FORMATION DE L’OVAIRE
également ovisacs , peuvent, en effet, être extrêmement nombreuses. M, Sappey a estimé leur nombre à plus de 300,000 chez des fœtus de cinq à six mois; à 600,000 chez des enfants de trois à quatre ans, et à 700,000 à dix-huit ans; Henle n’en a compté que 36,000 pour un ovaire d’une fille dedix-huit ans; quoi qu’il en soit, vous voyez que c’est par milliers qu’on les compte. On estime que l’ovule apparaît du cinquante-cinquième au quatre-vingtième jour de la vie de l’embryon.
Les auteurs sont partagés au sujet du mode de développement des ovisacs et des ovules. Le point qui paraît réunir le plus de suffrages , c’est que la vésicule de Graaf , au début, serait remplie d’un liquide granuleux au sein duquel apparaîtrait une vésicule sphérique munie d’un noyau (Bischoff). — Quoi qu’il en soit, c’est dans l’ovisac, c’està-dire dans un appareil nouveau, que se développe l’ovule. La paroi de cet appareil ou vésicule de Graaf est composée de cellules diverses et munie d’un réseau vasculaire abondant qui lui amène des matériaux de nutrition; mais, chose très digne d’attention, un très petit nombre de ces vésicules seulement acquièrent un certain développement chez la femme pubère, de quinze à vingt, d’après certains auteurs ; comme si un petit nombre seulement avaient acquis les qualités requises.
En résumé, téléologiquement , l’organisme, en se développant dans un milieu où n’existent que des microzymas , forme successivement le corps de Wolff, l’ovaire et les vésicules ovariennes. Dans ces vésicules, dans un petit nombre sur une grande multitude, au sein d’un liquide granuleux se développe l’ovule. Vous le voyez bien , tout cela est le contraire de ce que le système cellulaire annonçait, on ne voit jamais que l’ovule procède directement d’une autre cellule; au contraire, pour être fécond, l’ovule doit devenir l’œuf, et pour le devenir, il faut le concours d’un autre élément structuré qui naît toujours dans une autre cellule et, le plus souvent, cette autre cellule naît et se développe dans un autre individu de sexe différent, et, nous le verrons tout ù l’heure, en vertu du même mécanisme qui produit l’ovule.
THÉORIE DES BLASTÈMES
Küss, dans ses leçons, nous enseignait que l’essence de la vie cellulaire c’est, outre la rapide prolifération , la non moins rapide destruction ou la mort daus-rêtre vivant même, dont l’unité structurale subsiste malgré ces changementsincessants. Or, ne cessons de le rappeler, ce qui est transitoire, ce qui disparaît pour se reproduire, ne peut pas être Y unité vitale. Et puis, comment faire intervenir la théorie cellulaire dans la genèse de tissus où l’on n’a jamais vu de cellules : tels que la membrane vitelline , les lames élastiques antérieures et postérieures de la cornée, la capsule du cristallin.
La théorie cellulaire n’^yant pas tenu ses promesses , il faut chercher ailleurs Yunïté vitale , car il faut soigneusement conserver la notion philosophique qui est au fond de la conception de Küss, de Virchow, et auparavant, après Buffon , de Henle et de Oken. Mais auparavant il faut examiner avec soin les théories qui , aux yeux des histologistes et des physiologistes les plus autorisés, sont en possession d’expliquer la formation des cellules et des tissus.
Théorie des blastèmes. J’ai donné , dans la troisième Conférence page 130, la composition générale d’un blastème d’après M. Ch. Robin; je n’ai pas l’intention de vous dire quel parti ce savant et son Ecole ont tiré de cette conception ; mais il faut retenir qu’ils ont fourni en foule des arguments contre la théorie rivale de M. Virchow. Ce que je me propose , c’est de vous faire connaître la doctrine en suivant pas ù pas son éminent auteur.
Le mot de blastème (fïXdtcr t/juis, ^XauT^œv, germination, pousse) avait été employé en botanique pour désigner J’cmbryon végétal : ce qui peut germer. En anatomie générale, dit M. Robin, on appelle blastème ou cytoblastème , des espèces de substances amorphes , liquides ou demiliquides, soit épanchées entre les éléments anatomiques préexistants dans un tissu ou à sa surface, soit interposées entre des éléments qui naissent à leurs dépens au fur et à mesure de leur production au sein ou à la surface d'un tissu.
Telle est la définition ; l’auteur l’a développée comme ceci :
« Chez l’adulte, le blastème provient des vaisseaux du
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tissu où on le trouve; ehezEeinbryon encore sans vaisseaux, il est exsudé par les cellules embryonnaires , ou résulte de la liquéfaction de ces cellules. Chez les végétaux, il est exsudé par les cellules qu’il écarte les unes des autres là où l’on voit naître des bourgeons nouveaux, etc. Dans le blastème prennent oÿ, peuvent prendre oiaissance des éléments anatomiques , normaux ou morbides (granulations moléculaires, fibres, tubes, cellules, etc.). Ce que Ton nomme lymphe plastique est le type des blastèmes accidentels ou pathologiques.... Il y a autant d’espèces diverses de blastèmes (c’est-à-dire différents par leur composition immédiate), que de conditions dans lesquelles ils sont versés. »
Notez que le mot blastème signifie précisément que les éléments anatomiques naissent de cette matière comme d’un germe.
Ailleurs, M. Ch. Robin a dit encore : Les blastèmes « sont fournis d’une manière immédiate par la substance même des éléments anatomiques entre lesquels, ou à la surface desquels ils apparaissent, qui préexistent à leur production , mais non par le plasma sanguin. Les actes qui s’accomplissent au travers des parois des capillaires, ne conduisent qu’au don et à l’abandon endosmo-exosmotique de principes immédiats , sans modification de la composition de ceux-ci. Les principes immédiats qui constituent les blastèmes ont subi un degré d’ élaboration de plus, celui qu’ils éprouvent de la part des éléments préexistants qui les fournissent. »
Et le blastème , d’après l’éminent histologiste, est « une matière complètement homogène, amorphe, sans structure en un mot, qui pourra être reconnue comme substance orga- , nisèe , si elle a ce caractère : d’être constituée par des principes immédiats nombreux , unis molécule à molécule , par combinaison spéciale et dissolution réciproque. C’est là, il est vrai , ajoute-t-il , le caractère d’ordre organique le plus simple , le plus élémentaire ; mais il suffit pour que l’on puisse dire qu’il y a organisation , c’est assez pour que la substance puisse vivre. »
Je rapprocherai ces définitions et ces énoncés , pour les
THÉORIE DES BLASTÈMES
discuter, en vous parlant de la théorie du protoplasma. Quoi qu’il en soit , c’est dans cette ma ii£?ïriiomogène , sans structure, que les éléments anatomiques , cellules et autres, se forment. Voici comment s’exprime M. Ch. Robin :
« Dans ce mode (de naissance des éléments anatomiques), rien n’existant que des matériaux liquides, on voit ces matériaux se réunir presque subitement, molécule à molécule, les uns aux autres, en une substance solide ou demi-solide. Cette substance, dans le plus grand nombre des cas, offre une conformation déterminée dès qu’elle est visible , mais modifiable à mesure de l’arrivée de nouveaux matériaux. Rien de plus important et de. plus frappant que ce premier mode de naissance d’après lequel apparaissent la plupart des espèces d’éléments anatomiques des animaux. La genèse des éléments est caractérisée par ce fait que , sans dériver directement d’aucun des éléments qui les entourent, ils apparaissent de toutes pièces, par génération nouvelle, à l’aide et aux dépens du blastème fourni par ces derniers; blastème dont les matériaux se réunissent molécule à molécule et font ainsi apparaître un corps solide ou demi-solide, de forme, de volume et de structure déterminés. Ce sont, comme on voit, des éléments qui n’existaient. pas et qui apparaissent : c’est une génération nouvelle qui ne dérive d’aucune autre directement. Ces éléments nouveaux, pour naître, n’ont besoin de ceux qui les précèdent et les entourent au moment de leur apparition, que comme condition d'existence et de production du blastème qui fournit les matériaux ou principes à l’aide desquels ils sont engendrés. »
Ainsi « les éléments des tissus fondamentaux , muscles , derme, etc., naissent par formation de toutes pièces, sans passer par l’état de cellules ni se métamorphoser; qu’ils naissent dans le blastème résultant de la dissolution des cellules embryonnaires, ou dans celui que laissent exsuder [ vaisseaux. Ce mode deformation de toutes pièces, par [ substitution aux cellules embryonnaires, est propre au règne S animal. »
C’est la négation absolue de la théorie cellulaire. Il en est de môme de la théorie du protoplasma, dont je vais vous i entretenir.