‹ Les microzymasChapitre 296 sur 389 · DANS L’APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

DANS L’APPAREIL DIGESTIF

cette dernière expérience en ce moment (1) , c’est que c’est celle qui peut le mieux faire comprendre le mécanisme de la régression en microzymas des globules de l’épithélium des alvéoles pulmonaires, puisqu’elle est l’effet, non des germes de l’air, mais d’un changement de milieu. Une des plus intéressantes observations est celle que l’on peut faire en étudiant les infusoires du canal intestinal du chien , depuis l’estomac jusqu’au gros intestin (2). Si les observations avec la levûre de bière n’avaient pas tous les caractères d’une expérimentation rigoureusement physiologique , celle-là çe saurait mériter ce reproche.

L’estomac d’un chien, après un repas copieux (pain, viande, lard), contenait, dans la masse en pleine digestion, des microzymas , des microzymas associés, des bactéries de toute grandeur, mobiles et immobiles (bactéridies, leptothrix) ; les mêmes formes se trouvent à la surface de la muqueuse. Mais après le pylore , à une distance de 1 à 2 décimètres, et tout le long de l’intestin grêle , il n’y en a pas , mais des microzymas en foule ; elles reparaissent à quelque distance de la valvule ilœo-cécale, et dans le gros

(1) La levûre de bière, cellule très vivace , mise dans l’empois légèrement créosoté, avec ou sans carbonate de chaux, disparaît peu à peu. D’abord des foules de microzymas envahissent la préparation ; ensuite, apparaissent des vibrions, accompagnés ou non d’amylobacters, selon que l’on n’a pas employé de carbonate de chaux ou qu’il est intervenu; les vibrions et les amylobacters disparaissent et sont remplacés par des bactéries de diverses formes et apparences. La PL IV, fig, 5, représente les diverses formes qui apparaissent ainsi : a sont les cellules de levûre gonflées , très granuleuses, sur le point de disparaître; b les amylobacters; c les amylobacters accouplés, mobiles, le plus gros entraînant le plus petit; d les vibrions; le reste de la figure représente les diverses bactéries et de rares microzymas. Il est remarquable que les vibrions et les amylobacters ne durent pas longtemps; bientôt on ne voit que des bactéries de toute grandeur et mobilité : toutes les cellules de levûre ont disparu ainsi que les microzymas. Et si l’on attend, les bactéries disparaissent à leur tour, elles se divisent, et la préparation ne présente plus que des microzymas simples ou associés de la grandeur du Bacterium termo. Pour plus de détails, voir Annales de chimie et de physique (4), t. XXIII, p. <43.

(2) A. Béchamp et A. Estor, Transformation physiologique des bactéries en microzymas et des microzymas en bactéries , dans le tube intestinal du même animal. Comptes-rendus, t. LXXVI , p. 1143 (1873).

792 v RÉGRESSION ])’UN MYCÉLIUM

intestiq , il y en a un très grand nombre , et aussi des bactéridies.

■Une autre fois, répétant ces expériences, nous sommes tout .surpris de trouver des bactéries dans l’intestin grêle. L’estomac du chien contenait les mêmes formes que dans la- précédente observation Dans les premières portions de l’intestin grêle , il y a quelques bactéries d’apparence granuleuse; outre la foule de microzymas , il y a des cellules d’épithélium cylindrique très granuleuses contours mal délimités. À trente centimètres de l'estomac, il y avait encore des bactéries ; un peu plus loin, nous trouvons l’extrémité supérieure d’un tœnia, et dans toute la partie de l’intestin où se trouvait le parasite , il y avait des bactéries ; mais plus loin , dans une portion libre de l’intestin, les bactéries avaient disparu pour reparaître au voisinage du cæcum. A 2o centimètres du gros intestin, il y a une masse de petites bactéries naissantes : dans le gros intestin, un grand nombre de bactéries volumineuses.

Cependant, il peut arriver que chez le chien qui fait de L’album grœcum, il n’y ait que des microzymas , libres ou associés , avec de très petites bactéries seulement.

Donc, on ne peut pas affirmer qu’une forme observée, de bactérie, de vibrion, de microzyma, appartient à une espèce ou à une autre, en admettant qu’il y ait des vibrioniens ou des bactériens spécifiques; car il n’est plus contestable que le bacterium terme, le bacterium catenuia , le bacterium capitatum, l’amylobacter, le vibrion, le bacteridium , un leptothrix , les microzymas associés, ne sont que les phases diverses de l’évolution d’un microzyma donné et y pouvant revenir par régression , non sans avoir varié dans ses aptitudes chimiques, physiologiques, histogéniques et morbifiques.

De la régression d’un mycélium en microzymas . Voici une expérience du même ordre. — Des moisissures étaient nées dans une solution d’acide tartrique ordinaire. Elles étaient formées d’un mycélium grêle, représentant de longs leptothrix enchevêtrés, granuleux dans leur axe. Ces moisissures, bien lavées, sont mises dans du bouillon de levure sucré et créosoté. Après deux mois, les filaments du mycé-

EN MICROZYMAS

lium sont en grande partie désagrégés, des microzymas-, qui n’existaient pas auparavant, envahissent la préparation ; voir PI. IV, fig. 6. Dans cet état, après avoir subi-uh- nouveau lavage, le mycélium et les microzymas sont mis dans l’empois créosoté préparé avec du bouillon de levûre. Trois semaines après, tous les filaments avaient disparu ; a leur place il y a des myriades de microzymas isolés ou accouplés deux à deux et en chapelets de plusieurs grains, le tout d’une mobilité propre; c’est à peine si l’on voit par-ci, parla une vraie bactérie.

Pendant Faction sur le sucre de canne, celui-ci est en partie interverti ; il n’y a pas d’alcool, il ne s’est pas dégagé de gaz ; il s’est formé un peu d’acide acétique et pas d’acide fixe. L’empois a été fluidifié, de l’acide carbonique s’est dégagé, mais un accident a fait perdre le produit de la réaction (1).

C’est donc 'un phénomène très général que celui de l’évolution bactérienne des microzymas et de la régression des cellules les plus diverses, des vibrions, des bactéries, des bactéridies, des amvlobacters, en microzymas. En plus d’une circonstance j’ai remarqué que les formes qui apparaissent pendant la régression , ne sont pas identiquement les mêmes que celles qui sont produites pendant l’évolution du microzyma de l’expérience initiale. Il peut arriver aussi que les microzymas qui proviennent de la régression , soient doués d’autres propriétés que les microzymas initiaux et que la cellule ou la bactérie dont ils sont issus. Les milieux, c’està-dire la . solution dans laquelle on les place, ont aussi la plus grande influence sur ces propriétés. N’oubliez pas que les microzymas du pancréas, si toxiques quand ils sortent de la glande, deviennent inoffensifs quand le milieu albuminoïde qu’ils ont digéré, subit, sous leur influence, un autre phénomène de fermentation : on les croirait morts, et ils n’ont fait que changer de fonction. Bref, la notion du changement de fonction fait comprendre que le microzyma, qui a passé par diverses phases évolutives, peut ne plus posséder, à la fin, ses propriétés du début.

(1) A. Béchamp , Recherches sur la fonction et In transformation des moisissures. Comptes-rendus, t. LXXV, p. 1199 (1872).

LES GERMES DE l’AIR

Mais c’est assez; résumons cette recherche du rôle des germes de l’air en vous faisant voir que tout le monde ne partage pas toutes les opinions de M. Pasteur.

Et d’abord c’est évidemment outrager la vérité que de soutenir que rien, dans l’organisme animal, n’est capable de donner, par évolution, des vibrioniens ; c’est l’outrager aussi de vouloir que l’air soit le réceptacle de la cause de nos maladies, et de dire de ces germes qu’ils sont morbides.

Si les microzymas et germes atmosphériques des eaux et des terres, étaient doués d’autant de scélératesse qu’on veut bien le dire, nul être vivant., de nature animale au moins, ne serait à l’abri de leurs méfaits, car il est bien certain qu’ils pénètrent dans leur organisme et qu’ils y restent. C’est seulement pour les besoins de son système que M. Pasteur soutient que l’organisme sain est complètement impénétrable aux germes; et remarquez-le bien, par organisme sain, M. Pasteur entend celui qui n’offre aucune solution de continuité. Or, vous en êtes convaincus, le célèbre parasitologiste n’a aucunement prouvé cette impénétrabilité. Il est incontestable que M. Pasteur accepte, aujourd’hui, comme démontré, que ce qu’il y a d’essentiellement organisé dans l’atmosphère, ce sont les microzymas; seulement il a créé une nomenclature qui satisfait à son besoin de vague dans l’expression, et il les nomme corpuscules-germes . La quantité numérique de ces microzymas qui pénètrent dans nos poumons estincalculable, puisque nous y admettons journellement au moins S, 000 litres d’air. Or, M. Tyndall, par un moyen optique ( Yaéroscope électrique illuminant ); M'. Ch. Robin, en condensant l’eau pulmonaire de la respiration (en aspirant l’air par le nez et l’expirant par la bouche), ont prouvé que les poussières atmosphériques étaient vraiment retenues par les bronches, les ramifications bronchiques et les culs-de-sacs respirateurs. Mais tandis que M. Pasteur soutient qu’ils ne pénètrent pas, M. Tyndall, son disciple, « se met du côté de ceux qui, depuis Kircher et Linné, disent que ces corpuscules sont les germes des maladies épidémiques, qu’ils pénètrent peu h peu au travers de la muqueuse respiratoire et produisent des troubles plus ou moins graves, en s’y développant d’une vie parasite; que ce sont

ET LES MALADIES

eux qui représentent le virus, le ferment du choléra, de la variole, etc (1). » Mais, ajoute M. Ch. Robin, « si les Leptothrix aux états de microzyma el de bactérie , qui existent en effet dans toute poussière de l’air ingéré, représentent la fraction de celle-ci qui peut devenir mortelle pour noue, et constituent le germe, ferment ou virus des maladies épidémiques, celui des maladies infectieuses , on ne comprend pas que les phthisiques et autres malades atteints de lésions ulcéreuses des voies respiratoires , puissent résister pendant des mois et des années, comme ils le font, à cette arrivée permanente de ces germes morbifiques ; car leur pénétration n’est pas plus empêchée ici que sur les plaies cutanées et utérines, et celle-ci, dans les épidémies du choléra, de variole, etc., est là certainement plus favorisée que sur les sujets sains (2). »

Oui, c’est bien cela, précisément, que je soutiens depuis que j’ai cessé de regarder la flacherie comme une maladie parasitaire pour la considérer comme constitutionnelle et spécifique, sous le nom de maladie microzymateuse. M. Ch. Robin, quia tant étudié les parasites microscopiques, devait se refuser à regarder comme parasitiques des maladies telles que la variole, le choléra, la syphilis, etc. Mais, d’un autre côté, en m’élevant contre la doctrine des germes morbifiques préexistants, je ne songe aucunement à nier les faits'très importants découverts par M. Pasteur et par d’autres, depuis que l’on a appris à reconnaître les microzymas. Ce que je conteste, c’est qu’on puisse raisonnablement regarder les microzymas normaux d’un organisme, comme des parasites dan^cet organisme (3).

(1) Ch. Robin, Leçons sur les humeurs, p. 92S. J. -B. Baillère (1874).

(2) Ibid., p, 929.

(3; M. Ch. Robin, clans ses Leçons sur les humeurs, p. 928, dans la note (2), au sujet du mot germe , s’exprime comme ceci : « Pour les biologistes, l’expression de germes si souvent employée est absolument sans signification si l’ori ne spécifie pas, comme il est possible de le faire aujourd hui , s il s agit d une spore , d’un ovule, ou d’un enkyslement animal. Ceux qui les comptent par myriades dans les poussières, confondent les microzymas avec les diverses sortes de particules minérales ou azotées de même volume. L’observation montre bien vite ce qu’il y ad excessif à cet égard sous la plume de beaucoup d’auteurs, car on n a guère plus d’une dizaine d’espèces de spores à la fois dans les pous-

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