INDIVIDUALITÉ DK LA CELLULE
l’ovule , la cellule spermatique par exemple , ou les spermatozoïdes qui y naissent : nous reviendrons plus loin sur ces particularités.
La levûre de bière et d’autres analogues sont des organismes unicellulaires. Combien ils diffèrent des cellules des êtres supérieurs, végétaux ou animaux!
La levûre de bière est une cellule vivante qui, dans le milieu fermentescible capable de lui fournir tous les éléments de nutrition dont elle a besoin, peut en organiser d’autres qui, devenues indépendantes, à leur tour, deviennent mères d’une innombrable filiation. Cependant, morphologiquement, les cellules de levûre ne diffèrent pas essentiellement des cellules que l’on trouve dans des organismes plus compliqués. Et n’est-il pas digne d’attention qu’en se multipliant ainsi, elles conservent, avec la forme, la fonction delà cellule mère? Il y a des protozoaires qui sont dans le même cas : les auteurs spéciaux en ont décrit les divers modes de multiplication. Les organismes supérieurs contiennentdes cellules qui se peuvent reproduire suivant l’un ou l’autre de ces modes. Il y a donc des êtres organisés dont la structure est très simple et qui vivent sans vaisseaux et sans système nerveux.
Certains tissus des animaux , même des plus élevés en organisation, n’ont ni capillaires, ni nerfs et, sur de grandes étendues, ils n’ont pas de cellules; ces tissus sont en quelque sorte isolés dans l’organisme dont ils font partie et ne sont unis aux tissus voisins que par contiguité : ils sont vivants pourtant! quel est donc l’élément organisé capable de leur conserver la faculté de vivre?
Mais , toutes les cellules de l’organisme et chacune en particulier, dans chaque centre d’organisation , ont leur individualité, leur existence et leur fonctionnement distinct et propre; aucune ne communique directement ni avec les capillaires du système vasculaire , ni avec les nerfs. Bref , chacune a son autonomie : l’hématie dans le sang , la cellule hépatique dans le foie , la pancréatique dans le pancréas , la gastrique dans les glandes stomacales, etc., tout comme la levûre de bière dans le brassin du brasseur ou le microzyma et la bactérie dans le milieu qui peut les nourrir. Et
chacune de ces cellules, dans son centre ou dans le milieu approprié, vit, c’est-à-dire agit physiologiquement et chimiquement comme un appareil d'uns lequel les matériaux du milieu ambiant se transforment. Oui certes , la cellule est un élément important de l’organisation! Mais, encore une fois j c’est un organisme transitoire, qui ne remplit pas les conditions de l’élément organisé essentiel , autonome , ayant la vie en soi par destination primitive, que la philosophie recherche.
Je le répète, cet élément essentiel, c’est le microzyma.
Les microzymas représentent ces parties élémentaires ,
les trouver; ils sont ces éléments primordiaux qui, « dominés et retenus ensemble par une puissance soustraite à nos moyens d’investigation , s’arrangent et se développent conformément à un type. » Lorsque j’ai distingué le microzyma comme ferment figuré, je ne savais rien des œuvres de Henle, pas plus que je ne connaissais les molécules organiques de Buffon ou les granulations moléculaires des auteurs. Même après avoir fait des études médicales, pendant longtemps, je les ai considérés comme de vulgaires ferments, et avec M. Estor je les ai d’abord regardés comme les germes des bactéries; ce n’était qu’une partie de la vérité. Plus tard seulement j’ai compris la haute portée de leur rôle , leur signification physiologique et pathologique. Certes , siHenle, et Buffon avant lui , avaient connu leur structure , la loi de leur développement, leurs forces avec leurs propriétés physiques, chimiques et physiologiques, leur esprit philosophique ne les eût pas repoussés comme on repousse une chimère : oui, ils auraient admis qu’ils jouent un rôle prépondérant et primitif dans les manifestations vitales hygides et morbides.
Ayez confiance, et soyez assurés que plusieurs , M. Pasteur en tète , ne repoussent le microzyma que pour égarer l’opinion des indifférents et pour s’approprier ensuite les idées et les faits; déjà ils appellent les microzymas de noms divers ; ils en imposent ainsi à ceux qui ne remontent pas aux sources. Ce ue serait qu’un déni de justice s’ils n’y mêlaient de graves et redoutables erreurs. Malgré tout, ces tentatives
monades ou atomes
Henle cherchait sans
538 l'oeuf et le système cellulaire'
constituent une preuve de la réalité delà théorie. Oui, ayez confiance, la doctrine qui découle de la découverte des microzymas est la doctrine de l’avenir; que dis-je? elle est déjà la doctrine d’à présenti Essayons de le prouver.
Dans le cours de la dernière Conférence , nous avons vu que M. Milne Edwards admet expressément que dans le travail de la reproduction « la formation de l’individu nouveau n’est pas la conséquence de l’extension du tissu constitutif de l’individu souche; la matière plastique qui y donne naissance est produite par celui-ci, sans être mise en continuité de substance avec lui; le corps reproducteur consiste en une cellule ou vésicule membraneuse qui, tout en étant logée plus ou moins profondément dans la substance du tissu vivant de l’individu souche , en est isolée, de façon à avoir une individualité propre. »
Pénétrons plus profondément dans cette idée, que la cellule destinée à devenir l’œuf est une individualité déjà distincte de l’individu souche et qu’elle n’a d’autres facteurs que des microzymas ayant acquis l’aptitude nécessaire.
Et d’abord cette cellule est bien différente de toutes les autres cellules, par la façon dont elle devient capable de remplir sa fonction. Elle se constitue et se développe dans un organe spécial, qui, lui-même, se constitue lentement et que sa fonction spéciale a fait appeler l’ovaire ; lorsque cette cellule a parcouru toutes les 'phases de son développement, sans encombre, qu’elle est arrivée à maturité et a formé l’ovule , tout n’est pas fini ; il faut que celui-ci soit fécondé, c’est-à-dire qu’il faut le concours d’un autre organisme qui y apporte un contingent nouveau de matière organisée. En un mot, pour devenir l’œuf capable de reproduire un être semblable à ses parents, l’ovule a besoin de l’accord, du conseiisus de deux activités. Oui, l’œuf est une cellule, mais par ce tableau sommaire, vous voyez que l’on ne peut pas dire que cette cellule procède d’une autre cellule par continuité.
Les savants sont loin d’être d’accord quand il s’agit d’expliquer la formation de l’œuf. Rappelez-vous les assertions de deux savants considérables :
l’oeuf et le système protoplasmique oôj
« L’animal provient d’une cellule, » dit le système cellulaire par l’organe de M. Virchow.
Cet énoncé n’est pas exact; il faut dire : l’animal naît et se développe dans une cellule , mais après le concours des matériaux organisés qui se développent dans une cellule semblable, née loin d’elle, dans un autre individu;, bref, l’animal provient de deux cellules. Et c’est là une loi applicable à tous les êtres supérieurs.
« L’organisme humain , à son origine dans l’œuf, est un assemblage de corpuscules de protoplasma — Une masse de protoplasma avec un noyau : voilà en définitive , ce que nous pouvons appeler l’unité structurale du corps humain. » C’est le système protoplasmique qui parle ainsi par l’organe de M. Huxley; et cet énoncé n’est pas plus exact, car tout en reconnaissant que c’est dans le contenu de l’œuf que se développe le nouvel être , il ne tient pas compte de ce qu’il y a de réellement organisé, de structuré dans l’œuf, primitivement et après la fécondation.
L’hypothèse du protoplasma, aussi bien que celle du blastème , aboutissent à cette conséquence inéluctable , que tout dans l’organisme humain est le produit d’une génération spontanée.
Le système cellulaire croit y échapper quand il affirme que la cellule-œuf provient d’une autre cellule. Mais il ne nous apprend pas comment se fait cette procession. En fait, la cellule-œuf ne se multiplie pas; elle ne produit l’être qui en sort qu'en se détruisant ; elle n’est pas, comme la levûre de bière qui se multiplie sans s’anéantir, qui enfante une autre cellule semblable sans cesser d’être. Sans doute, M. Virchow fait très bien observer que « dans toute la série des êtres vivants il est une loi éternelle qui est celle du développement conlinu; que le développement ne peut pas discontinuer, une génération ne pouvant de soi-même commencer une série de développements nouveaux; que tous les tissus développés ne peuvent être ramenés qu’à la cellule elle-même. » Cela est très vrai en ce sens qu’une cellule ovarique produit la cellule-œuf, puis le nouvel être, et que celui-ci produit de nouveau la cellule ovarique ; mais quel hiatus entre cette cellule et celle dont elle provient; aussi
FORMATION DE L’oEUF ,
M. V irchow est-il obligé, pour sauver le système , de faire observer que « quand bien même on ne serait pas certain de la génération de certaines parties du corps , le principe n’en est pas moins démontré. » Or la cellule ovarique et la cellule spermatique sont de ces parties du corps dont la génération cellulaire n’est»pas prouvée. Voilà pourquoi l’hypothèse du protoplasma et celle du blastème sont comme la protestation contre la théorie cellulaire.
On ne peut donc pas affirmer que la cellule qui deviendra l’œuf soit un élément primordial; cette cellule est déjà un produit. Or, si cette cellule est un produit qui naît dans un protoplasma ou dans un blastème qui, dans l'hypothèse, ne sont constitués que par de la matière amorphe, c’est-à-dire purement chimique , c’est donc qu’elle est le fruit d’une génération spontanée. Sans remonter à la création, c’est-àdire à l’origine des choses et des êtres organisés, la théorie du microzvma est en état de démontrer que la cellule ovarique, tout en étant un produit, n’est pas le résultat d’une génération spontanée.
Considérons l’ovule déjà formé dans l’ovaire de la poule. Nous avons vu, dans la dernière Conférence, que les micro- , zymas vitellins se multiplient , mûrissent dans les globules vitellins, par une sorte d’incubation. Le vitellus, avant de devenir le siège des transformations qu’amène la fécondation et le développement embryonnaire , est donc un appareil où s’opère sans cesse une formation de cellules , puis leur fonte pour mettre les microzymas en liberté , etc. À un moment donné, l’ovule ne contient absolument que des granulations moléculaires. Si donc , dans l’ovule se produisait une cellule qui serait l’origine de l’ovule futur, cette cellule serait déjà, de même que toutes les cellules, le produit de l’activité de ces granulations moléculaires ou microzymas. Cette conclusion serait, assurément, légitime. Mais cette cellule n’existe pas dans l’ovule, même fécondé, nous l’avons^vu , puisque vingt-quatre heures après le commencement de l’incubation , on ne découvre que des granulations moléculaires dans la masse du vitellus et dans les tissus naissants du poulet.
Sans doute, les travaux des embryologistes modernes nous