‹ Les microbes, les ferments et les moisissuresChapitre 4 sur 167 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le nombre des ouvrages qui traitent des Microbes est déjà considérable, mais tous sont écrits pour un public spécial de médecins ou de naturalistes, et supposent, chez le lecteur, des notions déjà étendues de pathologie ou de botanique cryptogamique.

Un livre destiné au public proprement dit était encore à faire. Nous avons essayé de remplir cette lacune en publiant une œuvre simple, élémentaire, ainsi qu'il convient à un ouvrage de vulgarisation, et cependant complète.

La science des microbes est née d'hier, mais en quelques années elle a fait d'immenses progrès. De plus, c'est une science essentiellement française, car c'est grâce aux admirables travaux de Pasteur, grâce à la fermeté de son génie secondée par la foi et l'activité de ses disciples, que cette science a pu vaincre des préjugés séculaires et pénétrer, par toutes les portes, au cœur même de l'antique médecine, pour la transformer et la régénérer.

Tout le monde, aujourd'hui, parle des Microbes, mais bien peu de personnes, parmi celles qui ont ce mot à la bouche, se font une idée nette des êtres dont ils prononcent le nom, se rendent un compte exact du rôle que les microbes jouent dans la nature. Ce rôle, cependant, intéresse chacun de nous.

L'homme du monde désireux de prendre part à une discussion scientifique; l'avocat forcé de traiter, en face d'experts, une question d'hygiène; l'ingénieur, l'architecte, l'industriel, l'agriculteur, l'administrateur qui tous se trouvent à chaque instant en face de questions du même genre, trouveront dans notre livre des notions claires et précises sur les microbes, notions qu'ils trouveraient difficilement, dispersées qu'elles sont dans des livres destinés aux médecins ou aux botanistes de profession.

Les questions d'hygiène pratique, celles qui intéressent l'économie domestique, l'agriculture ou l'industrie, et qui se rattachent à l'étude des microbes, devaient tout spécialement attirer notre attention. Ces questions sont tout à fait à leur place dans un livre comme celui-ci. S'il y a un véritable danger à vulgariser les notions de médecine proprement dite, il n'y a que des avantages à mettre à la portée de tous les préceptes de l'hygiène qui ne peuvent devenir réellement populaires qu'en pénétrant par l'habitude, par la routine, pour dire le mot, dans les usages d'une nation.

Sous ce rapport, que de chemin encore à faire, avant que notre société moderne soit, dans la pratique, au niveau des progrès de la science I que de préjugés à déraciner, que de notions fausses à remplacer par des notions plus justes et plus saines!

C'est pourquoi nous avons cherché à mettre ce livre à la portée de toutes les intelligences : pour le lire avec fruit, il suffit de posséder les notions élémentaires des sciences naturelles qui font partie désormais du programme de l'instruction primaire. Aussi avons-nous l'espoir que ce modeste volume trouvera sa place dans les bibliothèques d'instruction secondaire et dans les bibliothèques populaires.

Bien que notre livre ne soit pas écrit spécialement pour les médecins, nous croyons que beaucoup de praticiens ne dédaigneront pas d'y jeter les yeux : tout au moins ce livre pourra-t-il leur servir d'introduction pour aborder ensuite la lecture des ouvrages beaucoup plus savants de MM. Cornil etBabes, Duclaux, Klein, Koch, Sternberg et d'autres. Nous avons donné une large place à la partie botanique, trop souvent négligée dans les ouvrages de pathologie microbienne. A ce point de vue, le lien étroit qui rattache les bactéries aux ferments et aux moisissures nous traçait en quelque sorte le plan que nous avons adopté : passer du connu à l'inconnu, de ce qui est visible à l'œil nu à ce qui n'est accessible qu'à l'aide du microscope.

Angers, 10 septembre 1885.

INTRODUCTION

MICROBES ET PROTISTES

Les Microbes sont les plus petits êtres vivants que le microscope nous permette de voir distinctement, et d'étudier dans leur organisation. La plupart, en effet, sont invisibles à l'œil nu et même à la simple loupe : il faut les forts grossissements des instruments modernes, qui amplifient de 500 à 1,000 et 1,500 fois, pour se faire une idée exacte de leurs formes et de leur structure.

Le mot de microbe est d'introduction récente dans la langue française : il n'y a guère que sept ans qu'il existe, et c'est ce qui explique pourquoi on le chercherait vainement dans la plupart des dictionnaires. Voici dans quelles circonstances ce terme, aujourd'hui si employé, a été créé, en 1878, par un savant chirurgien dont la France déplore la perte récente, M. Sédillot.

Les naturalistes qui ont étudié les plus petits êtres vivants, ont été de tout temps fort embarrassés pour

Trouëssart. — Microbes. \

INTRODUCTION

trancher la question de savoir s'ils avaient affaire à des animaux ou à des plantes. Sans doute, si l'on compare l'un à l'autre un arbre dont les racines sont fixées dans le sol et un quadrupède qui se déplace à sa surface, il ne peut y avoir aucun doute. Mais ce sont là des formes extrêmes et très élevées l'une dans le règne végétal, l'autre dans le règne animal. Les représentants inférieurs des deux règnes, au contraire, se ressemblent souvent au point que le naturaliste le plus exercé peut s'y méprendre. Les animaux que l'on range dans l'embranchement des Zoophytes (animaux-plantes) ont, comme leur nom l'indique, une forme qui les a fait longtemps considérer comme des végétaux : beaucoup d'entre eux sont fixés au fond de la mer ou aux rochers comme par de véritables racines, et leurs mouvements ne diffèrent pas beaucoup, à un examen superficiel, de ceux que l'on provoque sur de véritables plantes, comme la sensitive, par exemple.

Beaucoup de végétaux inférieurs appartenant aux groupes des Algues et des Champignons vivent librement dans l'eau, sans être fixés par des racines : beaucoup sont animés de mouvements plus ou moins apparents, au moins pendant une partie de leur existence, de sorte que lorsqu'on les examine au microscope, il est souvent assez difficile de les distinguer des êtres que l'on désigne, d'une façon générale, sous le nom cVInfusoires, et qui sont de véritables animaux.

De tout ceci, il résulte que la limite entre le règne animal et le règne végétal reste indécise, et que beaucoup de ces êtres microscopiques dont nous nous occupons ici pourraient indifféremment être rangés dans l'un ou l'autre règne.

MICROBES ET PROTISTES. 3

Un naturaliste du commencement do co siècle, Bory de Saint-Vincent, et après lui le Dr Hœckel, ont essayé d'éluder cette difficulté en créant un règne intermédiaire entre le règne végétal et le règne animal, auquel ils ont imposé le nom de Règne des Protistes, voulant indiquer par là que ce règne renferme les premiers animaux qui aient apparu à la surface de la terre dans les temps géologiques; ce règne des Protistes renferme les groupes suivants, en allant des plus simples aux plus composés :

*1. Monères (ou Microbes proprement dits : Schizomycètes, Bactéries, Vibrions, etc.);

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