MICRO Z YM AS DU SANG ET DES GLOBULES SANGUINS
Le sang, contrairement à ce que l’on croyait, ne contient donc pas seulement deux formes histologiques : les microzymas sont le troisième élément organisé du sang. Mais les globules eux-mêmes contiennent-ils des microzvmas? Nous avons répondu affirmativement, M. Estor et moi (1).
Les globules rouges avaient été considérés comme étant de véritables cellules, constituées par uu contenant, enfermant un contenu , à peu près par tous les savants qui les avaient étudiés. Peu à peu on en vint à ne plus considérer les hématies de l’homme et des mammifères comme des cellules, mais bien comme de petites masses élastiques, plus ou moins homogènes , sans membrane enveloppante et sans noyau.
Nous avons dit que des granulations moléculaires , très 1 petites , se voyaient en foule dans certains sangs au sortir des vaisseaux. Voici comment nous sommes parvenus à les isoler.
Le sang est reçu directement, au sortir du vaisseau qui le fournit, dans un vase contenant de l’alcool à 45 degrés • centésimaux: le mélange reste' liquide, il ne se dépose ni fibrine , ni globules ; il paraît d’abord rouge et limpide ; mais bientôt il s’v produit un dépôt abondant, formé presque exclusivement de granulations moléculaires libres et mobiles.
L’expérience peut être faite avec du sang battu et défibriné : dans ce cas, les granulations moléculaires proviennent évidemment des globules.
On peut du reste faire voir directement les microzymas des globules par quelques artifices de manipulation.
Par exemple, on mêle le sang avec trois 'à quatre fois son volume d’une solution saturée de sulfate de soude et on jette sur un filtre. Les globules sont retenus : on les en détache et on les broie avec une molette de verre , sur une lame de même substance : les globules sont déchirés, et les microzymas , devenus libres , nagent dans le liquide avec le mouvement oscillatoire qui leur est propre.
Mais s’il est facile de voir les microzymas du sang , il est fort difficile d’isoler et d’étudier à part ceux des globules, soit que l’eau les altère ou les déforme.
(1) Comptes-rendus, t. LXX, p. 2G5 (1870).
microzymas des globules sanguins 215
Quoi qu’il en soit , les microzymas des globules sont de ceux qui produisent difficilement des bactéries.
Dans plusieurs expériences nous avons observé, M. Estor et moi, que les microzymas des globules fluidifient l’empois créosolé, sans jamais le saccharifler. Si l’empois est en même temps additionné de carbonate de chaux , il peut se produire une véritable fermentation lactique ou butyrique. Nous avons noté , en outre , que même en présence du carbonate de chaux, les microzymas ne produisent pas de bactéries ; à peine voit-on les premières phases de l’évolution , les microzymas associés en 8 de chiffre ou en chapelet.
Cependant il est souvent arrivé que les globules rouges , bien isolés , n’ont pas fluidifié l’empois. Je vais vous détailler l’une de ces expériences. Du sang de bœuf défibriné a été traité par une solution concentrée de sucre de canne pour en isoler les globules. Ceux-ci ont été recueillis sur le filtre, lavés avec l’eau sucrée et introduits dans l’empois créosoté (dans le rapport de 1 à -4 de ce dernier) ; huit jours après, aucune trace de fluidification; l’empois était seulement un peu moins épais. A l’examen microscopique on découvre encore quelques globules inaltérés et une quantité considérable de microzymas isolés en 8 de chiffre ou en chapelets de plusieurs grains. Les choses se passent à peu près de même dans l’eau sucrée à 10 p. %.
Et si l’empois est très épais, il peut arriver que les globules s’y conservent inaltérés , sans production de bactéries et sans trace de fluidification , même quand on emploie le sang lui-même, mais défibriné. C’est le moyen que j’ai employé pour démontrer directement que les globules rouges ont toujours une enveloppe propre , même ceux qui n’ont pas de noyau (1).
Quoi qu’il en soit, les microzymas du sang existent; ils existent si bien , que plusieurs auteurs , même Français, en attribuent la découverte à un savant Allemand , M. Tiegel. Mais cette découverte est française , tout comme la démonstration que certaines granulations moléculaires , que l’on croyait sans fonction et non vivantes, en France et en (1) Comptes-rendus, t. LXXXV, p. 701.
Allemagne ou en Angleterre, sont des microzymas. Tenez donc la chose pour certaine.
On a beaucoup écrit et disserté sur la cause de la coagulation du sang hors des vaisseaux , sur la nature de la fibrine et sur la question de savoir si elle existe à l’état soluble dans le sang.
Cl. Bernard croyait que , dans l’état physiologique ,« les globules sont en suspension dans un liquide aibumino-fi~ brineux. * Il pensait que « la fibrine ne peut rester liquide que dans l’écononiie (1). » Plus tard on a cherché dans le ' sang une matière fibrino-plastique , ou fibrinogène. Tout cela est fort obscur. Une seule chose est certaine , c’est que dans le sang d’une saignée générale on ne trouve, quand on l’examine à temps, que des globules blancs, des globules rouges et des microzymas flottant dans un liquide appelé plasma, lequel constitue un mélange fort complexe de plusieurs matières albuminoïdes que j’ai étudiées, de, sels minéraux et, sans doute, d’une foule d’autres combinaisons I organiques , variables de quantité et de nature , mais qui , quoique destinées à être éliminées par les divers émonctoires, n’en constituent pas moins les conditions de milieu, nécessaires au fonctionnement normal des éléments histologiques du sang.
A mon avis, on ne tient pas assez compte de l’action des glandes sur le sang qui les traverse. Ces glandes, outre une structure propre, contiennent dans leurs cellules, ou à l’état de liberté, des microzymas, dont nous apprendrons à connaître les fonctions. Or, ces microzymas exercent nécessairement une action chimique sur l’un ou l’autre des matériaux que le sang y amène ; les microzymas du sang eux-mêmes, en subissant, comme les globules, l’influence du milieu nouveau, peuvent acquérir des fonctions nouvelles qui se manifesteront, à la sortie de la glande , par des propriétés nouvelles du sang qui les contient ; car, ne l’oubliez pas, les microzymas résument en eux-mêmes ce qu’il y a d’essentiel dans le fonctionnement chimique d’une cellule ou d'une humeur données. Je vais vous expliquer ma pensée.
(1) Liquides de l’organisme, t. I, p. 152 (1859).