‹ Les microzymasChapitre 285 sur 389 · DU VIRUS VACCIN · texte numérisé non relu

DU VIRUS VACCIN

M. Pasteur assistait à la séance de l’Académie dans laquelle fut communiquée la seconde Note de M. Chauveau. Il admit parfaitement que les corpuscules élémentaires du savant vétérinaire fussent vivants, et conseilla à l’auteur de voir s’ils étaient aérobies ou anaérobies. Pour ma part, j’ai adressé alors une Note à l’Académie des sciences, dans laquelle je faisais ressortir en quoi la découverte de M. Chauveau découlait de mes recherches (1).

Il est très curieux de savoir aujourd’hui ce que le même savant pensait, environ un an avant ma Conférence de Lyon, sur la cause de la virulence vaccinale en particulier. 11 disait : « Dans l’état présent de nos connaissances , il est impossible d’être scientifiquement fixé sur la nature des éléments virulents auxquels est dû actuellement le développement de la vaccine. Sont-ce des êtres réels, protozoaires ou protophytes , ou même de simples organites spéciaux? C'est plus que douteux! Toutes les probabilités se trouvent plutôt du côté de l’idée appliquée à tous les virus , d’après laquelle l’action virulente s’expliquerait par une sorte de catalyse animale (2).... »

Ainsi, d’une part, M. Pasteur n’a commencé à voir clair dans ses études sur les maladies des vers à soie et , d’autre part, M. Chauveau dans ses recherches sur la cause de la virulence , qu’en imitant et confirmant mes observations.

éléments qui constituent le principe virulent dans le pus varioleux et le pus morveux. Comptes rendus, t. LXVI, pp. 289; 317; 359 (Février 1868).

(1) Comptes rendus, t. LXVI, p. 366' : «... l’expérience de M. Chauveau sur les granulations moléculaires du virus vaccÎD, disais-je, rentre tout à fait dans les miennes.... »

(î) A. Chauveau. Des conditions qui président au développement de la vaccine dite primitive. Comptes rendus, t. LXIII, p. 573.

M. Chauveau n a pas dit à quelle source il avait puisé les nouvelles inspirations qui lui ont fait découvrir que la virulence ne s’explique pas par la catalyse. Cependant tous ceux qui sont au courant des idées, savent très bien que la théorie du microzyma a été le guide qui l’a conduit au but qu il a atteint en suivant docilement les indications puUéesau Palais Saint-Pierre. M. Ch. Robin, (article Germes, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales), s’exprime comme ceci : « Sans dire comment naissent ou pénètrent dans les cellules mêmes des tissus et des humeurs ces corpuscules figurés isolables, agents de la virulence, M. Chauveau, imitant M. Béchamp, les considère comme représentés par les granulations intra- cellulaires, et, quand ces granulations sont libres, elles procèdent des cellules. »

LE SANG DE RATE

Et il n’est pas sans importance de rappeler ici que c’est précisément en 1866 que je publiais ma Note sur les microzymas delà craie, c’est-à-dire au plus fort du débat sur la pébrine.

M. Pasteur a donc regardé comme constitutionnelle la pébrine que je lui avais désignée comme parasitaire ; il regardera au contraire comme parasitaire la maladie à microzymas des vers à soie, au moment où je cesserai de la regarder du même point de vue, et il finira par regarder comme parasitiques beaucoup de celles qui ne le sont pas.

Revenons maintenant un moment en arrière.

Rayer et Davaine, en 1850, ayant examiné la maladie appelée sang de rate , maladie charbonneuse , qui est propre aux bêtes à laine et à cornes, trouvèrent dans le sang des animaux qui en sont atteints, des productions filiformes, auxquelles ils n’attribuèrent aucune signification.

On savait, d’ailleurs, que le sang de rate est inoculable ; que, transmis entre 'animaux de même espèce, il produit toujoursle sangde rate, mais pas autre chose ; que les hommes qui manient ces animaux sont sujets à la pustule maligne, mais non pas au sang de rate; qu’en prenant sur l’homme du pus de la pustule maligne pour l’inoculer aux animaux sujets au sang de rate , on ne leur communique pas la pustule maligne, mais le sangde rate! On a donc admis que la même cause pouvait transmettre à des êtres différents, des maladies différentes, dont les manifestations dépendent, plus ou moins, de l’organisation des êtres inoculés!

Après les discussions sur les générations spontanées, Davaine se souvint de l’observation qu’il avait faite avec Rayer. Il découvrit alors que les productions filiformes du sang de rate sont des bactéries d’une espèce particulière, qu’il nomma bactéridie , et qu’on nomme aujourd’hui bactéridie charbonneuse ! Les nouvelles recherches de Davaine sont du plus haut intérêt. Commencées vers 1863, il les poursuivit avec persévérance. Je vous en reparlerai. Mais pour pouvoir les interpréter, ainsi que beaucoup d’autres dont elles ont été le point de départ, il faut bien connaître sa manière de considérer l’organisme vivant. Et pour pro-

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