MICROZYMAS DE DIVERSES GLANDES ET ORGANES
qui s’écoule, en même temps que le suc gastrique, de l’estomac d’un chien à fistule gastrique et à jeun. Ce mucus est formé des débris des cellules des glandes stomacales et d’une foule de microzymas. Lorsque , l’animal étant à jeun depuis 15 à 20 heures, on lui fait avaler un fragment d’os, le suc gastrique qui coule et ces débris sont jetés sur un filtre. Le produit insoluble, mêlé de corps gras, est épuisé par l’éther ; alors on le broie pour détruire les cellules, on passe au tamis de soie, recueille sur un filtre, lave à l’eau et sépare par décantation les microzymas des parties grossières. Les microzymas gastriques sont fort petits. Je vous parlerai plus tard de l’extraction des microzymas des glandes stomacales elles-mêmes.
Un procédé semblable peut être appliqué pour isoler les microzymas du canal intestinal, soit à jeun, soit pendant que l’animal est en digestion.
Et il s’applique également à l’isolement des microzymas de l’orge, du blé, des amandes, des noisettes, etc.
On peut se proposer d’étudier séparément les microzymas des cotylédons et des embryons d’amandes ou de noisettes. Dans ce but, on fait infuser les amandes ou les noisettes dans l’eau froide pendant vingt-quatre, heures : l’épisperme s’enlève alors facilement. Après
avoir détaché les embryons, pour les étudier à part, les amandes, étant de nouveau séchées, sont réduites en poudre et soumises à la presse. Le tourteau, aussi bien exprimé que possible, est alors réduit en poudre et broyé au mortier avec de l’eau comme pour faire une émulsion. On passe le produit par un linge fin et on sépare les microzymas comme à l’ordinaire. On les considère comme purs lorsque au microscope ils sont sans mélange, que le lavage à l’éther les a privés de corps gras et que l’eau avec laquelle on les lave n’acquiert plus la propriété de dédoubler l’amygdaline pour produire l’odeur d’essence d’amandes amères et d’acide cyanhvdique. Quant aux embryons, il faut les broyer directement, délayer la pulpe dans l’eau et la passer par un linge fin: les microzymas se séparent alors par lévigation, décantation, filtration, lavage îi l’éther, etc.
Mais le procédé général n’est pas applicable à tous les
MICROzmAS DES AMANDES, DE LA FIBRINE
cas, à celui des microzymas des glandes gastriques et de la fibrine, par exemple.
Il peut vous paraître singulier de m’entendre parler des microzymas do la fibrine. Cette substance que l’on extrait du sang est considérée, en effet, comme une matière albuminoïde spéciale, un principe immédiat comparable à la musculine. Il n’en est rien. Et comme la chose est d’importance autant au point de vue de l’histoire des microzymas qu’à celle du sang, il est nécessaire que je vous dise comment nous sommes arrivés, M. Estor et moi, à regarder la fibrine comme une sorte de fausse membrane contenant des microzymas d’une espèce particulière (1).
La démonstration comporte plusieurs sortes d’expériences — et pour suivre l’ordre que nous avons adopté, je vais d’abord vous prouver que la fibrine, comme le lait, la viande, le foie et d’autres tissus ou grandes, peut dans des conditions déterminées laisser apparaître des bactéries.
L’étude que nous allons entreprendre aura encore un autre objet : la recherche de la cause qui détermine la formation de la fibrine ; ce qui nous conduira à la découverte des microzymas du sang et de leurs propriétés.
Pour préparer la fibrine destinée à nos expériences, nous recevions le mélange de sang veineux et artériel dans un peu d’eau distillée bouillie et créosotée , afin d’annihiler l’influence des microzymas atmosphériques. Aussitôt que, par le battage , la fibrine était séparée , elle était lavée dans un courant rapide d’eau distillée, à laquelle on ajoutait de la créosote. Lorsque la fibrine fut complètement blanche, sans l’avoir touchée avec les doigts, nous l’introduisions dans les mélanges suivants :
a. Dans l’empois de fécule créosoté, préparé au
moment de s’en servir ;
b. Dans l’empois de fécule créosoté additionné de
carbonate de chaux pur, préparé au même instant dans des liqueurs bouillantes créosotées ;
c. Dans du sucre de canne dissous dans l’eau distillée bouillante et créosotée.
d. Dans la même eau sucrée créosotée, additionnée de
(1) Comptes-rendus, t. LXVIII, p. 408 et t. LXIX, p. 713 (1869).
carbonate de chaux, préparé, comme plus haut, au moment même.
Les fioles contenant les mélanges étaient aussitôt hermétiquement closes et mises à l’étuve : à 25 à 35 degrés.
L’empois est rapidement fluidifié, souvent au bout de cinq à six heures, douze à vingt-quatre heures au plus. Et remarquez-le bien, la fluidification précède généralement toute apparition de formes autres que les microzymas ; la fibrine se désagrège de plus en plus : à sa place on trouve bientôt tous les états intermédiaires entre le microzyma et la bactérie.
Dans l’eau sucrée , on constate que l’interversion succède à l’évolution des microzymas; mais, remarque déjà faite pour d’autres tissus, l’évolution est plus lente que dans l’empois.
La présence du carbonate de chaux a pour effet de hâter la fluidification de l’empois et l’évolution bactérienne des microzymas.
Cependant, bien que telle soit la marche générale du phénomène, il faut signaler quelques particularités.
Les physiologistes ont depuis longtemps reconnu que la fibrine n’est pas identiquement douée des mêmes propriétés selon qu’elle provient du sang veineux ou du sang artériel; du sang de telle ou telle région d’un animal très jeune ou d’un animal adulte, etc.
Dans les expériences que je viens de rapporter, il s’agit du sang de la saignée générale, mélange de sang veineux et artériel d’un animal encore jeune. Or, nous avons observé dans la marche des expériences, de légères différences qui tiennent précisément à l’âge et à l’espèce de l’animal, à la région dont le sang provient et à son état veineux ou artériel.
Dans la plupart des cas, surtout lorsque la fibrine est fournie par un animal très jeune, sa disparition est si rapide, qu’il est difficile de suivre les phases de la transformation des microzymas. Nous avons cherché un moyen de ralentir le phénomène , et nous avons trouvé que les microzymas de la fibrine peuvent ne pas être tués par la chaleur à la température de l’eau bouillante. Je vais, à cause de l’importance du fait, rapporter une des nombreuses expé-
ricnces que nous avons tentées : elle est comme le type des autres.
Nous avons pris environ 60cc de sang à un chien de taille moyenne, en plaçant une canule dans la veine crurale ; le sang a été reçu dans une capsule de porcelaine contenant un peu d’eau créosotée et aussitôt battu pour en séparer la fibrine, qui a été lavée comme plus haut. Cette fibrine a été mise à bouillir pendant cinq minutes avec de l’eau distillée créosotée et introduite dans l’empois créosoté et bouillant. La fiole est fermée, le mélange étant encore en ébullition, et placée à l’étuve. La liquéfaction ne commence que le surlendemain ; le troisième jour l’empois est encore légèrement visqueux. En ce moment nous faisons l’examen microscopique : dans le liquide ambiant il y a quelques . bactéries; dans quelques fragments ténus et transparents de fibrine on distingue nettement des microzymas normaux, des microzymas un peu allongés et des bactéries. Un bâtonnet, formé de trois bactéries bout à bout, se détache, au moment de l’observation, d’un petit amas composé d’une foule d’autres petits bâtonnets semblables et se meut dans le liquide avec le balancement caractéristique. D’autres fois il nous est arrivé de voir de longs chapelets se détacher d’üne plaque de fibrine formée simplement de granulations, et les granulations du chapelet faisant nettement suite à un certain nombre de granulations de la plaque.
Donc, qu’elle se désagrège ou non, fraîche ou préalablement soumise à l’action de la chaleur, la fibrine laisse apparaître des bactéries et les formes qui précèdent celles-ci : elle contient donc des microzymas; et cette expérience nous la montre bien comme constituée à la manière d une fausse membrane tissée do microzymas iéunis par une matière albuminoïde spéciale; ce qui sera directement démontré.
^ ous ne manquerez pas de rapprocher l’expérience dans laquelle la fibrine a été chauffée , de celles de Pouchet ou de M. Meunier dans lesquelles ils laissaient les matières dans la macération; vous la rapprocherez aussi des expériences sur le lait, sur la viande , et vous en concilierez que les
microzymas de la fibrine sont de ceux qu’un certain degré de chaleur ne lue pas.
Nous verrons que la production végétale appelée Mère de Vinaigre rappelle, par sa constitution , la fibrine ; elle est aussi une membrane à microzymas manifestant dans les mêmes circonstances des phénomènes semblables. La glairine de Molitg est pareillement une production naturelle dont toute l’organisation réside dans les microzymas.
Et la démonstration que la fibrine est une fausse membrane qui contient des microzymas explique bien des choses. D’abord l’apparence striée des lambeaux de fibrine, que l’on a voulu considérer comme étant l’indice d’un commencement d’organisation ; ces stries, M. Ch. Robin les a • vues rectilignes, entre-croisées dans toutes les directions ; elles donnent aux lambeaux , sous le microscope , l’aspect d’amas de fibrilles; elles apparaissent dès que la fibrine se sépare, soit spontanément, soit par le battage; mais si l’on examine attentivement la petite quantité de fibrine fournie par le sang de petits chats, âgés de 3 à 4 jours, elle se présente, au microscope, (obj. 7 de Nachet) sous la forme de petits lambeaux minces et transparents, dans lesquels on voit distinctement les miôrozymas : on dirait de la mère de vinaigre très finement granuleuse.
Les faits constatés par M. Marchande Calvi)(l), d’après qui certaines circonstances font varier la quantité de fibrine dans le sang, reçoivent aussi leur explication dans la théorie de la constitution microzymateuse de la fibrine. D’après ce médecin, la proportion de fibrine augmente dans un même sang sous l’influence de la chaleur ; et le sang d’une même saignée paraît toujours plus riche en fibrine quand on le laisse se coaguler au repos , que lorsqu’on l’en sépare par le -battage. Et ces faits ont été confirmés par M. Corne (2).
Or, s’il est vrai que les microzymas de la fibrine préexistent dans le sang, ainsi que nous allons le démontrer, et si la fibrine est le résultat de leur action, hors des vaisseaux (ce qui constitue une condition nouvelle pour eux), sur les
(1) Comptes-rendus, t. XXX, p. 30 (1830).
(2) Ibid. p. 1316.
matières albuminoïdes du plasma sanguin, il est clair que moins la coagulation sera rapide , plus abondante sera la fibrine. Or la défibrination par le battage réalise une circonstance où les microzymas agissent avec le plus de rapidité, et la proportion de fibrine obtenue doit diminuer.
Le procédé qui permet d’isoler les microzymas des glandes n’est pas applicable à la fibrine. Aussi ai-je eu recours à l’action de l’acide chlorhydrique étendu ; et cette circonstance m’oblige à entrer dans quelques détails historiques.
La fibrine a été considérée par les chimistes comme étant un principe immédiat défini, que l’on a pendant longtemps confondu avec la fibrine musculaire. Or, la fibrine musculaire se dissout aisément et instantanément dans l’acide chlorhydrique au millième (une partie d’acide chlorhydrique fumant par litre d’eau) , employé en quantité suffisante. Il n’en est pas de même de la fibrine du sang (dans tout ce que je vais dire, il s’agit de la fibrine de bœuf obtenue par le battage du sang de l’animal saigné) ; pour la dissoudre il faut employer de l’acide à 1,5 à 3 millièmes, et encore faut-il réaliser quelques conditions particulières.
M. Bouchardat a reconnu le premier que la fibrine pouvait se dissoudre dans l’acide chlorhydrique très étendu, et il croyait que la matière contenait la même substance que les solutions d’albumine et de caséine dans le même acide et dans les mêmes circonstances. C’était une erreur; quoi qu’il en soit, MM. Dumas et Cahours ont confirmé le fait de la solubilité en mieux spécifiant les conditions : il faut l’acide à plus de un millième et une température de 36 degrés cent, environ. Liebig a sans cesse nié la solubilité de la fibrine dans l’acide chlorhydrique Vous le comprenez, j’avais un intérêt très grand à étudier cette question, car j’avais pensé que j’arriverais ainsi à démontrer directement la présence des microzymas dans la fibrine. Les hétérogénistes , en effet, pouvaient invoquer le développement des bactéries par la fibrine comme une preuve de la génération spontanée ; tandis que pour M. Estor et pour moi, les bactéries constituaient une démonstration de la préexistence des microzymas. Mais si la fibrine
n’est pas un principe immédiat, si elle recèle vraiment le germe de l’évolution bactérienne, elle rentre dans la catégorie des matières organisées , et il n’y a plus de génération spontanée.
En fait, la fibrine est, en tant que fibrine , absolument insoluble dans l’acide chlorhydrique à 1,5 à 3 millièmes. Considérons d’une part de la caséine récemment précipitée et de la fibrine fraîche, venant de l’abattoir, et aussitôt lavée à blanc. J’en mets la même quantité dans volumes égaux d’acide chlorhydrique à 3 millièmes. Vous le voyez , la caséine est dissoute en une solution transparente incolore, tandis que la fibrine n’a pas eu l’air d’être attaquée. Avant de se dissoudre , elle se gonflera dans l’acide, pour former une sorte de gelée comme celle que vous voyez dans ce ballon. Pour que cette gelée se liquéfie et que la fibrine se dissolve , il est nécessaire de mettre l’appareil à l’étuve à 30-40° C. Alors vous avez le liquide trouble que voici. Ce liquide, étant jeté sur un filtre mouillé, finit par passer absolument limpide ; ce qui occasionnait le trouble est retenu par le filtre et contient les microzymas. Après les avoir lavés à l’acide de plus en plus étendu, et à l'eau, on les laisse égoutter et on les reprend par l’éther, pour enlever le corps gras dont ils sont souillés.
Voilà les microzymas de la fibrine isolés. Prouvons qu’ils sont la cause directe de la fluidification de l’empois. J’ai opéré sur la fibrine de sang de chien; or les microzymas de 606r' de fibrine, bien lavés à l’eau (il y en avait des myriades, fort petits, dont le diamètre n’atteignait certainement pas 0mra,0005), ont été mis dans 50 cent. cub. d’empois. Le mélange, placé à l’étuve à 45-50 degrés, était complètement liquéfié 16 heures après. Le surlendemain , on pouvait même constater la réduction du réactif cupro-potassique, preuve qu’il s’était formé un peu de dextrine ou de glucose. En même temps, peu après que la fluidification était commencée, le mélange contient des microzymas en chapelets, des bactéries grêles, courtes ou longues, articulées, mobiles. Certainement l’épaisseur de ces bactéries est moindre que 0mrn,0005.
Les microzymas de la fibrine reproduisent donc deux
propriétés essentielles de cette substance : celle de fluidifier l’empois et de produire des bactéries.
Us en reproduisent une troisième. Vous savez que Thénard a découvert la propriété curieuse de la fibrine de décomposer l’eau oxygénée et d’en dégager l’oxygène ; et on sait, en outre , qu’elle perd absolument cette propriété lorsqu’elle a été chauffée pendant quelques minutes dans l’eau bouillante. J’ai pensé que l’unique cause de cette singulière aptitude, la fibrine la devait à ses microzymas. En effet, lorsqu’on introduit de ces microzymas dans l’eau oxygénée, à 12 p. % de bioxyde d’hydrogène, on constate aussitôt un dégagement abondant d’oxygène paraissant se dégager des particules de la masse. Lorsque les microzymas ont été bien préparés, c’est-à-dire lorsqu’ils ne cèdent plus rien à l’acide chlorhydrique à 1,5 à 2 millièmes et qu’ils ont été absolument lavés à l’eau, de façon que le papier de tournesol le plus sensible n’en soit plus rougi, la décomposition de l’eau oxygénée est même plus active que par la fibrine elle-même dans les mêmes conditions.
Et vous comprenez que j’ai dû étudier de plus près cette importante propriété des microzymas de la fibrine.
On pouvait d’abord se demander s’ils la conserveraient dans toutes les circonstances où ils possèdent, avec leur nature chimique, leur forme. Il pouvait se faire aussi qu’elle dépendît de quelque matière innomée qui les souillerait et enfin, que les granulations, considérées comme microzymas,
ne fussent minérales, et par là, comme le bioxyde de manganèse, capables de décomposer l’eau oxygénée.
En premier lieu , il m’a paru qu’elles ne décomposent pas 1 eau oxygénée en présence de l’acide chlorhydrique. La condition première serait donc la neutralité du
milieu.
En second lieu, quand on les a portées à 100°, pendant quelques minutes, dans l’eau, elles ne dégagent plus d’oxygène quand on les introduit dans une solution de bioxyde d hydrogène. À cet égard, elles se comportent donc comme la fibrine elle-même. Or l’ébullition avec l’eau ne leur fait pas perdre leur forme.
En troisième lieu, les microzymas, bien lavés à l’acide
au millième, puis à l’e^u, jusqu’à ce que l’eau de lavage ne soit plus acide du tout, enfin à l’éther alcoolisé, n’en décomposent pas moins l’eau oxygénée; et cette propriété ils la conservent pendant assez longtemps, même lorsqu’on les a fait sécher dans le vide.
En quatrième lieu, ces microzymas ne contiennent, à l’état humide et essorés, que fort peu de matières minérales, puisque leur composition , en centièmes , est la sui-
vante :
Matière organique azotée. . . 13,553
Matières minérales (cendres) . 0,384
Eau 86,063
A l’état de siccité complète, à 100°, leur composition
devient :
Matière organique azotée. . . 97,245
Cendres 2,755
C’est-à-dire que les cendres y sont en quantité moindre que dans certains ferments organisés.
Il est difficile d’admettre que la propriété de décomposer l’eau oxygénée dépende d’une si petite quantité de matière minérale dissimulée dans une aussi grande masse de matière organique. D’ailleurs la propriété est annihilée par l’ébullition , qui n’altère en rien la matière minérale ; il en faut donc chercher la cause ailleurs. Serait-elle une propriété de la matière organique des microzymas considérée en tant que composé chimique ? Mais alors pourquoi l’application de la chaleur la supprime-t-elle? Pour moi, je crois que la propriété appartient au microzyma en tant qu’organisé, ce qui deviendra évident lorsque , dans une prochaine Conférence , nous rapprocherons ce fait de certaines observations de Thénard qui a nettement distingué ce qui revient à l’organisation dans le phénomène de la décomposition de l’eau oxygénée par les substances d’origine animale et végétale ; nous nous servirons de ces observations pour nous faire une idée plus exacte de ce qu’est la matière organisée.
Tous ces faits sont contrôlables. Lorsque l’on prend
beaucoup de précautions , il est facile de s’assurer que le poids des microzymas représente la moindre part de la fibrine : humides, environ un pourcent; tout le reste est entré en solution. Les auteurs regardaient la partie dissoute comme représentant la fibrine même. Il n’en estrien, caria solution contient au moins trois produits. Vous le voyez, je prends cette solution limpide que nous avons séparée des microzymas ; elle est très légèrement acide au papier de tournesol ; je la sature par de l’ammoniaque très étendue , en agitant : il se produit un précipité blanc, volumineux, et, aussitôt que la saturation est arrivée à neutralité, la précipitation est totale.
Le précipité étant séparé, les nouvelles liqueurs sont mises à concentrer au bain-marie. Lorsque la concentration a été suffisante, la liqueur étant filtrée, pour séparer un peu de produit insoluble, donne par l’alcool un précipité très notable, que l’on soumet à un lavage à l’alcool à 80°, pour enlever les matières étrangères. Ce nouveau précipité étant essoré, et repris par l’eau, fournit deux produits : l’un qui est soluble, l’autre insoluble. Voilà donc, que la fibrine insoluble s’est partagée en trois produits, dont l’un jouit d’une solubilité définitive.
Le premier précipité par l’ammoniaque représente la plus grande partie de la fibrine, environ 77 p. °/0. Je l’appelle fibrinine. Les 23 p. °/„ restants sont représentés par les deux produits que nous avons obtenus par la concentration des liqueurs et la précipitation par l’alcool. La substance dissoute par l’eau après cette précipitation et dont la solubilité est définitive , je l’appelle fibrimine ; quant à la matière insoluble après l’action de l’alcool , elle possède les propriétés et le pouvoir rotatoire de la fibrinine , ou à peu près ; je ne l’ai pas encore caractérisée suffisamment pour en faire une espèce.
La fibrimine est le moins abondant des produits de l’action de l’acide chlorhydrique sur la fibrine : 2 à 3
xV cause de ce que j’ai encore à vous dire sur ce sujet , il est nécessaire que vous soyez convaincus que la fibrimine n’est pas le résultat de l’action que la chaleur pourrait
exercer sur la matière pendant l’évaporation. En effet, on peut l’isoler des liqueurs séparées de la fibrinine , avant l’évaporation, par l’addition d’une quantité suffisante d’alcool très concentré.
Cela posé, voici comment on peut contrôler tous les faits que je viens de vous faire connaître , et se convaincre qu’ils ne peuvent s’expliquer autrement qu’en admettant la réalité de l’existence des microzÿmas dans la fibrine même.
Soit un échantillon de fibrine fluidifiant aisément l’empois, produisant des bactéries et décomposant l’eau oxygénée. On prend une partie de la masse et on en isole les microzymas. De la solution , la fibrinine est précipitée par l’ammoniaque et , de la nouvelle liqueur filtrée , la fibrimine par l’alcool.
Après avoir constaté que les microzÿmas isolés possèdent toutes les propriétés que j’ai énumérées, on essaie de faire agir la fibrinine bien lavée sur l’empois et sur l’eau oxygénée. Voici ce que l’on observe :
1° Deux à trois grammes de fibrinine récente , recueillie au contact de l’air, bien lavée, encore humide , sont introduits dans 50 cent, cubes d’empois créosoté. Le mélange, mis à l’étuve , reste épais sans fluidification , même après 36 et 48 heures. On n’y constate aucune trace de moisissure ou de bactéries.
2° La même fibrinine, mise dans l’eau oxygénée, ne la décompose en aucune façon.
Quant à la fibrimine , elle possède les propriétés d’une zymase , c’est-à-dire qu’elle peut fluidifier l’empois : mais, si l’empois a été créosoté, il n’y apparaît pas de bactéries, ni avant la fluidification , ni après. Enfin la solution de fibrimine ne décompose pas l’eau oxygénée.
La conclusion est donc légitime : la fibrine du sang est une fausse membrane qui contient des microzÿmas, et ceux-ci lui communiquent les propriétés qu’on lui connaît.
Nous expliquerons, plus tard, comment les microzÿmas interviennent dans la dissolution de la fibrine par l’acide chlorhydrique très étendu. Nous prouverons que cette fluidification est fonction de l’activité des microzÿmas.
Je n’ai pas hésité à rapporter en détail ces expériences ,
LES MICnOZYMAS DU SANG
car, indépendamment de leur valeur intrinsèque, elles servent à mieux faire comprendre l’histoire des microzymas du sang.
Il ne se pouvait pas que le sang ne contint des microzymas, puisque c’est un liquide dans lequel, nécessairement, se trouvent toujours deux éléments anatomiques cellulaires : globules rouges ou hématies et globules blancs ou leucocytes. Il existe, en effet, dans le sang de tous les animaux que nous avons examinés (chien, chat, bœuf, lapin, reptiles), un nombre innombrable de granulations moléculaires mobiles , ayant tous les caractères des microzymas. Pour les découvrir, il fallait que nous fussions guidés, M. Estor et moi, parla théorie que je développe et par nos recherches antérieures sur les microzymas du foie.
Mais , vous le comprenez bien maintenant : pour que l’observation soit concluante , il faut qu’elle porte sur le sang au moment où il sort des vaisseaux , avant la formation du caillot, c’est-à-dire avant qu’ils n’aiant servi à former la fibrine et surtout sur du sang que l’on sait donner peu de cette substance ; le sang des animaux très jeunes est dans ce
cas. Nous nous sommes habituellement servis de petits chats de 3 à 40 jours. Au milieu des globules, on voit toujours une foule énorme de microzymas. Ils sont assez semblables àceuxdufoic, mais plus petits et plus transparents. C’est leur ténuité et leur transparence qui a empêché les histologistes de les apercevoir. En outre, à cause de leur petitesse, il y a utilité de se servir de l’objectif à immersion, n° 7 de Nachet. Dans le sang défibriné par le battage , la presque totalité des microzymas a disparu. Ils sont difficiles à apercevoir dans le sang mêlé d’eau. Mais après leur action sur 1 empois ou sur l’eau sucrée et leur évolution en chapelets de deux à vingt grains, ils sont positivement insolubles dans la potasse au 20e et dans l’acide acétique à 3 ou 4 équivalents d’eau. Dans le sang et dans la fibrine récente, ils sont déjà difficiles à apercevoir à cause de leur petitesse et de leur transparence; après l’addition de Cacide acétique, ils deviennent invisibles, leur transparence ayant augmenté ; de sorte qu on ne peut pas se prononcer sur leur résistance à l’action de ce réactif.