‹ Les microbes, les ferments et les moisissuresChapitre 61 sur 167 · LÉ CHARBON OU SANG DIS RATE · texte numérisé non relu

LÉ CHARBON OU SANG DIS RATE

des plus remarquables. On sait que les vers de terre recherchent de préférence les sols riches en humus, c'est-à-dire en substance organique en décomposition : ils vont chercher leur nourriture autour du cadavre, avalent la terre qui renferme les germes dont nous avons parlé, et la déposent à la surface, après qu'elle a traversé leur canal intestinal, sous forme de tortillons que tout le monde connaît. Les germes n'ont pas perdu leur virulence en traversant l'intestin du vers, et si le mouton les avale avec l'herbe qu'il broute, il pourra contracter la maladie. Les labours peuvent produire le même effet.

Une certaine température est nécessaire pour que les germes se forment : il ne s'en produit pas au-dessous de 12 degrés, et les cadavres enterrés en hiver sont par conséquent moins dangereux que ceux enfouis au printemps et en été : c'est dans cette saison, en effet, que le charbon est surtout fréquent. Cependant les animaux peuvent le contracter même à l'étable en mangeant des fourrages secs mais porteurs de germes de bactéries charbonneuses.

Une expérience faite par M. Pasteur et ses élèves, en 1879, dans le Jura, montre bien que la présence des germes au-dessus des fosses où l'on a enfoui des cadavres, est la principale cause de l'inoculation. Une vingtaine de bœufs ou vaches avaient péri, et plusieurs étaient enfouis dans une prairie où l'on constatait facilement la présence des germes charbonneux sur les fosses. On entoura trois d'entre elles d'un enclos dans l'intérieur duquel on fit parquer quatre moutons. D'autres moutons témoins étaient parqués à quelques mètres des premiers, mais dans des endroits où l'on

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n'avait pas enfoui d'animaux charbonneux. An bout de quinze jours, trois des animaux parqués sur les fosses étaient morts du charbon, tandis que tous les moutons témoins continuaient à se bien porter. Ce résultat parle par lui-même.

La pustule maligne, qui n'est autre que le charbon, atteint les bergers, les bouchers, les tanneurs qui manient des viandes ou des peaux d'animaux charbonneux : l'inoculation du Bacillus a lieu presque toujours par une blessure ou une écorchure aux mains ou au visage. En Allemagne, on a signalé des cas de mort par le charbon interne, c'est-à-dire dont la voie d'entrée a été la bouche ou le poumon, comme pour les moutons des expériences de M. Pasteur. Cependant l'homme semble moins apte à contracter la maladie que les herbivores, puisque, dans les fermes, on mange souvent la viande des animaux atteints de charbon, et que Ton a sacrifiés alors que le microbe était déjà très développé dans le sang. Peut-être que dans ce cas l'habitude qu'ont nos paysans de ne manger que des viandes qui seraient à nos yeux beaucoup trop cuites, constitue le principal préservatif en tuant à la fois les bactéries et leurs germes.

La rapidité avec laquelle le charbon se propage à la suite de l'inoculation, rend trop souvent toute espèce de traitement inutile : cependant, lorsque l'on peut reconnaître immédiatement la plaie par laquelle le microbe

s'introduit, il faut la cautériser le plus vite possible. Ce moyen réussit assez souvent chez l'homme : on cautérise la pustule au fer rouge, ou bien au bichlorure de mercure et à l'acide thymiquo, qui sont deux antiseptiques puissants détruisant sûrement la bactéridie. Gomme mesure hygiénique, il faut détruire les cadavres charbonneux par le feu, et dans tous les cas les enfouir plus profondément qu'on ne le fait généralement.

Mais le moyen préservatif sur lequel on compte le plus aujourd'hui est la vaccination au moyen du virus charbonneux lui-même. M. Pasteur a reconnu que lorsqu'on inocule les animaux avec un liquide de culture contenant des bactéridies dont la virulence a été atténuée par cette culture même poussée jusqu'à la dixième génération, ou plus loin encore, ces animaux ne meurent plus : ils sont malades, il est vrai, mais peu gravement en général, et ce qui est le résultat le plus important de cette pratique, c'est qu'ils sont désormais à l'abri d'une nouvelle atteinte de la maladie : en un mot, ils sont vaccinés contre le charbon.

Dans les cultures destinées à obtenir l'atténuation du microbe, c'est l'action de l'oxygène de l'air qui rend la bactéridie moins virulente. Il est nécessaire d'agir à la température de 42 cà 43 degrés, quand il s'agit du Bacillus anthracis, afin de permettre sa multiplication tout en l'empêchant de produire des germes qui rendraient le liquide trop actif. Au bout de huit jours, le liquide de culture, qui à l'origine tuait 10 moutons sur 10, n'en tue plus que 4 ou 5 ; après 10 ou 12 jours, il n'en tue plus du tout : la maladie est absolument bénigne comme la vaccine humaine dont nous parlerons plus loin. Les bactéridies, une fois atténuées, peuvent être cultivées à une

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température plus basse (30 à 35 degrés), et ne donnent plus que des germes ayant la môme force atténuée que les filaments qui les ont formées (Chamberlain!].

Le vaccin ainsi obtenu dans le laboratoire de M. Pasteur est aujourd'hui expédié dans le monde entier, et a déjà sauvé de nombreux troupeaux d'une destruction presque certaine. Bien que ce procédé ne soit connu que depuis deux ou trois ans, il a déjà donné de tels résultats que l'on peut estimer à plusieurs millions l'économie qu'il a réalisée au profit de l'agriculture.

M. Toussaint emploie, pour préparer un virus-vaccin analogue à celui dont se sert M. Pasteur, un procédé un peu différent. Il porte la lymphe du sang d'un animal charbonneux à une température de 50 degrés, et la transforme ainsi en vaccin. M. Toussaint estime que la température élevée est le principal agent de l'atténuation et que l'action de l'oxygène de l'air est nulle ou de peu d'importance.

Plus récemment, MM. Chamberland et Roux ont fait des recherches dans le but d'obtenir un vaccin semblable en atténuant le virus primitif par le moyen des substances antiseptiques. Ils ont constaté qu'une solution d'acide phénique au ^ tue les microbes du charbon, tandis qu'ils peuvent vivre et pulluler dans une solution au g|^, mais cependant sans donner de germes, et leur virulence s'atténue. Quand la solution au ~ est additionnée d'un bouillon nutritif, le microbe peut également y vivre et y végéter pendant des mois. La condition de l'atténuation étant avant tout l'absence de germes, cette condition semble bien réalisée par la culture dans une solution phéniquée au et il est probable que l'on obtiendra ainsi une nouvelle forme de vaccin charbon-

ncux. L'acide sulfuriquo étendu donne des résultats analogues.

Quoi qu'il en soit, le vaccin préparé par le procédé Pasteur est le seul qui ait encore été expérimenté en grand et qui ait donné des résultats certains aux éleveurs.

Des expériences publiques faites devant des commis sions composées des hommes les plus compétents ont démontré, de la façon la plus éclatante, la réalité de son action préservalive. Dans l'été de 1881, grâce à l'initiative de la Société d'agriculture de Melun, 25 moutons et 8 vaches ou bœufs furent vaccinés, à Pouilly-le- Fort, puis réinoculés avec du sang provenant d'animaux récemment morts du charbon, en même temps que 25 moutons témoins et 5 vaches non vaccinées. Tous les animaux vaccinés n'éprouvèrent aucun mal, tandis que les 25 moutons témoins périrent en 48 heures, et les 5 vaches furent si malades que les vétérinaires les considérèrent pendant plusieurs jours comme perdues.

L'expérience fut répétée publiquement en septembre 1881 par Thuillier, le regretté collaborateur de M. Pasteur, devant les représentants du gouvernement d'Autriche-Hongrie, puis en 1882, près de Berlin, devant ceux du gouvernement allemand, et toujours avec le même succès. Au mois d'avril 1882, plus de 130,000 moulons et 2,000 bœufs ou vaches avaient été vaccinés, et depuis cette époque les demandes de vaccin affluent de tous côtés au laboratoire de M. Pasteur.

LE C 110 LÉ R A DES l'OULES

La maladie des oiseaux de basse-cour que l'on désigne vulgairement sous le nom de choléra, esl causée par la présence dans le sang d'un petit Micrococcus ou Bactérie en forme de 8 de chiffre, très différent par conséquent du Bacillus anthracis, mais comme lui aérobie. On peut le cultiver dans du bouillon de poule neutralisé par la potasse, tandis qu'il meurt rapidement dans le bouillon de levure qui convient si bien au bacille du charbon.

On peut aussi atténuer par la culture le microbe de cette maladie, et l'on y arrive même plus facilement que pour le charbon, attendu qu'il n'est pas besoin d'élever la température comme pour ce dernier, la bactérie du choléra des poules ne donnant pas de germes dans les cultures. M. Pasteur a pu préparer ainsi un virus-vaccin très convenable pour mettre les poules à l'abri des atteintes ultérieures de cette maladie.

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