‹ Les microzymasChapitre 169 sur 389 · SAUVES DIVERSES · texte numérisé non relu

SAUVES DIVERSES

humaine , tandis que la salive mixte de même origine de la vache ou du cheval sont sans activité saccharifiante d’après M. Mialhe (1). Toutefois, il y a quelque incertitude à l’égard de celle du cheval, car, d’après Magendie et Rayer, la salive buccale de cet animal se différencie de la salive parotidienne par sa propriété de transformer l’amidon en glucose (2).

D’autre part, la salive parotidienne du chien, comme celle du cheval, n’a pas d’action saccharifiante sur l’empois, tandis que, nous le verrons, celle de l’homme possède cette activité.

On ne peut donc pas parler de salive en général; il faut spécifier, même quand il s’agit de salive mixte buccale , de quel animal elle provient. M. Mialhe avait déjà insisté sur cette remarque. Et le même savant, à qui j’emprunte ces renseignements, nous apprend : « qu’on s’est demandé si la diastase était fournie par les glandes salivaires ou par la muqueuse buccale? Si ce principe actif est fourni par la membrane qui tapisse la bouche ou bien le résultat d’une modification qu’éprouverait , dans la cavité buccale , le produit de la sécrétion salivaire (3)? »

Et M. Mialhe répond que la véritable question n’est pas là : il a étudié le fluide salivaire dans lequel il a reconnu l’existence de la diastase, sans s’occuper de son origne!

Les savants ont analysé les salives de' diverses glandes et de divers animaux : ces analyses , relativement à la cause de leur activité, quand elles là possèdent , ne nous ont rien appris; on ne sait même rien de précis sur la nature des matières organiques qu’elles contiennent. Malgré les recherches de Cl. Bernard dont j’aurai à vous parler, on ne sait rien de bien exact sur les liquides normaux des glandes salivaires de l’homme. La salive buccale humaine pourrait bien être douée d’activité transformatrice sur l’amidon, saris le concours d’une cause étrangère et sans altération quelconque des liquides glandulaires dont le mélange la constitue.

(1) Comptes-rendus, t. XX, p. i486.

(2) In Leçons de physiologie expérimentale, par Cl. Bernard, t. II, p. 81.

(3) Mialhe , Chimie appliquée à la physiologie,, p. S8.

348 ORGANISMES BUCCAUX

Les études concernant les microzymas nous ont conduit , MM. Estor, Saintpierre et moi, à nous occuper des organismes buccaux et à rechercher s’ils ne seraient pas destinés à jouer quelque rôle dans la digestion. Notre travail a été communiqué à l’Académie des Sciences le 2 avril 1867 ; il a été renvoyé à l’examen d’une commission composée de MM. Longet et Ch. Robin ; mais il ne figure au Compte-rendu de la séance que par son titre. Il a été publié plus tard (1). Le Mémoire expose, dans les termes suivants , sous l’empire de quelles préoccupations nous nous sommes occupés de la salive :

« Ces expériences ont été entreprises d’après les idées de M. Béchamp sur la production des ferments solubles (zymases). M. Béchamp a démontré que certains phénomènes dus aux ferments organisés, étaient véritablement le résultat de l’action des ferments solubles sécrétés par les premiers; et réciproquement, il a été conduit à penser que la présence des zymases impliquait l’existence d’organismes producteurs. Sous l’empire de ces idées théoriques , nous nous sommes demandé si les organismes microscopiques, que l’on sait exister dans le liquide buccal, ne seraient pas les agents indispensables de la digestion salivaire. »

Cette citation était nécessaire en ce qu’elle sert à fixer une date. Vous retrouverez là les pensées du Mémoire de 1857 ; les moisissures formant le ferment inversif , les organismes microscopiques de la bouche pouvaient être les organismes producteurs de l’agent qui , dans la salive, opère la saccharification de la matière amylacée; bien plus, devaient par eux-mêmes opérer cette saccharification. Ce que la théorie faisait prévoir hypothétiquement , s’est trouvé expérimentalement vrai. Et le travail que nous entreprenions n’était dans notre pensée qu’un point de départ. En effet, en terminant nous priions l’Académie de considérer notre Communication comme une prise de date pour une série de

(1) Du rôle des organismes microscopiques de la bouche (ou de Leuwenhoeck) dans la digestion en général et particulièrement dans la formation de la diastase salivaire, par MM. Béchamp, Estor et Saintpierre. In Montpellier médical , novembre 1867.

SALIVES PAROTIDIENNES 349

travaux sur le rôle des organismes microscopiques dans la digestion. Les circonstances ont empêché que les recherches annoncées fussent entreprises en commun ; j’ai dù les continuer seul, et vous savez quel en a été le résultat, touchant les digestions gastrique et pancréatique.

Je vais donner quelque développement à l’exposé des expériences concernant les organismes buccaux, parce que ce me sera l’occasion de rechercher si les germes de l’air, les microzymas atmosphériques , jouent quelque rôle dans le phénomène et aussi pour réfuter, une fois de plus, la doctrine de l’altération spontanée des liquides organiques !

Il s’agit, en effet, non seulement de prouver que les microzymas et bactéries buccaux sont capables de saccharifier l’empois, mais de rechercher s’ils ne communiqueraient pas à la salive parotidienne du chien et du cheval, qui en sont incapables , la propriété qui est en eux!

Les salives parotidiennes nous les avons empruntées au cheval et au chien à l’aide d’une canule introduite dans le canal de Sténon. Le liquide de la glande était reçu dans un vase lavé à l’eau créosotée et contenant un peu de créosote dissoute dans l’eau. L’empois était préparé avec les précautions accoutumées et créosoté; il en était de même de l’eau sucrée.

Expériences 'préliminaires sur les salives parotidiennes de chien et de cheval. Je vous ai fait remarquer que la salive parotidienne du cheval ne saccharifie pas la matière amylacée , même cuite. Il importait de mettre ce fait hors de doute. Et il ne fallait pas négliger de soumettre la salive de même origine du chien à la même épreuve.

Action de la salive parotidienne du cheval sur l’empois. La salive employée nous avait été procurée par M. Tabourin, professeur à l’école vétérinaire de Lyon.

A 2o6r- d’empois on ajoute 2'c de salive parotidienne filtrée. Après 24 heures de séjour à l’étuve, l’empois n’est pas fluidifié ; il n’y a pas de réduction du réactif cupropotassique.

Cette expérience répétée plusieurs fois , donne toujours le même résultat négatif.

Il est donc bien certain que la salive parotidienne de

ORGANISMES BUCCAUX

cheval ne contient aucun principe capable d’agir sur l’empois (1).

Action de la salive parotidienne de chien sur l’empois. Sans doute cette salive ne saccharifie pas, mais son action n’est pas nulle. Voici les deux expériences de 1867.

« 1° A 50sr' d’empois on ajoute lcc de salive parotidienne pure de chien. Après 24 heures, 48 heures et même quatre jours, il n’y a pas la moindre trace de glucose formé. L’empois, cependant, a été fluidifié; la solution parfaitement limpide bleuit franchement par l’iode, comme la fécule soluble de M. A. Béchamp.

» 2° A 25gr- d’empois on ajoute lcc de la même salive. Après 24 heures, liquéfaction, coloration bleue par l’iode ; pas trace de glucose. »

Et nous avons opéré sur la salive parotidienne de plusieurs chiens , toujours avec le même succès.

Il y a donc une différence notable entre la salive parotidienne du cheval et celle du chien ; la seconde contient une zymase capable de transformer la fécule insoluble de l’empois en fécule soluble. C’est là un point d’une certaine ' importance sur lequel nous insisterons tout à l’heure. Les physiologistes et les chimistes n’ont fait attention qu’au phénomène ultime de l’action des zymases sur la fécule, qui est de produire du glucose; mais ce que je viens de vous dire prouve qu’il peut exister des zymases animales dont l’activité est bornée à la transformation de la fécule insoluble en sa modification allotropique soluble , ou du moins en l’une d’elles, car il y en a au moins deux.

Les organismes buccaux de l’homme. — Je veux parler des organismes que la salive contient , infusoires ou autres, chez l’homme seulement, car il n’est pas dit qu’on les découvrirait, identiquement les mêmes dans la bouche de tous les animaux ; je veux dire identiques fonctionnellement , car ils peuvent l’être morphologiquement. Et c’est là une première présomption qu’ils n’ont pas les germes de l’air pour origine.

Les organismes buccaux dont nous nous sommes servis , MM. Estor, Saintpierre et moi provenaient des matières

(1) Voir l’addition à la fin de cette Conférence.

Page 1