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LE PANSEMENT DE LISTER

et do Pasteur sur les germes do l'air. Nous avons déjà vu que l'air filtré à travers une couche suffisamment, épaisse de ouate de coton ne contient plus de germes. M. Guérin enveloppe ou recouvre la partie du corps où se trouve la plaie à traiter de plusieurs couches de ouate convenablement appliquées et serrées par une bande de toile. Ce pansement permet jusqu'à un certain point l'accès de l'air, mais cet air est filtré par le feutrage de la ouate qui arrête tous les microbes, et la preuve, c'est qu'au bout de plusieurs jours, si on lève l'appareil, on trouve la plaie dans un état satisfaisant et en voie de guérison. 11 s'est bien produit une petite quantité de pus, mais en proportion bien moindre que dans l'ancien pansement à la charpie, et ce pus ne s'est pas putréfié, puisqu'on a écarté les germes de l'air, agents ordinaires de la putréfaction.

Un chirurgien anglais, Lister, est arrivé au même résultat par un procédé plus compliqué, mais qui a été adopté par la plupart des médecins en France. Ce procédé est basé. sur l'emploi de l'acide phénique considéré comme antiseptique, c'est-à-dire comme agent destructeur des microbes et des germes. Toutes les fois que l'on fait une opération, les instruments, les mains de l'opérateur, de ses aides et toutes les pièces du pansement, doivent être trempés, à l'avance ou à l'instant même, dans une solution suffisamment étendue d'acide phénique; de plus, pendant tout le temps de l'opération, la plaie doit être entourée d'un nuage de la même solution que l'on projette, au moyen d'un pulvérisateur, sur les mains de l'opérateur et sur tout ce qui l'entoure. Le même pansement et les mêmes précautions sont applicables au traitement de toutes les plaies, quelle que soit

leur origine, et doivent se renouveler toutes les fois que l'on touche au malade I.

Les admirables résultats obtenus par la méthode de Lister sont incontestablement la plus belle confirmation que l'on puisse invoquer à l'appui de la réalité de la théorie microbienne. Depuis son introduction dans la pratique, la mortalité des blessés et des opérés a considérablement diminué et l'on a pu entreprendre et mener à bonne fin des opérations considérées autrefois comme impraticables.

L'acide phénique n'est pas le seul antiseptique qui dorme d'excellents résultats en détruisant, ou tout au moins en atténuant la virulence des microbes et de leurs germes. L'alcool, employé depuis longtemps, l'acide borique, l'acide salieylique, le thymol ou essence de thym, l'eucalyptol, essence retirée de Y Eucalyptus globulus, et beaucoup d'autres substances, ont été employés à l'intérieur comme à l'extérieur dans ce but, et

î. Nous ne pouvons décrire ici, dans tous ses détails, le pansement de Lister et nous renverrons, pour cette description, à YAnnuaire de thérapeutique de Bouchardat, année 1876, pp. 2G0 et suivantes (Félix Alcan, éditeur). Nous rappellerons seulement que : 1° la peau autour de la région à opérer, les mains de l'opérateur et les instruments sont lavés avec •une solution phéniquée à 2 ou 3 p. 100 ; 2» le nuage produit par le pulvérisateur est à 1 p. 100 d'acide phénique; 3° la ligature des artères est laite au moyen de fil de catgut (intestin grêle du mouton) phénique, qui a l'avantage d'être résorbé dans la plaie : les sutures avec de la soie phéniquée ; 4° le tube de caoutchouc à ouvertures latérales que l'on place généralement pour l'écoulement des liquides est également phéniqué; 5° la gaze phéniquée, pliée en huit doubles, remplace le linge dans le pansement de la plaie; 6° le prolective (soie verte huilée, phéniquée et vernie comme du taffetas), interposé, empêche, l'action irritante de la gaze sur la plaie ; enfin 7° le mackintosch imperméable, entre la 7° et la 8° couche de gaze, empêche tout écoulement de liquide au dehors. Voir également le Manuel de chirurgie antiseptique, par le Dr A. Lutaud (Félix Alcan, éditeur).

HYGIÈNE DES EAUX POTABLES. 23o

la plupart prendront une place de plus en plus grande dans la thérapeutique des maladies à microbes.

HYGIÈNE DES EAUX POTABLES; LES EAUX SANS MICROBES : LE FILTRE CIIAMBERLAND

Les recherches faites depuis quelques années par M. Miquel à l'observatoire de Montsouris, au Panthéon et sur plusieurs autres points de Paris sur les microbes de l'air, ont eu pour résultat de nous apprendre que les bactéries vivantes étaient beaucoup plus rares dans l'atmosphère qu'on ne le pensait généralement. Nous avons déjà dit que L'air était le grand "purificateur des microbes, qu'il tue en les desséchant. Dans l'infection des plaies elles-mêmes, il est bien probable que les liquides et les linges employés anciennement aux pansements transportaient les microbes en beaucoup plus grand nombre que l'air, si chargé qu'il soit de ces organismes dans l'enceinte des hôpitaux.

Mais il n'en est pas de même de l'eau qui sert à la consommation des grandes villes, qu'elle soit fournie par des puits ou par des cours d'eau. On y trouve toujours un grand nombre de microbes parfaitement vivants, ainsi que nous l'avons déjà montré \ et cela se conçoit facilement, étant connu le mode d'existence do ces végétaux qui ne peu vent se passer d'humidité, et qui trouvent

. Voyez chapitre III, les Microbes de l'air et des eaiix (page 149).

toujours dans ces eaux les matières organiques dont ils se nourrissent. Les rivières les reçoivent par les égouts qui s'y déversent, les puits par les infiltrations du sol, et c'est ainsi que les microbes delà fièvre typhoïde et du choléra par exemple se retrouvent toujours, en temps d'épidémie, dans les eaux courantes ou stagnantes, qui peuvent ainsi devenir le véhicule des maladies infectieuses.

Les eaux de puits, par leur nature stagnante, parles infiltrations qu'elles peuvent recevoir des fosses d'aisances voisines, trop souvent mal étanches, sont plus que les eaux courantes sujettes à suspicion. Dans un des faubourgs d'Angers, il y a deux ans à peine, pour éteindre une épidémie de fièvre typhoïde qui s'y était déclarée, il a suffi d'établir des conduites d'eau de Loire : les habitants de ce quartier se servaient jusque-là exclusivement de l'eau des puits.

Eau de puits dans i,a panification. — Cette eau de puits sert encore trop souvent, dans beaucoup de localités, à la confection du pain, à l'exclusion de l'eau des rivières. Les raisons de cette préférence sont probablement multiples : les boulangers prétendent qne l'eau de puits rend la panification et la levure de la pâte plus facile, sans s'expliquer autrement sur ce point : en outre, dans les villes où il existe des compteurs, comme à Angers, l'eau de rivière coûte de l'argent tandis que l'eau de puits ne coûte rien.

Or il ne faut pas oublier que l'eau entre pour environ 50 pour 100, en poids, dans la confection du pain. Ce chiffre seul explique, à lui seul, et la préférence du boulanger pour l'eau de son puits, et l'importance que les hygiénistes ont le droit d'attacher a la pureté de l'eau qui sert à la panification.

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