‹ Les microzymasChapitre 292 sur 389 · CONTACT DE I/AIR · texte numérisé non relu

CONTACT DE I/AIR

très digne d’attention que les pansements faits avec l’eau fortement phéniquée ne suppriment pas les microzymas dans le pus-, ni le plus souvent les microzymas associés et quelquefois les bactéries : or si ces microzymas avaient pour point de départ les germes de l’air, on ne les trouverait pas dans le pus.

Encore une fois , il n’y a pas de pus sans microzymas : Si M. Pasteur ne les a pas vus, c’est qu’il n’a pas suies voir; et si j’ai autant insisté sur ce point, c’est parce que l’on peut aussi bien juger un système d’après ce que son auteur en affirme que par ce qu’il néglige. Avant tout, M. Pasteur aurait dû s’assurer que l’organisme ne peut pas fournir ce qu’il croit nécessairement provenir de l’atmosphère.

Quand il y a infection purulente, ce ne sont donc pas les germes de l’air qui sont les coupables , mais l’évolution morbide , toujours possible, des microzymas de l’organisme de l’opéré, soit qu’ils évoluent ou n’évoluent pas.

Il est donc démontré que d’énormes plaies béantes, comme les plaies d’amputation , peuvent être exposées à l’air sans danger de mort et de maladie proprement dite : pourtant c’est bien dans ces conditions que les germes auraient beau jeu.

Considérez aussi ces autres grandes opérations où d’énormes surfaces sont exposées au contact de l’air, les vaisseaux béants , comme dans l’ovariotomie , les ablations de l’utérus , etc.

Et les pauvres femmes affectées de fistules vésico-vaginales! n’y aurait-il pas là des causes fréquentes où l’urine deviendrait ammoniacale, si vraiment les germes de l’air étaient les agents de cette fermentation dans la vessie? etc., etc.

B. L’air et l’eau clans les brûlures. Combien de fois ne serions-nous pas exposés à l’envahissement des germes morbides si ceux de l’atmosphère et de l’eau étaient ce que pense M. Pasteur? Je ne peux pas m’empêcher de reproduire ici une observation de brûlure que j’ai prié M. le professeur Baltus de rédiger pour vous la communiquer.

ET SURFACES ULESSEES

Cas de brûlure grave. — Alphonsine S., deux ans, quatre mois.

Le Jor décembre 1881, l’enfant fait une chute dans une cuve de lessive bouillante; il en résulte une immense brûlure occupant la partie supérieure des cuisses, le bassin et le dos entier.

Appelé aussitôt, je trouve l’enfant dans de violentes convulsions qui ne tardent pas à céder par une immersion de plusieurs heures dans l’eau tiède. Pendant la durée du bain, on donne du bromure de potassium, et le soir venu, on enveloppe toutes les parties lésées dans le Uniment oléo-calcaire et la ouate.

Les immersions sont répétées pendant quelques jours encore, devant les menaces de convulsions, puis abandonnées définitivement. L’état général est assez satisfaisant, il existe pourtant en .permanence un petit mouvement fébrile.

Dès les premiers jours de janvier, la peau a recouvert la majeure partie des surfaces dénudées; il reste seulement à la partie postérieure du tronc, et à droite, une plaie d’environ quinze centimètres de hauteur sur huit Centimètres de largeur, bourgeonnant avec exubérance et nécessitant des cautérisations journalières au nitrate d’argent.

Le 15 janvier, en pleine épidémie, l’enfant présente une variolo’ide bien caractérisée. Le3 boutons occupent la face, le tronc et les membres. Au tronc, on les rencontre partout, sans excepter les points recouverts par l’épithélium de nouvelle formation , encore rose et extrêmement mince. Fièvre modérée ; pas de modifications sensibles de la plaie.

Le 17, affaissement subit des bourgeons; la plaie est recouverte d’une sorte de voile pulpeux, semblable à une gelée. L’état général est bon , l’appétit satisfaisant. On cautérise au nitrate d’argent.

Le 20, fes bourgeons reprennent leur développement exubérant: mais les jours suivants, le liseré épithélial ne fait aucun progrès.

On change les modes de pansement, on substitue au liniment oléocalcaire, le cérat, le styrax, etc. Rien n’y fait, on recouvre la plaie de bandelettes de diachylum, imbriquées les unes sur les autres, on laisse en place pendant cinq ou six jours; pendant deux semaines environ, on continue avec patience ce mode de traitement; c’est en vain, et l’on ne gagne absolument rien.

l.es parents de l’enfant sont, l’un lymphatique, l’autre scrofuleux manifestement. Bien que l’enfant ait toujours joui d’une très bonne santé et ne présente aucun des attributs de cette dernière diathèse , je prescris des sorties quotidiennes, par quelque temps qu’il fasse, du vin de Malaga et du sirop d’iodure de fer (trois cuillerées à soupe par jour).

On fait tous les jours un pansement plat au cérat. Peu à peu, et sous l’influence du traitement général principalement , le liseré éicatriciel fait des progrès; ces derniers, quoique très lents, sont néanmoins sensibles, et la cicatrisation totale est obtenue définitivement dans les derniers jours de mars.

Certes, la pauvre enfant, sujet de cette observation, était dans les condilions les plus favorables ù l'envahissement des germes morbides ; la longue durée du traitement, l’étendue de la lésion ne permettent pas d’invoquer la panspermie morbide discontinue. La pauvre victime de ce

PUS d’abcès putrides

terrible accident a été bien heureuse de se trouver entre les mains d’un médecin aussi instruit et dévoué! M. Pasteur aurait invoqué les germes de Pair pour expliquer le retard de la cicatrisation définitive : M. Baltus a bien nourri les microzymas intérieurs, tout en soignant la plaie, et la petite malade a été sauvée.

C. L’air et les micro-organismes cl’ abcès putrides injectés clans le sang. M. Pasteur invoque avec complaisance une expérience de M. Chauveau, qu’il qualifie d’admirable, pour appuyer son assertion qu’il n’y a pas de germes de micro-organismes dans l’économie. En quoi consiste cette expérience mémorable ?

Le bistournage est une opération de chirurgie vétérinaire qui consiste dans la torsion ou la rupture du cordon spermatique. Cette opération, qui se pratique avec la main sans le secours d’aucun instrument , a pour résultat d’amener la mortification du testicule, en arrêtant la circulation dans le testicule dont les enveloppes ont été respectées. L’organe est alors à l’état d’un corps étranger, mais qui , par ses enveloppes, reste , grâce aux vaisseaux qu’ils reçoivent d’une autre source que le testicule , en communication avec la circulation générale. Dans ces conditions, le testicule se greffe dans les parties enveloppantes ; il subit alors ce que l’on appelle la dégénéralion graisseuse, sans contracter d’odeur putride. De ce que le testicule ne se putréfie pas, ne se gangrène pas , M. Chauveau conclut que c’est parce que le sang ne contient pas les germes de la putréfaction, c’est-à-dire pas de microzymas; tandis que , exposé à l’air, il se putréfierait. Je n’ai plus à vous expliquer l’erreur de M. Chauveau.

Et pour démontrer sa proposition , le savant médecin a fait l’expérience suivante : avant d’opérer le bistournage, il se procuré du pus d’abcès putrides provoqués expérimentalement et riches en vibrioniens; de ce pus, plus ou moins additionné d’eau , il en injecte par la jugulaire autant que l’animal en peut supporter sans être exposé et- la mort ; c’est-à-dire cinq à vingt centimètres cubes, suivant le degré de la dilution. L’injection étant faite, M. Chauveau attendait que la circulation eût

ET BISTOURNAGE

amené l’égale répartition de l’injection dans la masse sanguine. Les vaisseaux testiculaires ayant leur contingent de vibrioniens, il pratiquait la torsion oh la rupture souscutanée du cordon testiculaire. Alors qu’arrivait-il ? « Dans les régions testiculaires — et là seulement — des phénomènes putrides et gangréneux se manifestaient, plus ou moins rapidement progressifs, avec une gravité suffisante pour amener la mort. » De plus, M. Chauveau, faisant ce qu’il avait fait pour le virus vaccin, montra que la sérosité du pus filtré était inoffensive , et concluait, avec raison, que les vibrioniens étaient les seuls coupables de tout le mal (1).

Telle £&i l’expérience. Elle est peut-être plus intéressante que son auteur ne se le figure , mais à un autre point de vue. Examinons-la de plus près.

1° D’abord, la théorie du microzyma explique la dégénération du testicule sans qu’il soit nécessaire d’invoquer d’autre cause que ses propres microzymas. Le testicule bistourné étant, par ses enveloppes, en communication avec la circulation générale , ses microzymas se trouvent dans un milieu de composition sensiblement normale : ils opèrent donc la décomposition de sa substance sans modification sensible de leur manière d’être : il ne peut pas y avoir putréfaction. Et je suis convaincu que , si M. Chauveau avait examiné de près les transformations histologiques du testicule, il y aurait trouvé les microzymas isolés

Sou associés à deux ou plusieurs , ainsi que nous verrons que cela a lieu pendant la formation des tubercules pulmonaires qui atteignent l’état crétacé. Rappelez-vous aussi les observations de M. J. Béchamp sur les foetus macérés; ceux-ci sont, dans l’utérus, comme un corps étranger, dans la situation du testicule bistourné ; ce fœtus est mou , fiasque ; son odeur est fade, non de putréfaction ; cependant dans plusieurs organes on trouve des microzymas évolués , et même des bactéries.

2° D’après M. Chauveau, «la période des malaises graves qui suivent immédiatement l’injection putride peut durer douze à quarante-huit heures et même davantage, et au (1) A. Chauveau, Comptes rendus, t. LXVI, p. 1092 (1879).

l’air et la transfusion

moment où les animaux subissent l’opération du bistournage , ils sont sous le coup d’une. fièvre septicémique. » N’est-il pas remarquable que des animaux qui ont reçu une proportion d’organismes étrangers si grande qu’elle est voisine de celle qui les expose à la mort, ne succombent qu’après le traumatisme déterminé par le bistournage?

Voilà à quel prix on détermine la putréfaction du testicule soustrait à la circulation générale.

3° Mais en somme , M. Chauveau. a injecté, non pas des germes, mais des vibrioniens ; non pas des germes atmosphériques, mais des vibrioniens provenant d’un animal déjà malade , puisqu’on avait provoqué artificiellement la formation d’abcès putrides.

4° Pour appuyer le, système de M. Pasteur, il aurait fallu injecter des germes atmosphériques non évolués , ou tout au moins des germes évolués dans des infusions filtrées , bien dépourvues de microzymas.

Et pour comprendre cette dernière remarque, rappelezvous que, d’après les expériences de MM. J. Béchamp et E. Baltus, les microzymas pancréatiques tuent un chien quand on lui en injecte un milligramme par kilogramme d’animal.

En résumé , si ou ne provoque la putréfaction du testicule qu’après avoir injecté dans le sang du bélier des milliards de vibrioniens, il est clair que les microzymas de quelques litres d’air eussent été inoffensifs.

D. L’aii' et la transfusion. On sait qu’on peut opérer la transfusion en réinjectant dans les veines du sang défibriné ; or le sang est battu à l’air; les germes ont le temps d’y tomber , à la fois pendant la saignée du sujet qui fournit le sang et pendant le battage du sang. Si donc les germes de l’air étaient ce que l’on croit, cette opération serait toujours dangereuse.

M. Pasteur estime que le contact instantané de l’air avec une portion dénudée du corps, la plus légère fissure, peuvent suffire pour donner la mort, ou du moins pour permettre l’introduction d’un germe qui procure la maladie qui en est la cause. Tout contredit son système , jusqu’à la maladie qu’il inscrit en tète de ses maladies parasitaires : la

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