LEUR ACTION DANS LES MALADIES
microbes, introduits dans le sang ou dans les tissus d'un animal, s'y comportent comme des parasites d'une organisation plus élevée (les vers intestinaux, par exemple), en empruntant leur nourriture au milieu dans lequel ils se trouvent et se développant à ses dépens. Il est évident qu'il en doit être ainsi, et dans le cas du charbon ou sang de rate, par exemple, on a pu penser que les bacilles, qui fourmillent dans le sang, enlevaient l'oxygène dont ils ont besoin aux globules rouges, et produisaient ainsi l'asphyxie et la mort de l'animal.
Mais il arrive assez souvenL, même dans le charbon, que la mort est si rapide que les bacilles n'ont pas encore eu le temps de se développer dans le sang en quantité suffisante pour produire un effet aussi foudroyant. De même, dans le choléra, par exemple, on n'a pas encore rencontré le bacille virgule dans le sang, et cependant les cas de mort foudroyante ne sont pas rares dans cette maladie. Il est donc nécessaire d'avoir recours à une autre explication.
C'est en étudiant les produits de la putréfaction que Panum a le premier montré qu'il se développait, comme produit ultime de la fermentation putride des matières organiques, une substance vénéneuse comparable au venin des serpents et aux alcaloïdes des plantes. Douze milligrammes de cette substance tuent un chien, tandis que ni l'ammoniaque ni les acides, qui se forment d'abord dans cette fermentation, ne peuvent produire l'infection putride. Cette substance vénéneuse a été nommée Septine par Bergmann et Schmicdeberg.
Les recherches de Panum ont été reprises récemment par Selmi et Gautier, qui ont extrait des cadavres et des matières organiques en putréfaction un certain nombre
de substances vénéneuses tout à fait comparables aux alcaloïdes végétaux et qu'ils ont nommées Ptomaïms.
Ces Ptomaïnes ont une action comparable à la strychnine, qui est, comme on sait, un poison violent.
Injectées dans le sang, même en les isolant de tout microbe vivant, ces ptomaïnes produisent la fièvre, des frissons, des vomissements, de la diarrhée, des spasmes, de la torpeur, ducollapsus, et enfin la mort. Il est probable que, dans certains cas d'empoisonnement par la viande ou le poisson gâtés, les propriétés toxiques de ces aliments sont dues à la présence de ptomaïnes.
Mais, dans tous les cas, ces ptomaïnes se montrent à nous comme le produit de la fermentation -putride qui est toujours effectuée dans les cadavres par des microbes particuliers. Les ptomaïnes sont ici le résultat du travail des microbes de la putréfaction et sont fabriquées par eux exactement comme V alcool et l'acide carbonique de la fermentation alcoolique, sont fabriqués par les levûres, aux dépens du liquide sucré dans lequel elles vivent et se multiplient.
L'expérience directe montre que la septine, isolée de tout microbe, et injectée chez l'homme, produit bien un trouble fébrile, mais ne cause la mort que si on l'introduit en quantités considérables. Au contraire, chez ce même individu, s'il existe une large plaie suppurant à l'air extérieur et non recouverte d'un pansement occlusif, il se produira presque infailliblement une infection purulente (septicémie) rapidement mortelle, parce que les microbes introduits par cette plaie y trouveront un terrain favorable (pus, matières organiques en putréfaction), s'y multiplieront en nombre immense et fabriqueront de toutes pièces une grande quantité de poison seplique,