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FERMENTS ET MALADIES

bien d’autres : les furoncles , l’ostéomyélite , la phthisie , la tuberculose , par exemple ; il y aurait même un microbe pyogénique ! En conséquence se trouve niée toute spontanéité morbide ; s’il n’a pas dit que sans les germes morbifiques nous ne serions jamais malades, M. Pasteur a approuvé ce qu’en a dit un célèbre physicien dont je vous ai exposé les idées physiologiques : M. John Tyndall s’est exprimé comme ceci au sujet du système de M. Pasteur :

« Pour la première fois, a-t-il dit, dans l’histoire de la Science, nous avons le droit de nourrir l’espérance sûre et certaine que, relativement aux maladies épidémiques, la médecine sera bientôt délivrée de l’empirisme et placée sur des bases scientifiques réelles ; quand ce grand jour viendra, l’humanité, dans mon opinion, saura reconnaître que c’est à vous que sera due la plus large part de sa gratitude. John Tyndall (1). »

M. Pasteur a lu cette lettre avec la plus vive satisfaction; il a déclaré partager complètement les vues que M. Tyndall avait exposées dans son Mémoire relatif à l’étiologie des maladies contagieuses, et il remercie l’auteur d’avoir rappelé une déclaration de ses Études sur les maladies des vers à soie que voici : « Il est au pouvoir de l’homme de faire disparaître de la surface du globe les maladies parasitaires, si, comme c’est ma conviction, la doctrine de la génération spontanée estime chimère (2). » Voilà exprimée, la propre pensée de M. Pasteur. Or , toutes les maladies épidémiques, contagieuses et beaucoup d’autres, sont parasitaires dans le système des germes morbifiques préexistants. L’homme et les animaux, sans ces germes, ne seraient jamais atteints par ces maladiês; les imprudences, la malpropreté, l’encombrement, l’intempérance, la mauvaise nourriture, l’inconduite, etc., sans les germes préexistants, auraient été sans danger, sans influence sur la santé!

Bufï’on , que l’hypothèse des germes originairement monstrueux scandalisait, qu’aurait-il pu penser de ces autres hypothèses tout aussi gratuites et dépourvues de démonstrations vraiment scientifiques? Oui , la doctrine de la géné-

(1) In Éludes sur la bière, par L. Pasteur, p. 382

(21 Ibid. p. 383

LA PEBRINE

ration spontanée est une chimère ! Mais que dire de la doctrine des germes morbifiques préexistants ? 11 n’est pas douteux que cette doctrine singulière prévaut dans quelques esprits qui ne vont pas au fond des choses , même parmi les médecins. Et M. Pasteur , qui la considère comme un progrès, ne manque pas de répéter qu’elle découle de ses recherches sur les fermentations : « C’est un insigne honneur pour mes recherches, dit-il, qu’elles soient considérées, par les auteurs mêmes de ces progrès, comme la source à laquelle ils ont puisé leurs premières inspirations (1). »

Il y a donc un très grand intérêt à remonter à la source des idées de M. Pasteur, et à découvrir comment il a d’abord lui-même appliqué ses recherches.

Après les discussions sur les générations spontanées et les conséquences qui en ont découlé, M. Pasteur, comme moi, tout naturellement , a pensé que les germes atmosphériques pouvaient , en pénétrant dans les corps des animaux, y produire des désordres. Raspail n’avait-il pas, longtemps auparavant, fondé une médecine et une thérapeutique. parasitaires? Il ne s’agit donc pas de ce que M. Pasteur ou moi pensions au début de nos recherches, mais bien de l’application que faisait M. Pasteur des idées que ses propres recherches lui ont inspirées.

Nous voici en 1865, et il s’agit des maladies des vers à soie. Nous nous sommes trouvés là en présence , une fois . de plus, M. Pasteur et moi. L’histoire de notre rencontre est des plus instructives.

Les vers à soie étaient atteints d’une maladie terrible, la pébrine; je supposais que la maladie était parasitaire, et pour tarir la fécondité du germe du parasite microscopique dans l’atmosphère et dans le ver, je commençais mes études en élevant les vers à soie, dès l’éclosion des œufs, dans une enceinte où je répandais des vapeurs de créosote ou d acide phénique. Je fis de mes observations l’objet d’une Communication à la Société centrale d’agriculture de l’Hérault le 6 juin 1865. Or, le 9 juin, dans un rapport au Sénat de l’Empire, M. Dumas disait: « La maladie du ver s’observe à toutes les phases de sa vie: œuf, ver, chrysalide,

(t) L. Pa3teur, Études sur la bière , p. 41.

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papillon ; elle peut se manifester dans tous les organes. D’où vient la maladie? On l’ignore. Comment s’inocule-t-elle? On ne le sait — Les études auxquelles on s’est livré depuis quelques années en France et en Allemagne ont jeté un jour inattendu sur la génération des parasites, souvent microscopiques, qui vivent aux dépens des animaux peu volumineux. Leur transmission d’un être à l’autre, par des œufs ou spores d’une ténuité extrême et d’une diffusion prodigieuse, a été constatée. On a mis hors de doute que des maladies, mortelles pour l’homme, les animaux et les plantes, n’avaient souvent pas d’autre cause , ni d’autre origine. »

M. Davaine, en effet, avait déjà fait connaître ses recherches sur la maladie dite sang de rate, dans laquelle il avait observé la bactéridie charbonneuse. Plusieurs savants avaient reconnu, dans la pèbrine des vers à soie , celle des maladies qui occasionnait le plus de ravages, la présence de corpuscules microscopiques de forme ovale, animés d’un mouvement d’oscillation qui leur avait fait donner le nom de corpuscules oscillants ou vibrants ; on les nommait aussi corpuscules de Comalia , du nom de l’un des savants qui les avait le plus observés.

Sur la nature et l’origine du corpuscule les opinions étaient partagées. Pour les uns, ils étaient des éléments organiques du ver à soie qui se développaient surtout au moment de la métamorphose en chrysalide ; pourd’autres, des cristaux ; pour M. Guérin-Méneville, des hématozoaires, c’està-dire des animalcules vivant dans le sang ; pour M. Morren, des vibrions ou quelque chose d’analogue ; pour M. Lemert, des végétaux microscopiques , etc. Les plus osés pensaient que le corpuscule était le produit de la maladie dont il serait le signe pathognomonique.

Après ma Communication à la Société d’agriculture, « je voulus essayer sur la pébrine et sur les corpuscules vibrants, la théorie que mes recherches sur les fermentations ont développée. Je me convainquis de plus en plus que le corpuscule est un parasite végétal, un ferment plus ou moins analogue à ceux que j’étudiais depuis dix. ans (1). « Dès

(1) A. Béchamp, Sur la maladie actuelle des vers à soie, etc. Messager du Midi. 1866.

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le mois de juin 1866, je m’exprimais formellement en ces termes, dans une Note à l’Académie des sciences :

« J.’admets que la maladie des vers à soie est parasitaire. La pébrine, selon moi, attaque d’abord le ver par le dehors, et c’est de l’air que viennent les germes du parasite. La maladie, en un mot, n’est pas primitivement constitutionnelle (1). »

M. Pasteur, chargé d’une mission officielle, alla, en 1865, dans le Midi pour étudier la maladie sur les lieux. Il en revint avec une conviction bien arrêtée qu’il formula dans un Mémoire qui a été publié au mois de septembre de la même année. Que trouvons-nous dans ce Mémoire? Sans doute, l’application de ses études sur les générations spontanées et sur les ferments? Ecoutez.

Sur la cause de la maladie, M. Pasteur dit: « Si l’on réunissait dans un même lieu une foule d’enfants nés de parents malades delà phthisie pulmonaire, ils grandiraient plus ou moins maladifs, mais ne montreraient qu’à des degrés et à des âges divers les tubercules pulmonaires , signe certain de leur mauvaise constitution. Les choses se fiassent à peu près de môme pour les vers à soie (2). »

Sur la nature du corpuscule vibrant : « J’aurais désiré , dit M. Pasteur, pouvoir traiter ici de la nature des corpuscules; mais ce sujet mérite des observations plus étendues que celles que j’ai pu faire. Cependant je me hasarde à dire que mon opinion présente est que les corpuscules ne sont ni des animaux ni des végétaux, mais des corps plus ou moins analogues aux granulations des cellules cancéreuses. Au point de vue d’une classification méthodique, ils doivent être rangés plutôt à côté des globules du pus , ou des globules du sang, ou bien encore des granules d amidon qu’AUPRÈs des infusoires ou des moisissures (3). »

C’est clair; ce n’est pas là que M. Pasteur s’est inspiré de ses propres recherches. Mais il n’avait pas eu le temps

(1) A. Béchamp, Sur l innocuité des vapeurs de créosote dans les éducations des vers à soie. Comptes rendus, t. LXII p. 1341 (Juin 1866).

(2) L. Pasteur, Observations sur les maladies des vers à soie. Comptes rendus, t. LXI p. 510 (Septembre 1865).

(3) Ibid. p. 511.

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de s’instruire , voilà pourquoi il rapproche les corpuscules et les granulations des cellules cancéreuses, des globules du pus, des globules du sang, et ceux-ci des granules d’amidon. Evidemment M. Pasteur n’avait pas étudié l’histologie. Mais voici qu’une année se passe; il a étudié toute une campagne d'éducations de vers à soie.

Le 23 juillet 1866, M. Pasteur fait une nouvelle communication à l’Académie (1) , de laquelle il résulte que son opinion n’a pas varié; écoutez encore :

« On serait bien tenté de croire, dit-il, quand on songe surtout que les corpuscules ressemblent beaucoup à des spores de mucédinécs, qu’un parasite analogue à la muscardine a envahi les chambrées, et que telle est la source du mal. Ce serait une erreur (2). »

M. Pasteur avait pu recueillir dans les chambrées deux litres d’une poussière « tellement chargée de corpuscules, que la plus petite parcelle délayée dans une goutte d’eau en montre par milliers dans le champ du microscope. » Etle savant chimiste, montrantcette poussière à l’Académie, ajoute qu’il la • regarde toujours comme une production qui n’est ni végétale ni animale, incapable de reproduction, et qu’il faudrait ranger dans la catégorie de ces corps réguliers de forme que la physiologie distingue depuis quelques années par le nom d 'organites, tels que les globules du sang, les globules du pus, etc. (3). » Les granules d’amidon n’y sont plus compris, sans doute, mais c’est égal, ce n’est toujours pas là que M. Pasteur s’est inspiré de ses propres recherches. Enfin , pour conclure, M. Pasteur dit : « Je ne saurais mieux faire comprendre la manière dont je me représente la maladie des vers à soie, qu’en la comparant aux effets de la phthisie pulmonaire.... (4) » Et dans les conclusions de son Mémoire il répète :

« Mes observations de cette année m’ont fortifié dans l’opinion que ces organites (les corpuscules vibrants) ne sont ni des animalcules ni des végétaux cryptogamiques (5); » et ajoute :

(1) L. Pasteur, Nouvelles études sur les maladies des vers d soie. Comptes rendus, t. LXIII p. 126

(2) Ibid. p. 134. (3) Ibid. p. 134. (4) Ibid. p. 137. (5) Ibid. p. 141.

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a II m’a paru que c’est principalement le tissu cellulaire de tous les organes qui se transforme en corpuscules ou qui les produit (1). »

La seule chose que M. Pasteur se soit proposé de tenter sur le corpuscule vibrant, c’est l’analyse élémentaire ; mais quant à essayer d’appliquer les théories de la fermentation, il n’y a pas môme songé. Or, au moment où M. Pasteur publiait son nouveau Mémoire, je terminais des expériences démontrant que le corpuscule vibrant n’était pas quelque chose d’analogue ni au globule du pus ou du sang, ni à la matière du tubercule pulmonaire ou des granulations des cellules cancéreuses, encore moins à la fécule; mais qu’il intervertit le sucre de canne à la manière de la levûre ; qu’il est imputrescible , insoluble dans la potasse, bref qu’il est une production végétale (2).

Au même moment, M. Balbiani , de son côté , combattait en histologiste la manière de voir de M. Pasteur, et disait : « Les corpuscules que l’on observe dans la maladie décrite sous le nom de pébrine , chez les vers à soie , ne sont pas des éléments anatomiques provenant de l’altération des parties fluides ou solides de leur économie, mais bien des Psorospermies , c’est-à-dire des espèces végétales parasitiques (3). »

Et, pour donner à ma démonstration, tirée de la théorie de la fermentation, toute sa signification , je fis voir que le corpuscule vibrant , non seulement intervertissait le sucre de canne, mais le faisait fermenter pour produire de l’alcool et de l’acide acétique, sans changer de forme (l). Je démontrais enfin que le corpuscule vibrant était formé ou contenait une substance, plus ou moins analogue à la cellulose, que l’acide sulfurique peut sacôharifier.

J’avais aussi, conformément à ma méthode, étudié la multiplication du corpuscule de Cornalia dans le ver, £t dans des conditions semblables à celles des microzymas. Il est

(1) Comptes rendus, t. LXIII. p. 141.

(2) Ibid. pp. 311, 391.

(3) Ibid. p. 388.

(4) Ibid. t. LXIV. p. 231.

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nécessaire que je vous en dise un mot, car la méthode a largement été appliquée par la suite. Pour démontrer que cet organisme peut se multiplier dans la matière morte des vers à soie comme les microzymas dans un cadavre ou dans les infusions animales, j’avais pris trois chrysalides peu infectées de corpuscules, et les avais écrasées dans environ 15cc d’eau. Une goutte du magma ne laissait voir que trois à quatre corpuscules, en moyenne, par champ. Huit jours après, le mélange était, d’acide, devenu alcalin et infect, les corpuscules avaient énormément pullulé. Le magma des chrysalides écrasées étant délayé de six fois son volume d’eau , on peut compter quinze à vingt corpuscules par champ ; en ajoutant de l’eau jusqu’à rendre le volume vingt-cinq fois plus grand, on peut compter six à huit corpuscules par champ du microscope (1); etc. Et cette étude me conduisit à découvrir le mode de multiplication du corpuscule. Je communiquais, avec dessins à l’appui, ma démonstration à l’Académie (2). Je terminais ma communication par ces mots : « Ainsi se trouverait complétée la théorie parasitaire de la pébrine pour le triomphe de laquelle je combats depuis bientôt deux ans. J’ose espérer que la priorité de l’idée et des expériences qui la démontrent ne me sera pas contestée. »

Il y avait dans la même Note l’application de la créosote à l’étude de la multiplication du corpuscule. Je disais : « Le corpuscule se multiplie dans les infusions des cadavres des chrysalides, des papillons et des vers, et, chose digne d’attention , la créosote s’oppose à cette multiplication ! » Il se trouva que j’avais eu raison de craindre. M. Pasteur découvrit tout à coup que la maladie était parasitaire, que le corpuscule vibrant était le parasite, et qu’il se développait comme je l’avais dit. J’ai réclamé; mais il est inutile de vous entretenir de ces nouveaux démêlés avec M. Pasteur : ils ne sont pas les derniers.

Voilà, comment une première fois M. Pasteur a appliqué

(1) Comptes rendus, t. LXIII. p. 392.

(2) Faits pour servir à l’histoire de la maladie parasitaire des vers à soie appelée pébrine et spécialement du développement du corpuscule vibrant. Compte3-rendus, t. LXIV. p. 873. 29 avril 1867.

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ses recherches sur les fermentations. Nous allons voir comment il les a appliquées une seconde fois.

Pendant que j’étudiais la pébrine, j’en vins à faire une observation d’un autre ordre que j’ai communiquée à l’Académie dans la séance même où je signalais la conversion de M. Pasteur. Il s’agissait de la maladie que les sériciculteurs appelaient la flacherie, maladie des morts-flats , des petits, etc. Je démontrais que cette fois les parasites n’étaient autres que les microzymas. Je décrivis enfin la maladie microzymateuse ou à microzymas des vers à soie. A peine mes recherches étaient-elles publiées , que M. Pasteur découvrait, lui aussi, que la flacherie était une maladie particulière que le premier il caractérisait (1). Dans le débat qui s’en est suivi, M. Pasteur s’est montré toujours semblable à lui-même. Je note seulement que c’est à partir de ce moment qu’il se souvient de ses propres recherches, qu’il les applique, et que, définitivement pour lui , il n’y a plus que des maladies parasitaires. C’est aussi le moment où je distingue les maladies qui sont parasitaires de celles qui ne le sont pas , bien qu’on découvre des organismes microscopiques , microzymas ou vibrioniens , dans le sang et dans les organes des animaux malades.

Je ne vous dirai rien, ou à peu près rien, des préliminaires de la découverte de la maladie des morts-flats et des restés-petits , lesquels sont les morts-flats des premiers âges de la chenille du Bombyx mori ; mais je vais avec quelques détails vous décrire les caractères de la flacherie , car c’est dans cette élude que j’ai été amené à compléter la théorie du microzyma.

En 1867, j avais suivi une éducation de vers à soie chez M. de Latour du Villard, à La Calmetle (Gard). Dans une chambrée qui jusque-là avait bien marché, les vers, au moment de monter à la bruyère , c’est-à-dire de faire leur cocon, mouraient presque tous de la flacherie. Un très grand nombre de ces vers se trouvèrent exempts de corpuscules vibrants; mais ils recélaient anormalement des myriades de microzymas. J’ai profité de l’occasion pour exact) On trouvera aux pièces justificatives et dans la préface, tout ce qui concerne ce débat.

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miner aussi les chrysalides, les papillons, et les œufs des papillons qui avaient pu vivre jusqu’à la ponte. Or, en faisant éclore des œufs de papillons microzymateux , j’ai obtenu des vers restant-petits à tous les âges, mourant morts-flats au moment de la montée et qui, lorsqu’ils parvenaient à filer leur cocon, à se chrysalider, à sortir papillon de leur cocon, à s’accoupler et à pondre, se trouvaient encore microzymateux et pondaient des œufs qui l’étaient également. La maladie à microzymas peut se compliquer de la maladie à corpuscules vibrants : alors le mal est à son comble ; de pareils vers n’arrivent presque jamais à coconner. La relation de la cause à l’effet me parut évidente.

Mais vous allez me demander comment je distinguais les microzymas normaux des microzymas morbides. Le problème s’est posé pour moi lorsque je me suis demandé comment on peut reconnaître la graine à microzymas morbides, c’està-dire les microzymas de la flacherie (1).

Caractères de la graine microzymateuse. Dans la graine ou œuf du ver à soie , dans l’état sain , le microscope ne révèle que les globules vitellins normaux, les globules graisseux et les microzymas normaux, plus ou moins abondants. Dans les œufs des papillons pébrinés , le corpuscule vibrant s’ajoute à ces formes. Dans les œufs qui donnaient inévitablement des morts-flats, j’avais cru reconnaître que les sphérules vitellines étaient moins nombreuses, que les microzymas y abondaient au contraire d’une façon extraordinaire , de telle sorte que , toutes choses étant égales d’ailleurs, le champ du microscope en était littéralement couvert. Mais les microzymas sont normalement nécessaires dans le vitellus , et peuvent y être si abondants qu’on n’aperçoive plus les globules vitellins, ainsi que nous l’avons vu pour l’œuf de poule. Mais je m’aperçus bientôt que les microzymas des œufs, provenant de chambrées où avait sévi la flacherie , n’étaient plus normaux ; ils avaient quelque

(1) Il faut se souvenir que les microzymas du vitellus de poule sont solubles dans la potasse au dixième, et dans l’acide acétique, ou bien deviennent invisibles au microscope; mais que les microzymas qui évoluent pour devenir bactéries sont insolubles dans ces dissolvants.

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tendance à évoluer. C’est le fait de cette évolution que je voulus mettre hors de doute avant de donner ii la flacherie le nom de maladie à microzymas. Indépendamment de leur nombre prodigieux, je vis nettement, en me servant d’un très fort grossissement (obj. 7, oc. I de Nachet), que les microzymas morbides sont presque toujours associés ou accouplés deux à deux ; ainsi associés , on les voit se mouvoir et tournoyer sur eux-mêmes avec vélocité ; il peut même se rencontrer des microzymas en chapelets de trois, quatre, cinq grains, et même davantage. Enfin il arrive souvent que l’on distingue nettement des microzymas qui s’allongent pour devenir bactéries. Or, tandis que la matière des graines saines , granulations et sphérules vitellines , disparaît quand on la traite par la potasse caustique au 10e, les microzymas morbides, évolués ou non, résistent et se retrouvent aussi nombreux qu’auparavant. Si l’on était gêné par les globules graisseux, un peu d’éther les faisait disparaître, respectant les microzymas (1).

Je le répète , les œufs microzymateux, ainsi caractérisés, produisirent des morts-flats , et les papillons des vers qui purent faire leur cocon et pondre , furent trouvés microzymateux aussi bien que leurs œufs.

Il est sans intérêt en ce moment d’insister davantage sur mes autres observations, concernant la flacherie, mais je dois vous convaincre que dès lors j’avais compris tonte l’étendue de la théorie du microzyma. Rappelant les faits essentiels de cette théorie , et ceux concernant la maladie des morts-flats , je disais : « Certes, si ces choses, que l’on n’a pas encore aperçues, étaient irrévocablement démontrées, qui oserait soutenir qu’elles n’aboutiraient pas à une transformation de la physiologie et de la pathologie (2). »

(1) A. Béchamp, Sur l’existence de parasites particuliers sur et dans certains vers ù soie malades : les restés-pelits . Comptes rendus, t. LXIY, p. 1044 (1867).

Sur la nature de la maladie des vers dits restes-petits. Ibid., p. 1185.

Sur la maladie ù microzymas des vers à soie. Comptes rendus, t LXVI,

(2) La maladie microzymateuse des vers à soie et les granulations moléculaires. Comptes rendus, t. LXVII, p. 443,

^ °i r aussi : Des caractères histologiques de la grasserie des vers à soie, par M. J. Béchamp, In Revue des sciences naturelles de Dubrueil.

Les faits que j’avais observés touchant la flachcrie ont été confirmés par M. Pasteur; mais un autre événement important survenait à l’époque où je publiais les Notes dont je viens de vous présenter l’analyse. On ne savait rien sur la cause de la virulence du vaccin. M. Chauveau , professeur à l’Ecole vétérinaire de Lyon, venait de s’en occuper et avait fini par se rattacher à l’hypothèse de la catalyse pour l’expliquer! Or, en 1867, je suis invité, par une Société d’Enseignement, à faire une Conférence à Lyon. Je choisis pour sujet « les fermentations. » La Conférence fut faite au Palais Saint-Pierre devant un très grand et très intelligent auditoire. Le lendemain, M. Glénard, directeur de l’École de médecine , me fit l’honneur de me demander d’exposer mes idées aux élèves de son École. Plusieurs professeurs assistaient à cette leçon. C’est dans ces deux Conférences que je parlais pour la première fois en public de la théorie du microzyma; j’en fis entrevoir les conséquences les plus éloignées : c’est ainsi que je signalais les granulations moléculaires du vaccin et du pus syphilitique comme étant la cause probable de la virulence. M. Chauveau assistait ù la Conférence du Palais Saint- Pierre.

Dès le commencement de l’année 1868, M. Chauveau publiait sa découverte que l’activité du virus vaccin résidait non dans le plasma de la sérosité vaccinale purulente, mais dans les parties figurées, dans les granulations moléculaires. Le savant médecin étendit ensuite ses observations : voici le résumé des trois Notes publiées par lui sur les virus vaccinal, varioleux, et de la morve :

« Pas plus que dans la vacçine et la variole, le sérum des humeurs virulentes n’est doué, dans l’alfection morveuse, de l’activité spécifique qui constitue la virulence. Cette activité réside exclusivement dans les organites ou corpuscules élémentaires en suspension dans ces humeurs (1). »

(1) A. Chauveau. Nature du virus vaccin. Détermination expérimentale des éléments qui constituent le principe actif de la sérosité vaccinale virulente. — Nouvelle démonstration de l'inactivité du plasma île la sérosité vaccinale virulente — Nature des virus. Détermination expérimentale des

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