The Microscope in medicine, 4e édit., Londres
CONCLUSION
Pour lui, les particules solides du vaccin ne sont pas des bactéries ou des microcoques, mais des bioplastes, ou éléments figurés dérivés de la matière vivante de la vache, et ce sont ces bioplastes qui constituent les contages effectifs de toutes les maladies virulentes : les bioplastes sont les particules très petites de la matière vivante de l'espèce infestée par la maladie. Le contage est un bioplasme et « chaque espèce de bioplasme contagieux manifeste sa propre action spécifique et seulement celle-ci ». Nous laisserons à d'autres le soin d'admirer et de paraphraser ce jargon scientifique, qui semble fait pour nous ramener en arrière de plusieurs siècles ; mais nous ferons observer que cette théorie de M. Beale se rapproche un peu d'une autre théorie beaucoup plus sérieuse et beaucoup plus complète, dont il nous reste à parler.
Théorie des mickozymas de M. Béchamp. — Dans cette théorie, ce n'est pas un blastème liquide qui se modifie dans les maladies, mais bien un blastème organisé et solide, comparable au sang-, et constitué par de très petites particules de matières vivantes qui sont les microzymas. Les microzymas sont ces granulations élémentaires que l'on voit au microscope dans les cellules et dans tous les liquides de l'économie : ce sont eux, et non pas les cellules où ils s'enkystent, qui senties véritables agents de toutes les fonctions de l'organisme. C'est en sécrétant un liquide appelé zijmase ou ferment, et qui les entoure continuellement (constituant avec eux cet ensemble que l'on appelle le protoplasma), que ces microzymas opèrent les transformations variées dont le but final est la nutrition de cet organisme. Ce ne sont pas des parasites venus du dehors qui produisent les mala-
dies virulentes et contagieuses, ce sont les microzymas eux-mêmes, par une perversion de leur fonctionnement normal : ils sécrètent alors une zymaso viciée et se transforment en microcoques et en bactéries quo l'on croit cà tort des corps étrangers alors qu'ils no sont que le résultat de l'évolution particulière des microzymas qui préexistaient dans nos tissus.
Mais ce n'est pas tout : ces microzymas sont impérissables. Dans nos organes, les cellules meurent et se renouvellent, mais les microzymas qu'elles renfermaient ne font que s'associer avec d'autres microzymas pour constituer de nouvelles cellules. Après la mort, ce sont eux qui, par leur transformation en microbes, produisent la fermentation putride, et leur existence se prolonge bien au delà de celle des organismes dont ils ont fait temporairement partie. Ainsi les microzymas de la craie, qui proviennent sans doute des tissus des animaux et des plantes de cette époque, après un repos de plusieurs milliers de siècles, sontencore vivantsetsusceptibles de se transformer en bactéries quand on leur fournit un liquide nutritif convenable, ainsi que l'a montré M. Béchamp.
Cette théorie est incontestablement très séduisante, et donne l'explication d'un bien plus grand nombre de faits que les théories précédentes, mais il est tels de ces faits avec lesquels il est impossible de la mettre d'accord, tandis que la théorie parasitaire les explique facilement : tels sont, par exemple, le phénomène de la putréfaction cadavérique et les bons effets du pansement de Lister ou de l'occlusion des plaies de M. Guérin.
M. Robin, dans sa théorie des blastèmes, admettait aussi que la putréfaction cadavérique s'opérait sans l'intervention d'aucun agent extérieur.
CONCLUSION
Mais on sait aujourd'hui que les cadavres mis à l'abri des germes de l'air se momifient sans se putréfier. Tel est le cas pour les corps qui se sont conservés, depuis plusieurs siècles, dans la crypte souterraine de l'une des églises de Bordeaux, et qui sans aucune préparation antiseptique ont passé lentement à l'état de momie. Beaucoup de souterrains et de cavernes, où l'air est sec et à une température invariable, présentent des conditions favorables à cette momification, sans doute parce que ce milieu est impropre à la vie des végétaux inférieurs.
La théorie des microzymas explique la transmission des maladies par les éléments figurés des virus, alors que le liquide filtré de ce même virus est sans danger : sous ce rapport, elle est plus d'accord avec les faits que la théorie des blastèmes; mais elle n'explique pas les effets de l'occlusion ou du tamisage do l'air dans le pansement de M. Guérin et ceux de l'acide phénique dans le pansement de Lister. En effet, si les microzymas virulents sont dans le corps du malade et ne viennent pas du dehors, on comprend difficilement que ce procédé puisse être de quelque utilité. Il saute aux yeux que ce tamisage qui n'arrête que les particules solides de l'air, mais laisse passer l'air lui-même, n'agit qu'en écartant quelque chose qui se trouvait en suspension dans l'atmosphère, et ce quelque chose ne peut être que les organismes figurés, ou les germes de l'air.
Théorie des Ptomaïnes. — La découverte d'alcaloïdes spéciaux dans le pus, par Panum {septine), puis dans les cadavres et les matières en putréfaction par Selmi et Gautier [Ptomaïnes), a été la dernière ressource à laquelle se sont raccrochés les partisans de la théorie des virus non organisés. On a pensé que ces ptomaïnes, ou
alcaloïdes toxiques, étaient le produit d'altérations cadavériques ou morbides purement chimiques se produisant dans les tissus et les liquides de l'économie en dehors de toute intervention des microbes. Cette conception a priori ne diffère pas en réalité de la théorie des BlastèmesdcM. Robin. Si on l'admet, tous les microbes pathogènes se trouvent assimilés au Bacille du Jequirity de Sattler, qui vit et se développe il est vrai dans le suc toxique des graines de VA brus precatorius, mais n'est pour rien, comme Klein l'a démontré, dans la conjonctivite artificielle que l'on provoque à l'aide de ce liquide.
Mais cette théorie Aes'pto?naïnes sans microbes ne tient pas devant l'étude impartiale des faits. On peut, il est vrai, par une filtration convenable, séparer la ptomaïne de son microbe, mais la réciproque (comme dans le cas du Jequirity) est impossible. Ce microbe, séparé du liquide primitif et transporté dans des bouillons de culture successifs, de manière à l'obtenir pur de tout élément étranger, continue à produire la ptomaïne qui le caractérise et qu'il fabrique de toutes pièces aux dépens du liquide de culture, comme le démontrent les expériences récentes de M. Gabriel Pouchet sur la ptomaïne du choléra. Il n'y a pas plus de ptomaïne sans microbe spécial qu'il n'y a d'ergotine sans Claviceps purpurea ou de vinaigre sans Mycoderma aceti.
La théorie microbienne de M. Pasteur est la seule qui explique tous les faits. — La théorie microbienne est la seule qui ne soit plus forcée d'avoir recours à ces expressions vagues dont se contentait l'ancienne médecine pour expliquer la contagion des maladies, et dont se contente encore M. Jousset de Bellesme lorsqu'il parle
CONCLUSION
de conditions tout à fait obscures dans la production de ces maladies. Tontes ces expressions de miasmes, de virus j d'effluves, etc., donjon se servait il y a moins de vingt ans, pour désigner ce quelque chose d'inconnu qui constituaitle conlage, ne pouvaient se définir qu'en ayant recours à une « action catalytique » qui n'avait d'autre utilité que de reculer la solution du problème et de substituer une inconnue à une autre inconnue1! La théorie parasitaire n'aurait-elle eu d'autre utilité que de nous débarrasser des « miasmes » et des « effluves », et surtout des « actions catalytiques », qu'elle aurait déjà fait faire un pas immense à la science. A partir du jour où il a été démontré que les miasmes et les effluves, de même que les virus, n'étaient pas autre chose que les germes de l'air, c'est-à-dire les microbes et leurs spores, toute la pathologie s'est trouvée éclairée d'une lumière éclatante, dont on peut mesurer les bienfaits au nombre des travaux accomplis dans cette direction depuis moins de dix ans.
Cette théorie nous a donné l'occlusion des plaies de M. Guérin, le pansement antiseptique de Lister, la nouvelle vaccine de M. Pasteur, et ces trois grandes découvertes suffiraient à immortaliser cette hypothèse, en supposant qu'elle ne soit qu'une hypothèse. Quels sont les progrès accomplis dans la science que les théories adverses peuvent porter à leur acquit, en face de ceux de la théorie microbienne? Nous n'en connaissons pas, et cela suffit pour les juger.
1. Voyez par exemple l'article Miasmes dans le Dictionnaire de Nysten, Littré et Robin (édition de 1864) : « Les miasmes sont constitués par les substances organiques de l'air à divers états de modifications catalytiques. » Les mots soulignés le sont par M. Robin lui-môme. Voyez aussi les mots Effluves, Catalytiques, Virus, etc., du même dictionnaire.
Du reste la théorie microbienne est sortie désormais de cette phase primitive où on pouvait la considérer comme une simplo hypothèse, pour entrer dans le domaine des faits précis. — Avant qu'une maladie infectieuse soit considérée comme due à la présence d'un microbe spécifique, il est indispensable qu'elle ait été soumise à l'épreuve des quatre règles suivantes qui ont été très nettement établies par Koch :
1° Il faut que le microbe en question ait été trouvé soit dans le sang-, soit dans les tissus de l'homme ou de l'animal malade ou mort de la maladie;
2° Ce microbe pris dans ce milieu (le sang ou les tissus, suivant le cas), et cultivé artificiellement hors du corps de l'animal, doit être transporté de culture encu.ture pendant plusieurs générations successives, en prenant les précautions nécessaires pour empêcher l'introduction de tout autre microbe dans ces cultures, de façon à obtenirle microbe spécifique pur de toute espèce de matière provenant du corps de l'animal qui l'a primitivement fourni ;
3° Le microbe, ainsi purifié par des cultures successives, réintroduit dans le corps d'un animal sain, mais sujet à la maladie, doit reproduire chez cet animal la maladie en question avec ses symptômes et ses lésions caractéristiques ;
4° Enfin, on doit constater que, dans l'animal ainsi inoculé, le microbe en question s'est multiplié et se retrouve en nombre supérieur à celui de l'inoculation '.
Ces quatre conditions sont nécessaires, mais elles sont suffisantes, et, dans l'état actuel de la science, on