Ou Sphaceloma ampelium
Le soufre est loin d être aussi efficace ici que dans le cas de l'oïdium. Voici cependant le traitement qui a été préconisé par M. Portes :
1° Détruire ou enlever les sarments et autres débris de l'année précédente; — 2° saupoudrer avec de la chaux grasse éteinte et finement pulvérisée les souches et les jeunes pousses dès la seconde quinzaine d'avril et répéter cette opération tous les quinze jours jusqu'à la fin de juin ; — 3° soufrer aux époques ordinaires surtout s'il y a de l'oïdium; — 4° drainer et irriguer toutes les fois que cela est possible ; — 5° partout où l'on constate le champignon saupoudrer alternativement, à quelques jours do distance, avec de la chaux pulvérisée et avec un mélange de la même substance avec du soufre sublimé.
h'Aubernage, ou Mal noir des Italiens, ne doit pas être confondu avecl'Anthracnose. D'après des recherches récentes, l'aubernage ne serait pas dû à un champignon, mais à une altération spontanée (ou causée par des bactéries (?) d'après MM. Pirotta et Cugini), consistant dans la transformation de la cellulose et de l'amidon de la plante en gomme, d'après M. 0. Cornes, en tannin d'après M. Pirotta.
Cette maladie présente trois degrés : 1° une simple coloration en noir rougeâtre de la moelle, qui n'empêche pas la végétation ; 2° un commencement de nécrose qui rend la végétation souffreteuse; 3° enfin, une nécrose complète avec désagrégation du bois et arrêt de la végétation.
Cette affection est contagieuse, ce qui nous porte à croire que si elle n'est pas le fait d'un champignon, elle est due tout au moins au développement d'une bactérie, c'est-à-dire d'un microbe.
Le remède indiqué par les naturalistes italiens consiste à donner des sels de potassium, que Ton peut du reste trouver, sans grands frais, dans les cendres des sarments que l'on brûle sur les lieux mômes.
Le Pourridié. — Le Rœsleria hypogea est un autre champignon parasite que l'on trouve sur les racines de la vigne. Ilaété étudié récemment par M. Ed. Prillieux.
La vigne atteinte de ce parasite languit quelques années et finit par succomber : le mal se propage par les racines aux ceps voisins ; les places attaquées grandissent comme des taches phylloxériques. On trouve les racines pourries. Ce pourridié a pris une grande extension dans la Haute- Marne (arrondissement de Langres).
Ce petit champignon est très différent du pourridié du midi de la France étudié par MM. Planchon et Millardet, et qui est formé par le mycélium rhizomorphe d'un grand champignon hyménomycète, VAgaricus melleus. Le Rœsleria est très différent : c'est un petit champignon blanc, à tête blanche ou cendrée, n'ayant pas plus de 8 à 10 millimètres, et dont le mycélium vit à l'intérieur des racines de la vigne dont il pénètre et altère profondément tous les tissus, produisant à l'automne les fructifications que l'on voit apparaître à la surface.
Il se développe surtout clans les sols marneux et argileux et dans les années pluvieuses, dans les parties basses des terrains en pente. L'humidité des couches profondes du sol lui est favorable. Il faut donc avant tout assainir les sous-sols imperméables.
En outre, il faut écarter les ceps pour éviter l'enchevêtrement des racines; arracher les vignes malades et les brûler, car le champignon vit pendant plusieurs années sur les racines mortes et desséchées. S'il reste dans le
sol quelques fragments de racine comme c'est presque toujours le cas, ils peuvent suffire à réinfester les pieds sains que l'on se hâterait de replanter à la place.
Remarque au sujet des maladies de la vigne. — On peut s'étonner de voir un végétal aussi précieux et cultivé avec tant de soin dans notre pays, attaqué par un si grand nombre de parasites tant animaux que végétaux. En réalité, il y a lieu de s'étonner au contraire que la vigne n'ait pas été complètement détruite par ces divers fléaux réunis, et qu'elle résiste encore dans plusieurs régions de la France. Si l'on songe que l'on a fait produire sans trêve ni merci, depuis de longues années, à de vieux ceps rabougris sans s'inquiéter le plus souvent de leur rendre, par une fumure convenable, la nourriture que leur enlevait la fructification du raisin, on s'étonnera beaucoup moins de la décadence de nos vignobles. Aussi, la plupart des esprits éclairés attribuentils l'invasion de ces nombreux parasites à la caducité et à l'épuisement de nos vignes, beaucoup plus qu'à toute autre cause accidentelle, telle qu'une importation du dehors.
Le remède est donc avant tout dans le rajeunissement de la vigne par la plantation de jeunes pousses, ou mieux encore par des semis. Au lieu de chercher à introduire des plants étrangers qui auront de la peine à s'acclimater et ne vaudront certainement pas nos vignes perdues, ne vaudrait-il pas mieux chercher à régénérer nos plants indigènes par le croisement des cépages cultivés avec les vignes sauvages, ou mieux encore par leur croisement entre eux comme l'a proposé M. Millardet? On pourrait aussi essayer de greffer nos cépages do Bordeaux et de Bourgogne sur des vignes sauvages ou sur des vignes
américaines qui résistent mieux aux attaques du Phylloxéra.