PLEURÉSIE KT BACTÉRIES
alvéoles pulmonaires; par là, l’accès de l’air dans l’alvéole est supprimé , il n’y a plus droit de domicile. Or, les cellules de l'alvéole étaient destinées à vivre dans un milieu où l’air se renouvelle sans cesse : elles sont donc dans une situation anormale et leurs microzymas aussi. Or ceux-ci , étant primitivement vivants , ne peuvent pas physiologiquement se détruire ; ils vivaient dans un air renouvelé qui leur est refusé ; ils ne périront pas , mais , changeant de fonction , ils dévoreront la substance de leur cellule et, devenus libres, de proche en proche, la substance même des' alvéoles ; il ne restera ddhc à la fin qu’une masse de granulations moléculaires qui s’enkystera, formant ce que l’on a appelé tissu héléromorphe, dans lequel les microzymas continueront, à vivre et à se nourrir.
Vous voyez par là comment les deux notions de changement de fonction et de changement de milieu, s’appliquent aussi bien à la pathologie qu’à nos expériences de laboratoire. Cette façon toute naturelle et physiologique de comprendre un phénomène jusque-là très obscur, ne sera pas admise de sitôt. On invoquera, on invoque déjà, les germes de l’air pour expliquer la tuberculose, et la phthisie devient une nouvelle maladie parasitaire. Mais si les germes de l’air suffisent pour expliquer les désordres de la tuberculose , puisque ces germes sont partout présents et sans cesse en contact avec les alvéoles pulmonaires, pourquoi tout le monde n’est-il pas phthisique? Ah! sans doute , et malheureusement , les microzymas pulmonaires des phthisiques ont subi quelque changement, sont devenus morbides et inoculables! mais les vrais médecins et les philosophes en cherchent la cause ailleurs !
Bactéries dans un liquide de pleurésie aiguë terminée par suppuration. Il s’agit d’un homme de 39 ans, forte constitution , pas d’antécédents morbides héréditaires , ni personnels (1). Après avoir été guéri d’une affection catarrhale généralisée, ayant produit successivement un lumbago et une névralgie sciatique, le malade, complètement rétabli , allait quitter l'hôpital, quand , après une promenade , il est
(1) Voir pour l’observation complète : E. Baltus , Théorie du microzyma, etc., in Thèses de Montpellier pour 1874, p. 87.
MICROZYMAS ET BACTÉRIES
pris subitement de fièvre intense, précédée de frissons I U succombe en quatre jours. Dix-huit heures après la mort, un coup de trocart dans la poitrine fournit à M. Baltes un pus verdâtre contenant des leucocytes, des microzymasassociés en chapelet et par couples , de nombreuses bactéries en baguette ; dansle sang, des microzymas libres et quelques rares associés.
Microzymas associés et en chapelet quelques heures après une fracture. Coup violent sur le coude : fracture comminutive des extrémités articulaires; l’articulation est largement ouverte. L’amputation estpratiquée sept à huit heures après l’accident. La partie supprimée est aussitôt apportée au laboratoire où nous l’examinons, M. Estor et moi. L’avantbras présente une surface sèche, noire , dont l’insensibilité avait été constatée avant l’opération; tous les symptômes de la gangrène existaient. Au microscope .••microzymas associés, des chapelets. L’accident avait marché si vite que les bactéries n’avaient pas eu le temps de se former : elles étaient seulement en voie de formation. M. Estor, qui a rédigé l’observation , s’écrie : « les bactéries ne sont pas la cause de la gangrène , elles en sont les effets (1). » Les germes de l’air ne sont pas coupables des effets de ces affreux traumatismes, mais les microzymas normaux de l’organisme y sont fort sensibles!
Des transformations subies par les bactéries du canal intestinal. Quand on voit des granulations moléculaires, de vrais microzymas, apparaître en foule dans un tissu ou dans un liquide qui n’en contient pas normalement en si grand nombre de libres, il ne faut pas s’imaginer qu’ils sont toujours le résultat d’une prolifération, comme dans l’observation de Cl. Bernard sur les foies de chien et de lapin en digestion de féculents : il se peut qu’elles soient le résultat de la destruction de cellules normales ou d’un tissu. L’exemple du tubercule pulmonaire et du membre broyé en sont la preuve. Et ces exemples sont du même ordre que celui que je vous ai montré sur la cellule de levure de bière qu’on oblige de vivre dans l’empois. Si je vous rappelle
(1) Estor, De la constitution élémentaire des tissus, p. 23 (1882).