LES FIÈVRES ÉRUPTIVES
la variole no diffère pas par sa forme de celui de la vaccine, ou du cow-pox de la vache, qui constitue, comme on sait, la source première de la vaccine humaine. On
Fig. 91. — Coupe de la peau au niveau d'un bouton de variole : a. épidémie corné; d, corps rauqueux de la peau avec des cavités b; m, m, microcoques colorés par le violet de méthyle (grossi 850 fois).
n'est pas encore certain que Je microbe de la variole et celui de la vaccine soient identiques, mais d'après la ressemblance des pustules et des microcoques qu'elles
renferment, cela paraît extrêmement probable, et c'est ce qui explique, du reste, l'efficacité du vaccin comme préservatif de la variole.
La vaccine intéresse trop directement chacun de nous pour qu'il ne soit pas utile de retracer ici sa curieuse histoire.
Avant que la vaccine fût connue, on inoculait la petite vérole comme moyen préventif. Cette inoculation était connue des Arabes et des Chinois dès le xe siècle; mais dédaignée par les médecins, elle était abandonnée aux femmes. Dans l'Inde, les brahmes la pratiquaient, et le crieur public annonçait qu'il y avait du virus variolique à vendre.
En 1717, lady Montagne, femme de l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, eut l'occasion de voir opérer une vieille Thessalienne qui ne manquait jamais d'accompagner la piqûre de pratiques de sorcellerie et de démonstrations superstitieuses. Elle prétendait en avoir reçu la révélation de la Vierge elle-même qui lui était apparue, et se vantait d'avoiropéré l'inoculation plus de 40,000 fois.
Frappée des résultats obtenus, lady Montague fit inoculer son fils : on dit que la vieille Thessalienne -se servit si maladroitement de son aiguille rouillée que Maitland, médecin de l'ambassade, dut terminer l'opération. De retour en Angleterre, lady Montague fit connaître le résultat favorable de cette pratique. Le roi George autorisa l'inoculation sur six prisonniers de Ncwgale, puis sur six orphelins ! L'opération faite par Maitland ayant été couronnée de succès, il lui fut permis d'inoculer les princesses de la famille royale et plus de 200 autres personnes.
LES FIÈVRES ËRUPTÏVES.
Cependant le clergé s'opposa bientôt à cette pratique qu'il considérait comme immorale et antireligieuse, empiétant sur les droits et la volonté de Dieu. Quelques revers, comme la mort du fils du comte de Sundcrland, effrayèrent et jetèrent du discrédit sur l'inoculation.
En 1723, elle n'en fut pas moins importée en France par de La Coste, et acceptée par Chirac, Helvétius et d'autres médecins de cette époque. Combattue par le plus grand nombre, condamnée officiellement par arrêt de la Sorbonne en 1750, comme « illicite et contraire à la loi de Dieu », arrêt qui fut approuvé parla Faculté de médecine en 1763, l'inoculation n'en continua pas moins à se répandre jusqu'au moment où elle fut détrônée par la vaccine.
Celle-ci semble aussi avoir été connue anciennement en Asie. Quoi qu'il en soit, on savait au siècle dernier, dans le midi de la France, que les filles de ferme qui attrapaient la picote des vaches étaient préservées de la petite vérole. Les boutons de cette picote, ou cow-pox, siègent particulièrement sur les pis, et c'est en trayant les vaches que l'on s'inoculait la vaccine par quelque plaie accidentelle des doigts. Le fait fut communiqué, en 1798, par un Français, M. Rabault, au docteur Pew, médecin anglais ami de Jenner. Celui-ci eut le mérite de comprendre l'importance de cette révélation, et d'en tirer par l'induction une des plus admirables découvertes de la médecine moderne, la méthode préventive qui tend de plus en plus à se généraliser et à s'étendre à d'autres maladies, surtout depuis les nouvelles recherches de M. Pasteur sur les vaccins du charbon et du choléra des poules.
C'est aussi M. Pasteur qui a montré que dans le
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virus vaccinal ce sont bien les microbes seuls qui sont actifs: il suffit de priver le liquide de ses microcoques par filtration pour que ce liquide devienne tout à fait inerte, impropre par conséquent à toute inoculation ou vaccination ultérieure.