ÉVOLUTION DES MICROZYMAS PENDANT LA VIE
gale. Certainement l’acarus, en s’ouvrant un sillon sous la peau, y creusant ses terriers, apporte avec lui, sous l’épiderme humain, non seulement les germes de l’air, mais toutes les malpropretés des galeux et les germes de la surface de la peau lorsque, pendant la nuit, au lit, il passe du contagifôre au contaminé. Le galeux réalise donc, le mieux possible , les conditions de pénétration des germes imaginées par M. Pasteur : cependant le galeux reste galeux jusqu’à ce qu’on l’ait débarrassé de l’acarus, et ne contracte pas les maladies dont le célèbre savant prétend trouver les germes dans l’air.
Voilà donc démontrée , d’une autre façon , l’innocuité générale jde l’air, non seulement pendant les actes normaux de la vie en société , mais aussi dans le cas où l’intérieur de l’organisme est mis en rapport avec ses germes, non seulement dans les traumatismes chirurgicaux les plus violents , mais dans les circonstances les plus variées. Et nous avons constaté que dans ces différents cas il peut arriver que les microzymas évoluent pour donner, non seulement des microzymas associés, mais des bactéries, quoique l’on prenne des précautions contre les germes atmosphériques.
Je vous rappelle qu’il est établi irrévocablement qu’une partie séparée de l’animal, tissu ou humeur, peut laisser apparaître des bactéries à l’abri absolu de l’air.
Il y a nécessité de démontrer, maintenant que les microzymas de l’organisme vivant , pendant la vie, peuvent donner lieu aux phénomènes d’évolution que nous avons constatés dans les tissus dé.tachés de l’animal.
Evolution clés microzymas clans V organisme vivant. Je vous rappelle les faits relatifs à la salive et à l’urine. Les microzymas de la salive de l’homme peuvent évoluer pour donner des bactéries; or depuis que je vous ai parlé de ce sujet, j’ai constaté que les microzymas et bactéries buccaux du bœuf et du porc, sont incapables de saccharifier l’amidon cuit. Donc les microzymas de la salive humaine , du bœuf et du porc n’ont pas les germes de l’air pour origine.
Presque dès le début de nos recherches nous avons ,
LE TUBERCULE PULMONAIRE
M. Estor et moi, donné toute notre attention aux microzymas dans l’état pathologique. Je vous ai déjà dit que nous avions, en vertu de leurs réactions (insolubilité dans l’éther, la potasse et l’acide acétique), considéré les granulations moléculaires du virus vaccin et syphilitique, comme étant des microzvmas. Bref, nous démontrions qu’elles n’étaient ni des granulations graisseuses, ni albuminoïdes. Ces propriétés sont précisément celles qu’invoquent les auteurs. Je vais rapporter quelques exemples de nos études anciennes.
Des différentes formes de l’évolution du microzyma dans un kyste. En 1868, M. Estor, qui est chirurgien autant qu’histologistc , ayant eu à ouvrir un kyste de la grande lèvre, prit ses précautions pour en faire l’examen microscopique immédiat, pour qu’on ne pût pas invoquer les germes de l’air. Or, la matière verdâtre , demi liquide qu’il retira de ce kyste, aussitôt examinée , « a montré des microzymas à toutes les périodes de leur évolution : des granulations isolées , d’autres associées , d’autres un peu allongées, enfin de vraies bactéries (1). »
Depuis cette époque, nous avons examiné le pus de toutes les tumeurs que les circonstances nous ont permis d’examiner.
Du tubercule pulmonaire à l’état crétacé. La même année- nous avons eu l’occasion d’examiner dans les poumons de phthisiques qui venaient de succomber, des tubercules pulmonaires dans l’état que l’on appelle crétacé. Me rappelant les enseignements de Ktiss , je voulus mettre d’accord la théorie du microzyma et la théorie cellulaire qu’il nous enseignait.
Qu’est-ce que le tubercule pulmonaire et spécialement celui qui est dit crétacé?
Si la question avait été posée à M. Pasteur à l’époque où il s’occupait de la pébrine , il n’aurait pas hésité à vous répondre que c’est une production qui n’est ni végétale , ni animale. Aujourd’hui , je crois pouvoir assurer qu’il dirait que c’est l’effet des germes de l’air, le résultat d’une maladie parasitaire inoculable.
(1) A. Estor, Note pour servir à l’histoire des microzymas contenus dans les cellules animales, Comptes rendus, t. LXVII, p. 529.
A l’état crétacé
C’est surtout à cause de la seconde réponse , que je crois nécessaire d’insister et de vous dire ce que l’histologie , par l’organe de Kiiss, a appris de cette formation pathologique qu’on appelle tubercule pulmonaire.
Ên. 1855, à l’époque où le célèbre physiologiste a exposé sa manière de voir, l’auteur d’un Mémoire qu’il avait à juger, pensait que : « le tubercule est un produit hétéromorphe , sans vie propre, manquant de vaisseaux et saccroissant par juxtaposition. 11 est le produit de sécrétion des capillaires , car sous l’influence de certaines irritations, il y a aberration des propriétés vitales de ces capillaires le sang y stagne , des globules s’altèrent, les parois des capillaires deviennent plus perméables. Il s’en échappe un produit, soit liquide, soit pulvérulent , qui s’organise d'une manière spéciale , etc., etc. «
Et Kiiss de s’écrier : a Autant de mots , autant d’erreurs, autant de contre-sens anatomiques et physiologiques. » Qu’aurait-il dit de la théorie des germes? Voici en peu de mots la théorie histologique de Kiiss :
Le tubercule pulmonaire n’est point un produit hétéromorphe ; il est au contraire le résultat de la désorganisation d’un élément histologique normal; il est l’épithélium ou un globule , une cellule , malade qu mort ; la phase durant laquelle le tubercule se ramollit et devient crétacé n’a rien de spécifique. Il faut que je vous fasse comprendre cela.
Kiiss fait d’abord observer qu’ « avant d’affirmer que le tubercule est un produit hétéromorphe , qu’il s’agit d’un produit nouveau, dissemblable aux éléments normaux de' l’organisme, il fallait prouver que là où le tubercule apparaît, il n’y avait rien. » L’ancienne anatomie n’a rien vu de plus que les parois vasculaires des alvéoles pulmonaires, et croyait que l’air est en contact immédiat avec cette paroi vasculaire : elle n’a vu de l’organe que le squelette.
« Mais en réalité, il y a dans le poumon un épithélium ; globulaire qui tapisse l’alvéole pulmonaire comme un enduit . relativement fort épais; et cet épithélium, par sa structure,
I ressemble fort au tubercule.
» Dans diverses maladies , l’élément épithélial prolifère
LE TUBERCULE PULMONAIRE
très activement, au point de remplir toute la cavité des alvéoles et des saccules pulmonaires. Alors, selon le langage expressif de Kiiss , « l’air ayant ainsi perdu droit de domicile», le lobule pulmonaire , de spongieux qu’il était, est devenu compact, hépatisé; et pour spécifie)', «ni la substance de la pneumonie, ni celle du cancer, ni celle du tubercule pulmonaire, dans le principe , né sont hétéromorphes : ce ne sont que des épaississements, des accumulations d’épithélium. »
Voici maintenant comment le tubercule devient crétacé :
«D’abord, ordinairement , le globule épithélial conserve ses principales propriétés : il reste transparent; de là les formes initiales de granulation grise, de tubercule gélatineux infiltré. En second lieu , l'accumulation , essentiellement lente, comprime, use, fait disparaître le squelette du poumon, c’est-à-dire la membrane vasculaire des alvéoles, sans que cette disparition des vaisseaux soit précédée de troubles bien notables de la circulation; de sorte qu’il n’y a pas de stase sanguine , pas d’hépatisation rouge , comme dans la pneumonie. En troisième lieu , le globule épithélial, après un certain temps, se momifie, son contenu devient de plus en plus granuleux; il devient opaque, son enveloppe disparait , il meurt : c’est ce que l’on nomme corpuscule tuberculeux formant les amas de tubercules crus. Enfin, le tubercule se ramollit ou devient crétacé (1). » Ce qui reste, nous allons le voir : Küss n’avait pas été plus loin dans l’analyse du phénomène de la destruction des globules de l’épithélium des alvéoles pulmonaires : il se borne à conclure que « le tubercule pulmonaire n’est que l’épithélium malade ou mort. »
Je vous prie de remarquer que ni dans l’ancienne anatomie , ni dans la nouvelle, c’est-à-dire dans la théorie cellulaire selon Kiiss , on n’a cherché la cause de la tuber-
(1) Küss ( Mémoires de la Société de médecine de Strasbourg, t. Il, p. 542 (1855), dans le Rapport d’où j’ai extrait les passages ci-dessus, rappelle que sa doctrine est ancienne et remonte à 1847. Il nous apprend que ses opinions paraissaient paradoxales. « Aujourd’hui, dit-il, j’ai la satisfaction de voir mon opinion, en ce qu’elle a d’essentiel, partagée par les sommités de l’anatomie pathologique, parmi lesquelles je signalerai Bennett en Angleterre, Virchow en Allemagne! »
A l’état crétacé
culose hors du -sujet malade. C’est la maladie qui produit le tubercule, la lésion primitive de ce qui est organisé.
Eh ! bien, nous avons recherché (1) de quoi était formée la matière du tubercule pulmonaire dans l’état crétacé, c’est-ti-dire lorsque tout a disparu du globule épithélial des alvéoles.
La matière crétacée était contenue dans des kystes à parois fibreuses; elle était blanche, opaque et dure, quoique friable. Au microscope (obj. 7, oc. I , Nachet) on y distinguait une foule de granulations moléculaires mobiles, isolées cm accouplées deux à deux (ce que l’on nomme aujourd’hui microbe en 8, microbe en point double , diplococcus), ressemblant d’une façon remarquable aux microzymas de la craie ; comme eux elles étaient insolubles dans la potasse au dixième et dans l’acide acétique. L’acide chlorhydrique étendu dissolvait cette matière avec effervescence, sauf les microzymas et quelques débris.
La matière tuberculeuse , étant bien isolée de son enveloppe fibreuse, a été broyée avec un peu d’eau, etla première eau de lavage employée pour y rechercher une zymase , et la partie insoluble étudiée comme ferment figuré.
En effet , la solution fluidifie l’empois de fécule sans saccharification , mais en produisant de la fécule soluble.
Quant à la partie insoluble, environ 0sr,20, elle a été ajoutée à l’empois formé par 0sr,50 de fécule. La fluidification s’est opérée, et bientôt il a été possible de constater un dégagement d’acide carbonique et d’hydrogène. Lorsque le dégagement gazeux eut cessé , toute la matière amylacée avait disparu. La liqueur filtrée était à réaction franchement acide. L’analyse a fourni une quantité d’acide butyrique et acétique qui, exprimée en acide acétique, était de 0sr,24 (2).
Quant aux microzymas, ils étaient aussi mobiles qu’avant leur action sur l’empois , mais il y en avait d’associés en chapelets de 3, i et davantage de grains; nous avons même aperçu des bactéries.
(1) A. Béchamp et A. Estor, Sur les microzymas clu tubercule pulmonaire à l'étal crétacé. Comptes rendus, t. LXVII, p. 960.
(2) Voir pour les détails: Montpellier medical , t. XXI, p. 535 (1868).