XII. Ovules de 32ram. — Comme XI
XIII. Ovules de 30 mm. — 11 y a quelques grosses cellules granuleuses; le champ est uniformément granuleux.
Voilà ce que l’on observe dans le vitellus ou ovule de l’œuf de poule pendant tout le temps qu’il est contenu dans la substance ou stroma de l’ovaire, ou qu’il est en communication avec cette substance par le moyen du pédoncule du calice, lequel représente ici la vésicule de Graaf de l’ovaire des mammifères. Vous remarquerez avec moi, en étudiant la suite de ces expériences, que pendant un certain temps,
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lorsque l’ovule n’a pas encore atteint 2 centimètres de diamètre, il est possible de découvrir des états de cet ovule où il n’y a que des granulations moléculaires et des globules graisseux ; puis d’autres états où il n’y a que des globules vitellins sans granulations moléculaires ; ce sont là les extrêmes. Lorsque les microzymas diminuent, les globules vitellins augmentent et réciproquement : c’est l’état moyen. Quelle est la signification de ces faits ? c’est là ce qu’il faut examiner à la lumière des expériences qui m’ont conduit à affirmer que les microzymas sont facteurs de cellules dans certaine^ circonstances favorables.
Et d’abord, pour expliquer la formation des globules vitellins, il faut absolument écarter les germes de l’air, car nous avons surpris la nature sur le fait dans des conditions où le plus fanatique partisan de ces germes n’oserait affirmer leur pénétration ; pénétration que certaines expériences dont je vous parlerai infirment absolument , même lorsque le vitellus n’est plus contenu dans sa vésicule.
Posons d’abord, comme fait d’évidence absolue, qu’il y a unp plus grande abondance de matière dans un vitellus de 30mm que dans un vitellus de lmm, et comme, dans les deux circonstances, une prise de la matière qu’il contient apparaît sous le microscope comme uniformément granuleuse, il faut conclure que les microzymas, ou, si vous voulez, les granulations moléculaires, ont augmenté proportionnellement. Or, dès le début, lorsque l’ovule a moins d’un millimètre de diamètre, il est souvent impossible d’y découvrir autre chose que des microzymas ; d’autre part, comme les vaisseaux qui alimentent l’ovaire, vaisseaux sanguins et lymphatiques, ne pénètrent pas dans l’ovule et ne dépassent pas la capsule qui forme la vésicule de Graaf, il est clair que rien de figuré ne pénètre à travers la membrane vitelline dans la cavité du vitellus ; il ne peut y pénétrer que ce qui est suffisamment osmotique ; les éléments histologiques ne peuvent donc se multiplier autrement que suivant le mécanisme que j’ai essayé de découvrir, en utilisant les matériaux de nutrition qui y pénètrent par endosmose. Les microzymas du jaune de l'œuf de la poule, je vous l’ai démontré, sont organisés ; .
MICROZYMAS VITELUNS
ils sont vivants ; ils contiennent plusieurs espèces de matières albuminoïdes, dont l’une est évidemment une zymase; leur composition élémentaire n’est pas identiquement la même dans l’ovule pris dans l’ovaire et dans le vitellus de l’œuf achevé ; pendant qu’ils se multiplient, ils agissent évidemment, pour se l’assimiler, sur la matière nutritive non organisée que l’endosmose leur amène. Mais où se fait cette multiplication ? ils ne se multiplient pas, tandis qu’ils sont libres, puisque dans des ovules de même dimension on peut trom ver, dans les uns, seulement des granulations isolées, dans d’autres, des globules vitellins tout seuls, sans granulations ambiantes; puis dans des cellules plus volumineuses, de nouveau, rien que des microzymas, et ensuite, rien que des globules, et ainsi de suite jusqu’à ce que le vitellus soit devenu relativement volumineux! Bref, l’expérience démontre qu’il y a formation et destruction alternative de globules vitellins. Puisque ces globules se forment et disparaissent ensuite, c’est sans doute qu’ils ne sont pas essentiels à l’évolution du futur embryon. Ils doivent pourtant avoir un but de finalité ! Quel est-il ?
C’est ici que la théorie de la formation des cellules par les microzymas trouve la première application au développement de l’organisme animal et aux organismes en général. Nous pouvons constater expérimentalement que l’ovule, à un moment donné de sa croissance, ne constitue qu’une masse uniformément granuleuse, l’image d’un blastème ou d’un protoplasma ; dans cette masse naissent des cellules. S’il n’y a rien d’organisé dans cette masse et que pourtant des cellules s’y forment, c’est qu’elles s’y produisent par génération spontanée : ce qui est le propre énoncé de M. Robin admis par M. Joly et par M. Onimus, ainsi que nous l’avons vu dans une des premières Conférences et au début de celle-ci. Mais nous savons que l’hypothèse de la génération spontanée est sans fondement : il n’y a pas de génération spontanée, car rien ne se fait de rien. La conclusion est forcée : ce sont les microzymas vivants du vitellus qui font les cellules, comme les microzymas de la Mère de vinaigre et de la levûre broyée, placés dans un milieu approprié, forment les cellules que nous avons vues.
GLOBULES VITELLINS ET
Mais quel est le but de cette formation des cellules ? Je vous l’ai expliqué tantôt, c’est pour placer les microzymas eux-mêmes dans un milieu qui ne varie pas. En* d’autres termes, les microzymas s’emprisonnent pour mûrir. En effet, il se fait dans ces cellules un travail considérable, rendu manifeste par les changements que nous y avons constatés. Elles sont d’abord petites et homogènes, sans noyaux ; puis elles grossissent, et un noyau y apparaît; ce noyau se divise et la cellule finit par en contenir plusieurs, et ces noyaux deviennent granuleux, puis toute la cellule le devient à son tour. Il peut se faire aussi que, les noyaux ayant grossi, la cellule se résorbe pour les mettre en liberté, et on peut voir, comme dans fig. 2, un de ces noyaux se divisant, une moitié étant déjà granuleuse et l’autre le devenant; enfin, toutes les cellules du vitellus ayant achevé leur carrière, elles se résorbent, et tout le vitellus ne contient plus que des microzymas et des globules huileux.
Et ce travail se conçoit si l’on considère que les microzymas vitellins sont d’espèce particulière. Vous vous souvenez que les microzymas des organismes adultes sont insolubles dans l’acide acétique et dans la potasse en solution au 1/10. Il n’en est pas de même des microzymas vitellins : lorsque, sous le microscope , on ajoute à une préparation de ces microzymas un peu d’acide acétique ou de potasse , ils disparaissent aussitôt et l’on ne voit plus, dans le champ devenu transparent, que les globules huileux de différentes dimensions. Sont-ils dissous, ou bien après le traitement par l’acide acétique sont-ils devenus assez transparents pour que leur pouvoir réfringent se confonde avec celui des matériaux solubles de la préparation ? C’est probablement la seconde hypothèse qui est la vraie, car les microzymas isolés et lavéà à l’éther ne se dissolvent ni dans l’acide acétique, ni dans la potasse étendue. Quoi qu’il en soit, ces faits expliquent comment ces microzymas ayant formé des cellules, celles-ci paraissent d’abord homogènes.
J’ai essayé, par plusieurs moyens, de découvrir la véritable constitution de ces cellules. Avant de vous en parler, laissez-moi vous dire ce que les auteurs en ont écrit.
Schwann les avait déjà étudiées ; il y avait observé des
multiplication des microzymas 497
granulations de grosseur diverse qu’il comparait aux globules du lait, mais il n’avaft certainement pas vu les microzymas. Il avait également remarqué qu’ils se disgrégaient dans l’eau, en sorte que leurs granulations devinssent libres. Il croyait à l’existence d’une membrane enveloppante retenant ces granulations, car les globules comprimés se déchiraient tout à coup d’un côté, tandis que les autres bords demeuraient lisses. Le même auteur n’a pas pu y trouver de noyau ni rien d’analogue, et Reichert n a pas été plus heureux. Mais ce dernier a admis que le noyau existait primitivement et qu’il ne disparaît qu’après la formation complète de la cellule (L).
Selon Schwann, les globules de la latebra ou cavité vitelline sont plus petits, ronds, clairs ; à la face interne de leur paroi, il a vu un globule plus petit, également sphérique, qui ressemble à un globule de graisse ; il a refusé de décider si le globule interne est un noyau ; mais Reichert lui attribue cette signification. Quoiqu’il en soit, Schwann a vu ces globules se détruire dans l’eau : ils crèvent avec une secousse qui se fait apercevoir dans le globule intérieur et plus foncé ; ces globules internes restent, ainsi qu’un peu de substance à grains très fins (2).
A l’époque où j’ai commencé à étudier les microzymas vitellins, je ne connaissais rien des travaux de Schwann sur le vitellus. Si mes observations sont exactes, elles doivent compléter et vérifier celles de cet éminent histologiste et expliquer ce qu’il n’a pu comprendre ou observer. C’est ainsi que l’existence du noyau, ses divisions, son passage à l’état granuleux sont nettement mis en évidence par l’étude de la formation et de la destruction des globules vitellins dans l’ovule pendant son accroissement. Mais à l’aide des expériences que j’ai instituées , j’ai noté d’autres particularités qui prouvent que les globules en question , même quand ils sont homogènes , c’est-à-dire paraissent d’une texture uniforme , sans granulations intérieures , ces granulations n’en existent pas moins, mais douées du même
(1) Henle, Traité d’anatomie générale ou histoire des tissus, traduit de l’allemand, par A. J. L. Jourdan, t. I, p. 1S8.
(2) Ibid., p. 159.
GLOBULES VITELLINS
pouvoir réfringent que le milieu dans lequel elles sont plongées , on ne les aperçoit pas.
L’un des moyens 'd’étude des globules vitellins consiste dans l’emploi du liquide de Muller (solulion de bichromate de potasse et de sulfate de soude dans l’eau). C’est ainsi que les globules vitellins homogènes des dessins concernant les ovules encore contenus dans le calice , deviennent la plupart granuleux quand on ajoute de ce liquide à la préparation; les noyaux qui ne se voyaient pas se voient alors s’il en existe; généralement les globules deviennent beaucoup plus gros, ils doublent quelquefois de volume, se rompent, et on voit les granulations s’en échapper comme un nuage.
Comme Schwann, j’ai trouvé que les cellules de la latebra, dans l’œuf achevé, sont sphériques et généralement plus petites que dans le reste du jaune ; mais dans les deux milieux elles sont, le plus souvent, de plusieurs dimensions et il y en a de très grosses. L’eau fait disparaître assez rapidement les unes et les autres; mais si l’on emploie comme liquide délayant le liquide de Muller, soit du contenu de la latebra, soit du jaune , les cellules deviennent bien plus apparentes, et l’on en voit alors que l’on n’apercevait pas auparavant; c’est que la masse qui les entoure devient par là plus transparente et les cellules plus distinctes, surtout si le contenu en devient granuleux. Malgré ce que je yiens de vous dire, il ne faudrait pourtant pas vous figurer que les cellules delà latebra soient différentes de celles du reste du vitellus ; ce sont évidemment les mêmes cellules qui s’accumulent dans le canal de la latebra, dans un milieu de constitution différente, puisque, comme je vous l’ai dit, sa matière se coagule bien plus tard que celle du reste du vitellus. Il ne faut pas non plus vous imaginer que dans le reste du jaune on trouve toujours de grosses cellules vitellines ; elles peuvent même y être de bien moindre dimension que celles-là, ou même ne s’y pas trouver du tout.
Les auteurs n’ont pas fait attention à tous ces faits ; ils ont cru à la constance des globules vitellins dans les deux milieux où ils les ont observés, tandis que c’est là évidem-
GLOBULES VITELLINS
ment un élément organisé transitoire. Une seule chose paraît constante , c’est que la Vdtebra contient toujours des globules vitellins jusqu’au moment où commencent les phénomènes de l’incubation qui donnent naissance à l’embryon (1). Je vous ai dit que Schwann et Reichert avaient vainement cherché le noyau des globules vitellins. C’est que ces auteurs n’ont sans doute étudié ces globules que dans l’œuf de la poule et non dans l’ovule. Dans le jaune de l’œuf on ne découvre, en effet, presque jamais de cellules à noyaux , ni dans la masse du vitellus , ni dans la latebra ; mais nous avons vu qu’on les observe constamment , à un moment donné dans l’ovule. Enfin, je n’ai jamais vu apparaître non plus ce noyau, par le moyen du Üquide de Muller, dans les globules vitellins arrivés à maturité dans l’œuf complet.
Il m’a semblé que le vitellus avec ses microzymas était un appareil admirablement disposé pour vérifier, directement, les conséquences qui découlaient des expériences sur la formation des cellules par les microzymas.
J’ai déjà parlé de l’impénétrabilité de la membrane vitelline aux germes extérieurs , voir aux bactéries et vibrions , et aussi de la difficulté avec laquelle les microzymas vitellins évoluent pour donner des bactéries. Avant de vous montrer ces mêmes microzymas comme facteurs de cellules, laissez-moi , comme dernière vérification de ce fait, vous rapporter encore une expérience du même genre qui vous montrera en même temps que dans certains milieux les globules vitellins peuvent être conservés intacts.
I. Le 5 août 1869, un ovule de poule de 32mm de diamètre, avec son calice, est mis dans une fiole munie de tubes appropriés et y est lavé dans un courant continu d’eau, pendant douze heures] Le lavage est achevé à l’eau distillée créosotée. Cette dernière eau étant enlevée, on fait arriver dans l’appareil une solution bouillie et créosotée de 20gr de sucre dans 1 0 0L‘ d’eau distillée. L’appareil étant clos, l’ovule est rompu par l’agitation. Il y a indice de dégagement gazeux quelques jours après. Le 17 août, les microzymas sont
(1) J ai examiné et découvert les globules vitellins dans la lalebra de plus de cent jaunes de l’œuf de poule à diverses périodes.
GLOBULES VITELLINS
superbes ; il y en a d’associés en 8 de chiffre ; ils sont sphériques les uns et les autres. Absolument pas de bactéries. Le 2S août, même état. Le 10 septembre, nous examinons ensemble, M. Estor et moi : nous ne voyons que les microzymas normaux et les globules vitellins intacts, ainsique les globules graisseux. La liqueur est acide. Filtré, et vingthuit heures après renouvelé l’examen : malgré le contact prolongé de l’air, pas de bactéries ; les globules vitellins sont intacts. La solution distillée fournit 2CC d’alcool etOs‘,25 d’acide acétique avec une trace d’acide butyrique.
IL Lé 2 octobre 1869 , en vue de répéter sur les microzymas des œufs l’expérience concernant la Mère de vinaigre, au point de vue de la formation des cellules , je prends deux œufs de tourterelle et je les traite par l’acide chlorhydrique étendu, de façon à en dissoudre la plus grande partie de la coquille; ils ont alors été lavés à grande eau, puis dans la fiole même avec de l’eau créosotée. On y a fait arriver alors une dissolution de 25sr de sucre de canne dans l’eau distillée créosotée , etc. La fiole étant munie de son tube abducteur, les œufs ont été rompus. Une goutte du mélange étant examinée microscopiquement, on n’y voit que de rares rnicrozymas. Le 5 octobre, constaté un dégagement de gaz ; le 7 octobre, le gaz dégagé est un mélange d’acide carbonique et d’hydrogène. Le 10 octobre, le gaz est formé du même mélange ; il y a des granulations moléculaires en foule ; il y a de belles bactéries et même le Bacterium capitatum ; il y existe aussi des chapelets de rnicrozymas. Le 20 février 1870 , il n’y a plus de bactéries, rien que des granulations moléculaires ou rnicrozymas très petits ou approchant du bacterium termo. Les globules vitellins ont résisté, ils sont grands et granuleux. A partir de ce momdnt, l’appareil a été abandonné à lui-même, l’air pouvant librement communiquer par le tube abducteur tourné en bas , jusqu’au 18 mai 1872, c’est-à-dire que l’expérience a duré trente et un mois. Au microscope il n’y a quedes rnicrozymas isolés et mobiles et des amas granuleux avec les globules vitellins conservés, mais abondants et évidemment grossis. La liqueur ambiante est acide ; elle ne coagule pas par la chaleur. Filtré et distillé, on trouve :
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