LES BASIDIOMYCÈTES LES URÉDINÉES, LA ROUILLE DU BLÉ ET DES GRAMINÉES
. On désigne sous le nom de rouille des céréales une affection parasitaire causée par un petit champignon microscopique qui se développe sur les feuilles des graminées sauvages et cultivées. La rouille se présente sous forme de taches d'un jaune orangé qui grandissent peu à peu sur les feuilles du blé et des autres graminées, et c'est cette couleur qui lui a fait donner son nom vulgaire. Un grandnombre de végétaux appartenant à d'autres familles sont également attaqués par des parasites analogues, qui soiit tous des champignons que les natu-
1. Voyez, pour plus de détails sur les Champignons, l'ouvrage publié sous ce même titre par MM.Cooke et Berkeley {Bibliothèque scientifique internationale. Félix Alcan). - •- ' . ..... ""
ralistes ont rangés dans le genre Uredo et dans la famille des Basidiomycètes, ou Urêdinées.
Les Basidiomycètes n'ont pas de spores endogènes, mais ils peuvent avoir jusqu'à quatre formes de spores exogènes. Tel est le cas pour la rouille du blé, que les naturalistes appellent Uredo ou Puccinia graminis, et
qui se montre au printemps sur les feuilles de cette plante. Les taches de rouille sont couvertes d'une fine poussière qui, observée au microscope, se montre formée de corpuscules allongés d'un rouge brun portés par un filament : ce sont les premières spores du champignon et on les appelle urédospores (fig. 5).
Si on les sème sur une feuille de blé intacte, elles germent au moyen d'un filament de mycélium qui pénètre dans la feuille et y développe une nouvelle tache de rouille. A l'époque de la moisson les taches sont plus foncées, presque noires, ce qui tient au développement d'une seconde espèce de spores : celles-ci sont en forme de poires, divisées en deux, et leur membrane d'enveloppe est très épaisse ; on les nomme téleutospores (fig. S).
Les téleutospores ne peuvent germer sur une feuille de blé saine, ni par conséquent lui communiquer la rouille. Elles doivent passer l'hiver sur le chaume, ou paille du blé, en attendant le printemps suivant, et alors même elles ne peuvent so développer sur le blé en herbe,
Fig. 5. — Fragment d'une tache de Puccinia graminis prise sur la feuille du blé et montrant plusieurs urédospores /"et un téleutospore (fort. gr.).
LES BASIDIOMYCÈTES, LES UBÉDINÉES. 15
mais bien sur les feuilles d'une autre plante, l'épinevinette (Berberis).
Portées avec une goutte de pluie ou de rosée sur les jeunes feuilles de l'épinc-vinette, les téleutospores y germent en formant des taches d'un brun rougeâtre qui intéressent les deux faces de la feuille ; on y trouve deux sortes de spores : les unes plus petites, à la face inférieure, et qu'on appelle Spermaties; leur usage n'est pas bien connu; — les autres plus grandes, à la face supérieure, s'appellent OEcidiospores (fig. 6), et ce sont colles
Fig. 6. — Coupe d'une feuille d'épine-vinette portant deux Œcidiospores de Puccinia graminis plus ou moins développées (fortement grossi).
qui nous intéressent le plus, car elles sont destinées à retourner sur le blé, lè seigle ou toute autre graminée, pour y reproduire la rouille primitive.
Placées, en effet, sur une feuille de ces diverses plantes, les œcidiospores germent immédiatement et la couvrent bientôt de taches semblables à celles de l'année précédente : ces taches, quand elles sont nombreuses, font sécher la feuille et peuvent faire avorter l'épi.
Les pailles et les foins rouilles ne doivent jamais être donnés en aliments aux animaux, car cette nourriture pourrait leur occasionner des maladies.
Le Puccinia graminis présente, comme on voit, une génération alternante, c'est-à-dire que le développement complet de la plante ne s'opère qu'au moyen de sou
passage d'une plante sur une aulrc plante. C'est un phénomène que l'on observe très souvent chez les parasites animaux ou végétaux et qui semble destiné à assurer la conservation de l'espèce parasite, en lui permettant de croître successivement sur deux plantes dont le développement a lieu à deux époques différentes de l'année, comme c'est le cas pour l'épine-vinette (au premier printemps), et pour le blé (en été). — On a cru pendant longtemps que YŒcidium berberidis, YUredo linéarisât le Puccinia graminis formaient autant d'espèces différentes : on sait aujourd'hui, comme nous l'avons montré, que ce sont seulement trois phases successives du développement d'une même espèce1.
D'autres Urédinées, constituant les genres modernes Ustilago et Tilletia, s'attaquent de préférence à l'épi du blé et des autres graminées : c'est ce qui constitue la maladie nommée par les cultivateurs charbon, carie, nielle, etc. [Uredo carbo ou Ustilago segetum, et Tilletia caries). — Le grain malade est seulement un peu plus foncé; mais quand on le presse entre les doigts, on en fait sortir une pulpe noirâtre, onc tueuse, qui a l'odeur du poisson pourri. Le pain fait avec la farine résultant de la mouture de ce grain a une saveur acre et amère, et, bien qu'il ne paraisse pas immédiatement nuisible à la santé, doit être rejeté de l'alimentation. La poussière de ces champignons produit souvent, chez les batteurs en grange, une toux d'irritation qui cesse dès qu'ils sont soustraits à la cause qui l'occasionne.
Le verdet du Maïs [verderame des Italiens) est dû à la présence du même parasite [Ustilago segetum, Uredo
. -1. De mèmeV ŒcicUwn rhamnidn Nerprun ou Bourdaine produit l'l>Wo rubirjo-vera (fig. 7) et le Puccinia enronata du froment et de l'avoine. '