LA FIÈVRE RÉCURRUNTI2 ET LA FIÈVRE JAUNE
Nous rapprochons ici ces deux maladies, simplement parce qu'elles ont été très rarement observées en France. La fièvre récurrente ou typhus à rechute est une maladie que l'on a observée en Allemagne, en Russie, en Irlande et dans l'Inde où elle porte le nom de fièvre des jungles. Dans tous ces pays, elle paraît avoir pour causes prédisposantes la misère, la disette et la faim. C'est une de celles où l'on a constaté de la façon la plus nette et la plus incontestable la présence de microbes dans le sang chez l'homme. C'est en 1868 que cette découverte fut faite par Virchow et le Dr Obermeier, mais rien ne fut publié sur ce sujet avant 1873.
La maladie, par ses symptômes, ressemble beaucoup à la fièvre typhoïde. Le microbe que l'on trouve constamment dans le sang et qui la caractérise nettement, est un Spirillum ou Spirochsete (Sp. Oùermeieri), c'està-dire un organisme filamenteux plusieurs fois contourné en spirale, et animé de mouvements très vifs (fig.51,ra,o): c'est par milliers qu'on voit ces spirilles se mouvoir au milieu des globules du sang sur le porte-objet du microscope.
Les difficultés que les premiers observateurs éprouvèrent dans leurs tentatives pour inoculer la maladie à l'homme ou aux animaux, et le fait que dans certains ens les microbes paraissent manquer dans le saug des malades présentant les symptômes de cette affection, ont
LA FIÈVRE RÉCURRENTE ET LA FIÈVRE JAUNE, m
fait mettre en doute la relation qui existe entre la maladie *ct son microbo producteur. C'est que Ton no se rendait pas bien compte des conditions d'existence du végétal dans l'organisme : Albrecht a montré récemment (1880) que du sang ne contenant en apparence aucun spirille, mais maintenu dans un vase de culture à l'abri des germes de l'air pendant quelques jours, se remplissait au bout de ce temps de ces organismes, preuve que des spores y préexistaient. Le même observateur put démontrer ses spores, qui ne sont visibles qu'à un grossissement de 1,000 diamètres, et qui succèdent aux spirilles pendant la période de rémission. Enfin on est arrivé à inoculer avec succès la maladie sur un singe, à Bombay; au bout de cinq jours on trouvait des spirilles dans le sang de l'animal.
La fièvre jaune n'a pas encore été étudiée suffisamment dans les pays où elle sévit, mais on ne peut guère douter qu'elle ne soit également produite par un schizophyte particulier. Originaire, paraît-il, de l'Amérique du Nord, probablement du delta du Mississipi, cette maladie s'est répandue par les relations maritimes sur toute la zone inlertropicale du globe. Les foyers d'infection sont toujours au bord de la mer, à l'embouchure des grands fleuves, ce qui ferait croire que le microbe producteur se plaît, à l'état libre, dans les marais formés par le mHangc de l'eau douce et de l'eau salée.
Les médecins de Rio-de-Janeiro, notamment le Dr Domingos Freire, ont décrit et figuré récemment de prétendus microbes observés par eux dans les déjections des malades atteints de la fièvre jaune. Mais ces dessins sont pour la plupart de pure fantaisie ou trahissent une grande inexpérience dans les procédés de recherche et
les examens microscopiques : c'est ainsi que l'un a figuré, comme des microbes, jusqu'à des bulles d'air maladroitement interposées dans des préparations auxquelles leur auteur a cru devoir faire les honneurs d'une reproduction photographique ! Grâce à la précision de ce procédé, qui ne laisse aucune prise à l'imagination
Fig. 85. — Coupe du rein dans la fièvre jaune (d'après Babès), montrant un vaisseau capillaire, c, rempli de microcoques en chapelets.
ou à la fantaisie, il est impossible de garder aucun doute sur l'erreur grossière commise par l'observateur.
Quant aux tentatives de vaccinations faites par le Dr Freire, les statistiques fournies par lui-même sont loin d'être favorables à son procédé : elles prouveraient, en effet, que la vaccination a augmenté le chiffre des décès dans la proportion de 19 pour 100 !
Des recherches beaucoup plus scientifiques ont été entreprises par M. Cornil, à Paris, sur des préparations
LA FIÈVRE TYPHOÏDE ET LE TYPHUS. m
anatomiques conservées dans l'alcool et qui lui avaient été envoyées du Brésil. Dans le foie et le rein de malades morts de la fièvre jaune, il a trouvé des chapelets de microcoques ou de bactéries (fig. 85) visibles seulement à un très fort grossissement (plus de 1,000 fois). Mais leur présence n'est pas constante et par conséquent il n'est pas certain qu'ils soient la cause de la maladie. Les symptômes et les lésions de la fièvre donnent lieu de penser que le — ou les parasites (car ils peuvent être plusieurs, d'après la théorie de Naegeli) siègent dans le tube digestif. De nouvelles recherches suivies, dans les pays à fièvre jaune, et conduites avec plus de méthode qu'on ne l'a fait jusqu'ici, sont nécessaires pour élucider cette question.