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LE MICROBE DE LA CAU1E DENTAIRE

rimentalement rendre la salive acide en la mélangeant pendant quatre heures, à la température do 20 degrés, avec du sucre et de l'amidon (Cornil). Do là lo danger des dragées ot des autres sucreries accusées depuis longtemps, avec raison, d'être la cause de la destruction précoce des dents chez les personnes qui en font abus et surtout chez les enfants.

Le microbe que Miller a trouvé le plus ordinairemen' dans les dents cariées est très polymorphe : micrococcus, bacterïum, chaînes et filaments ne sont que les divers états d'un même végétal qui produit aussi la fermentation acide de la bouche et la formation de l'acide lactique. A l'intérieur des canalicules de la dentine (ou ivoire) on trouve sur une coupe examinée au microscope tous les intermédiaires entre le micrococcus isolé et les filaments (fig. 81, 82). Miller a pu reproduire artificiellement cette affection sur des dents saines.

D'après ses expériences, le meilleur dentifrice destructeur de microbes serait une solution de sublimé (bichlorure do mercure) à 1 pour 1000, que l'on peut atténuer dans quatre parties d'eau pure.

Nous disons « microbes » au pluriel, parce qu'il est à peu près certain que les différents types de fièvres intermittentes (fièvres tierces, quartes, etc.) ont pour agents producteurs des microbes différents ; en outre, il estpro-

bablo que ces microbes varient suivant les localités : ainsi, colui de la fièvre intermittente de France ne serait pas le même que celui de la fièvre des marais Pbntins d'Italie {malaria), et les fièvres d'Afrique seraient produites par un organisme encore différent.

Les fièvres intermittentes sont la première maladie interne dont on ait soupçonné la nature parasitaire végétale : on ne connaissait auparavant que les parasites de la peau, et les enlozoaïres et épizoaires (vers intestinaux, poux, acariens, etc.), qui sont des animaux. C'est en 1869 que le Dr Salisbury, deClevcland, aux Etats-Unis, entreprit des recherches suivies1 qui le conduisirent à reconnaître que la fièvre intermittente des vallées marécageuses de l'Ohio et du Mississipi devait être attribuée à la présence dans l'organisme d'une algue filamenteuse qu'il rapproche du genre Palmella. Les spores de cette algue se rencontraient constamment dans les crachats et dans la salive des personnes atteintes de fièvre intermittente. En exposant, pendant la nuit, de petites lames de verre au-dessus des prairies marécageuses, M. Salisbury put recueillir ces mêmes spores qui venaient se fixer à la face inférieure de ces plaques do verre où on les trouvait nageant dans les gouttes de rosée qui s'y étaient condensées2. Lorsqu'on traversait le soir ces prairies tourbeuses, on éprouvait dans la gorge une sensation de sécheresse particulière, et l'on constatait bientôt la présence dans les crachats des spores de Palmella. Enfin la

1. Revue des Cours scientifiques, G novembre 1869, t. VI, p. 769.

2. Rappelons ici, comme nous l'avons déjà dit, que la présence de ces spores dans l'air est tout à fait indépendante de celle de la vapeur d"eau qui constitue la rosée : en d'autres termes, ce n'est pas la vapeur d'eau qui transporte ces spores, qui doivent être au contraire parfaitement sèclies pour pouvoir flotter dans l'air et qui se fixent sur tout objet humide.

terre recueillie dans ces mêmes prairies était remplie des mômes organismes.

C'est lorsque les marais commencent à se dessécher que les spores se produisent en abondance et que les fièvres intermittentes apparaissent. « En 1862, dit M. Salisbury, le temps fut très humide jusque vers le 1er juillet, mais pendant les mois do juillet, août et septembre, il n'y eut pour ainsi dire pas de pluie. Les sources et les cours d'eau furent presque taris; les marais, les terrains humides se desséchèrent, la végétation s'arrêta presque entièrement, et toute la contrée offrit les signes d'une extrême aridité. Peu après le début de cette sécheresse, la fièvre intermittente fit son apparition dans tous les districts malsains, et prit une si rapide extension pendant les mois de juillet et d'août, qu'elle atteignit presque chaque famille vivant dans les terrains marécageux...

« Au sud-est de la ville de Lancaster s'étend, le long du canal, une prairie basse et tourbeuse, et les vallées voisines sont basses et humides. Le 3e quartier de la ville, attenant à cette prairie, et toute la partie qui ne s'élève pas au-dessus d'une ligne située à 3S ou 40 pieds de la surface de la prairie, ont toujours été un terrain fertile pour les accès intermittents. Les personnes qui habitent tout près du marécage sont tous les ans exposées aux fièvres, de mai en novembre. Août et septembre sont ordinairement les mois pendant lesquels les fièvres sont les plus graves. »

Nous avons dit que l'humidité de l'air ne contribuait nullement au transport des microbes et de leurs spores parle vent, mais il n'en est pas de même des brouillards, dans ce sens que les spores s'y trouvent en grand nombre. On sait que les brouillards sont formés par de petits

globules microscopiques d'eau, qui floUenl dans l'atmosphère, et dont la vapeur de notre haleine, visible seulement en hiver par les temps froids, peut nous donner une idée. Ces globules d'eau flottent dans l'air au même titre que les spores et toutes les poussières quelles qu'elles soient, par conséquent sans mouiller ces spores, et sans se mouiller entre eux, puisque dès que ce fait a lieu, le brouillard cesse d'exister : il se condense et tombe sous forme de pluie plus ou moins fine. Il existe un certain rapport, constaté par M. Salisbury, entre les brouillards et les fièvres intermittentes : c'est ce qui explique pourquoi l'on contracte ces fièvres surtout le soir et le matin, moment où, en été, il flotte toujours un brouillard plus ou moins bas au-dessus des prairies marécageuses. Dans une ferme des environs de Lancaster, le fermier et sa femme qui couchaient au premier étage furent atteints de fièvre tierce, tandis que leurs sept enfants, couchant au second étage, furent épargnés. M. Salisbury constata que tous les matins il se produisait un brouillard provenant d'un réservoir d'eau récemment creusé : ce brouillard s'étendait jusqu'àla maison, s'élevaitjusqu'aux deux tiers du premier étage, mais sans atteindre le second, et pénétrait dans la cbambre à coucher des parents par la fenêtre ouverte. Cette vapeur avait la même odeur que les prairies marécageuses couvertes d'algues à fièvre [Palmella febrilis)el déterminait le même dessèchement fébrile de la gorge et de l'isthme du gosier. Cette vapeur se dissipait peu après le lever du soleil et avant que les enfants fussent levés et descendus de leur chambre.

M. Salisbury constata également le polymorphisme des Palmellse, polymorphisme qui s'accorde avec les observations récentes d'un botaniste exercé, M. Zopf, et

qui explique comment une algue aquatique peut vivre dans le sang de l'homme sous forme de Bacillus ou de Spirillum.

Plus récemment (1879) les fièvres de marais {malaria), si communes en Sicile comme dans la campagne autour de Rome, ont été étudiées au même point de vue par les Drs Tommasi Crudeli, Cuboni, Cecci et d'autres encore, qui attribuent l'infection maremmatique à un parasite végétal qu'ils nomment Bacillus malavisé. Ce Bacillus se rencontre en abondance pendant la période d'invasion

Kig. 83. — Bacille de la malaria (d'après Klebs et Cecci).

dans le sang des malades, tandis qu'on n'y trouve plus que des spores pendant la période d'acmé qui termine chaque accès de fièvre. Le même organisme microscopique se trouve dans tous les terrains à malaria de la campagne Romaine, et l'on a pu le cultiver artificiellement : on ne le trouve pas dans les terres sal Libres de la Lombardie. Dans les couches d'air qui flottent au-dessus des terrains à malaria, en été, ce microbe est si commun qu'on le trouve en abondance dans la sueur du front et des mains (fig. 83).

Non seulement on a pu cultiver cet organisme, mais on a pu l'inoculer à des lapins et à des chiens et reproduire ainsi la fièvre palustre chez ces animaux1. Les

I. On croit généralement, en France, que les animaux, et notamment

lésions que l'on constate à l'autopsie sont les mêmes que chez l'homme et montrent que le siège d'élection du microbe est dans la rate et la moelle des os. (ïommasi Crudeli et Cuboni.)

Le fait que clans le sang on trouve successivement le Bacillvs et ses spores, donnerait l'explication de la forme intermittente à type tierce, quarte, etc., des di liérentes variétés de fièvres de marais, l'évolution complète du végétal exigeant suivant les variétés, — et peut-être suivant l'espèce du Sehizophyte, — tantôt 48 et tantôt 72 heures, et l'accès correspondant toujours à la période d'activité la plus grande du Bacillus, celle qui précède l'émission des spores.

De leur côté, deux médecins militaires, MM. Laveran et Richard, ont étudié la nature parasitaire des fièvres intermittentes d'Algérie1. L'organisme qu'ils ont constamment trouvé dans le sang des malades atteints d'impaludisme, se présente sous plusieurs aspects différents, mais paraît s'attaquer tout particulièrement au globule rouge, dans lequel, suivant l'expression de M. Laveran, il s'enkysterait « comme un charançon dans un grain de blé ». Cet observateur le rapproche des algues du genre Oscillaria (fi g. 84).

Les différentes formes qu'affecte cet organisme ne sont que les phases successives de son développement, et n'ont pas encore été étudiées par un botaniste compétent qui pourrait seul indiquer, d'une façon précise, leur véritable nature. Quoi qu'il en soit, à une certaine

les herbivores, ne peuvent contracter la fièvre intermittente. Cette opinion est erronée : on sait, en Italie, que les bestiaux, lorsqu'ils ne sont pas acclimatés aux terrains marécageux, contractent cette fièvre, et qu'on les guérit par le sulfate de quinine.

1. Revue scientifique, 29 avril 1882, p. 527; — 27 janvier 1883, p. 113.

période do son existence le parasite s'accole au globule rouge et se nourrit à ses dépens, car celui-ci pâlit, perd sa matière colorante et disparaît laissant comme résidu un petit grain de pigment qui représente l'hémoglobine absorbée par le parasite. De ce parasite ainsi enkysté naissent un ou plusieurs filaments mobiles, semblables à des Vibrions et qui devenus libres se meuvent très rapidement dans le sang. M. Laveran dit avoir retrouvé le même organisme chez les malades atteints de la ma/aria à Rome, et M. Richard dans le sang d'un matelot arrivant de Chine où il avait contracté des fièvres d'accès. L'emploi du microscope permet le diagnosticcertain de la maladie.

Les corps sphériques (la forme enkystée du microbe) annoncent l'imminence de l'accès : le médecin doit se hâter de donner le sulfate de quinine. « La pullulation de ces corps, dit M. Richard, doit être extrêmement active : par exemple dans les accès tierces, on ne les retrouve pas dans les jours d'apyrexie (intervalle des accès) ; à mesure que l'accès s'approche, ils se montrent en nombre croissant, et leur maximum correspond au début de l'ascension thermique : à partir de ce moment leurs instants sont comptés, la chaleur fébrile leur est fatale et enraye net leur développement : telle est l'explication de l'intermittence ; ils produisent la fièvre,, la fièvre les tue et tombe à son tour; à la faveur de l'apyrexie, ils repullulent, rallument la fièvre et ainsi de suite. » Il y a donc une série successive à\iu/o-i/ifections de l'organisme par lui-même, si l'on n'arrête pas. le développement du parasite au moyen du sulfate de quinine. « Les parasites du typhus et de la fièvre typhoïde ne sont pas entravés par une température de 40 et même

Trouessart. — Microbes. 12

42 degrés, d'où le caractère de continuité de la fièvre dans ces affections. »

M. Cornil a critiqué, non sans raison, la description et les figures données par M.Laveran de son parasite de

Fig. 84. — Parasite de la fièvre intermittente, d'après Laverait! A, hématie normale; BB', corps n" 1 ; G, corps n° 2 immobile; D, corps n° 2 renfermant des grains pigmentés mobiles; Ë, corps n° 2 muni de filaments mobiles; G, filament mobile libre; HH', corps n" 3; IK, corps n" 2 de petit volume, rosés et agglomérés ; LL', hématies auxquelles sont accolés des corps n" 2 de petit volume; M, leucocytes mélanifères; les noyaux sont rendus très apparents parle carmin.

rimpaludisme(fig\84).Ilest bien difficile d'y reconnaître un organisme appartenant réellement[au règne végétal ou au règne animal. La forme des filaments qu'il dit avoir vu sortir des prétendus corps enkystés les rapproche de ceux que G . von Hoffmann a vus et dessinés dans le sang à l'état normal et dans diverses maladies, et qui ne sont

probablement que des expansions de protoplasma extravasé des globules rouges à une température de 40 degrés. Les corps enkystés ne sont aussi, selon toute apparence, que des globules de sang plus ou moins altérés.

line reste donc plus que les granulations pigmentées enkystées dans les globules rouges et blancs, granulations qui ont été vues également par d'autres observateurs, notamment par Marchiafava et Celli. Mais les expériences instituées pour démontrer que ces granulations sont des microbes n'ont pas encore donné de résultat certain.

En résumé, dit M. Cornil, « comme on ne trouve de bactéries ni dans les organes internes, ni dans le sang des malades qui succombent à la fièvre intermittente, on est tenté de supposer que l'agent virulent siège à la surface des muqueuses, de la muqueuse du tube digestif par exemple, et que des poisons chimiques nés sous l'influence des micro-organismes pénètrent de là dans le sang. Ils agiraient ensuite sur les globules rouges du sang. »

Rappelons en terminant qu'un grand nombre de fièvres continues, surtout celles des pays chauds, semblent compliquées par la présence de deux éléments parasitaires, comme nous l'avons dit en exposant la théorie diblastique de Naegeli. Au microbe palustre, provenant du sol, vient s'en ajouter un autre dont l'origine immédiate est dans la contagion directe, ou dans une autre influence tellurique (ou atmosphérique) locale.

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