‹ Les microbes, les ferments et les moisissuresChapitre 106 sur 167 · Koch, die Milzbrand-Impfung, Berlin · texte numérisé non relu

Koch, die Milzbrand-Impfung, Berlin

CONCLUSION

peut les considérer comme remplies pour un nombre déjà, imposant de maladies : le sang de rate, le choléra des poules, le rouget du porc, la morve, la variole, la tuberculose, l'érysipèle et même le choléra asiatique. Ce sont là, bien certainement, des maladies à microbes dans toute l'acception du terme.

L'opposition que la théorie microbienne rencontre en pathologie n'est pas nouvelle et n'a rien qui doive nous étonner : à toutes les époques la médecine a tenu à ses vieilles traditions et n'a renoncé qu'avec peine à voir dans la maladie quelque chose de mystérieux comme au temps de l'antique théurgie, dont les devins et les sorciers modernes sont le dernier reste. La théorie parasitaire est sans doute trop simple et trop naturelle pour qu'on croie devoir l'accepter sans contestation; mais ses précédentes conquêtes sont d'un bon augure pour l'avenir. Est-il besoin de les rappeler? Au commencement de ce siècle la théorie parasitaire de la gale rencontra la même opposition : quel est le médecin qui doute aujourd'hui que le Sarcoptes scabiei soit la seule cause de l'affection? Un peu plus tard, vers le milieu du siècle, quand on constata la présence de microphytes particuliers dans la plupart des maladies de la peau, personne ne voulut croire à l'importance de cette découverte : et cependant il est bien peu de médecins qui nient désormais que ces microphytes ne soient la principale ou, pour mieux dire, la seule cause de ces maladies.

. De même lorsque l'on voit, dans le sang de rate, le torrent circulatoire et tous les organes remplis de bactéridies {Bacillus anthracis), est-il bien permis de nier que cette maladie soit essentiellement parasitaire? Ces bactéridies étant des êtres vivants qui s'accroissent, se re-

produisent et pullulent avec une grande activité, nierat-on que leur présence ne constitue un danger immédiat, surtout maintenant que l'on sait qu'elles fabriquent, aux dépens de l'organisme, un poison violent (ptomaïne) qui pénètre là où la bactéridie ne pénètre pas? Dira-t-on que les bactéridies ne sont ici qu'un « épiphénomène », c'est-à-dire une complication sans importance et dont il n'y a pas lieu de s'inquiéter?

Ce que nous disons ici du sang de rate, nous pourrions le dire de toute autre maladie : de la diphtbérie, de la variole ou de la fièvre intermittente. Et nous ne craignons pas de l'avancer, nos instruments seraient-ils trop faibles pour nous faire voir les organismes qui sont la cause de ces maladies, que la raison seule nous forcerait d'en admettre l'existence, d'après ce que nous savons en général de la marche et de la nature des maladies contagieuses. Qui dit contage dit microbe : et c'est la simplicité même de cette théorie qui lui donne sa haute valeur et qui nous permet de la considérer comme l'expression même de la réalité.

Qu'importe après cela qu'on discute sur la question de savoir si le microbe est le contage même ou s'il n'en est que le véhicule ou le porteur? s'il agit par lui-même ou seulement par les ptomaïnes qu'il produit? s'il existe un microbe spécifique pour chaque espèce de maladie, ou si ce microbe est susceptible de se transformer, comme tout être vivant, suivant la nature du milieu dans lequel il se nourrit? Ce sont là des questions secondaires, dont l'avenir nous donnera sans doute la solution, mais qui ne touchent en rien au principe môme de la théorie parasitaire. Cette théorie vient à peine d'être fondée : chaque jour apporte une nouvelle pierre

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à l'édifice, mais on ne peut exiger qu'il soit déjà complet dans toutes ses parties : les progrès de la science pourront le modifier dans ses détails, mais ce qu'on peut affirmer, c'est que le fond même en restera, parce qu'il repose sur l'interprétation simple et naturelle des faits.

APPENDICE

Terminologie des Microbes :

variations dans les dénominations employées et dans les classifications adoptées

Le polymorphisme des microbes a eu pour conséquence une grande instabilité dans la terminologie employée par différents auteurs. Nous avons donné, au commencement de ce livre (pages 86-87), la classification morphologique classique qui est encore la plus généralement employée ; mais nous ne pouvons nous dispenserde donner ici quelquesindications destinées à faciliter la lecture des ouvrages récents publiés sur les microbes tels que les Bactéries, de MM. Cornil et Babès, et Micro-organisms and Diseases, du professeurE. Klein de Londres.

Il est d'abord deux genres que l'on paraît avoir de la tendance à éliminer de la nomenclature : ce sont les genres Baclerium et Vibrio.

MM. Gornil et Babès donnent au groupe tout entier des Bactériacés, ou microbes proprement dits, considéré comme un ordre à part, le nom de Bactéries qu'ils ont mis comme titre à leur ouvrage. Par suite ils ont été amenés à supprimer le genre « Bactérie » (Bacterium), pour éviter les confusions, et la plupart des espèces que l'on rangeait autrefois dans le genre Bactérie sont pour eux des Bacilles (Bacillus), qu'ils soient longs ou courts, mobiles ou immobiles. Dans la description des microbes des maladies de l'homme, nous nous sommes conformés à cette nomenclature, qui semble devoir être adoptée par les histologistes, et afin de ne pas surcharger la synonymie déjà trop encombrée des microbes.

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