ACTIVITÉ SA CCH A RIMANTE DE LA PAROTIDE
glande d’adulte fluidifie l’empois dans quelques minutes, et le réactif cupropotassique se trouve réduit 24 heures après, directement, par la seule application de la chaleur. Au contraire la parotide du fœtus de 2 à 5 mois n’avait déterminé la liquéfaction complète que trois jours après, sans que le résultat de la réaction réduisît le même réactif (1).
Je ne peux pas m’empêcher de tirer les conclusions de ces faits au double point de vue de la doctrine des germes atmosphériques et de celle de l’altération spontanée.
À l’égard de la première, si les germes étaient la cause productrice des transformations observées, nous aurions dû obtenir les mêmes effets avec les tissus de tous les âges, car, sans doute, ils ne distinguent pas entre ce qui est vieux et ce qui est jeune en fait de matière organique. Donc, de même que l’air n’est pour rien dans la naissance des bactéries que ces tissus ou organes peuvent laisser apparaître, de même aussi il n’est pour rien dans les phénomènes chimiques qui se manifestent corrélativement. Vous devez aussi conclure de ces faits que les bactéries possèdent la même activité transformatrice que les microzymas des tissus dont elles sont issues.
A l’égard de la doctrine de l’altération spontanée, elle me semble ruinée par ces expériences comme par tout ce que je vous ai dit jusque-là. Je ne veux cependant pas quitter ce sujet sans faire quelques rapprochements qui, je l’espère, vous convaincront : une théorie nouvelle ne manifestant toute sa valeur que si, découvrant de nouveaux horizons, elle n’explique en même temps ce qui n’avait pas pu l’être auparavant.
M. J. Béchamp n’a eu garde de négliger de confirmer les résultats observés en les comparant à des questions connexes que Cl. Bernard avait étudiées.
C’est ainsi que l’illustre physiologiste avait fait voir que le foie du fœtus ne contient du sucre qu’à partir d’une certaine période de son développement. Ce n’est que vers le quatrième ou le cinquième mois de la vie intra-utérine (2)
(1) Voir pour les expériences développées , la Thèse de M. J. Béchamp, Sur les microzymas aux différents âges d’un même être.
(2) Cl. Bernard , Leçons de physiologie expérimentale , t. I, p. 81.
366 ACTIVITÉ SACCHAR1FIANTE DE LA PAROTIDE
que le glucose apparaît dans le foie du veau ou de l’homme. Or, dit M. J. Béchamp, c’est précisément vers la même époque que, chez ces êtres, le tissu du foie acquiert la propriété de liquéfier et de saccharifier l’empois (1). Et, remarquez-le, Cl. Bernard citait le fait de l’apparition du sucre dans le foie à une époque déterminée, pour faire comprendre que le sucre ne venait pas de la mère, mais était bien une fonction propre de la glande. « L’inaptitude des microzymas de très jeunes foetus à produire du glucose avec la fécule, explique pourquoi, ditM. J. Béchamp, Cl. Bernard n’a pas trouvé de glucose dans le foie de ces fœtus : c’est que ces microzymas ne sécrètent pas encore la zymase nécessaire. Or, le sucre du foie, d’après Cl. Bernard, provient de la saccharification de la matière glucogène, substance analogue ou identique à la fécule soluble. Si donc ces microzymas sont incapables de saccharifier la fécule, ils ne doivent pas davantage avoir d’action sur la matière glucogène. Or les foies hydrotomisés qui ne donnent plus la réaction du glucose, la produisent de nouveau après un certain temps : c’est que les cellules du foie hydrotomisé sécrètent ensuite la zymase nécessaire... Les foies de fœtus très jeunes, même s’ils contenaient de la matière glucogène, ne pourraient pas la saccharifier. Voilà donc un fait empiriquement constaté, dont la cause est parfaitement expliquée par la nouvelle théorie (2). »
Cl. Bernard avait noté l’activité de la salive parotidienne d’homme, et il n’a pas vu que le pouvoir saccharifiant de ce produit normal, pur, physiologiquement formé, tel qu’il est sécrété par la glande, est un fait absolument destructeur de la théorie de l’altération. Il avait trouvé, en outre, que l’infusion des glandes salivaires de l’homme transforme l’amidon en dextrine et en glucose avec une grande rapidité et qu’il n’en est pas de même des mêmes glandes du chien, etc. (3) Mais la force du préjugé, chez lui, était telle, qu’elle lui voilait la véritable interprétation du phénomène, et il pensait que « l’altérabilité plus grande du tissu de la glande chez
(1) J. Béchamp , Thèse, p. 106.
(2) Ibid., p. 107.
(3) Physiologie expérimentale , t. II , p. 165.