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ACTION DE COUVER

connaissances s’arrête donc' à ce point: La fécondation est le résultat du mélange intime de substance organique fournie en proportion variable, d’une part par la femelle, d’autre part par le mâle, mélange qui, seul, peut nous expliquer l’hérédité des caractères de ressemblance, d’instinct, de tempérament, de maladies, de vices de conformation. »

Avez-vous jamais réfléchi â l’action de couver? La poule a pondu; elle devient couveuse. Examinez de près ce qui va se passer : Voyez quels soins elle prend, comme elle se gonfle et se hérisse pour que tous les œufs soient également réchauffés et entourés d’air ; comme elle retourne ces œufs avec son bec, pour que toutes leurs parties soient soumises à cette douce et égal* chaleur que son corps développe ; comme la pauvre bête se hâte de revenir lorsqu’elle a été prendre sa nourriture et comme elle ramasse toute la couvée sous son aile et ramène au centre ceux des œufs qui en sont trop écartés 1 Sait-elle ce qu’elle fait la poule? qui donc agit par elle? Elle fait sans le savoir ce que fait le physiologiste quand il fait éclore artificiellement des poulets. Celui-ci n’a-t-il pas soin de placer les œufs dans une atmosphère qui se renouvelle, à une température constante, qu’il n’obtient qu’avec peine, moins égale que la poule, et de façon que toutes leurs parties soient également chauffées?

L’action de couver est donc un travail et un art, et c’est merveille, n’est-ce pas? qu’un stupide oiseau sache si bien réunir les conditions de l’éclosion!

Et l’on veut que tout cela soit l’apanage d’un mélange plus ou moins complexe de principes immédiats divers ! Et les caractères de ressemblance, de tempérament, de sexe, d’instinct, etc, ; les vices de conformation , l’hérédité des maladies, et toutes les particularités propres à chaque individu d’une même espèce, etc., seraient empreints dans l’assemblage chimique de matière essentiellement minérale qui constitue la substance de l’œuf. Non, il faut quelque chose de plus que la disposition physico-chimiqiie, que les vertus de transformation, etc., pour que l’assemblage nécessaire de matière puisse s’organiser, c’est-à-dire acquérir Indisposition qui rend des substances aptes à vivre, à être animées.

MATIÈRE ORGANISÉE

J. Müllor, après bien d’autres, avait reconnu que «le sentiment, la nutrition , la procréation n’ont point d’analogue parmi les autres phénomènes physiques , et cependant les éléments des corps organiques sont les mômes que ceux qui entrent dans la composition des corps inorganiques , » et il ajoutait : « à la vérité, les corps organiques renferment , à titre de principes immédiats , des substances qui ne sont propres qu’à eux et que l’art du chimiste ne saurait produire, comme l’albumine, la fibrine, etc. ; mais tous ces corps sont réductibles en éléments des corps inorganiques. » Mais il importe peu que les principes immédiats dont on parle soient propres aux êtres organisés; peu importe même que l’art ne puisse pas tous les reproduire par synthèse totale ; ils ne sont pas moins minéraux essentiellement. Pour le chimiste, l’albumine, l’osséine, le cartilage, la glutammine, etc., ne sont que des amides ou des composés amidés pouvant jouer le rôle de base ou d’acide , etc. ; encore une fois, vivre, être animé, procréer, digérer, se nourrir, devenir malade, ne sont pas plus l’apanage de l’albumine , delà caséine, du sucre, ou de leur mélange, que du quartz, du granit, de l’amphibole , ou du phosphate de chaux. Ce qui peut être malade et procréer est aussi ce qui, dans certains êtres au moins, a du sentiment, des affections, de l’amour, de la haine, de l’instinct et de la raison. Jamais on ne parlera de ces tristes ou nobles attributs en parlant des principes immédiats, en quelque nombre qu’ils soient réunis.

Oui, la matière étant la même dans les corps organiques et dans les inorganiques , c’est ailleurs que dans les vertus de transformation et la disposition physico-cliimique qu’il faut chercher les causes des attributs de la matière dans les corps organisés.

La théorie cellulaire avait cru échapper aux difficultés que soulèvent la théorie du blastème et du protoplasma. Les cellules ont été, tour à tour, nommées éléments deformation, parties constitutives de la forme, éléments anatomiques ou figurés essentiels, dernières unités organiques. Mais nous avons vu qu’on s’était trompé, puisque la cellule non seulement n’est pas l’unité vitale, mais est un élément • anatomique transitoire.

ORGANISATION

Vous savez comment j’ai été peu à peu conduit à étudier l’être vivant dans sa simplicité la plus exquise, dans l’état où il est irréductible et possédant la vie en soi, se suffisant à lui-même , par lequel tous les tissus sont formés ‘aussi bien que les cellules et par qui ils sont vivants: le microzyma. C’est par la considération des propriétés de cet être , que nous nous ferons une idée nette de ce qu’est, dans son essence , Y organisation physiologique.

Le microzyma est organisé , structuré ; il est morphologiquement défini , pour parler comme Cl. Bernard; il est doué d’activités multiples : chimiques , physiologiques et histologiques. Dans la septième Conférence , p. 372, je vous ai fait connaître leur composition élémentaire. Comme lesmicrozymas de la craie, ils contiennent les quatre corps simples générateurs des principes immédiats appelés organiques ; je suis parvenu à démontrer que leur substance , même de ceux de la craie, est plus ou moins voisine des matières albuminoïdes. M. Ch. Robin, parlant des microzymas et des vues que j’avais émises concernant leurs fonctions, a dit que « ces vues resteront à l’état de suppositions pures tant que la nature chimique , la composition immédiate de ces granulations d’origines si diverses, restera ignorée (1). » Eh bien, voilà que la composition élémentaire du microzyma, dans l’œuf, dans le foie , dans le pancréas e3t plus ou moins voisine de celle de la levûre de bière et des substances albuminoïdes. L’analyse immédiate y a fait découvrir des corps gras et des matières minérales. Et l’analyse plus minutieuse des microzymas du jaune d’œuf de poule y a fait découvrir plusieurs matières albuminoïdes dont l’une est une zvmase; de cette recherche il est résulté en outre que les microzymas de l’ovule de poule, pris dans l’ovaire même , sont moins carbonés que ceux de l’œuf fécondé. Les microzymas végétaux ont sensiblement la même composition que ceux des animaux ; l’analyse de ceux des amandes y a trouvé cependant une bien moindre quantité de carbone et d’azote, et une quantité étrangement grande de matières minérales , contenant, comme pour la levûre de bière , beaucoup d’acide phosphorique.

(1) Ch. Robin, Traité du microscope, p. 928 (1871).

Bref, la composition des microzymas dans leur état physiologique admet près de 80 pour cent d’eau dans leur tissu.

,s sat]stont donc par leur composition à toutes les conditions de la vie.

MM. Nencki et Schaffer (1) ont cultivé les microzymas du pancréas dans de la gélatine demi-fine , c'est-à-dire impure et contenant des sels. Ils se sont multipliés et se sont partiellement transformés en bactéries. Les amas granuleux de microzymas multipliés , que les auteurs appellent zooglea , les bactéries adultes qu ils ont produites et les bactéries qui nageaient dans le liquide ambiant, ont été analysés. Les autcui s ont trouvé , cendres déduites, pour la matière dégiaissée , la composition suivante que je mets en regard de celle des microzymas pancréatiques et des microzvmas du foie et du jaune d’œuf, dans les mêmes conditions :

Zooglea

Zooglea avec bactéries développées .

Bactéries adultes

Bactéries traitées par acide chlorhyd.

Microzymas pancréatiques . . .

Microzymas hépatiques (mouton) .

Microzymas vitellins (poule). . .

Carbone. Hydrogène. Azote. Cendres.

Ces analyses sont significatives; surtout si l’on veut bien ne pas se laisser" distraire par les différences notables entre les dosages de l’azote et du carbone ; ces différences peuvent se rencontrer dans l’analyse de la totalité du même organisme : Ainsi pour la levûre de bière l’écart entre divers échantillons a été : pour le carbone de 4-9,6 à 50,6; pour l’hydrogène de 6,8 à 7,3 ; pour l’azote de 9,2 à 15 pour cent. Il ne faut jamais oublier qu’un être organisé est quelque chose qui varie sans cesse dans sa composition , sans pour cela cesser d’être identiquement le même individu. La levûre de bière peut très notablement changer, même dans sa composition immédiate, èt n’en pas moins transformer le sucre en alcool, acide carbonique , glycérine, acide acétique, etc. N’oubliez pas qu’un animal à jeun n’est pas comparable chimiquement au même animal en digestion, etc.

Voilà donc qu’une cellule, la levûre de bière, des micro-

(1) Bulletin de la Société chimique , t. XXXIV, p. 665 (1880).

ET l/ORGANISATION

zymas divers , des bactéries issues de ces raicrozymas sont composés des mêmes corps simples, contiennent des principes immédiats semblables , organiques et minéraux : sontils de la matière chimique simplement? Mais cette cellule, ces microzymas, ces bactéries sont capables de vivre, de se nourrir, et, dans certaines circonstances, de produire, les unes et les autres , avec le sucre , de l’alcool , de l’acide acétique ; ils possèdent par conséquent quelque chose de semblable dans une fonction commune : or, si l’on séparait les principes immédiats qui y existent et qu’on les réunît ensuite , ils ne formeraient plus cet alcool et cet acide acétique ! Ils ne sont donc pas de la matière chimique au sens propre du mot : il y a quelque chose de plus. Mais cette cellule, ces microzymas sont, outre la fonction semblable que je viens de signaler, doués de fonctions spéciales, chacun selon son espèce : la levûre de bière intervertit le sucre de canne , sur lequel les microzymas pancréatiques , les microzymas et les bactéries buccaux sont sans action ; d’un autre côté , la levûre de bière ne peut pas saccharifier la fécule que les microzymas pancréatiques saccharifient vivement. Si, dans le même organisme, nous considérons les microzymas de deux glandes qui concourent au même acte physiologique et chimique de la digestion , ceux du pancréas et ceux des glandes pepsiques, nous voyons que , tandis que ceux du pancréas saccharifient l’empois, les gastriques se bornent à le fluidifier; et à l’égard des matières albuminoïdes, leur activité se manifeste tout aussi différente. Les microzymas gastriques n’agissent sur elles qu’en présence de certains acides ; au contraire les pancréatiques n’y agissent bien que dans un milieu neutre. Je pourrais multiplier ces exemples : je préfère, pour abréger, vous renvoyer aux faits énumérés dans les précédentes Conférences.

Ces cellules, ces microzymas, il faut les considérer non plus du point de vue de leur composition chimique , mais comme le lieu, le laboratoire, l’appareil où, dans l’être organisé aussi bien qu’isolés de cet être, la matière organique s’élabore, se transforme, se détruit, selon les conditions où ils sont placés , soit par la nature , soit par le chimiste ou le physiologiste.

11 y a donc quelque chose de plus profond que la composition et que la structure même , non seulement dans un organisme constitué , mais dans ce qu’il y a de plus délié dans les éléments anatomiques , dans les cellules ellesmêmes, savoir : dans les microzymas qui en sont les facteurs. Ce quelque chose, c’est la fonction qui réside dans le détail et, comme résultante, dans l’ensemble. Or, puisqu’il est démontré que les microzymas , bien que morphologiquement identiques etde composition semblable, sont, ah ovo, de fonction variée dans les différents centres d’organisation *' du même être, végétal ou animal, microphyte ou microzoaire, tissu ou élément de tissu, vous voyez qu’il y a quelque chose au delà de la forme et de la matière ! C’est dans cet ensemble que consiste la notion de substance organisée. La cause inconnue, manifestée par ses effets, qui fait l’activité du microzyma, est contenue dans le tout structuré et non dans tel ou tel principe immédiat qui en fait partie constituante : c’est une propriété surajoutée à la matière qui le compose et qui ne résulte pas des éléments qui ont servi à former ses principes immédiats, car rien ne prouve que ce que l’on appelle force organique, force vitale , est inhérente de toute éternité à la matière des corps simples! Ah! je sais bien que l’on prétend le contraire. Et à cette occasion laisses-moi vous donner une idée du genre de preuves que l’on ose invoquer. C'est un physicien distingué , de beaucoup d’imagination, qui a des idées arrêtées sur la cause de nos maladies, qui va parler. Dans des Conférences sur la Matière et la Force, il a parlé comme ceci :

« Ce liquide que vous voyez transparent comme de l’eau 1 1<1 est une solution de nitrate d’argent.... Vous voyez sur l’écran il l’image du bocal qui contient le liquide et celle des deux fils-ffl qui y plongent. Je ferme le circuit, et le courant électrique 1 de la pile le parcourt immédiatement. Vous voyez naître et I se développer, à partir de l’un des fds , un arbre d’argent I magnifique. Les branches se ramifient et les rameaux se j couvrent de feuillage. Cet arbre métallique a fait foute sa |l croissance au bout d’une minute , et il semble aussi parfail a dans ses détails que peut l’être un véritable végétal (l). » |l (1) La Matière et la Force. Résumé d’uue leçon faite à Dundee , pai jd

ET L’ORGANISATION

Jusque-là il n’y a pas grand’chose à critiquer, bien que l’imagination ait obligé M. Tyndall à se servir d’un langage où les images sont un peu forcées. Mais où le but est dépassé c’est dans ce qu’il a ajouté aussitôt après. « Ces expériences, a-t-il dit, démontrent que les éléments de matière de notre terre , même ceux qu’on appelle la matière brute, lorsqu’ils peuvent obéir librement aux forces dont ils sont doués, se groupent sous l’influence de ces forces de manière à prendre des configurations qui rivalisent en beauté avec celles du monde végétal. Et le monde végétal lui-même , qu’est-il autre chose que le résultat des actions complexes de pareilles forces moléculaires? Ici, coqime partout dans la nature, si la matière se meut, c’est qu’une force la met en mouvement, et s’il se produit une structure , c’est par le mode d’action des forces que possèdent les atomes et les molécules dont les arrangements composent la structure (1). » Tout cela a pu être admis comme démontré, par les trois mille ouvriers devant qui le professeur parlait : mais un médecin instruit aurait été plus exigeant. Non , il n’y a pas dans la matière une force ou des forces qui la portent naturellement à se façonner en un véritable arbre : ù cet égard, c’est là pure logomachie.

Mais je reviens à.ma thèse et je la résume en y ajoutant quelques développements.

Au double point de vue physiologique et chimique , un organisme vivant est, dans toute la force du terme, un appareil qui a des fonctions chimiques et physiologiques déterminées. Oui, un organisme vivant est un appareil, non pas de la matière vivante. 11 n’y a aucun rapport , de n’importe quel ordre , entre un composé chimique quelconque , même organique (composé du carbone), ou un mélange quelconque de ces composés et un appareil organisé vivant. Il n’y a même aucun rapport entre la nature de la matière qui les constitue et les fonctions qu’ils remplissent.

Je vais essayer de faire comprendre cela.

M. Tyndall, professeur à Royal-Institution, en présence de trois mille ouvriers. Traduit par M. l’abbé Moigno, p. 15.

(1) Ibid., p. 16.

De même que les matériaux, métalliques ou autres, qui entrent dans la construction d’une montre ou d’une machine quelconque , ne sont cette montre ou cette machine ; de même, la matière qui sert à l’édification des organes et des éléments d’organes d’un végétal ou d’un animal , n’est cet animal ou ce végétal.

La montre , abstraction faite de la nature de la matière qui s’y trouve, est toute dans les roues, le cadran, les aiguilles , le ressort qui les fait mouvoir et la loi qui lui a été imposée par la volonté de celui qui en a conçu le plan et l’a exécuté. Avec les mêmes matériaux l’homme peut faire toutes les machines que son génie est capable d’inventer, et dans chacune leur substance obéira à la loi delà machine. Et pour qu’une montre marche , encore faut-il que quelqu'un tende le ressort.

Il n’en est pas autrement d’un être vivant : la nature des matériaux qui s’y trouvent n’y est presque pour rien. Vous le savez , un très petit nombre de corps simples est nécessaire et suffisant pour constituer le monde vivant. Avec ce petit nombre ont été formés les plantes (plus de cent mille espèces), tous les animaux (plus de cent quatre-vingt-dix mille espèces) et la foule des infusoires. Je fais abstraction des infusoires non ciliés, et je remarque que tous ces êtres commencent leur existence dans un ovule microscopique ; et la structure de cet ovule, à l’origine, dans tous, est merveilleusement semblable. Cependant, je vous l’ai dit, d’après M. Courty, après une succession de changements toujours les mêmes , chaque espèce d’œuf ne produit jamais rien qui diffère essentiellement de ses parents, lorsque les conditions déterminées pour chacun sont réalisées ; car sans ces conditions l’œuf aurait été formé en pure perte. Et ce n’est pas tout. Considérez que de ces œufs , qui étaient primitivement des ovules microscopiques, sortiront, de celui-ci un éléphant; de cet autre une souris; de celui-ci une autruche; de cet autre un colibri ; de cet autre un chêne gigantesque; de cet autre une modeste violette! C’est que « la vie, dit Agassiz, suppose l’introduction, dans la structure de tout être organisé, d’un élément quantitatif aussi rigoureusement fixé , aussi exactement pondéré que n’importe quelle

ET L’ORGANISATION

autre condition se rattachant surtout à la qualité des organes ou de leurs parties. »

Je n’ai qu’une remarque à faire sur cette pensée d’Àgassiz : ce n’est pas la vie qui suppose l’introduction de l’élément quantitatif, mais le plan de l’être qui doit sortir de l’œuf : c’est là ce qui fait que la taille même de chaque espèce est bornée entre des limites si étroites.

Mon intention n’est pas de disserter sur la force vitale , c’est-à-dire sur la question de savoir si la vie est une force spéciale, «autonome et jamais réductible aux forces physicochimiques qui préexiste aux organes et leur donne des

propriétés qui ne sont pas celles de la matière brute , mais bien des propriétés spéciales' aux êtres vivants et qui sont prêtées à la matière organisée pour un temps déterminé que les conditions de milieu prolongent ou raccourcissent (1). » Ce sont là des problèmes insolubles. Laissez-moi reproduire ici ce que j’en ai dit ailleurs.

« Au point de vue chimique et physiologique , un végétal, un animal, l’homme lui-même, sont des appareils qui ont en eux-mêmes le germe de leur reproduction spécifique et dans lesquels la matière organique (chimiquement définie), par un phénomène appelé de nutrition, selon les lois de la chimie et de l’histologie , se forme par synthèse et s’organise ou se détruit, se désorganise par analyse. Dieu, en construisant ces appareils , ces machines , comme disait Bossuet, les a doués de propriétés et de fonctions spéciales, chacun selon son espèce. Ces propriétés ont la matière pour support, dans l’élément organisé, structuré , mais sont indépendants de la matière , comme nous l’allons voir. En vérité , il n’y a pas de motif de créer sans nécessité une force spéciale ; ou bien, si onia suppose, il en faut admettre d’autant de sortes , autant de vies, qu’il y a d’espèces animales et végétales, voire d’infusoires, chaque espèce, chaque individu même, ayant une manière de vivre et d’être, une fonction, qui n’appartient qu’à lui. Dans les végétaux, outre la loi de spécificité qui a été imposée à chacun d’eux, il n’y a que la fonction de nutrition: et chimiquement, en tant qu’appareils de synthèse , ils sont des appareils de

(1) M. Fonssagrives.

réduction dans lesquels l’acide carbonique , l’eau , l’ammoniaque sont transformés en matière organique qu’ils organisent ; bref les végétaux sont ininéralivores. Dans les animaux, outre la loi de spécificité voulue , il y a de même la fonction de nutrition, et chimiquement , en tant qu’appareils d’analyse, ils sont des appareils d’oxydation dans lesquels la matière organique redevient minérale. Mais dans les animaux il y a les fonctions de relation , d’affection ; la volonté, l’amour, la haine, et de plus, dans l’homme , la faculté de connaître et d’aimer son Créateur! Non, tout ce merveilleux ensemble n’est pas issu d’un peu de carbone, d’hydrogène, d’oxygène, d’azote , et d’un peu de matière métallique ou métalloïdique associés sous la forme de principes immédiats plus ou moins nombreux. Le dire , c’est émettre une gratuite assertion.

Le vrai , qui découle de tout ce que je viens de vous dire, le voici :

Ce que l’on appelle protoplasma, blastème, dans l’œuf, dans la graine, dans une cellule, recèle la vie dans quelque chose d’organisé , do figuré , d’actif et do capable de se multiplier par nutrition comme tout ce qui est vivant, qui est le microzyma, l’être vivant per se. Et c’est cette présence démontrée, constante , nécessaire , du microzyma qui écarte toute hypothèse concernant l’origine de l’organisation. Ce sont les microzymas , qui y existent par myriades, qui , les conditions étant remplies , le moment venu , car la durée est un facteur nécessaire , produiront dans l’œuf, dans la graine fécondés, dans le bourgeon, etc., les éléments anatomiques , les cellules, certains tissus sans cellules, et de proche en proche toute l’organisation et tout l’organisme, selon l’idée, le plan qui a présidé à sa construction , et la loi qui lui a été imposée et qui domine dans l’œuf , dans la graine , dans le bourgeon , chacun selon son espèce. Oui, ce sont les microzymas , qui sont avant la cellule, qui persistent et vivent après la destruction de la cellule, comme de tout organisme, qui se trouvent nécessairement dans tout milieu qui est capable de produire une cellule , qui empêchent de dire avec vérité que le protoplasma, que la matière en général , en tant que composé ou

ET L’ORGANISATION

mélange chimique, est vivant. C’est leur présence comme facteurs de cellules et de tissus, c’est la notion qu’ils .sont structurés, qui nous fait comprendre pourquoi et comment telle graine, tel œuf, sont déjà virtuellement telle espèce végétale ou animale. Encore une fois, la nature de la matière y est pour bien peu de chose, si ce n’est comme condition de nutrition , par exemple dans les œufs d’oiseau et dans les œufs de mammifères et autres où l’on dit que le protoplasma se trouve répandu avec la matière nutritive dans toute la masse du vitellus; c’est ce que je veux rendre saisissable par deux ou trois exemples.

Considérez, je vous prie, les graines des plantes dioïques. Ces graines ont été formées sur le même pied femelle, de la même matière , dans la même matière ; ces graines , pourtant, étant semées dans le même sol , produiront les unes des pieds mâles , les autres des pieds femelles. Voici une plante monoïque : le même pied produira sur la même tige des fleurs mâles et des fleurs femelles : les unes produiront le pollen fécondant, les autres l’ovule à féconder. Et la merveille est encore plus grande lorsque l’organe mâle et l’organe femelle naissent dans la même fleur, puisant leur matière non seulement à la même source , mais dans le même lieu. Et des faits de même ordre existent également dans le règne animal, les limaçons hermaphrodites par exemple, les tœnias , etc.

Mais la notion de structure et la diversification des fonctions des microzymas expliquent bien d’autres particularités.

M. Van Tieghem a mis la morphine au nombre des principes immédiats de son protoplasma, ainsi que la quinine et d’autres alcaloïdes. Voici par exemple ce qui se passe dans le pavot qui produit l’opium. Lorsque la capsule du Papaver album , le pavot somnifère de Linné, est proche de sa maturité , si l’on y fait des incisions obliques superficielles qui intéressent l’épiderme sans pénétrer profondément, il s’en écoule un suc, qui, épaissi, n’est autre chose que l’opium, lequel , outre la morphine, contient plusieurs autres alcaloïdes qui sont aussi d’héroïques médicaments et de redoutables poisons. A l’intérieur de la capsule les trophospermes portent un nombre considérable de graines, jus-

qu à trente-deux mille, d’après Guibourt, qui ne contiennent aucun principe narcotique ; elles élaborent au contraire une huile douce et des matériaux nutritifs abondants, si bien que dans beaucoup de pays la graine de pavot blanc entre dans 1 alimentation de l'homme. Ainsi le protoplasma qui doit, dans cette graine, reproduire le pavot blanc ne contient pas de morphine.

La matière est même pour si peu de chose dans la fonction d’un organisme, que le chimiste peut changer cette fonction en le mettant dans d’autres situations quant au milieu. Telle plante qui , cultivée dans certaines conditions, est vénéneuse, devient alimentaire dans d’autres. La vesce commune, étant semée dans une cave sombre, produira en grande quantité l’asparagine de l’asperge; elle n’en produit pas dans les cultures ordinaires.

Encore une fois, il y a dans les êtres organisés quelque chose de plus que la matière, quelque chose de plus profond même que la forme et la structure : c’est la fonction physiologique et chimique, voulue, qui lui a été imposée. Et cela ne dérive pas de la cellule qui est transitoire, mais primitivement des propriétés qui ont été dévolues aux microzymas, lesquels, nous l’avons amplement constaté, sont non seulement doués d’activité chimique et physiologique personnelles, mais facteurs des cellules et des tissus. Or, un microzyma dérive d’un autre microzyma. Les microzymas sont donc le commencement de tout organisme; ils en sont aussi la fin. Lorsque, après la mort, tout a disparu d’un organisme , la forme avec la vie , les microzymas demeurent : ils ne périssent pas , mais restent doués d’activité chimique, et même physiologique, puisqu’ils sont des ferments et qu’ils sont capables de produire les vibrioniens, chacun selon son espèce ; et cesvibrions, bactéries, bactéridies sont des agents vivants qui, avec eux, servent, en dernière analyse , dans des conditions nouvelles , à ramener toute matière organique à l’état minéral.

Ainsi, les faits obligent de repousser bien loin les systèmes reçus. Laissez-moi , en peu de mots , résumer les motifs qui obligent de les abandonner.

1° La conception du protoplasma: mélange, solution,

ET INORGANISATION

liquide plus ou moins complexe de principes immédiats divers; substance sans forme, sans structure, par conséquent sans organisation ; le substratum constant et nécessaire de tout être vivant , ne satisfait pas la raison , car il oblige d’admettre que ce qu’il y a de réellement agissant dans cet être, ce qui attire, absorbe, digère, assimile, désassimile, évolue , se reproduit, n’est formé que de matière chimique : carbone , hydrogène, oxygène, azote, silice , potasse, soude, chaux, etc., c’est-à-dire de matière dans laquelle nous ne pouvons voir que l’inertie. Bref, cette conception est le triomphe le plus complet de la génération spontanée.

2° La conception du blastème est tout aussi dépourvue de réalité. J’ajoute que dans la composition du blastème comme dans celle du protoplasma , on fait figurer des composés tels que l’urée, l’acide hippurique, la leucine , la tyrosine, la xanthine, la glutammine , la quinine, la morphine, la strychnine , l’acide lactique, l’acide tartrique , l’acide urique, etc., avec l’acide carbonique, l’azote, l’oxygène. Or, ces composés et une foule d’autres semblables sont, dans les animaux et dans les végétaux, des produits évidents de désassimilation, c’est-à-dire des produits de destruction de la matière constitutive des cellules, ou des tissus, ou des liquides ambiants où sont plongés les cellules et les microzymas ; ils peuvent bien rester momentanément dans l’organisme pour y remplir une condition de milieu , mais ils ne sont pas vivants, ni organisables ; leur accumulation deviendrait bientôt nuisible, etl’organisme, la cellule, se hâtent de les expulser, afin de maintenir constante la composition du milieu.

3° Le système cellulaire , tel qu’il a été conçu par Küss et adopté par Virchow , satisfait le philosophe , car il donne pour siège à l’activité vivante une forme structurée ayant la vie en soi et pouvant la transmettre. Mais la cellule n’est pas un tout organisé immanent; toute cellule est transitoire, et toute cellule ne procède pas nécessairement d’une autre cellule. C’est l’impossibilité de démontrer cette procession dans tous les cas, qui a enfanté les systèmes protoplasmique et blastématique. La formation de l’ovule a été la pierre d’achoppement du système. Certainement l’ovule a la cons-

titution d’une cellule, en ce sens qu’il y a là un contenant et un contenu ; mais cette cellule s’est constituée peu à peu, n’est arrivée à la capacité de remplir sa fonction qu’après un très long temps; pour la faire apparaître, il a fallu que se constituât d’abord un appareil qui devait produire la glande, l’ovaire, dans lequel elle devait naître. Mais la cellule-ovule est une cellule incomplète, ne servant à rien et ne vivant que pour mourir. Pour la compléter, il fallait que dans un autre organisme, ou du moins dans un autre organe , un développement parallèle amenât la constitution d’une série d’appareils où devait naître l’organisme spécial destiné à pénétrer dans l'ovule, pour compléter l’organisation qui en doit faire l’œuf ; et l’ovule fécondé , devenu l’œuf, est alors apte à se développer d’une façon admirable. N’y a-t-il pas là un art infini ? Admirez tout cet assemblage de moyens choisis tout exprès pour parvenir à une fin précise ! N’y a-t-il pas là un ordre, un arrangement, une industrie, uu dessein poursuivis dans le temps et atteints, pour l’homme , seulement au bout d’nn grand nombre d’années ? Non , le système cellulaire ne rend pas compte de cette genèse ; mais s’il n’en rend pas compte , au moins il n’invoque pas la génération spontanée que le système protoplasmique admet tacitement, tout comme le système blastématique , sans le dire ou en essayant de le démontrer.

4° Il faut reconnaître que le système cellulaire et celui des blastèmes reposent sur des catégories de faits très exactement observés, et M. J. Grasset, dans son étude « des phénomènes histologiques de l’inflammation , » s’exprime à leur sujet dans les termes suivants, qui sont l’expression rigoureuse de la vérité :

« Des deux théories l’une dit : tous les phénomènes de l’inflammation, comme tous les développements histologiques, s’expliquent par la prolifération d’éléments anatomiques préexistants; et l’autre dit : tous les phénomènes de l’inflammation , comme tous les développements histologiques en général , s’expliquent par l’organisation spontanée d’un blastème.

» Ges deux théories ainsi rapprochées se réfutent mutuellement, car elles citent l’une etl’autre des faits concluants.

ET L’ORGANISATION

La théorie cellulaire cite des faits évidents de production des phénomènes inflammatoires par prolifération : la théorie des blastèmes est donc fausse. D’autre part , la théorie des blastèmes cite des faits non moins évidents d’organisation d’un blastème : la théorie cellulaire est donc fausse.

» Donc, en résumé, ni la théorie cellulaire, ni la théorie des blastèmes ne peuvent être acceptées.

» Et l’on ne peut pas dire : j’adopte à la fois les deux théories , ce n’est pas possible. Les deux théories sont inconciliables; elles ne peuvent pas être vraies toutes les deux; car on ne peut pas dire à la fois : tout vient d’une cellule par prolifération ; et tout vient d’un blastème par organisation.

» On peut et on doit accepter les faits posés par les deux théories ; mais on doit rejeter les théories elles-mêmes parce qu’aucune des deux n’explique la totalité des phénomènes obseryés.

» On ne peut pas être éclectique pour la génération spontanée. La question du blastème s’en rapproche énormément. On ne peut pas admettre à la fois , avec les uns , qu’un blastème s’organise toujours spontanément et, avec les autres, qu’un blastème ne s’organise jamais spontanément. Et cependant , les faits sont là, implacables de partetd’autre, signés de noms illustres de part et d’autre. »

5° On surprendrait beaucoup certains auteurs en disant qu’ils sont spontéparistes parce qu’ils invoquent le protoplasma pour expliquer la génération de tous les êtres dans le passé , la génération des cellules et des tissus dans les êtres actuels.

Les uns disent : « le protoplasma est le point de départ, l’être actif dans toutes les manifestations de la vie; ils admettent que les sarcodaires primordiaux ont été l’origine des êtres actuellement existants (1). » C’est la thèse des évolutionnistes et des transformistes.

Les autres admettent « un protoplasma primordial, uniforme , instable , éminemment plastique , où le pouvoir créateur a tracé d’abord les grandes lignes de l’organisation, puis les lignes secondaires, et, descendant graduellement

(1) Cauvet, Thèses de Montpellier , 1871.

du général au particulier, toutes les formes actuellement existantes, qui sont nos espèces, nos races et nos variétés (1). »

Mais il ne suffit pas d’affirmer que le protoplasma, que quelques-uns font synonyme de blastème, est éminemment plastique (de 7 -Xacdeiv, former), c’est-à-dire formateur, animé d’une force organo-plastique ou évolutive, pour n’être pas réputé spontépariste ; car cette force évolutive n’est autre que la faculté genésique que M. Joly plaçait dans sa matière organique ambiante, et que Needham invoquait déjà.

J’ai assez développé l’idée que les microzymas sont la forme organisée, structurée, ce qu’il y a de vivant per se, dans tout être organisé, pour n’avoir plus besoin de répéter et de prouver qu’il n’y a pas de matière, au sens chimique, qui puisse être réputée vivante.

« La mise en scène de ce nouvel élément fait plus que reprendre à l’hétérogénie la somme des faits portés jusqu’alors à son actif pour les rattacher à la loi commune de la biogenèse : elle rétablit, en outre, cette vérité si longtemps considérée comme absolue et qui n’a point cessé de l’être, à savoir que le caractère statique et fondamental de ce qu’on a appelé la matière vivante n’est pas dans la composition chimique, mais bien dans l’arrangement hétérogène des matériaux, dans l’édification, en un mot, dans la structure. Il n’v a donc pas de matière vivante, il n’y a que des organismes vivants, et c’est dans ces appareils et non dans leur véhicule organique, milieu complexe de matériaux alibiles et désassimilés, qu’il convient de voir l’élément caractéristique, essentiellement vivant et actif du protoplasma ; là, et non ailleurs, est le siège réel de ses propriétés évolutives (2). »

Oui, c’est le microzyma qui empêche de pouvoir soutenir qu’un être naît spontanément dans le blastème ou le protoplasma. A l’origine de tout être, de toute cellule, avant tout développement d’un organisme vivant, il y a le microzyma ;

(1) Naudin , La question de l'espèce et les évolutionnistes ; l’abbé Boulay. Bulletin de la Société botanique de France, t. XXII, p. 104.

(2) Le Protoplasma incolore et la synthèse organique , par M. le professeur Baltus. Paris, librairie J. -B. Baillère et fils. 1880.

ET L’ORGANISATION

toute vie, tout végétal, tout animal est réductible au microzyma. Par quelle merveille un certain nombre de microzymas reproduisent-ils la cellule femelle ou ovule, et la cellule mâle, de Funion desquelles se forme bœuf d’où sortira un être nouveau, l’homme lui-même? Certainement, c’est une merveille ; et que de soins, que de conditions doivent être réalisées avant que l’ovule nouveau devienne apte à être fécondé et, devenu œuf, reproduise l’un des géniteurs !

Et le merveilleux est plus grand encore, s’il est possible, quand on considère la petitesse exquise du microzyma. Il y en a dont le diamètre est certainement moindre que 0mra0005 (1), un demi-millième de millimètre. J’ai eu l’occasion d’en apercevoir nettement dont la mesure était absolument impossible, même avec les meilleurs objectifs à immersion de Nachet ou de Verick. Il faut convenir qu’ils sont excusables, les savants qui nient ou qui ont nié le fait de l’organisation dans les microzymas et leur vitalité. Ils sont pourtant vivants d’une vie propre, et les êtres plus compliqués, réduits à l’état de cellule comme la levûre de bière, ou d’une organisation aussi achevée que celle de l’homme,, ne sont vivants, au sens chimique et physiologique, que grâce aux microzymas qui les ont formés. Mais, après avoir

(1) Nous ne nous faisons pas aisément une idée de cet ordre de grandeur; pour pouvoir vous la figurer, considérons un microzyma de 0mm,0005 de diamètre; sa forme apparente est celle d’une sphère- Le volume de cette sphère est donné par l’expression numérique :

1 „ lï (5) 3 mm!

et par suite dans un millimètre cube il peut entrer :

savoir plus de 15 milliards de ces microzymas. Et en admettant que leur densité soit celle de l’eau, ce qui est sensiblement vrai, un microzyma pèse :

mllllgr.

Et notez que cette quantité de matière contenant 80 pour cent d’eau et des matières minérales, il en résulte que la quantité de matière organique, contenue dans un de ces microzymas, est moindre que le cinquième de cette quantité.

été si vivement contestés, ils commencent à faire leur chemin dans le monde : les uns demandent s’ils sont animaux ou végétaux ; les autres les accusent même de beaucoup do méfaits. Dans la prochaine Conférence, je vous entretiendrai de ces questions, et je les vengerai de ce dont on les accuse.

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