LA MUSCARDINE OU MALADIE DES VERS A SOIE
11 ne faut pas confondre la muscardine, qui est causée par un véritable champignon, le Botvytis bassiana, avec d'autres maladies qui attaquent également le Bombyx, et particulièrement aveclajoe'ôwne, qui est causée, d'après M. Pasteur, par une bactérie, un microbe proprement dit, et, d'après les recherches récentes de M. Balbiani, par une psorospermie. Nous reviendrons du reste sur cette dernière maladie.
LeBotrytis bassiana est une véritable moisissure appartenant au groupe des Oomycètes et voisine du Peronospora des pommes de terre. Il se propage par ses spores qui, tombant sur un ver à soie, germent et pénètrent dans son corps, puis y développent un mycélium qui peut envahir toute la chenille sans se montrer à l'extérieur. La germination est d'autant plus rapide que le ver est plus âgé.
Après sa mort, causée par le développement de ce mycélium, des rameaux s'élèvent au-dessus de la peau et portent bientôt des spores blanches comme de la craie et qui se détachent facilement, flottant dans l'air en
poussière impalpable comme celle d'une fumée légère. Les vers sur lesquels cette poussière retombe ne semblent pas malades : ils mangent avec la même avidité, mais ils meurent subitement. C'est de soixante-dix à cent quarante heures après, que les spores sont développées et que par conséquent la contagion peut s'effectuer. Il est difficile d'écarter des ateliers des magnaneries tous les vers morts de cette manière : ceux qui meurent après être montés sur les bi'uyères pour se transformer en chrysalide, ne sont jetés que lorsqu'on les trouve en enlevant les cocons. Les nuages de poussière que ces vers blanchis répandent éternisent la maladie dans les ateliers les mieux tenus. Comme chacun jette les bruyères par la fenêtre et balaie les chambres pour en chasser la poussière, les spores flottent continuellement dans l'air et sont emportées par le vent.
L'humidité favorise le développement du champignon, et l'introduction des vers sains dans une magnanerie infestée est insuflisante pour extirper la maladie. Si l'on veut atteindre ce but, il est indispensable d'éloigner tous les vers morts avant le développement des spores et de détruire les cadavres en les brûlant avec les bruyères ou les recouvrant de chaux vive. Les magnaneries devront en outre être complètement évacuées et les chambres purifiées et désinfectées par les moyeus ordinaires (fumigations de soufre, lavage à l'eau chlorée) avant que l'on y réintroduise de nouveaux élèves.
CHAMPIGNONS PARASITES DE LA PEAU ET DES MUQUEUSES DE i/HOMME ET DES ANIMAUX
Les maladies de la peau de l'homme 'et des animaux que l'on désigne sous le nom de teignes sont causées par la présence de champignons parasites, de même que les gales sont produites par la présence d'animaux appartenant au groupe des Acariens. C'est ce qui rend ces maladies éminemment contagieuses parla dissémination des spores de ces champignons qui peuvent germer partout où elles trouvent des conditions de chaleur et d'humidité favorables, même sur la peau saine ou seulement irritée par un simple grattage.
La Teigne faveuse. — Le champignon cause de cette maladie du cuir chevelu, YAchorion Schoenlenii, appartient à la même famille que Y Oïdium : son mycélium produit des branches qui portent des chapelets de spores, comme dans les Mucorinées, mais il n'y a pas de véritable sporange.
On le trouve en abondance dans les godets de la teigne au milieu de la substance jaune de soufre qui tapisse le fond du godet. Si l'on prend un fragment de cette substance et qu'on la dissolve dans l'ammoniaque, on isole le champignon que l'on peut alors observer au microscope, surtout si on a pris soin de le colorer en brun par une solution aqueuse d'iode iodurée (fig. 24).
Le mycélium est formé d'articles allongés, cylindriques, qui cheminent entre les cellules do l'épi derme j
trouessart. — Microbes. 4
îiO CHAMPIGNONS PARASITES ET MOISISSURES.
surtout au voisinage des bords du godet, et peuvent pénétrer profondément dans le derme (fig. 25). Certains filaments à articles plus courts sont terminés par des spores disposées en chapelets et qui s'isolent successivement de la tige : on en trouve ainsi d'isolés en grand nombre au milieu des cellules épidermiques. Le centre du godet est occupé par un ou plusieurs poils encore malades, entourés de spores; mais tandis que le centre
Fig. 24. —Achorion Schœnlenii, champignon de la Teigne faveuse (gr. 400 fois) : a, spores; b, chaînes de spores; c, mycélium.
est en voie de guérison, le champignon s'étend à la périphérie et gagne de proche en proche. La saillie du godet est formée par cette végétation parasite qui forme un bourrelet circulaire de plus en plus large, en soulevant et épaississant l'épidémie. Dans les points envahis par le mycélium,il se produit seulement un léger suintement ou une suppuration au niveau des godets ; puis le tissu induré se résorbe peu à peu en laissant des cicatrices profondes qui persistent après guérison.
Sur les cheveux malades, on trouve le mycélium entre les tuniques du bulbe pileux, tandis qu'entre les lames
épidermiques du poil on ne trouve que des spores en
grand nombre.
Le champignon peut être inoculé sur tous les points de la peau, mais son siège d'élection est la tête où il
Fig. 25. — Coupe transversale delà peau au niveau d'un godet favique: a, épiderme ; b, couche superficielle du derme ; c, couche profonde du derme; d, d', mycélium avec spores.
produit la maladie connue depuis longtemps sous le nom de teigne faveuse, ou de favus (nom que l'on donne aux godets).
On l'a dit avant nous, les champignons se mangent entre eux; c'est ainsi que Yachorion a pour parasite une puccinie [Puccinia favi), petit champignon d'un brun rougeâtre qui se développe souvent sur les squames
épidermiques blanchâtres qui recouvrent le mycélium des jeunes faous. Le même parasite a été signalé sur le Pityriasis.
La Teigne tonsurante ou tondante {Trichophyton tonsurans). — Ce champignon, voisin du précédent, vit
Fig. 26. — Trichophyton tonsurans sur les lamelles épidermiques d'une plaque d'herpès circiné : a, spores; b, mycélium à longs articles; c, mycélium à articles courts (gr. 400 fois).
comme lui sur le cuir chevelu et y détermine la teigne tondante.
Il est formé d'un mycélium avec deux sortes de filaments, les uns purement végétatifs, les autres à articles plus courts, se séparant en chapelets de spores arrondies qui se détachent d'une façon incessante (fig. 26). Le mycélium est souvent ramifié, et pénètre entre les cellules épidermiques surtout à la base des poils.
Il est probable que le Sycosis parasitaire de la barbe
ou Mentagre et Y Herpès circiné, deux autres maladies de la peau, ne sont que deux variétés du même parasite. En effet, MM. Cornil et Ranvier ont constaté que le Trichophyton implanté sur le menton glabre d'un enfant y détermine l'herpès circiné, et si l'on gratte avec le dos do la main une plaque de teigne tondante, on y peut produire également l'herpès parasitaire par transplantation du végétal (fig. 27).
Ce champignon est transmissible au chat, au chien et au cheval, qui deviennent ensuite les agents de la contagion. Il a été récemment étudié de nouveau par un médecin anglais M. George Thin, qui considère aussi Y Herpès ou Tinca circinata comme identique.
D'après cet observateur, la
. Fig. 27. — Spores et filaments
Contagion ne peut aVOir lieu par du Trichophyton germant sur , n .■ . î ii • • deux cellules épidermiques
les spores ilottant dans 1 air, mais de la peau. seulement par le contact direct,
notamment par l'échange de chapeaux et de casquettes qui est si fréquent chez les enfants des écoles.
Des essais de culture artificielle dans du lait, du jus de carotte ou l'humeur aqueuse ont montré que la plante ne peut se développer quand le cheveu qui porte les spores est entièrement submergé : il faut seulement un certain degré d'humidité, qui se trouve probablement le plus souvent sur la tête des enfants. Les adultes ont le bulbe pileux plus sec entre le follicule et le poil. De même on peut détruire Je parasite par l'inflammation du cuir chevelu, qui produit une effusion séreuse et place le cheveu dans les mômes conditions que dans les liquides de culture où il était complètement recouvertetnon flottant.
La crasse parasitaire ou Pityriasis versicolor est produite par un champignon semblable au précédent et que Ton nomme Microsporon farfur. Il végète entre les
Fig. 28. — Microsporon farfur de la crasse parasitaire : a, 6, groupes de spores ; c, mycélium à articles longs, clairs et contournés (gross. 100 fois).
cellules de l'épidémie dont il détermine la rapide désorganisation. Les filaments du mycélium sont à longs articles et entremêlés despores arrondies, non disposées en chapelet, mais groupées sous l'épidémie (fig. 28). Le
bu
développement se fait très lentement, mais on a pu constater l'inoculation et la contagion et l'on a pu faire des cultures artificielles.
Dans les deux parasites suivants, on ne connaît pas de mycélium, ce qui les rapproche des ferments dont nous parlerons plus loin. Le champignon est constitué par des cellules arrondies qui se multiplient par bourgeonnement. M. de Lanessan en fait un groupe à part sous le nom de Microsporées, tandis qu'il désigne les parasites du cuir chevelu pourvus d'un mycélium distinct sous le nom de Trichophytées.
Le Champignon de la pelade. — La pelade est encore une maladie du cuir chevelu causée par le Microsporon Audouini, et qui présente les caractères que nous venons d'indiquer : ce serait donc à tort qu'on lui donne le même nom générique que le Microsporon furfur , champignon à mycé-
Fig. 29. — Champignon de la Pelade : cellules épidermiques chargées de spores (gross. 500 fois).
lium bien développé,
si les recherches récentes de Grawitz, sur lesquelles nous reviendrons1, ne tendaient à prouver que les Microsporécset les Trichophytées ne sont que des formes, ou des phases différentes, d'un même parasite. Le champignon de la pelade siège dans la couche su-
. Voyez le chapitre intitulé : Polymorphisme des Microbes.
perfîcielle, cornue de l'épiderme, à la surface des cellules épidermiques et dans leurs interstices. Il ne pénètre pus dans le follicule pileux et ne se rencontre qu'accidentellement sur les poils, et, dans ce cas, fixé à des pellicules détachées de l'épiderme, et non dans l'intérieur du poil
xooo
Fig. 30. — Cheveu dans un cas de Pelade décahante à marche rapide. Il est entouré de cellules épidermiques chargées de spores (gross. 208 fois).
Fig. 31. — Spores isolées recueillies sur des plaques de pelade : 1,2, 3. 4, grosses spores; 5, spores bourgeonnant; 6, 7, 8, spores vides; 9 à 18, petites spores (gross. 1000 fois).
(fig-. 29, 30). Il est composé uniquement parles spores sphériques dont nous avons parlé, et qui se reproduisent par bourgeonnement (fig. 31).
Le Champignon du Pityariasis capitis simplex. — Il ressemble beaucoup au précédent et siège, comme lui, dans la couche cornée de l'épiderme dont il produit le soulèvement sous forme de pellicules farineuses. [1 pénètre dans
les follicules pileux, mais seulement au voisinage du point d'émergence et peu profondément. Les spores qui composent uniquement le végétal sont en général allongées et bourgeonnantes (fig. 32, 33).
D'après M. Malassez, ce champignon est la cause principale de l'alopécie, c'est-à-dire de la chute des cheveux et de la calvitie qui ei/résulte à la longue. Il agirait de deux façons : 1° en dissociant les lamelles épithéliales
Fig. 32. — Cellule épidermique du cuir chevelu atteinte de Pityriasis simplex et couverte de spores (gross. 1000 fois).
Fig. 33. — Spores isolées recueillies sur des pellicules de Pityriasis capitis simplex :
a, spores pleines ; b, spores vides; c, spores bourgeonnant pleines; d, les mêmes vides (gross. 1000 fois).
par sa présence et sa multiplication ; 2° en irritant, à titre de corps étranger, l'épiderme, produisant une suractivité dans l'évolution des cellules, et par suite la desquamation incessante qui est le symptôme le plus visible de la maladie. Quant à la chute des cheveux, elle résulte surtout de l'obstruction de la partie du follicule pileux sousjacente à l'orifice des glandes sébacées, ce qui empêche le développement régulier du poil. L'irritation consécutive du follicule produit une hypertrophie qui amène le resserrement et finalement l'oblitération de ce follicule,
dont le poil finit par se détacher après avoir langui pendant quoique temps.
Le Muguet (Oïdium albicans '). — Ce champignon se
développe le plus souvent à la surface de la muqueuse de la bouche des enfants, surtout de ceux qui sont nourris au bibe ron, ou auxquels on a fait contracter la funeste habitude du nouet (suçon). Les liquides de la bouche deviennent alors acides, et l'on voit apparaître sur plusieurs points, spécialement sur la langue, les gencives et le voile du palais,
Fig. 34. — Oïdium albicans ou Saccharomyces des taches blanches mycoderma d, mycélium très ramifié ; g, spores en chapelet ou torula f, k donnant nais- nui Constituent le sance au mycélium a, c, i.
muguet (fig. 34).
Ce vég étal est composé de deux éléments : des filaments de mycélium et des spores, qui adhèrent fortement à la muqueuse. Les spores s'allongent, se transforment en filaments qui se segmentent et se ramifient en s'allongeant, et produisent des spores par segmentation et
1 Oïdium albicans de Robin ; Saccharomyces albicans de Rees.ou Sacch. mycodenna de Grawitz (Voyez le chapitre intitulé: Polymorphisme des Microbes).
CHAMPIGNONS PARASITES DE LA PEAU. o9
division do la cellule terminale, ou quelquefois par formation endogène à l'intérieur des filaments.
Le muguet s'observe aussi quelquefois chez l'adulte dans certaines maladies telles que la phthisie et la fièvre typhoïde, surtout lorsque le patient ne mange pas, ou se nourrit mal, comme cela arrive trop souvent dans ces affections graves et de longue durée.
Il est facile de détruire le muguet en lavant la bouche avec un peu d'eau de Vichy ou d'une solution de bicarbonate de soude qui neutralise l'acidité de la salive. La propreté parfaite du biberon et de tous les ustensiles qui servent à l'enfant, celle de l'enfantlui-même, sont de première nécessité, et malheureusement cette condition est trop rarement remplie surtout dans la classe ouvrière des villes et des campagnes où l'on met ordinairement les enfants en nourrice. Il est bien rare que le biberon qui sert à ces enfants ne sente pas l'aigre au point de révolter l'odorat de toute personne qui n'y est pas habituée : dans ces conditions le muguet se développe presque à coup sûr, et il est très peu d'enfants qui ne l'aient eu; et bien que cette affection soit en général peu dangereuse, elle peut dans certains cas compromettre la santé ou même la vie de l'enfant. Outre les soins de propreté, on peut mettre dans le biberon une petite pincée de bicarbonate de soude, ce qui empêche le lait d'aigrir.
L'Onychomycosis ou Fourmilière. — Cette maladie, qui attaque les ongles de l'homme et des solipèdes (cheval, âne, mulet), est causée par un champignon parasite du genre Achorion (A. keratophagus). Chez l'homme, elle prend le nom de Rogne, Carie sèche : c'est du reste le même champignon qui peut très bien passer de l'homme aux animaux avec lesquels il est en rapport, de même
que YAchorion Schœnlenii do la teigne faveuse passe de l'homme au chien, au chai, au rat, au cheval, au bœuf, peut-être même au lapin et aux gallinacés.
Chez les solipèdes, le champignon s'introduit dans la couche superficielle et fendillée du sabot par les fissures que présente la corne : pour détruire le parasite, il faut enlever cette couche et appliquer pour plus de sûreté un traitement antiparasitaire.
Chez l'homme, on ne pourrait appliquer le même remède sans produire une vive douleur : cependant on peut pratiquer le grattage et l'amincissement de l'ongle, sur lequel on applique ensuite un topique parasiticide.
Préservation et guérison des maladies de la peau. — L'habitude qu'ont beaucoup de personnes de se rendre chez un coiffeur commun pour se faire raser ou coiffer, ne doit pas peu contribuer à la disséminalion et à la contagion des champignons parasites du cuir chevelu : il est impossible que la brosse, le peigne ou le rasoir banal, qui passe successivement et dans la même journée sur des centaines de têtes ou de mentons, ne transporte pas, ne fût-ce qu'une fois sur dix, les spores du parasite d'une personne à une autre.
Les maladies parasitaires du cuir chevelu sont extrêmement rebelles, et les soins de propreté ne suffisent pas toujours pour s'en guérir. Il faut rejeter tous les liquides que l'on vend chez les coiffeurs sous le nom & eau capillaire, eau contre les pellicules, eLc. L'expérience montre que le mouillage de la tête est le plus souvent favorable au développement du champignon, qui reste, il est vrai, stationnaire pendant deux ou trois jours, mais reprend avec plus de vigueur dès que la tête est sèche. Le soufre et ses composés réussissent bien ici, comme
dans les maladies parasitaires des végétaux. Le mieux serait d'employer ce médicament à sec en poudre impalpable, comme dans le soufrage de la vigne ; mais ceLte forme de médicament présente quelques inconvénients et n'est que difficilement acceptée par les malades : on pourrait cependant l'essayer chez ceux qui ont naturellement les cheveux gras. Chez les autres, et particulièrement chez ceux dont les cheveux sont secs, comme cela se présente le plus souvent chez les personnes atteintes de Pityriasis capitis, il faut bien avoir recours aux pommades, bien que l'on ait avancé, sans aucune preuve, que les corps gras servent d'aliment au champignon.
Quoi qu'il en soit, voici la formule d'une pommade qui réussit très bien dansle pityriasis et danstoutesles teignes des enfants, y compris la teigne de lait, qu'il n'est jamais nécessaire de respecter malgré le préjugé contraire :
Turbilh minéral (sous-sulfate de mercure) pulv. 1 à 2 gr. Axo-nge benzoïnée lo
Cette pommade est d'un jaune citron : on peut la colorer en ajoutant quelques gouttes de teinture d'orseille qui lui donnent la couleur chair, et l'aromatiser au goût de la personne qui doit s'en servir. Une application tous les 8 ou 15 jours suffit dansle pityriasis ordinaire. Il est indispensable de laver les peignes et les brosses dans une solution de potasse ou d'ammoniaque, afin de ne pas se réinfecter soi-même, ce qui ferait perdre le bénéfice du traitement. — Quant à la véritable teigne, surtout celle de l'adulte, elle exige un traitement beaucoup plus énergique, et que le médecin seul peut diriger.