BACTÉRIES VÉGÉTALES
1° « Enfin , ces bactéries longues ou courtes , inoculées aux plantes précédemment citées, reprirent leurs caractères primitifs, à savoir ceux du Bcicterium termo. »
5° « Ces transports alternatifs sur des plantes diverses ont été opérés un grand nombre de fois avec des résultats semblables (1). »
Davaine a bien été étonné de récolter autre chose que ce qu’il avait semé , mais au lieu de se demander si le végétal inoculé n’était pas actif dans les inoculations, il s’en prend à la classification des bactéries : « Si l’on considère, dit-il, cette espèce de bactérie ( Bacterium termo ) dans les divers milieux où elle se propage , et si l’on veut lui donner sa place dans le genre auquel elle appartient, on verra qu’elle peut être rapportée indifféremment aux diverses espèces cle ce qenre, c’est-à-dire du genre Bacterium , qu’elle pourrait même être classée dans le genre Vibrio. On doit conclure de là que la division du genre Bacterium admise aujourd’hui, et même celle du genre Vibrio , sont purement arbitraires. »
Oui , certes, la classification est insuffisante et, vousvenez de le voir, Davaine est arrivé à la même conclusion que moi par une autre voie; il est troublé de ce qu’il ne voit pas se reproduire la bactérie qu’il a inoculée! C’est qu’il n’a pas su que la gelée seule, sans aucune inoculation, suffisait pour faire apparaître, après le dégel, des bactéries dans un végétal; c’est qu’il ne savaitpas qu’une bactérie, un vibrion, un amylobacter et d’autres formes ne sont que ce qu’un microzyma donné peut devenir.
Nous savons maintenant pourquoi Davaine n’a pas été éclairé par ses très intéressantes expériences. C’est que, avec tout le monde, il ne voyait rien de primitivement vivant et d’organisé dans un végétal ou dans un animal : il y voyait bien des organes et des tissus, mais, comme M. Pasteur, il n’y considérait que de la matière douée de propriétés physico-chimiques ne contenant rien pouvant donner naissance aux vibrioniens ! Comment faut-il donc interpréter les résultats obtenus des inoculations? Dans la théorie du microzyma, la bactérie inoculée ne se multiplie
(1) C. Davaine, Recherches physiologiques et pathologiques sur les bactéries. Comptes rendus, t. LXVI p. 409 (I86S).
INOCULATION UES BACTERIES
pas; mais par son introduction dans la blessure faite au végétal, elle détermine un changement de milieu au point inoculé, et c’est grâce à ce changement que les microzymas propres du végétal évoluent pour donner des bactéries , chacun selon son espèce; mais par suite de ce changement , la bactérie étrangère subit la loi de la régression et peut redevenir microzyma pour évoluer ensuite sous une autre forme. Et n’allez pas croire que c’est là une explication forgée après coup. En publiant mes expériences sur les bactéries des plantes congelées, je disais :
« ^es microzymas normaux, des végétaux, comme peux des animaux, peuvent évoluer en bactéries ; et puisque dans un même végétal plusieurs formes , si ce n’est plusieurs espèces de ces bactéries , peuvent apparaître , je pense que l'on doit y voir la démonstration qu’il peut exister plusieurs sortes de microzymas dans un même végétal.
» Dans les expériences où l’on inocule des bactéries aux végétaux, il est probable que ces bactéries ne se multiplient pas : elles ne font que provoquer un changement de milieu, qui devient favorable à l’évolution en bactéries des microzymas normaux : de là vient l’apparente pullulation de la bactérie inoculée.
» Il en est de même de l’inoculation des bactéries aux animaux, ou de l’injection d’une substance en putréfaction ' dans le sang : on provoque ainsi une dyscrasie favorable à l’évolution des microzymas propres à l’animal en bactéries , et les désordres qui en sont la conséquence. »
Je ne peux pas citer toutes les expériences d’inoculation qui ont été faites depuis Davaine, ni les confirmations, inconscientes, il est vrai, dont la théorie du microzyma a été l’objet, même en pathologie, de la part de plusieurs observateurs. Mais il est nécessaire de faire remarquer que ces confirmations ont été faites sous l’empire de l’hypothèse commune qu’il n’y a rien de primitivement structuré , doué de vitalité indépendante dans un organisme vivant; et que les auteurs, invariablement, s'imaginent que les microorganismes qu’ils découvrent dans les maladies sont des parasites qui ont pour origine des germes venus du dehors, qui existaient primitivement dans l’air, conformément à une
LES GERMES DE l’AIR
opinion ancienne reprise à son compte par M. Pasteur! Ils ne savent pas, ou ne veulent pas reconnaître, tant les préjugés sont enracinés, que, sous certaines influences , dues à des modifications de milieu opérées par des causes purement physiques ou physiologiques, les microzymas peuvent proliférer dans un organisme, avec ou sans évolution bactérienne , mais en changeant de fonction et pouvant devenir morbides.
La croyance aux germes primitivement morbides des airs , des eaux et des lieux , comme aurait parlé Hippocrate, est devenue presque superstitieuse. Récemment (1882) un savant, M. Klebs , décrivait un appareil de cuisine destiné à préserver le lait des germes de bactéries, sans se douter que ce liquide en est rempli; il s’imaginait, de cette façon, empêcher la diarrhée infantile de se produire; s’imaginant que les bactéries qu’on trouve dans les selles des petits malades n’avaient pas d’autre origine que les bactéries du lait provenant de l’air. On s’imagine d’ailleurs que la moindre fissure suffit pour qu’un animal devienne la proie de ces germes morbides.
Je vous ai déjà désabusés à l'égard des germes primitivement morbides de l’air; mais il faut que, par des preuves certaines, fondées sur des expériences en grand, vous soyez convaincus que toutes les assertions des auteurs sont purement imaginaires.
L’air, normalement, ne contient pas de germes morbides. En fait, on n’a pu produire aucune expérience directe, établissant qu’un germe pris dans l’air a communiqué une maladie. Nous avons pu prouver qu’une matière fermentescible, préparée convenablement, entrait en fermentation d’une espèce voulue , quand on l’exposait à l’air. Et cela se comprend aisément , si l’on réfléchit que les germes de l’air recèlent des microzymas, des conidies, des spores d’une infinité d’organismes détruits. Or, dans un mélange fermentescible donné , ne se développent que ceux à qui ce mélange convient : les autres restent stériles. Mais l’organisme , qui s’est développé dans le mélange qui a fermenté , nous pouvons l’isoler, l’étudier et le cultiver; nous pouvons le faire agir sur telle matière qu’il nous plaît et constater