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Mais le rôle joué par la créosote , substance douée d’une si faible activité chimique et connue comme agent antiseptique, est extrêmement remarquable : elle a empêché à la fois l'interversion et la naissance des moisissures. Il était nécessaire de bien déterminer qu’il n’y avait eu là rien d’accidentel et que la créosote était vraiment un agent capable de tarir la fécondité de la cause productrice des organismes microscopiques, infusoires et autres. Le 27 mars 1857, j’instituais une autre série d’essais, dans les conditions suivantes. D’une part, j’ai préparé plusieurs solutions sucrées en observant les règles anciennes de la méthode antihétérogéniste, c’est-à-dire que je me servais d’eau bouillie et refroidie de façon que l’air n’y rentrât qu’après avoir traversé des tubes à acide sulfurique. Cette eau servit à dissoudre rapidement le sucre, et de la solution soigneusement filtrée on remplit complètement, sans y laisser d’air, plusieurs flacons. Une autre partie de la solution était additionnée de créosote et mise dans d’autres flacons au contact d’un volume notable d’air ordinaire , sans autres soins que les soins de propreté. Un de ces flacons contenait, en outre, de l’acide arsénieux. Un flacon de la solution non créosotée et un de celle qui l’était, étaient désignés comme ne devant pas être ouverts pendant toute la durée de l’expérience , qui a été de huit mois. Le tableau IV résume les observations.
Les conséquences qui découlent de la lecture de ce tableau sont importantes et également très instructives :
En premier lieu : l’eau sucrée du flacon qui n’a pas été ouvert pendant les huit mois de l’observation , bien qu’il s’agisse du climat de Montpellier et de la température des mois de juin, juillet, août et septembre, n’a subi aucune variation. Pourtant rien ne pouvait empêcher l’action de l’eau, si vraiment l’interversion peut être spontanée.
En second lieu : dans les flacons n° 1 et n° 2 , les moisissures n’ont pas apparu en même temps , ni la variation du pouvoir rotatoire. La variation a été plus rapide dans le flacon où la moisissure a été la plus abondante. Celles-ci n ont commencé à apparaître que lorsque l’air a pu se trouver en présence de la solution dans les llacons, parce
que durant les manipulations on a perdu un peu de liquide et que les flacons ne se sont pas trouvés complètement pleins.
En troisième lieu: aucune des solutions créosotées, bien qu’elles eussent eu le contact de l’air dès le début et que les flacons eussent été ouverts , n’a subi de variation et n’a laissé apparaître de moisissures.
En quatrième lieu : la créosote et l’acide arsénieux réunis, malgré le contact de l’air, ont empêché la naissance des moisissures, là où l’acide arsénieux tout seul avait été inefficace.
En cinquième lieu: j’appelle encore votre attention sur les phénomènes qui ont été constatés sur la solution n° 2 , i non créosotée. Les moisissures y ont apparu avant le ! 30 mai, et ce jour on constate une diminution de la déviation, laquelle va en déclinant de plus en plus, et le 30 juin on y ajoute autant de créosote que dans le flacon 2a. Cette ad-