dans la cavité buccale.
Les solutions de continuité de l'émail agissent de la même façon que celles de la muqueuse buccale, en permettant aux microbes de pénétrer dans les canalicules et de détruire peu à peu les tissus dentaires. De là les diverses variétés de carie.
L'affection désignée sous le nom d'ostéo-périostite alvéolodentaire a aussi pour cause l'action des microbes sur les tissus qui entourent la dent; mais d'autres causes sont nécessaires pour favoriser le développement de cette affection ; ce sont diverses maladies chroniques qui affaiblissent profondément l'organisme, modiOent les tissus, en particulier les alvéoles dentaires et permettent ensuite aux microbes de s'insinuer dans le cul-de-sac gingivo-dentaire, qu'ils creusent de plus en plus jusqu'à ce qu'ils aient détruit les moyens de fixité de la dent.
Il est probable que l'intoxication chronique par le phosphore agit de la même façon sur le tissu osseux des maxillaires ; celui-ci, modifié profondément par l'excès de phosphore contenu dans l'organisme, comme le sucre modifie les tissus du diabétique, n'oppose aucune résistance aux microbes, qui, dès qu'ils peuvent arriver jusqu'à lui grâce à une perte de sub stance gingivale ou mieux dentaire, le détruisent de proche en proche, bien plus profondément et bien plus rapidement que dans l'ostéo-périostite alvéolo-dentaire.
Les moyens à mettre en œuvre pour prévenir les affections buccales et dentaires se résument tous dans un seul : une anti-
sepsie minutieuse. Les solutions de sublimé, d'acide phénique, d'acide borique, de chloral, de naphtol camphré, etc., en pourront faire tous les frais. Cependant, contre le muguet, pour modifier Tacidité de la bouche, on emploiera les eaux ou solutions alcalines.
Certains médicaments ont une sorte d'action spécifique sur les inflammations buccales et doivent être conservés; tels le chlorate de potasse pour la stomatite ulcéro-membraneuse, le salicylate de soude pour la stomatite aphteuse , l'acide phénique associé au camphre ou à la glycérine pour la diphtérie, etc.
Sachant que chez les enfants ces diverses affections fébriles, rougeole, variole, scarlatine, etc., les mettent en état d'opportunité morbide pour le muguet et surtout pour la diphtérie, il faudra tenir leur bouche dans l'état de propreté le plus parfait. Pour cela, dans le cours de ces maladies et pendant leur convalescence, il faudra, plusieurs fois par jour, toutes les deux heures même, chaque fois qu'ils auront pris un aliment quelconque, leur faire laver la bouche avec une cuillerée d'eau de Vichy; quatre fois dans les vingt-quatre heures, dans les mêmes conditions, il faudra nettoyer la bouche avec un pinceau imbibé d'une solution antiseptique, ou un tampon d'ouate au bout d'une pince, ou une petite éponge; tampon et éponge qu'on aura soin de brûler après le nettoyage, afin qu'ils ne servent plus et ne puissent propager à d'autres les microbes retirés de la bouche des malades.
Ces soins devront être tout particulièrement donnés aux enfants atteints d'angine et susceptibles de contracter la diphtérie.
Chez les enfants et même chez les grandes personnes dont les dents se carient facilement et vite, l'antisepsie buccale est de
toute rigueur: le matin et le soir, et après chaque repas, nettoyage des gencives, des dents avec une brosse, une petite éponge, puis de la bouche avec une ou deux gorgées de solution antiseptique. Les rince-bouches additionnés d'eau de menthe ou de Botot ont une certaine utilité théorique, mais sont insuffisants.
Cette antisepsie buccale est plus indispensable encore chez les personnes atteintes d'ostéo-périostite alvéolo-dentaire ou exposées à la nécrose phosphorée. Mais ici les solutions antiseptiques ne suffisent pas seules ; il faut détruire d'abord au thermo ou galvanocaulère les replis gingivaux, les culs-de-sac qui servent de réceptacle aux microbes ; il faut les transformer en surfaces nettes, sans anfractuosités, capables d'être mises complètement en contact avec la substance antiseptique. Le gargarisme ne suffît pas dans ce cas; nous conseillons l'injection, à l'aide d'une poire, dans chaque interstice dentaire. De la sorte, le liquide pénètre non seulement entre les dents, mais entre la gencive décollée et la racine. En même temps, il faut faire suivre au malade un traitement général destiné à combattre la maladie qui a pu donner lieu à l'ostéo-périostîte ou à la nécrose.
La périostite aiguë, la carie dentaire pénétrante, en mettant le fond de l'alvéole en contact avec les microbes, sont la cause des abcès à répétition, des fistules intarissables constatés en pareil cas. Le traitement de ces caries et de ces fistules est des plus difficiles, à cause des colonies microbiennes qui se fondent le long de la racine et des fistules, au fond de l'alvéole, dans le foyer des anciens abcès, etc. Afin d'éviter le retour des abcès, il faudra, avant d'obturer les cavités dentaires, les panser pendant longtemps avec des substances faciles à enlever et imbibées de liquides antiseptiques, répéter ces pan-
sements plusieurs fois et n'arriver à Tobturation définitive, faite antisepliquement, qu'après s'être assuré qu'une obturation provisoire, également antiseptique, a pu rester assez longtemps en place sans déterminer d'accidents.
L'obturation des caries non pénétrantes, sans exiger des soins préalables aussi minutieux, comporte aussi diverses précautions; il faut nettoyer soigneusement la cavité, en enlever tout rivoire mortifié, arriver jusqu'à l'ivoire intact, et désinfecter cette cavité avant de l'obturer définitivement. C'est à la persistance des microbes dans la cavité dentairb qu'il faut attribuer, dans certains cas, la continuation de la marche de la carie, qui se traduit par la mobilité de l'obturation et le retour des douleurs au bout d'un temps variable. Bien plus, une antisepsie parfaite de la cavité dispense même d'enlever l'ivoire ramolli, partant de pratiquer ce grattage si pénible, et quelquefois si dangereux, puisqu'il expose à la pénétration. Nous lavons les cavités à l'éther, qui a la propriété de se diffuser très loin et de sécher vite.
Les mêmes précautions antiseptiques doivent encore être prises en cas de greffe soit autochtone, soit hétérochtone, à cause des lésions qui existent antérieurement, soit dans la dent réimplantée, soit dans la cavité alvéolaire.
Les malades atteints de phtisie pulmonaire rejettent des crachats remplis de bacilles qui, conservés dans la bouche, puis déglutis, pourraient infecter le tube digestif; il est donc utile de forcer ces malades à se gargariser avec une solution antiseptique après avoir craché. En rejetant ce gargarisme dans leur crachoir, ils désinfecteront en même temps leurs crachats.
Les mêmes précautions sont utiles à prendre chez les malades atteints de pneumonie.
L'antisepsie locale ne suffit pas toujours ; il faut souvent lui adjoindre l'antisepsie générale. Étant admis que dans les maladies infectieuses les microbes circulent dans les vaisseaux sanguins et vont porter l'infection dans différents points de l'organisme, — ce qui a lieu en particulier pour les stomatiteS) les angines, les phlegmons qui compliquent les caries pénétrantes, etc., — il est indiqué, dans le cours de ces affections, d'administrer à l'intérieur des substances antiseptiques diffusibles capables de détruire les microbes ou leurs produits de sécrétion. Le sulfate de quinine, l'antipyrine, le naphtol B, le salicylate de bismuth, sont les types de ces substances.